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DÉCADENCE DE LA SCOLASTIQIJE

sie avait jeté des racines trop profondes, elle répondait trop bien aux aspirations de l'époque pour qu'il lut possible de la réduire au silence.

Les doctrines de Durand et d'Occam furent le signal de la lutte des réaux et des nominaux, qui remplit le xiv*^ et le xv^ siècles, changea les universités en vrais champs de bataille, — l'expression n'est pas une métaphore, — et ne s'apaisa qu'à l'époque de la Renaissance et de la Réforme. Le réalisme eut, pendant le xiv^ siècle, des partisans disting-ués, tels que Walter Burleigh, qui le défend au nom de la science et de la philosophie, Thomas de Bradwardine i, archevêque de Gantorbéry, qui le maintient au nom de la foi et accuse Occam de pélagianisme, Thomas de Strasbourg- - et Marsile d'Inghen 3, premier recteur de l'université de Heidelberg-, qui tendentà concilier les doctrines adverses. Mais, même sous forme de conceptualisme, il n'attirait plus que les esprits spéculatifs; de plus en plus le nominalisme, doctrine nette et précise, se recommandait à ce qu'on appelle le sens commun. Malgré la résistance opiniâtre du parti réaliste et du g-ouvernement, que ce parti avait réussi à intéresser à sa cause, la doctrine d'Occam finit par se faire admettre en Sorbonne, où elle est professée avec talent par Jean Buridan^ et, plus ou moins modifiée dans le sens dogmatique, par Pierre d'Ailly 2, V aigle delà France.

Le nominalisme abritait sous son drapeau les tendances réformatrices et devait triompher.

I 42. — Décadence de la Scolastique. — Réveil du goût pour la nature et les sciences expérimentales. — Roger Bacon. —Mysticisme

En vain le nominaliste Pierre d'Ailly combat-il les conclusions d'Occam ; en vain espère-t-il conserver ainsi à la scolastique une raison d'être que lui dénie le scepticisme.

' Mort en 1349. — - Mort en 1357. — ^ Mort en 1396. — ' Mort vers 1360. — On a de lui : Summula de dialectica, Paris, 1487 ; Comp. logicœ, Venise, 1480, et une série de commentaires sur Aristote, imprimés soit à Paris, soit à Oxford. ^ Mort en 1425. — Quœstiones super quatuor l. sent., Strasb., 1490.

Tractatus et sermones, 1490.

L'alliance entre les éléments constitutifs de la scolastique était irrémédiablement compromise. Occam, Buridan, Gabriel Biel * ne sont sceptiques, il est vrai, qu'à l'égard de la métaphysique; mais en affirmant que nous ne pouvons rien savoir de Dieu, de la providence, delà chute, delarédemption, de la résurrection, du jugement, et qu'il faut nous contenter de croire toutes ces doctrines, ils les rendent incertaines, problématiques, et ils favorisent, malgré eux, l'hétérodoxie. Dans leur esprit, la foi s'est séparée de la science ; dans d'autres penseurs, moins dévoués à l'Eglise, c'est la raison qui de plus en plus se passera de la foi. C'est ainsi qu'en 1347 Jean de Mercuria (Méricourt), de l'ordre de Gîteaux, est condamné pour avoir affirmé 1) que tout ce qui se fait dans le monde, le mal comme le bien, se fait par la volonté divine; 2) que le péché est plutôt un bien qu'un mal ; 3) que celui qui succombe à une tentation irrésistible ne pèche point. G'est ainsi encore qu'en 1348 un bachelier en théololog"ie, Nicolas d'Autricure, ose présenter à la Sorbonne les thèses suivantes : 1° Nous arriverions facilement et vite à une science certaine, si, laissant là le Stag-irite et ses commentateurs, nous nous mettions à étudier la nature. 2° Nous concevons bien Dieu comme l'être par excellence, mais nous ne pouvons savoir si un pareil être existe ou non. 3° L'univers est infini et éternel ; car un passag-e du nonêtre à l'être ne se conçoit pas. — Ges manifestations de la libre pensée étaient rares encore, mais d'autant plus éclatantes.

A la philosophie spéculative et ses efforts anti-scolastiques vint se joindre un puissant auxiliaire: le goût des sciences expérimentales, réveillé par l'étude des ouvrages d'Aristote sur la physique et par l'influence croissante des écoles arabes. L'enseignement de l'Ecole chrétienne étaitpurement dialectique et formel; il dressait l'esprit à la discussion, mais le laissait vide. Dès le xm*^ siècle, le moine franciscain Roger Bacon^, professeur à Oxford, en compritl'immense imperfection, et conçut leprojet de le réformer en y introdui-

' Professeur à Tubingue, mort en 1495. — - Doctor 7nirabilis, 1214-1294.

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