W5.,II
(6) iKfa/z., 34^
(7) Fragm.y p. 74* ; ^P* Slob. Serm», 1$ 48.
CTNIQtJÊS ET STOÏCIBlVâ NÔUVSilUX. lll
rapport a Textérieur, qui est soumis à notre puissance (1). La philosopliie donc d'abord purifie lame, et il y a deux choses qu'elle doit nous enlever , la présomption , qui croit n'avoir besoin de rien, et la défiance en ses propres forces, qui fait que nous ne nous croyons pas capables de nous procurer le repos de l'âme , quand cependant nous avons reçu tant et de si grands moyens de salut (2).
Plus il est difficile de purifier Tâme du mal de la fausse opinion, plus Epictète doit naturellement chercher à raffermir l'homme dans le bien par des connaissances justes^par des idées'faciles à comprendre. Il enseigne à ce sujet que les idées générales (icpokri^itç) sur le bien et le mal sont communes à tous, en sorte qu'il ne peut y avoir difficulté là dessus. A ce propos, il dit non seulement que chacun reconnaît que le bien seul est utile est désirable, que le mal au contraire est nuisible et redoutable, mais aussi que chacun accorde que le juste est beau et convenable (3). Le conflit des opinions a donc lieu , lorsqu'il est question de l'application de ces idées générales à des cas particuliers ; et alors il s'agit de combattre la suffisance de l'ignorance, qui tranche comme si son opinion était légitime. Le philosophe commence, à cette fin , par faire voir que des opinions différentes et contradictoires entre elles sur le bien dominent dans l'individu, et que Tindividu même se contredit en jugeant sur différens cas. Tel est l'art contradictoire de Socrate ; telle est la manière dont il savait conduire à l'aveu de son ignorance (4). Ce n'est qu'autant que l'on est parvenu à la
(i) Diss., lly 1, p. 167.
(2) Jb,j III, ]4, p* 4ifi s. A^o Toura iÇcXeTv rwv âvOpcoireSv, otih^
airivTca 9b xh ùiroXoefx6avccv fXT) ^voctov ffvat ei)pc?y et to^outcm ircp(C9n9-
(3) Ihéy I. 22^ II, II. Une tii^ro^ fi/vota du bien, de la justice^ du bonheur, etc., est admise par opposition aux connaissances acquises , par exemple aux mathématiques.
(4) Ib.y II, II , p. 2^4 s., 17; m, 14, p. 4i6 s-, ai, p. 44i> Sttxparcc ouvcSbvXcuc {se* h Btlç) tviv ïkiyrriim x^^fay^ccv.
t78 LIVRfi Xll. CHAPITRE ni.
connaître, que Ton cherche à apprendre comment le bien Goit être distingué du mal. De même qu'on cherche par la géométrie et la musique Une mesure pour les grandeurs et les tons» de même on doit s'efforcer de trouver par la philosophie une mesure pour le bien et le mal. Il s'agit pour cela de partir des idées physiques du bien et du mal, comme de principes généraux , et d'arriver, par des propositions moyennes justes , à des raisonnemens légitimes sur le bien et le mal en particulier. La réflexion aboutit à ce résultat , que la volonté seule et ses œuvres sont en noire pouvoir, mais que les choses extérieures, les senti* înens <de iiotre vie , ne sont pas en notre pouvoir. Par ce moyen s'affermit cependant en nous ce raisonnement juste^ <]ue le bien ne consiste que dans les œuvres de notre volonté^ à l'appui de quoi Épictète invoque encore plusieurs iautres considérations (1). Tel est le but des sentences moraies particulières quj traitent toutes le même thème sous des pohits de vue spéciaux y et qui ont pour objet de faire voir comment Àotre félicité interne, le bien de notre âme, ne peut être altérée que par notre propre faute.
il n'est pas nécessaire de donner une idée plus détaillée de ces propositions, puisqu'elles manquent d'exécution scientifique. Nous en tirerons seulement quelque chose de caractéristique. On s'attend que la consolation ordinaire clés stoïciens ne manquera pas à Epictète ; que quiconque irouv« la vie insupportable est libre d'en sortir. Mais le sage ne quittera pas si facilement, sans raison suffisante , < sans signes certains de la volonté des dieux , son corps » qui est le poste à lui assigné dans le monde (2)é II ne
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xoe Xotirlv ^ccXcTv, ore ruv ^vtcm toc pév tlatv Ifp iiwf^ toc Sk oùk hf ^fkh * If 4fAA» fA^v i^odUf C9IÇ xoù irovift «« îi^jsoa^eTtxoe flpyoc, oùxlf '^fiTv
â7rXca;9txo(va>vg(. Suiveai des explications plus étendues qui ont pour hut de faire tomber les préjugés contre cette doctrine. ^ (a) fb., I; !I99 p. i5âi; 111^ 349 p« 5io s.
CtNÏQUËS ET STOÏCIENS IfOtVSAVX. 179
trouvera pas ta yie insupportable ; il ne sera à charge à per sonnei ni aux hommesyni aux dieux. Lui ravit-on injuste* ment quelque chose , qu'il pense alors qu'on le lui avait prêté , et que maintenant on le lui reprend. A quoi bon se mettre en peine pour qui le préteur reprend la chose? Tant qu'il la possède, il s'en sert comme d'un bien étranger ; il se Considère comme un voyageur dans une hôtellerie^ comme un convive à la table d'autrui; cequi lui est offert y il le prend avec aisance lorsque son tour vient ; quelquefois aussi il le refuse ; dans le premier cas, c'est nn convive digne des dieux; dans le second, il a l'air de partager leur domination (1). Il lie fera donc pas de mal à son ennemi ; il lui fera au contraire du bien , parce qu'il sait que le mépris convient beaucoup moins à celui qui ne peut pas faire de mal qu^à celui qui seulement ne peut pas faire de bien (3). Nous devons avoir de l'indulgence et de la pitié pour ceux qui pèchent , parce qu'ils ne lé font que comme des aveugles, par ignorance (3). Nous devons être très réservés lorsqu'il s*agit de blâmer autrui, car il s'agit dé juger leurs principes, et les principes ne se laissent pas £aicilemeht juger par les actes extérieurs (4). Si nous nous trouvons malheureux, ne nous en prenons à personne; nous sommes seuls coupables, il n'y a que nos idées, nos prînc^ pes, qui nous rendent malheureux. Il n'y a querhommein» culte qui se plaint d'autrui ; celui qui commence à se former se troute seul digne de Mâme ; et celui qui est eiv> tièrement formé ne blâme ni les autres ni lui-méne(5).
(i) Man.f II, i5..
(a) Stob. serm.^ XX, 6i.
(3) Dîss.y 1, i8 , 28.
(4) 7J.,IV, 4j«-
(5) Man.j 5. drocy ouv lfAWoitÇw|Jieôa 5 rapaffcwfAeGa 5 XuTTwfAcôa,
pj^étroTC aXXov aîriwjJicQa, ôXX' sdhjTOu;, tout' Îcti xk lauTwv 5oypiora. Àirai^ïUTôv ?(>yov xl aXXotç èyxaXccV, cy' oîçauTOç n^aatsti xaxuç, «pypcvou irai4fwf<j0a« t^ buTw, wcîrai&yfAcvou to [m^i «AXm, [mxt
ioeuTu,
It2 IiIVaB XII. CHAPITRE III.
nous soucier que de nous-mêmes (1). Cest folie de vouloir que nos enfans ne pèchent pas ; nous ne pouvons pas en venir à bout , nous entreprenons l'impossible. S*ils se sont adonnés au vice , il ne peut pas se faire que la chose ne soit. pas arrivée, et alors à quoi bon nous qn troubler (2)?Devons-nousappréhender que si nous pe punissons pas nos enfans ils ne deviennent méchansP Mais il vaut mieux que ton fils soit méchant que toi malheureux (3). Ce serait une folie de me donner do la peine pour les biens extérieurs d'autrui : dois-je donc oublier mon propre bien pour procurer aux autres quelque chose qui n'est pas un bien pour eux (4) ? Telle lest la tendance des principes d'Ëpictète que nous avons considéras jusqu'ici. JNous ne voulons pas dire pour cela qu'il n'y eût pas çn lui une autre inclination ; nous la remarquons même lorsqu'il nous recommande , en conséquence de cette inclination; de sympathiser avec autrui dans l'infortune. Il permet cependant qu'en compatissant extérieurement nous n'éprouvions cependant intérieurement aucune véritable compassion ; il nous en £ait même un devoir (â) . C'est une chose digne de remarque^ qu'il permet plus volontiers d'être favorable à la douleur des autres par l'apparence extérieure, que d'y prendre une véritable part.
(i) Man-t i4*
(2) L. 1. OvTw xfy r«v irotriîoc 5eXi3ç \Kh ijtap^iHt;»^ fM»^ç cWcX«ç yocp TYjv xoxcav /fv) ciya( xatxtoçv, oXX akXo ti.
(3) 3fan»f 11. KpertTQV & xov içcuSa xoqcov tiym i q\ ^(^xoSatftVvot,
(4) Ib.^ 24; Diss., III, p. 364. ÀXX* èyw mh c^bv <jg|ocôbv Hic^t'À», cva C7\> 0x5? J ^^'' Wpoj^Mpyîffw aoi^
(5) Man,^ 16. Orav x>.a(ovTa 'tS-çç rwà cv irevOce ri âwotîiî/iouvTOç Tcxvou 4 âifoXcu^^cxoToe rà tonrroîi , irpoiTCjfc fAiî tn yi favraima avvotpnétayi
«Ç cv XftXOrç OVTOÇ OCUTOU ToTç CXTOÇ * ÔXX' CÛÔÙç effTW 7rp0;f€«p0V, OTC
TOÛTov 5X(Çst o\) ro oujuÇsêyjxoç • aXXov yotp où 5Xt&« * déXXà rb «îoyfjia rb ircpj TOUTOU. Mt^pi fiévrot Xoyou /xyj oxv£« ovii-KtpttfiptoBat aûxw , xav ouTû) TUj^ip , xae <7uv£7r(«'T€và5aî * Tcpoçcyt fxévxoi , /aii xott tffuOev ortrvaÇvîç.
CYNIQUES ET STOlclENS NOUVEAUX. 18S
Si nous voulons maintenant reconnaître dans celle condescendance un autre caractère Je sa façon de jK'n.ser, nous pouvons bien attendre aussi d'un homqiie qui a si bien étudié les mouyemeus de son cœur, tel qu'Épictcle^ qu'il donnera à ce trait un caractère général dans §a doctrine. Il demande du sage, non Tinsensibilité d*une slutue; nous devons, au contraire, nous comporter dans noi re vie conformément à nos rapports naturels et sociaux, exercer la piété envers les dieux , et remplir nos devoirs de fils, de frère , de père et de citoyep (1) . Nous devons tout faire et tout souffrir pour la patrie et Tamitié (2). S41 s'est adonné à la philosophie de préférence à toqt autre chose, il peut bien avoir en cela songé au r^pos de sa propre âme ; mais il n'a pas moins non plus ^ous les yeux d'être , dans sa perfection , un modèle et un gqide au bien pour la jeunesse (3). Il trouve une si étrqi|e )iajson parmi les hommes , quMl ne craint pa§ de dir^ qqe si l'on veut vivre tranquille et content, il faut s'pfrQ|*ppr de rendre bons tous ceux qui vivent avec nous (4) . ]\Iai$ comment concilier avec cela cette autre maxime, qiie f^puç ne devons nous mettre en peine que de notre intérieur, que nous ne devons absolument pas nous soucier de ce qifi est hors de fious ? Épictète en trouve un moyen dans la doctrine stoïque, mais qui lui aurait dû sans doute apprendre aussi que tout ce que nousappelons extérieur ne nous est pas si absolument étranger qu'il parait l'être.
Lorsqu'il réfléchit aux difficultés qu'il y a à vaincre nos inclinations aux mauvaises idées, il i^e songe pas seulement à nous rappeler par là ce qui est en notre pif js^finç/e
(i) Diss.y m, 2 , p. 359. Où yàp $t7y;i cTvat àitaBii «çôvAjtovTa. â>Xût Toeç oyi^ttç Tïjpouvra ràç fJdixûLÇ xat IttcOctouç, pç cûfffSî, wç utov, wç â^eXyov, •f)<; icarépa , wç iroXtTTîv.
{1) Mon. y 3*2 ; Diss.^ H? 7-
(3) Dfss.^lU, 21, p. 4i'-
et qui est notre bien, ainsi qu'à nous inculquer toutes sortes de bonnes règles pour apprécier les choses à leur juste yaleur, mais il invoque aussi à cette fin Vassistance de Dieu (1). Sa morale prend aussi un essor plus libre , puisqu'elle se rattache à l'antique piété des stoïciens, sans cependant contredire la tendance qui avait déjà^ depuis long-temps, éloigné Tesprit de son siècle du culte superstitieux des anciennes divinités (2). Quand nous venons à penser que Dieu est le père des hommes et des dieux, que nous sommes ses enfans, comment alors ne nous sentirions-nous pas élever? Cette pensée ne permet rien d'ignoble, rien de bas (3). L'essence de Dieu est le bien; il nous a donné tout le bien qu il pouvait donner , une partie de lui-même, ce démon, ce Dieu qui réside en nous. Ferme ta porte, empêche la lumière extérieure d'entrer, non seulement tu ne seras pas dans les ténèbres, mais encore tu trouveras Dieu et la lumière qui éclaire toutes tes actions (4) . Nous sommes redevables de tout à Dieu ; tout vient de lui , et nous devons en user suivai^t sa volonté. Les sens et ce qui appartient à leur usage, les choses extérieures, ne nous ont pas été donnés sans des-
(i) Diss.y II, i8, p. 281. Tou S'eoîi jx£/*v>3ffo • exervov èirexoXoil |3ot7- 6b V xa\ irapaffraTiav.
(2) Épictète parle bien quelquefois des dieux; il recommande aussi de sacrifier et de faire des oblations suivant l'usage du pays, et avec exactitude et piété ; il croit aussi à la véracité des oracles; cependant, il parle plus souvent de Dieu que de Jupiter; il rejette le culte de la chair, et ne veut pas entendre parler des peines du Tartare ^ deux points qui étaient depuis long-temps le sujet ordinaire de la polémique. £n général, il n'est pas favorable à l'espoir de l'immortalité de l'âme. Man.^ 3i, 3a ; Diss., 1, 19, p. io4; 2ÎI5 p. 118; II, 7; III^ i3, p. 4i3.
(3) Diss.y I, 3.
(4) Ib,y I, i4) P» 83. Ûqt otov xhionre ràç 3upaç xac (Jxotoç fv5ov irovnanre , fAépijoOe (uuQ^ciroTe Xcyetv, ot< fiovoc ê<rré, ou )>ap lare * ôXX' 0 Belç cv3ov taxi , xac 6 viurtpoç jacfMov ïavi ' Tuà tjç towtojç ^tia fwroç €tç rb pXeirecv, tc TTOterre;