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Théorie des raodes

L'étendue, en se modifiant, devient mouvement et repos; la pensée, en se modifiant, devient intellig"ence et volonté: le mouvement, l'intellig-ence, la volonté, c'est-à-dire le monde relatif tout onûev [tiatura naturata), sont les modes ou affections de la substance ou, ce qui revient au même, de ses attributs. Ces modes sont infinis comme les attributs qu'ils affectent. Le mouvement, l'intellig-ence, la volonté, l'univers physique et l'univers intellectuel n'ont ni commencement ni fin. Les modes infinis constituent chacun une série infinie de modes finis. Le mouvement, c'est-à-dire l'étendue infiniment modifiée, engendre cette infinité de modes finis que nous appelons les corps ; l'intellig-ence et la volonté, en se diversifiant à l'infini, engendrent les

' Éth., Il, Prop. 7, Schûlie. — ^ J/jUI., Il, l'rop. T.

esprits, inlellig-ences et volontés particulières et finies. Les corps et les esprits (idées) ne sont ni des substances relatives, ce qui serait une contradiction in adjecto^ ni des modes infinis, mais des modes ou modifications passagères de la substance cosmique ou, ce qui revient au même, de ses attributs '.

En distinguant entre les modes infinis et les modes finis, Spinosa veut dire que le mouvement est éternel, tandis que les formes corporellesqu'il constitue commencentet finissent, que d'éternité il y a eu des intelligences et des volontés, mais que chaque intelligence individuelle a une durée limitée. Les corps ou étendues limitées sont à l'étendue infinie, les intelligences individuelles à l'intelligence infinie et les volontés particulières à l'éternelle volonté, ce que nos pensées sont à notre âme : de même ([ue celles-ci n'existent que par l'âme, dont elles sont une modification temporaire, de même, cette âme, ainsi que le corps, n'existe que par la substance, dont elle est une affection momentanée. (Comparés à Dieu, les corps et les âmes ne sont pas plus des substances que nos idées ne sont des êtres distincts de nousmêmes. Dans le langag-e rigoureusement philosophique il n'y a qu'un seul substantif, et tout le reste n'est qu'adjectif. La substance est cause d'elle-même, absolue, éternelle, nécessaire : le mode est contingent, passager, relatif et simplement possible. La substance est nécessaire, c'est-à-dire, elle existe parce qu'elle existe ; le mode est contingent et simplement possible, c'est-à-dire, il existe parce qu'autre chose existe, et il peut être conçu comme n'existant pas.

En présence de cette opposition entre la substance iîmnuable et les modes, on se demande quelle est, dans la pensée de Spinosa, la mesure de réalité inhérente au mode. Le mode, en effet, ne se conçoit pas sans un sujet, une substance (|ui se modifie ; or la substance est invariable, elle ne se modifie pas ; donc le mode n'est rien ; le mouvement, le chang-ement, le processus cosmique, l'être particulier, l'individu, le corps, l'âme, en un mol la natura naiu-

' Èpitve LXXI.

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