‹ Histoire de la philosophie européenneChapitre 18 sur 100 · EPICURE · texte numérisé non relu

EPICURE

B. Apothéose de la matière. Négation de la pensée-substance

1 18. — Épicure

Epicure • naquit vers 1341, à Samos, d'un père originaire (le FAttique. Jeté dans le doute par la vue des pratiques superstitieuses de sa mère et par la lecture de Démocrite, il se persuada que la crainte des dieux et de la vie d'outretombe est le principal obstacle au bonheur de l'homme, et (jue c'est à la philosophie de nous rendre heureux en nous affranchissant, par 1 observation et le raisonnement, de la croyance au surnaturel. Dans le cénacle qu'il fonda à Athènes vers 306, son autorité personnelle fut, paraît-il, très grande, et les serrtences qu'il dicta à ses disciples (xvQiai Ô6|ai,) demeurèrent, après sa mort (207), la base invariable de l'enseignement épicurien. En revanche, ni le polythéisme ni le christianisme n'avaient intérêt à conserver ses nombreux écrits 2, presque tous perdus, et ce a Socrate doublé d'un Voltaire » a eu plus de détracteurs, et de plus acharnés, qu'aucun autre chef d'école.

A la différence d'Aristote, qui veut la science pour la science et considère la philosophie première comme la meilleure et la plus divine des théories « bien qu'il y en ait de plus utiles » », Épicure fait de la science la servante de la vie, et ne s'intéresse à la théorie qu'en vue de la pratique. La philosophie S qu'il divise en canonique (logique), physique et éthique, a pour but, selon lui, de

' Sources: Diog. L., X. — Cic, De fin., 1. — Lucrèce, De rerum natura. — Sext. Enip., Adv. math., XI. — Gassendi, De vita, moribus et doctrina Epicuri, mil, et Syntagma philosophiœ Epie, 1655. —Les Études sur Epicure et Lucrèce de J. Rondel (Paris, 1679), Batteu.x (1758), etc. — Ritler et Preller, p 339 ss. — Guy au. La Morale d' Épicure et ses rapports avec les doctrines contemporaines, Paris, 1888. — - Euviron 300 selon Diogène Laerce. A l'exception des Lettrées, etc. conservées par cet historien, nous ne connaissons guère que lescitations qu'en font divers auteurs grecs, le précieux résumé qu'en donne le De rerum natura de Lucrèce et les fragments de l'ouvrage negl^cpiioecûç, etc., découverts à Herculanum. — 'Met., 1,2,19-25.— ^Épicure la définit: èvéQyeia XôyoïçKai ôiaXoYionoîç tôv e'ôôainova (3Cov :iEoiitoiovaa (Sext. Emp., Adr. math..^ XI, 169).

donner à l'existence luuiiaine le calme et la paix {àraQulia), et ce but, il le trouve atteint par le système de Démocrite, qui, à quelques différences près, devient le sien.

La matière n'est pas le non-êtt^e de Platon, mais le principe positif et unique des choses, le suhstratum universel, dont l'àme, l'esprit, la pensée ne sont que des accidents (av^iJtTco|.iaTa i't aD|x6e6Tix6Ta). En dehors d'elle il n'y a que le vide, condition du mouvement. Elle se compose d'atomes innombrables, incréés, indestructibles et animés d'un mouvement perpétuel. D'après Démocrite, ces corpuscules se meuvent naturellement et nécessairement de haut en bas. Comme toutefois ils se sont agglomérés et qu'ils ont formé des corps, il faut admettre, selon Epicure, (ju'ils ont dévié de la verticale, et cette déclinaison n'a pu être (|u'un effet du hasard. Epicure n'est donc pas' déterministe absolu, et il admet le hasard, c'est-à-dire la possibilité d'un effet sans cause, ce qui lui permet de reconnaître, en morale, la liberté d'indifférence, c'est-à-dire des causes sans effets *.

Mais si, par une inconséquence qui fait plus d'honneur à son imagination qu'à sa logique, il diffère de Démocrite sur la question de causalité, il tombe d'accord avec lui pour admettre l'éternité de l'univers. Il ne peut être question ni d'une création ni d'une fin du monde au sens absolu, ni en aucun cas, d'une création au sens propre. Pour se convaincre qu'il n'est pas l'œuvre des dieux, il suffit de considérer, d'une part la nature de ses prétendus créateurs, et d'autre part h' monde et ses imperfections. Etres parfaits et souverainement heureux., se suffisant à eux-mêmes et n'ayant besoin d(^ rien, pour(|uoi se donneraient-ils la peine de créer un monde, pourquoi s'imposeraient-ils la lourde charge du gouvernementde lunivers? Supposons d'ailleurs, pour un moment, que le monde soit leur œuvre. S'ils l'ont créé, ils l'ont créé soit d'éternité, soit dans le temps ; dans le premier cas, le monde est éternel ; dans le second, l'on doit dire : ou bien lactivité créatrice est une condition delà béalitudedivi.neetalors,n'ayantcommencéà créer le mondequ'a-

' Lucrèce, Dererumnatura, II, 216 ss. — Diog-, L., Xj i33-134.

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