LE MOUVEMENT SCIENTIFIQUE
I 23. — Le mouvement scientifique '
Pendant que la philosophie s'immobilisait ainsi dans un scepticisme stérile, les sciences, qui tour à tour s'étaient détachées de la primitive oocpCa, prenaient un essor merveilleux dans les îles grecques de la Méditerranée eten Egypte, où les mathématiques avaient fleuri lorsque la Grèce ellemême était encore barbare. La science expérimentale n'avançait, il est vrai, que très lentement. Ainsi que la philosophie, elle était comme paralysée par l'idée fixe que les sens sont trompeurs et que la raison n'a pas qualité pour les redresser. En toutes choses d'ailleurs le g-énie impatient des Grecs les portait au raisonnement et à la spéculation à priori, de préférence au labeur minutieux et persévérant de l'observation et de l'expérience. Mais les sciences où le raisonnement joue un rôle capital, les mathématiques et leurs applications à la physique, en un mot les sciences exactes firent les progrès les plus rapides. Elles seules échappaient aux étreintes de l'universel scepticisme. En dépit des attaques de lempirisme on ne pouvait douter raisonnablement de la vérité, que deux fois deux font quatre, et que les trois ang-les d'un triangle égalent deux angles droits.
En Sicile, où se perpétuaient les traditions pythagoriciennes, Hikétas et Archimède de Syracuse professent dès le m^ siècle avant Jésus-Christ un système astronomique assez semblable à celui de Copernic. Le second de ces savants dota la physique du procédé de détermination des pesanteurs spécifiques, des miroirs ardents, de la vis sans fin, et créa la mécanique rationnelle par sa théorie du levier. Un compatriote de Pythagore, Aristarque de Samos, proposa, à la même époque, de mesurer la distance de la terre
• MoDlucla, Histoire des sciences mathématiques, notamment les deux premiers volumes, Paris, 1738. — Delambre, Histoire de l'astronomie, 7 vol., Paris, 1817- :23. — Draper, Histoire du développement intellectuel de l'Europe, trad. Aubert, t. I, Paris, 1868. — Chasles, Aperçu historique sur l'origine elle développement des méthodes en géométrie, 2e éd., 1875.
au soleil par la dichotomie de la lune, et, ce qui est plus iniportant, — car cette méthode a été reconnue impraticable, — tenta de substituer au système géocentrique d'Aristote l'hypothèse du mouvement de Ik terre autour du soleil. Cette théorie, qui fut adoptée et développée par Séleucus, de Séleucie en Babylonie, mais traitée d'impie par les stoïciens et répudiée par Ptolémée lui-même, le plus célèbre sinon le plus distingué des astronomes d'Alexandrie, ne devait l'emporter sur sa rivale que dans les temps modernes, g-râce à Copernic, à Kepler et à Galilée.
Sur la rive opposée de la Méditerranée, Alexandrie, fondée dans la seconde moitié du iv= siècle par le conquérant qui lui a donné son nom, devint, sous les Ptolémées, un foyer de science en même temps que le centre de l'activité commerciale du monde. C'est là, bien plutôt que dans les écoles d'Athènes, qu'il faut chercher les légitimes descendants spirituels de Platon et d'Aristote. Athènes, qui avait banni le roi de la science, était supplantée pour toujours. L'esprit du Stagirite avait passé à son élève, et d'Alexandre à Ptolémée et ses successeurs. Le Musée qu'ils fondèrent dans la nouvelle capitale de l'Egypte est une institution merveilleuse, une tentative d'organisation de la science à laquelle rien ne se peut comparer ni dans l'antiquité ni dans les temps modernes. Des savants de toute nation y étaient entretenus aux frais de l'Etat, et des milliers d'étudiants y affluaient de tous les pays environnants. Les naturalistes y trouvaient un jardin botanique, une vaste collection zoologique, un amphithéâtre d'anatomie ; les astronomes, un observatoire; les littérateurs,. les grammairiens, les philologues, une splendide bibliothèque, qui, dans les premiers siècles de notre ère, atteig-nit le chiffre de sept cent mille volumes. C'est là que,\ vers 200, Euclide écrivit ses Éléments de géométrie, ses traités sur V Haynnonie, VOptique et la Catoptrique; qu'Eratosthène, bibliothécaire royal sous Ptolémée Philadelphe, entreprit ses remarquables travaux astronomiques, géographiques et historiques; qu'Apollonius de Perge donna son traité des sections coniques ; qu'Aristylle et Timocharès firent les observations qui servirent de