RÉACTION SCEPTIQUE
foule profane » et se confond, eu pratique, avec l'épicu-
risme.
i; :20. — Réaction sceptique. — Le Pyrrhonisme '
Arisloie a été à la fois zélé théoricien et dogmatique convaincu. Zenon et Epicure, ({uoique indifférents à la science abstraite, en ont reconnu l'importance au point de vue de la vie : selon les stoïciens, qui sur ce point se distinguent des cyniques, elle nous apprend à reconnaître la Providence dans la nalure et dans l'histoire, à nous incliner devant son autorité et à suivre ses inspirations; selon les épicuriens, elle nous délivre de la su[)erstition et des préjugés spiritualistes qui empoisonnent l'existence ; selon les uns et les autres, il existe un critérium de la vérité. En reg-ard du dog"matisme péripatéticien, l'opposition sceptique, inaugurée par Démocrite et Protagoras, reparaît dans Pyrrhon d'Elis-, contemporain d'Aristote et lié d'amitié avec Alexandre le Grand. Lui aussi, comme les socratiques, comme Epicure et Zenon, ses contemporains plus jeunes, aspire à l'ataraxie ; mais il doute que la métaphysique puisse nous la donner. Il n^y a pas, en effet, deux écoles de philosophie qui soient d'accord sur les questions essentielles. Loin donc de nous procurer le calme, source du vrai bonheur, la spéculation nous jette dans le trouble, dans l'incertitude, dans d'inextricables perplexités. Elle est inutile, parce qu'elle enfle et enge^idre des disputes sans fin ; impossible, parce qu'en toutes choses on peut démontrer le pour et le contre (àvTdoyîa, àvTîôeoiç xcov Àôycovj. L'essence des choses est incompréhensible ( àxaTd?.TiJtToç) . Le sage selon le cœur de Pyrrhon évite de se prononcer dog-matiquement, soit dans un sens soit dans l'autre, réserve le plus possible son jug-ement (èjtéxeiv, èjtoxri) et se garde de la passion qu'engtindrent les discussions. Il s'abstient de la négation absolue
' Diog. L., X, IX. — Sext. Emp., Hypot. l'yrvh., I.— K. et l\, p. 333 ss. — Victor Brochard, Les sceptiques grecs, Paris, 1887. — L. Haas, De philosophorum grœcorum successionibus , Wùrzbourg, 1873. — Ch. W'iuldiiiyton, Pi/rrlinn, Paris, 1877. — - Né vers 370.
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tout aussi bien (|ue de raffirniation catégorique, et il se distingue à la fois des dogmatiques qui affirment la connaissance, et des sophistes qui en démontrent l'impossibilité.
Le médecin Timon ', admirateur et ami de F^yrrliondElis, publia, entre autres écrits sceptiques, un poème satirique (aiXXoi) où il met en relief les contradictions des mélapliysiciens depuis Thaïes jusqu'à l'académicien Arcésilas, et dont Eusèbe, dans sa Prœparalio evangelica, nous a conservé des fragments. Sa doctrine se résume en trois points : 1" les philosophes dogmatiques ne sont pas en état de prouver leur point de dépari, qui, par suite, demeure forcément à l'état d'hypothèse; 2° il n'est pas possible d'avoir une connaissance objective des choses : nous savons ce qu'elles nous paraissent, nous ne saurons jamais ce qu'elles sont indépendamment de nos sens et de notre intelligence ; 3" pour arriver au bonheur, il faut donc renoncer à des spéculations stériles et suivre, sans réserve, la loi de la nature.
Sous une forme piquante, le pyrrhonisme rappelait aux philosophes que le problème de la certitude est fondamental, et, à la faveur de la rivalité qui existait entre l'Académie et la jeune et dug'matique école stoïcienne, il ne tarda pas à s'installer dans la chaire de Platon. L'apparition du problème critique a inauguré l âge de raison de la Grèce; sa réapparition, au lendemain de la mort d'Aristote, ouvre la période de décrépitude de la philosophie hellénique.
^'ii. — Le Scepticisme académique
En devenant sceptique, l'Académie ne fit qu'exagérer son principe et retourner en quelque sorte à son berceau. On se rappelle, en effet, que le scepticisme a été le point de départ. de Socrate et de Platon. A cette évolution se rattachent les noms d'Arcésilas et de Carnéade, chefs de la
• Mullach, Timonis Phliasii fragmenta, p. 83 ss. — Wachsmuth, De Timnne Phliasiû cœtevisque sillvgrâphis grœcis, Leipz., 1859.