LE MOUVEMENT SCIENTIFIQUE
gellaii, qui réussit à faire le tour du monde. Ainsi se confirme, par des faits évidents, une hypothèse déjà familière aux anciens : notre terre est un globe isolé de toutes parts et flottant librement dans l'espace. N'était-il pas permis d'en inférer que les étoiles, elles aussi, flottent isolées, que les sphères d'Aristote ne sont qu'une illusion ?
La terre est reconnue être un globe, mais elle forme encore, dans la conviction de tous, le centre immobile autour duquel gravitent les sphères célestes. Tycho-Brahé vient porter à la cosmographie traditionnelle et populaire un premier coup, en faisant du soleil le centre des orbites planétaires ; mais ce système avec le soleil comme centre, il le fait tourner encore autour de la terre. Copernic ^ fait le pas décisif, en plaçant la terre parmi les planètes et le soleil au centre du système. Cette théorie, émise par quelques anciens "", et que Copernic ne donne qu'à titre d'hypothèse, est confirmée par les beaux travaux de Kepler ', qui découvre la forme des orbites des planètes et la loi de leur mouvement, et de Galilée, qui enseigne le double mouvement de la terre et au moyen d'un télescope de sa propre construction, découvre les satellites de Jupiter et détermine la loi de leurs révolutions.
L'héliocentrisme jette l'alarme dans les deux Eglises. Kepler est persécuté ; Galilée, forcé de se rétracter. Le système de Copernic ne menaçait-il pas, s'il était accepté, de ruiner les bases mêmes du christianisme"? Si le soleil est le centre des orbites planétaires, si la terre se meut, c'est que Josué n'a pas fait son miracle, c'est que la Bible
^ De orbium cœleslium rerolulionibus libri Vf, Nurenib., lo43. — -^22. — Aslronomia nova, Prague, 1609; etc. — Œuvres complètes, éd. Frisch, Francf., 1858, ss. — ' Galileo Galilei ; loG4-lG42 ; prof, à Pise, sa ville natale, et à Padoue, puis mathématicien et philosophe de la courde Florence et plus ou moins prisonnier du Saint Office jusqu'à sa mort. Héliocentriste convaincu, G. est en outre partisan de latoniisme démocritéen, qui, oràce à lui, devient la pierre angulaire de la physique moderne; franchement positiviste dans sa méthode, et moniste dans sa conception de l'univers. A tous ces titres, il dispute à Bruno, à Descartes et surlonl à Bacon le rang de père de la philosophie moderne — Œuvres complètes, éd. Alberi, Florence, 1843 ss. — Xatorp, Galilei a/s P/iilosoph (Philos. Mnnntshefle XN'III), 1882.
se trompe, c'est que l'Eg-lise est faillible ! Si la terre est une planète, c'est qu'elle se meut dans le ciel même et ne forme plus à son ég^ard une antithèse, c'est ([ue l'opposition traditionnelle descieux et de la terre sei'ésout dans l'univers indivisible. D'ailleurs, affirmer, au mépris d'Aristote, que le monde est infini, n'est-ce pas nier qu'il existe un ciel cUstuict (\y\ monde, un ordre de choses surnaturel, un Dieu là-haut ? Ainsi raisonnait l'Eglise : confondant la foi et les conceptions de la foi, Dieu et nos idées sur Dieu, elle traitait d'athées les adhérents de Copernic.
Mais en dépit de ses résistances, les théories nouvelles se répandent, les découvertes et les inventions se multiplient. C'était hier l'imprimerie, c'est aujourd'hui la boussole et le télescope. En attendant que JNewton complète la cosmologie nouvelle par la théorie de l'universelle attraction et transforme en axiome ce qui jusqu'à lui n'est qu'une hypothèse, les sciences, secouant le joug" du scolasticisme, avancent d'un pas timide d'abord, puis de plus en plus ferme et sûr. Léonard de Vinci et son compatriote Fracastor continuent en physique, en optique, en mécanique, Archimëde et les savants d'Alexandrie. Le Français Viète élargit les cadres étroits de l'algèbre, qu'il applique à la géométrie, et l'Anglais Néper (Lord John Napier) invente les logarithmes. Dans la sphère des sciences biologiques, le Belge Vésale, par son Be corporis humani fahrica (1553), crée l'anatomie humaine, et l'Anglais Harvey, dans son célèbre ouvrage publié en 1628 *, démontre la circulation du sang-, admise dès avant lui par l'Espagnol Michel Servet (Servedo") et par les Italiens Realdo Colombo ^ et André Césalpin '■*.
De toutes ces nouveautés, la plus g-rosse de conséquences est la théorie de Copernic. L'apparition des Rêvohilions célestes est Vépoque par excellence dans l'histoire intellectuelle de l'Europe. C'est d'elle que date le monde moderne. Uinflnité de l'univers n'est pas, sans doute, une doctrine
' De motu coi'dis et sanguinis, Francf., 1628. — ^La circulation pulmonaire (petite circulation) est affirmée dans un passage de Chi'istianismi restitutio, achevé dès 1546. — '1494-1559: successeur de Vésale à Padoue (1544) cl auteur de De re anatomica (1558). — *Dans ses Queestiones medicse, 4598.