L'ÉCLECTISME
base à la découverte de la précession des équinoxes par l'astronome Hipparque ; que Ptolémée écrivit VAlmageste {\LzyôXy\ tnjvTaltç), qui demeura jusqu'à Copernic le code incontesté de l'astronomie, et sa Géographie, qui fut en usage dans les écoles de l'Europe pendant quatorze siècles. Dès cette époque, la sphéricité de la terre, ses pôles, son axe, l'équateur, les cercles arctique et antarctique, les points équinoxiaux, les solstices, l'inégalité des climats à la surface du globe, étaient des notions courantes parmi les savants. Le mécanisme des phases lunaires était parfaitement compris, et les distances intersidérales faisaient l'objet de calculs persistants, sinon couronnés d'un plein succès. D'autre part, les lettres et les arts, protégés par la cour, étaient cultivés avec le plus grand soin. La littérature et son histoire' la philologie, la critique devinrent des sciences. Les copies des chefs-d'œuvre nationaux, les traductions des monuments littéraires étrangers se multiplièrent, et la Bible hébraïque entre autres passa dans l'idiome grec. Grâce au contact du bouddhiste et du juif, de l'Hellène et de l'Egyptien, les religions les plus diverses se connurent les unes les autres, et il en résulta, d'une part, une théologie comparée, de l'autre, une fusion des croyances, une sorte d'éclectisme religieux, qui prépara les voies à l'unité catholique.
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Le mouvement scientifique d'Alexandrie fut arrêté brusquement au 11" siècle par la centralisation romaine. Le génie grec offrait dès lors les symptômes non équivoques de la décrépitude. Les lettres et les arts déclinèrent rapidement. La philosophie, souffrant du scepticisme comme d'un mal incurable, arrachée d'ailleurs au sol nourricier de la vie nationale, était frappée de stérilité. A partir du médecin Galien et de l'astronome Ptolémée, les sciences physiques demeurèrent stationnaires. D'une part la religion des pères
' Sources : Suidas. — Les Traités de Philon le Juif, de Plul^rque et d'Apulée. — Eusèbe. Pro'p. evnngsHca, XI, XV ; etc.
lU PHILOSOPHIE GRECQUE
était un objet de scandale et de dérision; de l'autre, la morale qui devait tenir la place de la religion, flottait incertaine entre les trivialités de l'épicurisme et les utopies du Portique ; l'idéal où elle aspirait, l'ataraxie, semblait la fuir à mesure quelle pensait s'en rapprocher. Dans cet état de sénile prostration, la pensée grecque se reportait avec amour aux jours de sa force créatrice ; elle prit goût pour riiistoire, pour l'archéologie, eii un mot pour le passé. Devenue scepticjuc à l'égard du scepticisme lui-même, impuissante d'ailleurs à produire des systèmes originaux, elle se fit éclectique et vécut de souvenirs. Les anciennes écoles, dont chacune avait naguère encore son principe, son cachet propre, son individualité à part, l'Académie, le Lycée, le Portique, après une lutte trois fois séculaire, se réconcilièrent peu à peu pour se fondre en un syncrétisme incolore*.
L'impuissance, d'ailleurs, n'était pas la cause unique de cette fusion des partis. Tant que le judaïsme conservait sa forme nationale et exclusive, il n'était guère à craindre. Maià, quand Aristobule "^ et Philon d'Alexandrie^ eurent essayé de concilier le mosaïsme et Platon, quand Jésus et son apôtre, Paul de Tarse, l'eurent dégagé de son enveloppe nationale, rien ne s'opposait plus à ses progrès dans le monde gréco-romain. Depuis longtemps l'opinion était au monothéisme. Le péripatétisme et le stoïcisme romain l'affirmaient hautement, mais ne s'adressaient en somme qu'au public lettré. Le christianisme était une religion
' Nous avons constaté celte fusion pour TAcadémie (§ 21), où elle s'opère dans Philon de Larisse et Antiochus d'Ascalon (ne siècle avant J.-C). Le stoïcisme de même, éclectique dés le principe, s'y prêta de bonne heure (Boëthus de Sidon, Panétius, Posidoniusl. C'est l'épicurisme qui demeure le plus longtemps fidèle à la pure doctrine du maître (Sénèque, Ep. 33). — ^ Théologien juif d'Alexandrie, contemporain de Ptolémée Philométor. Clément d'Alexandrie et Eusèbe nous ont conservé de lui des fragments. — ^Théologien juif, contemporain de Jésus. Il reste de lui de nombreux traités dont la plupart sont des commentaires sur l'Ancien Testament. Pour concilier les textes sacrés avec la philosophie de son siècle, il se sert, ainsi qu'Aristobule, de Vallégorie. Sa théorie du Xôyoç (verbe révélateur de Dieu, fils de Dieu, second Dieu), a passé dans le christianisme [Evangile selon saint Jean, I). — Philonis Judœi opéra omnia, éd. I^ichter(4 vol. Leipzig, 1828-29).