ANAXAGORE
se fait généralement du devenir et de la mort est complètement inexacte. Rien ne s'engendre ex nihilo, et rien ne s'anéantit ; les choses se forment par l'age^lomération de germes préexistants et disparaissent par la désagrégation de ces g-ermes, qui d'ailleurs continuent d'exister. Aussi, au lieu de devenir^ dirait-on mieux s'agréger^ et au lieu de inourir, se désagréger ^ Il n'y a d'autre changement que le changement de lieu et de groupement, la métamorphose extérieure; l'idée de changement d'essence, de transsubstantiation est contradictoire.
2. Cal SES efficiente et finale de la cosmogonie. — Le mouvement g*énérateur et destructeur des choses n'est plus, pour Anaxagore, un fait primitif, éternel, dérivant de la nature même des éléments. Ceux-ci sont inertes et incapables de se mouvoir par eux-mêmes. Ils ne suffisent donc pas à rendre compte du mouvement dans le monde et de l'ordre qui y préside. Pour expliquer le cosmos, il faut admettre, outre les éléments matériels, inertes et inintelligents, un élément possédant en propre la force et l'intellig-ence (voùç). Cet élément des éléments est absolument simple et homogène ; il n'est pas mêlé aux autres, et il s'en distingue éternellement. Tandis que ces derniers sont tout passifs, le voO; est doué d'une activité spontanée, parfaitement libre (aùToxeatTiç), source de tout mouvement et de toute vie. Les éléments inférieurs n'ont aucune conscience d'eux-mêmes : l'esprit sait toutes choses, passées, présentes et futures; il a tout disposé, tout organisé avec intention et convenance finale; il est l'éternel ordonnateur de l'univers, plus puissant que tous les autres éléments réunis.
3. Cosmogonie. — Dans le principe, les éléments inertes et inintelligents se trouvaient confondus pêle-mêle (fiîvjAa, ôuov ?cdvTa). Tout était en tout : or, argent, air, éther, tout ce qui est séparé aujourd'hui, formait une masse indifférente et neutre. Seule, la substance intelligente existait d'une vie
' Simplicius, In Phi/s., 34 : T6 6s yivsaQai v.al àrtôXlvaQai o^x ôqBwç voLiiî;ovaiv ol"E?.- /.tive;. ovbév yàq y.Qfin.a ovbè yivexai où&é àTiôllvxai àXk' àTio êôvxcov yiQmiàx(av avii[iiay&xal xe y.a'i ôiay-eCverai y.al oijxw; àv ôq9ùj5 y.aXoîev tô xe viveoBai ovixiiiCYeaeai, xal x6 à:t6>.>.vo9ai ôtaxgiveoBai.
distincte. Alors, s'approchant du chaos, elle le débrouilla et en fit le cosmos (ëv8av6oç èkQùiv nâvxa bie%6aiii]Ge) . Les g'ermes, mis en mouvement par l'esprit, se séparèrent et se réag-rég-èrent selon leurs affinités internes. Du point où le mouvement pénétra dans le chaos, le tourbillon de la vie (ôivoç) s'étendit en spirale dans toutes les régions du monde ; il continue, comme l'indique la rotation du ciel, et continuera sans interruption jusqu'au débrouillementcomplet du tuYMu. Notre terre est un corps cylindrique et se compose des germes les plus ])esanls, précipités par rimj)ulsion créatrice vers le centre du monde. Sur ce noyau solide se déposèrent les corpuscules plus légers qui constituent l'eau ; enfin, dans les régions célestes se réunirent les éléments les plus ténus, l'éiher igné. Par une seconde analyse des éléments, g-roupés de la sorte, le mouvement créateur en dégagea successivement les variétés minérales et organiques, et ainsi notre monde central a pris peu à peu l'aspect qu'il offre aujourd'hui. Les astres sont des masses solides, détachées de la terre par le mouvement rotatoire qu'elle partageait d'abord avec le reste de l'univers, et devenues incandescentes au contact de l'éther céleste. Le soleil est une masse ignée (tiijôQoçôidjTUQoç). La lune a des montag'nes et des vallées et emprunte sa lumière au soleil.
Si. dans les conceptions que nous venons d'exposer, l'on trouve comme un pressentiment des théories cosmog"oniques de BufFon, de Kant, de Laplace, Anaxagore prélude, d'autre part, à la physiologie comparée en affirmant le principe de continuité^, l'unité d'intention dans la variété des types végétaux et animaux. Quoi qu'on en ait dit, il est si peu spiritualiste au sens cartésien, qu'il considère l'animal et la plante elle-même comme participant au voûç. Si l'homme est plus intelligent que les animaux, c'est, pense-t-il, grâce aux organes perfectionnés qu'il peut mettre à la disposition de l'esprit. Tout ce qui vit, sans exception, a part à l'esprit.
De quelle manière les êtres vivants participent-ils à l'esprit? Le principe intellig-ent d'Anaxagore existe-t-il en
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