Approfondissant ces données du maître, Parménide
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-' Sexlus mpir., Adc. math., VII, lit. — Simplicius, la Pliys., f. 7. !», 19, 2r'>, 31, 38. — Proclus, Comment, in Plal. Timœum, p. tOo. — Ch-m. d'Alex., Slrom., V, p.r^â D, G14 A. — MuUacli, Frofjm. phil. rjr., I, p. t09 ss. — l'.ittrr et i'rciliM'. p. srj ss.
LA PHILOSOPHIE ÉLÉAÏi: 25
en fait le point de départ d'un système rigoureusement moniste. Puisqu'en Dieu il n'y a pas de changement et que Dieu est tout, ce que nous appelons changement (dUoioi5o6ai) n'est qu'une apparence, une illusion (b6%a), et il n'y a en réalité ni devenir ni mourir. L'être éternel seul existe : à cette thèse il consacre un poème philosophique, dont les Fragments sont le monument le plus ancien (jue nous possédions de la spéculation métapliysique pr(jj)rement dite chez les Grecs. Dans la première partie, consacrée à la Vérité, il démontre, par uiie dialectique spécieuse, que les idées de changement, de pluralité, de limitation, sont contradictoires à la raison. Dans la seconde, qui traite de ce qui n'est qu'apparence, il essaie, puisqu'aussi bien cette apparence existe, de donner une explication de la nature.
Partant de l'idée d'être, il établit que ce qui est ne peut être devenu ce qu'il est, et ne peut pas non plus cesser d'être ou devenir autre chose ; car si l'être a commencé d'exister, il est sorti soit de l'être, soit du non-être ; or, dans le premier cas, il est issu de lui-même, il s'est engendré lui-même, ce qui veut dire ([u'il n'est pas devenu, ({u'il est éternel. Le second cas suppose cpie ([uelque chose puisse naître de rien, ce qui est absurde. Pour les mêmes raisons, ce qui existe ne peut se modiher ni périr, car la mort le ferait passer soit à l'être soit au néant. Si l'être se change en être, c'est qu'il ne change pas, et supposer qu'il passe au néant est aussi impossible que de l'en faire sortir. Par consécjuent l'être est éternel. 11 est d'ailleurs immobile, car il ne pourrait se mouvoir <|ue dans l'espace ; or, l'espace est ou n'est pas ; s'il est, c'est qu'il est identique à l'être, et dire de l'être qu'il se meut dans l'espace, c'est dire que l'être se meut dans l'être, ce qui veut dire qu'il reste en place ; si l'espace n'est rien, c'est qu'il n'y a pas non plus de mouvement, car le mouvement n'est possible que dans l'espace. Le mouvement ne se cpnçoit donc d'aucune façon et n'est qu'une apparence. L'être est un tout continu (av\eyéz) et indivisible. Il n'y a pas de solution de continuité entre l'être et l'être : il n'y a point d'atomes par conséquent. Admettons, par hypothèse, qu'il V ait un vide, une solution de continuité entre les préten-
dues parties de l'univers. Si cet intervalle est quelque chose de réel, c'est qu'il est ce qu'est l'être, c'est qu'il continue l'être au lieu, de l'interrompre, c'est qu'il unit les corps au lieu de les diviser en parties ; si le vide n'est pas, c'est qu'il ne les divise pas davantage. Il n'y a donc pas d'intervalle entre l'être et l'être, et tous les êtres n'en forment qu'un. L'être (l'univers) est absolu et se suffit à lui-même ; il est sans désir ni besoin ni affection d'aucune sorte. Relatif, il ne pourrait dépendre que de ce qui est ou de ce qui n'est pas. Pour l'être, dépendre de l'être c'est dépendre de soi, c'est être indépendant ; dépendre de ce qui n'est pas, c'est encore être indépendant ; ce qui exclut de lui tout désir, tout besoin, toute affection. Quand on est tout, on n'a rien à désirer. Enfin, l'être est un *: car un second être, un troisième être, ne serait que sa continuation, c'est-à-dire lui-même. Donc en résumé, l'être ne se conçoit que comme éternel, immuable, immobile, continu, indivisible, infini, unique. Il n'y a, pour le penseur, qu'un être unique, l'Un-tout en qui s'absorbent toutes les différences individuelles. L'être pensant et l'être
pensé sont la même chose {ravxby ô'êatî voelv te xal owexév èoTi
voTjfia) ,
Dans la seconde partie de son poème, Parménide traite de l'opinion (Ô6|a), qui dépend des sens et dont l'objet n'est qu'apparent. L'univers qui, pour la raison, est une unité indivisible, se divise, pour les sens, en deux empires ou éléments rivaux : la nuit ou le froid, et la lumière, le feu, la chaleur. L'univers qui, pour la raison, est sans commencement ni fin, a son devenir apparent, sa genèse, et cette genèse est la victoire successive du principe de la lumière sur le principe des ténèbres. La nuit est la mère, le principe lumineux est le père de toutes les formes (eïô^i). Le monde offre jusque dans ses moindres parties les vestig-es des deux éléments qui lui ont donné le jour. Le chaud et le froid, le clair et l'obscur se trouvent partout mêlés dans des proportions constantes. L'univers est formé d'une série de sphères concentriques, où les sphères lumineuses et chaudes alternent
' Simplicius, In Phys., f. 19 A, 31 B.
LA PHILOSOPHIE ELEATE 27
avec les sphères ténébreuses et froides. La sphère extrême qui renferme toutes les autres (t6 jteQiéxov) est solide, froide et obscure, mais confine à la sphère lumineuse des étoiles fixes, située en deçà (olviiKaç èayaxoq) . La sphère centrale, de même, est solide et froide, mais enveloppée d'une sphère de lumière et de vie. Cette sphère lumineuse qui se développe autour du noyau solide du monde est la source d'où procède le mouvement (c'est-à-dire l'illusion'), le foyer de la vie universelle (éoTÎa toi) .-lavTôg) , le sièg'e de la Divinité (Aai^œv), Reine du monde (xueeQviîTîiç), Justice (Am]), Nécessité (Avdvxii), Mère de l'Amour ('Acpooôîni h
Ces doctrines, qui reproduisent en partie les spéculations ioniennes et pythagoriciennes, ne nous sont pas données comme vraies, mais comme des hypothèses destinées à nous orienter dans le monde de l'illusion. Elles n'ont pas pour Parménide l'importance qu'elles ontpourl'ionisme. N'admettant pas le mouvement, rejetant dans le domaine de l'illusion ce qui fait l'essence de la nature, il ne connaît d'autre science que la métaphysique, d'autre métaphysique que celle du raisonnement a priori. Par cette opposition qu'il établit entre le réel et l'intelligible, il est le principal antécédent de l'idéalisme platonicien, sans être d'ailleurs spiritualiste au sens moderne. Le spiritualisme distingue entre la substance du corps et celle de l'àme ; la métaphysique éléate ne connaît aucune distinction de ce genre. L'être qu'elle affirme n'est ni corps niàme, ni matière ni esprit, il est l'être, rien que l'être, et tout le reste n'est qu'accident, apparence, illusion. Et même, si l'on prend le mot matière au sens métaphysique etalambiqué de substance ou suhstratum universel, on peut ranger Parménide parmi les matérialistes, tout comme son moderne imitateur Spinosa. Mais on aurait tort de l'appeler matérialiste au même titre que Démocrite et les matérialistes modernes, puisque le matérialisme proprement dit n'existe qu'en opposition au spiritualisme, dont la date est postérieure à Parménide. Le monisme de Parménide et d'Heraclite est comme le bloc de marbre qui peut devenir cuvette
' Comp. la Maja des ladiens, mère des illusions.
2S l'IllLOSUl'Hll^ (.lŒCULl-:
OU Jupiter, comme la cellule mère d'où peut sorlii-, selon les circonstances, un Socrale ou un Eroslrate : il peut, eu st' déterminant et en se précisant, devenir monisme de la maliérc ou monisme de l'esprit.
o. En attendant que IMaloJi en lasse sortir ridéalismr, Mélisse de Samos ' (^440) l'interprète dans un sens tout matérialiste. ( îe philosophe, qui est en outre vaillant capitaine et politique. habile, oppose aux cosmogonies ioniennes la doctrine éléate de l'éternité du monde. Si le devenir est impossible, il est désormais inutile et absurde de s'enquérir de la manière dont l'univers est devenu. L'être (tô £v) est infini quant à la durée et — ce qu'il n'était [)as selon Parménide qui le concevait comme une sphère — infini dans
l'espace ((oojteq ëoTivaleî, ovto) xal tô [léYeÔOs an:ciQ>ov aîei y.oi) eîvai) . Ce
dernier trait, qui ne laisse aucun doute sur le matérialisme de Mélisse, donne à son système un cachet tout moderne et le distingue de la plupart des systèmes anciens, notamment de celui d'Aristole : car pour le Grec, qui juge des choses en artiste, l'infini est l'imparfait, ce qui manque de fini, et l'univers, qui est la perfection même, est bien cette sphère accomplie dont le sens de la vue nous montre la moitié et dont la terre est le centre.
4. Zenon d'Elée -, auditeur et disciple de Parménide, est le controversiste de l'école, l'inventeur du })rocédé de démonstration par réduction à l'absurde, le père de la dialectique et de la sophistique. L'Un seul se conç^^oit ; l'étendue, la grandeur, le mouvement, l'espace ne peuvent se concevoir. Supposé qu'il existe une grandeur (limitée), de toute nécessité elle sera infiniment grande, et infiniment petite, infiniment grande parce que, divisible à l'infini, elle se compose d'un nombre infini de parties; infiniment ])elite, [)arce que des parties inétendues, même mulli])liées à l'infini, ne sauraient composer une étendue, une grandeur.
Le mouvement ne se conçoit pas ; car la ligne (jui sépare
' Auteur d'un livre; ^eyi toù ôvtob (eu dialecte ionien), cité à dilléreutes l'cprises [)ar Siinplicius,, //< Phya.. 1". 22 el passim. — ' Ai'istole, phys., VI, 2, 9. — Simplicius, In phys., f. ;30. \'M), 2o5. — ÎNIullacLi, I. |>. 266 ss. — HiUer el Preller, p. 100 ss.