‹ Histoire de la philosophie européenneChapitre 20 sur 100 · ÉPICURE J · texte numérisé non relu

ÉPICURE J

souverain bien c'est le plaisir, non le plaisir qui accompag-ne une sensation passag-ère (fiôovTi Èv xiviioei), mais le plaisir devenu état permanent (tiôovti xataoTTi^iaTixTi), cet état de paix profonde et de contentement partait, qui se sait à l'abri des tempêtes de la vie. Les plaisirs de l'esprit sont préférables à la volupté, car ils durent, tandis que la sensation est fugitive, comme le moment cpii nous la procure. En tout il faut éviter l'excès, de peur qu'il n'entraîne son contraire, la douleur permanente résultant de l'épuisement. D'autre part, il faut considérer telles sensations pénibles, une opération douloureuse, par exemple, comme un bien, puisqu'elles nous procurent la santé et le plaisir. La vertu est le tactqui fait faire au sage tout ce qui contribue à son bien-être, et lui fait éviter tout ce qui lui est contraire. Elle n'est pas le souverain bien, mais le vrai, l'unique moyen d'y atteindre*. Par leur parfaite lucidité, leur tendance anti-mystique et leur application facile, les principes épicuriens firent une concurrence redoutable au platonisme, au péripatétisme, au stoïcisme. L'Italie surtout les accueillit avec faveur : ils y eurent pour disciples le poète Lucrèce, auteur du De rey%m% natura, T. Cassius, L. Torquatus, T. Pomponius Atticus, César, Horace, Pline le Jeune. Sous les Césars, tandis que le stoïcisme représentait l'opposition républicaine, l'épicurisme réunissait sous son drapeau les partisans du nouvel ordre de choses, heureux de réaliser l'idéal du maître à l'abri d'un pouvoir fort et pacificateur. Protégé par les empereurs'^, il démolissait d'une main ce (jui restait debout de l'édifice vermoulu du polythéisme, et il s'attaquait de l'autre à la religion nouvelle et au surnaturel chrétien.

1 Dio"". L. X 140: Ovv, èoxiv ■r\bk(oq\r\v aveu xov cpQovi(xcoç xal HaXtôç xal ôixaCcoç. — * Une inscription latine-grecque, récemment mise au jour par les fouilles de la Société archéologique d'Athènes et datant de l'époque d'Adrien, confirme en tout point ce que nous savions de la protection spéciale accordée par les empereurs à l'école d'Épicuro, du rôle prépondérant qu'elle joue, grâce à cette protection, dans les premiers siècles de notre ère, et de la jalousie qu'elle inspire pour ce motif aux écoles péripatéticienne et stoïcienne. On y trouve, en outre, quelques renseignements, au moins indirects, sur l'organisation de l'école à l'époque impériale, sur le mode de nomination des scolarques, etc., toutes choses peu connues jusqu'ici.

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