CYNIQUES ET STOÏCIENS NOUVEAUX
sein ; nous devons donc aussi tâcher d en usen Mais plus nous devons à Dieu, plus nous devons nous efforcer de faire un bon usage de son plus beau don, la raison, qui estime lout à sa juste valeur, à l'usage de laquelle tout le reste est destiné, tandis qu'elle seule ordonne librement, et accomplit tous les travaux par les autres facultés (1). Le corps que les dieux nous ont donné n'est , certes , qu'une faible partie du tout, et qui n'est absolument rien en comparaison de la grandeur du monde ; mais les dieux nous ont aussi donné ce qu'il y a de plus grand , l'âme et la raison , qui n'est pas mesurable en longueur ni en largeur, mais dans le sens des connaissances et des sentimens par lesquels nous pouvons atteindre ce qu'il y a de plus grand et devenir semblables aux dieux ; nous devons donc aussi les cultiver d'une manière particulière, et y chercher notre bien (2). Dieu nous ayant donc favorisé des dons les plus magnifiques , nous devons croire aussi qu'il a tout arrangé pour notre plus grand avantage, pourvu que nous n'accordions à chaque chose que son véritable prix ; mais il conclut de là que nous ne devons pas changer les rapports extérieurs dans lesquels nous nous trouvons , parce que ce ne serait pas les rendre meilleurs que Dieu ne les a faits; nous devons seulement conformer notre sens aux rapports établis (3) . Si nous ne voulons que ce que Dieu veut, nous serons vraiment libres» et tout nous succédera à souhait ; nous ne pourrons pas plus être contraints que Jupiter (4) .
Par cette élévation religieuse , Épictète trouve donc
(i) Diss.y II, a3.
(2) Ib,^ I, la, p. 7*). Owx oldGa, rAaov fjipoç irpoç Ta oXa ; toîIto ^ Mtrà Tb awfAoe. Ûç xara ye tov Xoyov ohSk ytipoyv twv 3e(wV, oùfe fAtxpoTepoç • Xoyot> yàp fAcytôoç où fAio'xei , oùè* u^« xpntxat , àXXà Séyfta^ fiiaatv. Ov» ^élttç ouv îcaô' a eaoç cT Torç 5€o7ç, ixu wou TtOçoôat t^
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(3) /ô., p. ^5; ilfan., 3i. ^
(4) Ib.y lly 17, p. 270.
48^ LIVRE Xn. GHiPITRS III.
a^ssi le moyen de réunir au reste du monde chaque individu, qu'il semblait vouloir en séparer entièremeni; , lorsqu'il cherchait à le former seulement à la pulture morale de ses idées. Mais l'univers entier est aussi une œuvre divine; Di^u Ta formé pour une harmonie générale. I/étre raisonnable n'y doit pas absolument suivre sa volonté ; i»ais de même que dans tous les arts l'homme intfBlligent se soumet à la juste mesure, de même aussi rhomme de bien doit se soumettre à Tordre légitime du ly^onde (1). Le tout est meilleur que la partie, la cité meilleure que le citoyen ; tu es une partie du tout, un citoyen de la cité universelle ; harmonise-toi donc avec le jtout; ne veux pas ton plus grand bien, mais celui de rjStat, dont tu fais partie. Rappelle-toi que tu n'as qu'une placé déterminée dans ce inonde; que ta dois vivre en harmonie avec lui ; que là sont tous les devoirs de fils et de frère , de citoyen et d'ami. Il suffit seulement de les connaître et de les pratiquer pour être en parfaite harmonie avec le monde* Si Thomme de bien connaissait Tavenir, il contribuerait tranquillement et avec satisfaction même à sa maladie, à sa mutilation et à sa mort, sachant que Tordre de Tunivers le veut ainsi (2) . Nous devons donc tous reconnaître que chacun de nous a un rdle particulier à jouer dans le monde, et que personne ne doit aspirer à un rèle plus grand que celui qu'il peut remplir ; qu'il a fait assez s'il a fait ce que sa nature lui permettait de faire (3) .
Chacun demandera naturellement comment il saura quel rôle lui a été assigné dans le monde. Cette ques-
(]) Diss.^ J, 12, p. 7a s.
(a) Ib,^ 11, 9, p. igS; 10 , p. ai5 s. Aià to5to koiA»ç Xéyou^cv o2 ^(Xq^to^oi , 0T< ec irpoiQJci 0 xotXoç xac ayd9lç toc Ivo/tiiva , cwriçiyu ov xal tÔ> voffciv xac tio àirsiG vr/9xc(v xoù TOjpouoOat , oetc6ocvc^o; yt , ort dt;r% T^ç Tuv oXe^v ^{ara^eb>ç touto airove'fitcTac. Kupccarcpov ^ rb oXov toû [d" povç xa< ri TToXtç tou 'TroXc'rou.
(3) i^., I, 2; Man.y 24, 37.