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PROTAGORAS

qiip nous, nous «levons les vénérer. Nous pouvons aihneltre (les rap[)orlsenli'e eux etnous, dans les songes par exemple; mais nous devons nous libérer de loule erainle superstilieuse à leur égard, et ne pas oublier (ju'au-dessus de ces êtres, si puissants qu'ils soient, il y en a un plus puissant qu'eux: la iNécessité, loi suprême, impersonnelle et impartiale qui régit le ciel et la terre. Cette loi, que la nature impose à tous les êtres, il faut nous y soumettre d'un cœur joyeux. Notre bonheur est à ce prix^

De même que la philosophie d'Heraclite dans Gratyle et la doctrine éléate dans Gorgias, le matérialisme atomiste aboutit au scepticisme dans Protagoras d'Abdère : crise féconde d'où la philosophie grecque, un moment découragée par l'inventaire qu'elle a fait de ses moyens de connaissance, sortira en réalité fortifiée et grandie, consciente d'elle-même et enrichie de tout un ordre d'études à peine abordé encore : le monde intellectuel et moral.

DEUXIEME PERIODE Age de la critique ou philosophie de l'esprit

§ i:i. — Protagoras

Protagoras2, compatrioteet ami de Démocrite, se fit connaître par d'éloquentes conférences en Sicile et à Athènes. Ce n'était plus seulement un ((>iX6ao(foç, mais un oocpicrtriç, c'està-dire un professeur de philosophie dont les leçons étaient rétribuées. Son exemple fut suivi par un certain nombre

' V'^oy. tiurcliard, Fragments de la morale de Démocrite (all.l, Mioden, 1834.

— Liard, De Démocratie philosophia, 1873. — Sur latomisme en <,rénéral. voy. Léopold Mabilieau. Histoire de la philosophie atomistique, Paris, Alcan, 1893.

— - Le Théététe de Platon. — Diog-. L., IX. — Sexl. Enip., Ilypotyp., I, :217. Adr. mathem., VII. — Rilter et Preller, p. 183 ss. — .1. Geel, Hisloria rritica sophistarum, qui Socratis œtate floruerunt, Utrecht, 1823. — Vllringa, De Prot. vita et philosophia. Gnen., 1838. — Valat, Essai historique sur les sophistes grecs {Investigateur, Paris, 1839).

54 PHILOSOPHIE GRECOUE

d'iioiiiines de talent (jui prirent à tâche d'initier le public lettré aux idées des philosophes, confinées jusqu'alors dans le. cercle étroit des écoles: vulgarisateurs intelligents que Télasticilé de leurs principes moraux et leur incrédulité à l'endroit du polythéisme ont fait flétrir sous le nom de sophistes^ mais qui, non plus que les humanistes et les encyclopédistes, n'ont été des hommes inutiles. Choyé par la jeunesse instruite, riche et sceptique, mais détesté du peuple, qui demeurait passionnément attaché à la religion de la patrie, Protagoras, comme ses contemporains Anaxagore et Socrate, se vit sacrifié au fanatisme des niasses et à l'hypocrisie des grands. Il fut banni et ses écrits brûlés en place publique (411). L'arrêtétait motivé notamment par le doute qu'il exprime sur l'existence des dieux dans son livre iteçl

Oeôjv.

Le scepticisme de Protagoras est la conclusion d'un syllogisme dont le jidvtttQEi d'Heraclite forme la majeure, etle sensualisme de Démocrite, la mineure. Le monde sensible est une métamorphose perpétuelle ; les sens ne nous montrent que ce qui passe et non ce qui est immuable, nécessaire, universel. Pourconnaître le vrai, il faut donc que nous le puisions à une source supérieure aux sens trompeurs : la réflexion, la raison. Mais voici que, d'après Démocrite, la réflexion n'est que le prolongement de la sensation, dont elle ne se distingue pas essentiellement. Si donc la sensation est variable, incertaine, trompeuse, et (ju'elle soil l'unique source de la connaissance, il s'ensuit forcément que toute connaissance estincertaine. Ce que chacun connaît, ce sont uniquement ses sensations. Ce que nous sentons ex'isie 2)our nous. Ce qui ne nous est pas donné dans la sensation, n'existe pas pour nous. Les atomes, n'étant pas perçus par les sens, ne sont donc, même au point de vue de Démocrite, qu'une hypothèse sans valeur absolue, et il en va de même des germes d'Anaxagore, des èlé'inents d'Empédocle, desprincipes de l'école ionienne. Il n'y a de vrai pour l'homme que ce qu'il perçoit, ce qu'il sent, ce qu'il éprouve, et comme les sensations diffèrent d'individu à individu, l'un voyant bleu ce que l'autre voit vert, l'un grand ce que l'autre petit, il

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