PLOÏIN ET LE NÉOPLATONISME
opinion (ô6|a) cl la connaissance plillosopliique (yvcôoiç). Pour admettre que la pensée ne saurait pénétrer dans le sanctuaire, il ne l'en considère pas moins comme indispensable pour nous mener jusqu'au seuil du temple; et si, arrivé au but, il remercie l'intermédiaire qui l'y a conduit, ce n'est pas à dire qu'il le dédaigne. De son côlé, Platon, nous l'avons vu, renferme tous les éléments du mysticisme alexandrin : l'amour philosophique, l'enthousiasme, le ravissement du sage dans le monde des Idées'.
L'univers procède de l'absolu, comme la lumière émane du soleil ; la chaleur, du l'eu ; la conséquence, de l'axiome. Dieu est lal)onté, le Père qui souhaite à toutes choses l'existence'^. Mais en toutes choses émanées de lui, il y a un désir vague ou conscient de revenir à lui (è.-tioTQoqjî'i). Tout gravite autour de lui et tend à se rapprocher de lui. L'individualité n'est pas l'existence définitive; elle n'est que la transition de Dieu, principe des choses, à Dieu, leur but idéal ; de Dieu, l'infinie ôûva^tiç, à Dieu, l'absolue èvépYei". Si le monde est un système harmonieux, c'est grâce à ce fait que toutes choses convergent vers le même absolu. Ce retour de l'être à sa source divine, c'est la pensée, la contemplation, l'intuition (eecoQîa), qui seule donne à l'âme la satisfaction suprême qu'elle réclame. Apercevoir, voir, contempler, est le but de toute action, de toute tendance, de tout mouvement. Chacun recherche l'absolu à sa manière. Il y a des natures méditatives et des natures pratiques ; mais les premières, selon Plotin, sont supérieures aux autres. Les unes et les autres aspirent au même but ; mais les premières y tendent par la voie la plus directe, la pensée; les autres, par des détours infinis : car l'action est une aberration de la pensée et dénote une impuissance relative de l'entendement (da0éve la OeoùQiaç). Voir n'est pas seulement le but final de la vie, c'est la vie elle-même (èx Becoeiaç xai, QewQiaèaxi). L'animal, la plante, tout ce qui existe, est doué de perception. Toute vie se réduisant, en dernière analyse, à la pensée, et Dieu étant le créateur de toutes choses, on
' Ennéades, I, 8, 2 ; III, 9, 3 : V, 3-3. — - Timée, 29 E.
peut dire avec Aristole, et sous les réserves faites plus haut, que Dieu est la pensée pure, sans autre objet qu'elle-même, l'intelligence en principe, la puissance d'intuition qui, sans voir elle-même, nous fait voir toutes choses.
H. Les trois degrés de l'être. 1. L'intelligence. — Emanation première de Dieu, l'intelligence est ce qu'il y a de plus grand dans le monde ; les émanations suivantes sont de plus en plus imparfaites; la création est une déchéance, une dégradation progressive du divin. Dans l'intelligence, l'unité absolue de Dieu se dédouble en intelligence proprement dite (voùç) et monde intelligible (votitôç xoohoç), sujet et objet (style moderne). Toutefois, comparée aux corps, l'intelligence est encore une unité presque absolue ; du moins, le monde intelligible et la raison qui le contemple ne sont-ils séparés encore ni quant au temps, ni quant à l'espace ; le yovç, et le x6aH-oç votitoç sont ViiH dans Tautre. Les Idées sont immanentes à l'intelligence qui les conçoit; l'intelligence, inséparable des Idées.
Le passage de l'unité divine à cette première dualité, le comment de l'émanation, est un mystère au même titre que Dieu lui-même. Toute explication rationnelle qu'on pourrait en donner serait insuffisante. Si la dyade, a-t-on dit, sort de la monade, c'est qu'elle y est déjà renfermée en germe. Mais alors la monade serait déjà dyade et non monade au sens absolu. D'autres identifient l'Un avec le Tout. Mais si Dieu n'est que la somme des choses existantes, c'est qu'il est un simple mot pour désig-ner le résultat d'une addition, et non le principe souverainement réel d'où les choses dérivent. En dignité sinon quant à la durée. Dieu est antérieur au Tout {^t^b jtdvTwv), bien (ju'on puisse l'appeler jtâv, en tant qu'il est l'essence de tout ce qui existe. On prétend explicjuer Témanation en l'appelant un partage de la primitive unité ; mais l'unité divine, qui n'a rien de numérique, est indivisible. On la compare au rayonnement d'un corps brillant (aeeîÀa^i^nç), à l'irradiation solaire, à une coupe (|ni éternellement déborde, parce que son contenu est infini et ne peut y tenir. Ces images, si belles qu'elles soient, sont empruntées au monde matériel et ne sauraient expliquer