‹ Histoire de la philosophie européenneChapitre 22 sur 100 · LE STOÏCISME · texte numérisé non relu

LE STOÏCISME

pour la vie ; la vérité, en vue du bien et de l'utile (tô âjtm'iôeiov, Tô œqpéÀitAov) ; la recherche des causes premières de l'être, en vue du but final de la vie (tô xéXoç). Ce but, c'est la sagesse, c'est-à-dire la vertu théorique et pratique. La vertu théorique consiste à bien penser (àpetri J.oyixi'i) et à avoir des notions justes sur la nature des choses (àpetTi cpuom'i ) ; mais la vertu prati(jue, (jui consiste à bien vivre et à agir selon la raison, est la vertu par excellence, le but où tend la vertu théorique, laquelle n'est qu'un moyen. Ce (fui n'a pas pour effet de nous rendre meilleurs, et n'influe en rien sur nos tendances et nos actes, est indifférent ou mauvais. La log-ique, la métaphysique, les sciences, n'ont de raison d'être que dans la mesure de leur utilité pratique. Elles sont une introduction à la morale , mais, à ce titre, elles ont leur importance dans l'enseignement de l'école.

Conformément à sa tendance volontariste et anti-dualiste, le stoïcisme rejette, phis complètement encore qu'Aristote, Vidée séparée de Platon. Les Idées ou iiniversaux n'ont pas de réalité objective ; elles n'existent ni en dehors des choses, comme chez Platon, ni dans les choses, comme chez Aristote : ce sont des abstractions de la pensée (èwoiuiaxa), auxquelles rien ne correspond dans le monde réel. De plus, l'âme n'a point de notion innée, elle est une table rase et toutes ses conceptions lui arrivent du dehors (OijQaeev). L'impression sensible {xvnmaiq) est, selon Cléanthe, comme une empreinte faite sur un objet matériel, comme la marque d'un sceau sur la cire. Chrysippela définit une modification de 1 âme (éteqoîcoaiç). La sensation (aïoOîioiç) est la source commune de toutes nos idées (tpavxaaiai) . Celles-ci se divisent en quatre catég-ories selon qu'elles expriment la substantialité(iOToxei>eva), une qualité (jtoîa), une manière d'être (^rwç ëxovxa), ou une relation (jtQoç Ti ;t(ùç è'xovta). Une idée est vraie si elle reproduit exactement son objet. Le critérium de la vérité d'une idée, c'est sa clarté, son intelligibilité (tçayxaaia %axa'k^7lxly.'^). Il y a, selon Zenon, quatre deg-rés de certitude : s'imaginer (cpavraoîa), croire {avy^axdQeoiç) , savoir {^axàX^^^lç), comprendre (èjtiotnpi). Pour exprimer ce degré suprême de la connaissance, qui n'appartient qu'au philosophe, il ramenait, dit-on, sa main

gauche sur sa droite fermée. A l'instar d'Aristote, les stoïciens rattachent à la logique, comme parties intégrantes, la g-rammaireet la rhétorique, etsont, surce terrain, les dignes continuateurs du g-rand logicien : la plupart de nos termes techniques de grammaire et de syntaxe sont de création stoïcienne*.

De même que leur théorie de la connaissance, leur métaphysique renchérit, si possible, sur le réalisme d'Aristote. C'est le spiritualisme concret sans restriction. L'esprit et le corps sont les deux faces d'une même réalité. Dans l'être réel, 1 esprit est l'élément actif, la force agissante (tô ijtoioojv) ; la matière, l'élément passif (tô ndaxov). Il n'y a ni esprit pur, ni matière inanimée. Uieu même, quoi qu'en pense le Stag-irite, a un corps, et ce corps, c'est le monde, dont il est l'âme [•^vxi] xov x6(j(xou) et comme le g-erme ou principe générateur (làyoç oneq\iaxi%6(;) . Mais si le point de vue stoïcien se distingue de celui d'Aristote et surtout de Platon parla négation absolue de l'Idée ou Forme séparée, il y a entre lui et le matérialisme d'Epicure cette différence non moins essentielle qu'il est dynamiste, et qu'il reconnaît la rationalité ou finalité des choses. En effet, cette âme du monde que le mécanisme ig-nore, est intelligente (voùç); elle prévoit (:tQ6voia) ; elle nous aime (cpddvÔQcojtoç) et veut notre bien (xriôejtovixôç, àcjpéli\Loç, Evnoiy]xi-x,oç àvQQconoiç) ', saus toutefois partager les passions humaines. De son côté, Tunivers devient à ce compte un êtreaniméeL intelligent, un gigantesque vivant (Çwov), dont la Divinité est la raison immanente et la loi (làyaç xov jtdvtoç). A la différence d'Aristote, dont l'absolu est à la fois transcendant et immanent, c'est ici le système de Vimmanence pure, le naturalisme, panthéisme ou cosmothéisme conséquent-, synonyme de déterminisme ou prédéterminisme absolu (el(ia()}iévT) àvdYXTi), puisque Dieu est immuable, et de monothéisme, ou mieux, de monisme, puisque le Tout est un, et l'Un Dieu (Zeijç). Respectueux d'ailleurs envers le culte poly-

' Pour la lofçique stoïcienne : Diog. L , VII, 41 ss. — Cic, Acad. pr.. H, 47 etpost., I, 11. — Sextus Ëmpirieus, Adv. math., VIII. — Stohée, Ed., I. — Simplicius, fn eateg , f. 16 b. — - 2acpc5ç ô^ t6v ôXov xôajxov ^-éyouoiv elvai Beôv (Origene, Conlira Celsum, V, 7).

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