CHAPITRE IT
LA PHILOSOPHIE ÉRUDITÈ IT LES NOTTTEAUX SCEPJIQCTS.
Nous ayons déjà fait suffisamment connaitre Fimportance, pour cette époque, de la philosophie savante,^ et sou rapport au caractère et à la position des Romains, pour qu'on ait dû en conclure que le développement et la vie de cette époque ne peut être cherché de ce côté-là ; cependant Tantique , lors même qu'il doit être suranné, continue jusqu'à un certain point à vivre avec nous; il s^attache à notre développement, ne serait-ce que pour agir en sens contraire et rétrograde. Il est donc nécessaire de connaître la sphère des traditions à travers lesquelles on arrive aux temps dont nous voulons rechercher le caractère.
Nous avons déjà dit précédemment comment se propagea l'école d'Epicure et celle des stoïciens. Il nous reste cependant à rappeler qu'à côté de celle-ci, qui s'occupait presque exclusivement de la morale, s'éleva encore une autre branche de la même souche , qui propagea par l'histoire les doctrines de l'ancien portiq^ue. C'est ce que prouvent les fréquentes sorties des stoïciens dont nous avons parlé, particulièrement d'Epictète, contre les philosophes de son temps qui s'occupaient principalement de questions logiques (1) ; c'est ce que prouve aussi la polémique des péripatéticiens , des sceptiques et même des néo-platoniciens contre les doctrines de l'ancien portique. Il ne nous reste cependant de cette école savante des
à Marcella , de la recommandation des sentences py thagoriques de même genre , et de Théosebiu» , sur lequel il faut voir Sui'd. 5. V., EircxT>)To^, et Phot. bibl. c, a4a , p. 33g a, Bekk. (i) EpicU diss.^ III^ i2;( p. 35g. 0\ jcvvv y(Xoaoyof«(,
stoici6Bâ presque aucuns renseignemens,' perte facile i, supporter. Basidès, qui est mis au nombre des ancêtres de Marc-Antonin, et sur la doctrine duquel Sextua VExùr pirique nous a conseryé une ^donnée (l), avait àik cuivre cette école savante des stoïciens.
Nous en savons davantage sur les travaux des écoles platonique et péripatétique de cette époque. Us furent cer-^ tainement plus importans, car ils avaient une tâche plna intéressante. Les principaux traits, les traits caractéristi* ques du système et du mode d'enseignement des stoïciens ne tombèrent jamais plus dans Toubli qu'à cette époque ; la matière et la forme de la philosophie de Platon et de celle d'Aristote occupaient tous les esprits. Les académiciens et les paripatéticiens s'étaient enveloppés oh défigurés, sans dessein ou avec conscience, pour prendre position contre l'invasion d'une doctrine nouvelle et d'un genre de vie nouveau. Ce n'était rien moins dans le fait qu'une restauration de ces doctrines , de ces antiques for^ mes de la pensée scientifique. Des entreprises de ce genre réussissent rarement; elles finissent toujours par une transformation de Tanjtique.
La restauration de la philosophie de Platon dut com^ mencer lorsque les Romains s'appliquèrent à la littérature grecque. L'académicien Aréius-Didj-mus y qui écrivit sur \ts doctriqes dePlaton et d'autres philosophes grecs , n'est vraisemblablement pas beaucoup plus jeune (3). Alors les dialogues de Platon furent appropriés à la lecture, et leur division fut consacrée dans l'ensignement de la philosophie, division sur laquelle il nous est parvenu plusieurs opinions différentes (3). Ce que nous savons de ces travaux
(i) Adv. math., VIIÏ, !258.
(2) Euseb. pr. cï^.,XÏ, «3; Suid, s.v., Af^j/uioç; cf. Jons. de script, hist. phil.^ IIl, I, 3. Cet Aréius Didyiuus fut mis à profit plus tard, ainsi que nous l'apprenons d'Ëusèbe , iV/.,etd'Albinus {De doctr. Plat. y c. ii).
(3) Albinî ùag.y 6; JDiog. Zr., III, ^q s. Les philologues
196 LlVUS Xtt. CHiPITtlfi IV.
de récole de Platon , de la division de ses dialogues en triIog[ies, division qui doit appartenir à Thrasûle^ du temps de Tibère , ou bien encore à Dercyllidès , et qui se trouve dans l'introduction à^Alblnus et dans labrëgé de la doctrine platonique , attribué communément à un certain Alcinoûs 9 ne nous donne pas une haute opinion de leur culture philosophique. Quoique nous trouvions dans les dissertations philosophiques du rhéteur Maxime de Tyr, qui vivait du temps des Antonin , plus de richesse d'esprit, elles sont cependant moins des preuves d'une vue philosophique profonde que du talent oratoire que Tauteor avait acquis par la lecture et l'imitation des anciens.
Exiger dans cette école des platoniciens une tradition pure et profonde des doctrines platoniques , ce serait demander ce que cette époque ne pouvait donner. Cependant un soutie de Tesprit platonique nous arrive encore par leur organe y lorsque Maxime de Tyr nous enseigne à chercher la connaissance de Dieu dans la diversité des manifestations du beau , à revenir à leur forme pure , dépouillée de toutes matières , pour apercevoir en elles le divin (1); lorsque Alcinoûs explique comment Dieu ne peut être connu en lui-même, et comment son essence ne peut être rendue , exprimée d'aucune manière ; comment ^ nous ne devons par conséquent chercher qu'à exposer l'idée infinie de Dieu par élimination, par analogie, ou en nous élevant du bas à ce qu'il y a de plus élevé , en quoi les sciences mathématiques devaient nous servir comme de degrés pour arriver à la connaissance des idées (2). Sans doute que ce sont là de pâles réminiscences de l'esprit platonique; cependant elles semblent avoir entretenu en tout une vue sereine et tendre des choses dans l'école platonique. Nous retrouvons cette vue dans la doctrine
alexandrins, surtout Aristophane, avaient sans doute déjà des prédécesseurs en cela*
(i) Max. Tyr. diss.y I, p. î4 s,, éd. Heiris.
(a) Alcin, de doctr. Plat.^ VII, to-
2Ï0UVEAUX SCEPTIQUES. 197
que sans doule le culte des images et des saints n*est pas nécessaire pour celui qui porte au-dedans de lui un souyenir suffisant de la Tue qu'on a eue autrefois du divin; mais que cependant peu de monde en est capable ; c est ce qui explique pourquoi c'est une loi commune à tous les peuples d'honorer la divinité sous différentes formes. Nous n'avons rien dû changer à ces usages anciennement établis ; les images des dieux étaient des signes commémolatifs de ce que nous vu autrefois, et, comme tels» étaient nécessaires aux hommes faibles (1). Il s'exprime avec tolérance aussi dans le jugement de la dispute sur le prix de la vertu et du plaisir. Les platoniciens'donnent l'avantage à la vertu ; elle doit dominer la volupté , comme l'âme doit dominer le corps ; le plaisir n'est cependant pas pour cela dénié dans le beau ; il lui est nécessairement uni dans 1 ame (2). On peut donc bien affirmer que tout effort vertueux est aussi une tendance au plaisir; que par conséquent Diogène le cynique avait pris le chemin le plus court pour arriver à la volupté, et que les législations de Lycurgue et des Athéniens n'avaient pas d'autre but (3).
Si surtout les dissertations oratoires de Maxime nous donnent une preuve de ce sentiment modéré, cependant l'ouvrage assurément sec et froid d'Alcinoûs n*est pas non plus sans quelque importance, parce qu'il fait voir très positivement comment les nouveaux platoniciens tâchaient d'approprier les inventions de philosophes postérieurs au fondateur de leur école. La division de la philosophie , qu'avaient donnée les péripatéticiens et les stoïciens , Alcinoûs la transporte sans façon à la philosophie platonique (4) ; il attribue à Platon la connaissance de toutes les figures du raisonnement , parce qu'il s*en sert ; il trouve aussi les dix catégories dans le Parménide
(i) Max. Tyr., XXXVIIL
(2) Ib., Diss., XXXIV.
(3) Ib.,Diss.,XXXin.
(4) Cap,^ 3, 4.
et dans d'autres dialogues de Platon ( l ) , l'opposition entre Tacte, rénergie et la puissance ou faculté , lui est tout-àfkit familière (2) ; de même qu'il fait consister inconsidë* témentla vet'tu dans Thabitudé de trouver le milieu dans la conduite, ehtre dèu^ états passionnés (3). Dans ces cas et d'autres semblables, il s'abandonne sans retenue à l'inclination des écoles philosophiques de rapporter toute connaissance qui n*a été que le fruit de travaux subséquens , au fondateur de leur doctrine. On n'était point retenu par l'idée qu'on adjoignait ainsi à la philosophie platonique des doctrines et des manières de voir qui lui étaient toutefois étrahgères, dont les germes n'y étaient pas même contenus. Tontes les idées du monde et de la science, qui furent ainsi répandues, prirent une autre forme. Les doctrines opposées à celles de Platon n'en diffèrent presque plus, quand nous trouvons chez les nouveaux platoniciens l'idée et le mot de matière partout placés à côté de l'idée de Dieu. Non seulement Maxime de Tyr rapporte l'origine de tout mal , en ta^t qu'il n'a pas son principe dans la volonté humaine, à la matière , qui n'a pas pu être formée par l'art de Dieu , fabriôateur du monde , sans que des parcelles de l'enclume ou de la suie du fourneau ne se soient mêlées à tout l'ouvrage (4) ; Alcinoûs trouve même l^éternité du monde conciliable avec la doctrine de Platon, et tient l'âme du monde et sa i*aison pour étemelles, comme la matière. Ce n'est qu'improprement qUe l'on dit de Dieu qu'il a fait cette âme, puisqu'il ne l'a cependant que formée , qu'il l'a éveillée comme d'un profond sommeil ; et puisqu'il a suscité en elle Veffort pour {connaître ses pensées, objets de la connaissantîe intellectuelle, et qu'il
(i) Cap,^ 6.
(2) Par exemple, ih,y 2, 8.
(3) Ih.^ c. 29. Comparez aussi CalvUius Ta^ruç dans (r^^.,
(4) ^W« Tyr, #f , XXV, p. 256,
îrOUVÈAVX SCEPTIQUES.' ISJ
feit naitre en elle des formes et des idées (1). C'est là, au fond , Topinion que les idées sont les pensées de Dieu , qu'elles doivent être connues de nous et servir comme de modèles à l'activité artielle de Dieu, fabricateur du monde, sans t^ue Ton doive en conclure que ces idées sont aussi des êtres en soi (2). En suivant donc surtout la pensée que les idées étaient le prototype éternel des lois unîverseifes de la natilre , qu*elles souffraient dans la formation des Aiatières |)articulières des altérations particulières i la plupart des |)latoniciens arrivèrent à tine idée beaucoup trop restreinte de ce qoe Platon dut avoir entendu par idées. Ils ne voulaient admettre que des idées des lois générales , mais non des idées des choses particulières, des phénomènes monstrûetit, et se produisant contrairement à la nature des choses ; auâsi les œuvres de Tart, les idées de rapports, et tout fcè qui semble être liiesquih et méprisable , leur paraissait indiglié dé l'idée (3) , quoique ces p^étiéiitifinii fussent Contredites et jpar les expressions particulières de Platon et |)ar son idée générale de la science. Un mélange d'opinion encore pltis remarquable semble nous révéler ce fait , lorsque Alcinoûs distingue , au sujet
or^iftàv Tc^ eiÙT6v rév x% vouv aùcîsç tçà aOrnv «l>9ir(p ix xapou Ttvoç i} paOeuç vTTvou , o/iruç àiPoQetrouoa vrpbç ra vovjTOt aÙToû Jc^rac Ta tXèti xat TO(ç fiopffàç ifUfU'^ri twv cxetvou voiQfJtaTcov.
wpoç Yi^taç voïîTOv irpwTov , wç Sk irpbç -rijv uXifîv (jterpov, wç Sk irpbç Tov àtoOi^Tèv xoafxov irapa^ccyfia , wç ^ Trpoç ocut^v cÇcTOcÇofACviQ oûaïa.
(3) L^ 1. ÔpcQwtl» H TYilf (le<xv iTftp(ià(yp(ât tGv ia^oi fuertv ttiblyvtov. OuTc yàep toTi VcÀcivtOtç tdf dtiro IlXotuvoç dep^tfxtt irov Tf^rvcxûv cTvttt »^«aç, oTov aaitîioç ri Xupaç, èiÎTt fm rwv irapA yôacvj oîoi» iwptTou xa\ Xo^épaç, oârt rw^ idbctà pi^oç^ oîov Èwxpirouç xa\ lïXaTWvoç, ôXX' ôw^
TWV CUTcXuV TCVOÇ , oïov pyiTW X*^ xiffWf , ^T« TÔV 1tp5ç Tl | P^QV |M(«^
des idéeS) les espèces ou formes dont il pense avec Aristote qu'elles sont inséparables de la matière (1).
Mais nous ne devons pas oublier de rappeler ici que ce mélange d'opinions n était pas généralement approuvé des platoniciens de ce temps. On nous parle d*un platonicien appelé Calvisius - Taurus qui enseigna à Âtliènes sous Antonin-le-Pieux, et qui écrivit sur la différence entre les doctrines de Platon , d'Aristote et des stoïcieçs (2). Son disciple Aulu-Gelle nous en a racconté plusieurs particularités qui semblent prouvjer qu'il ne devait pas procéder sans jugement dans ses commentaires sur les ouvrages de Platon (3) y mais qu*il y combattait , en sa qualité de platonicien, les doctrines péripatétique et stoïque. Nous n'ayons aucune connaissance de ces commentaires. Nous sommes mieux instruits de la manière dont un autre fiaitonicien^ j^tticus, qui écrivit quelque chose cpntre les opi* njons d'Aristote, postérieurement à Taurus, ^t en fit voir la différence avec, les doctrines de Platon. Les fragmens qu'Eusèbe a recueillis d^ ses écrits (4) combattent avec beaucoup d'ardeur Jesdoctrinesd'Aristote. Il s'y explique contre les principes trop peu fermes d'autres platoniciens qui avaient recours aux principes d'Aristote pour fonder leurs opinions, et qui croyaient pouvoir concilier leternité du- monde avec la doctrine de Platon (6). Aristote y est accusé de ne s'être éloignérdes doctrines de Platon que par esprit dMnnovation.S*îI admet un cinquième élément, ce n'est que parce que, coiifàndant les doctrines de Platon sur les idées immuables et sur les idées immortelles, mais devenues dieux, il a imaginé la chimère d'un corjjâ impas-
(i) L. 1. 4* Tuy voi^ruv ta, |mv ifptit<$ ^^veipl^i ii où tUcu^ xèt <Ss Stdvtpa wç Ta tïèn rà.kiçt t^ uX*î àxtûoppHratct oy^w Twç-SXtç*
(2) GelLf XII, 5; Suid. s, v.^ Taypoç.
(3) Comp. particulièrement Ge//., I, 26; VX, x3-, i4;
(4) Prœp. ev., XV, 4—9, I2, i^»
(5) Ib., 5, 6,
IfOVTBAUX SCtiPtlQUES. 201
âibic (1). Aristote a beaucoup innové aussi sans raison et d'une manière insoutenable dans la composition du inonde (2); mais il est surtout attaqué rudement pour avoir soutenu que la vertu était insuffisante au bonheur , pour avoir nié Timmortalité de l'âme des héros et des démons , pour avoir rejeté la providence divine dans les choses de ce monde sublunaire , particulièrement en faveur des hommes , et pour avoir limité la puissance de Dieu , puisqu'il ne veut pas convenir qu'elle peut conserver le monde^ Tempécher de périr, quoiqu'il soit contingisnt (3). On ne peut s'empêcher de reconnaître un certain zèle pieuxdans cette attaque contre Aristote, quand on voit Atticus n'avoir pas plus d'estime pour son adversaire que pour Ëpicure, parce qu'il a nié le côté essentiel pour nous de la providence, celui qui concerne les hommes; mais on ne peut pas dire que cette idée soit juste , ni cette manière de concevoir judicieuse ; et il serait facile de faire voir qu'en cela même se trahissait aussi la tendance de cette époque à une confusion prononcée des écoles.
Nous parlerions encore de quelques autres platoniciens de cette époque , si nous ne jugions pas plus convenable de le faire lorsqu'il sera question de l'alliance des idées orientales avec la philosophie grecque. Car nous avons déjà dit que cette alliance se fit surtout avec la philosophie platonicienne. Mous terminerons donc nos considérations sur les nouveaux platoniciens, qui appartiennent par leur caractère principal à la direction savante de cette époque, par. quelques observations qui jetteront quelque jour sur le rapport de ces platoniciens avec d'autres phé* nomènes du même temps. On voit surtout, par le fait que ces platoniciens ne voyaient rien de plus élevé en philosophie que la morale, qu'ils avaient ^fait entrer Télément
mr^m^-^i i t 9 tm m ** \ * < t " f * V t ^ >j>»y^^»y
(i) Prœp, ev»., 7.
2^02 XilTaB XII. CHAPIT&8 IT.
romain dans le mélange de ce temps. L'étude de là lo^«*
que était peu estimée d'eux. Si la philosophie consis*
tait en cela, elle ne manquerait pas de maiires. Nulphilo^
sophe ne s'intéresserait à la dialectique , si elle n'était
nécessaire. Mais la pHneipale affaire de la philosophie est
de nous faire connaître le bien et de nous conduire à la
vertu (1). Les dissertations de Maxime nous conduisent à
une autre observation. Dans la revue toute dogmatique
de la doctrine platonicienne qu' Alcinoûs s'était proposa
de donner, se trouvait naturellement exposée^ sans plus die
difficulté, la doctrine de l'école ; cependant il y avait plti^
sieurs doutes ^ur le sens de Ift théorie des idées de Platon^
qui ne pouvaient pa# être complètement comprimées ; et
comme on tenait beaucoup à la doctrine que le divin u%
peut s'exprimer direcirement.êt sans figures, on dut hé^
siter sur ce qu'il faut entendre dans la ddetrinu Au
Platon par sens figure et par sens propre. Nous sauronti
combien ce doute était imminent et jUsqu'où il pouvait
conduire» si nous réfléebisaons qute les nouveaux acadutni*^
ciens sortirent des anciens. Si nous ajoutons i cela que la
philosophie érudite» lorsqu'elle n'est pas cultivée un peu
librement et qu'elle n'est pas un peU débarrassée dei
chaînes de la forme scolastique^ donne ordinairement lieu
à un doute d'option» nous ne serons point surpris de trou'-
ver dans les pensées et les expressions de Maxidie beau»
Qoup de choses qui n'ont l'air, de n'être regardées que
comme une opinion vraisemblable» Il se platt à opposer
les thèses des philosophes » comme si un tribunal devait
prononcer entre elles $ et cela, non simplement pour faire
preuve d'habileté oratoire ^ mais bien plutôt parée qu'il
espère de trouver unô solution , et il donne à entendre
(i) M4tœ* Tyr% diss.j XXXVIIj p; %^% s;; :àicin*^ d> «7; AtUa ap. Euseb. pr. cv., XV, 4- Maxime (Diss.y VI) et Alcinoiis (c. 2) préfèrent la![viejthérapeutique à la vie pratique; nulle difficulté là-dessus. La dissertatiou Ç\\é^ ^ç M^^ivie jeUç ud joUv $Uf^^A(
NOUVEJIUX SCBPTIQITBSé 20i
comnient il croit Tavoii^ trouvée ayec Platon , lorsqu'à la fin il expose l'opinion de ce philosophe , et la présente coname l'opinion de la philosophie : mais il est visible cependant que , comme il arrive ordinairement dans les débats judiciaires, la vraisemblance peut aussi étm alléguée pour la partie adverse. Pourrait-il considérer la philosophie comme un oracle sur ce qu'il y a de plus beaa et de meillenry sur la voie qui conduit au bonheur, si cet oracle n'était pas au moins équivoque , si sa sentence ne divisait pas même les philosophes en plusieurs sectes ! C'est en quoi la philosophie ne ressemble pas au& autres sciences ; plus elles avancent , plus elles atteignent sûrement leur but ; mais la philosophie, plus elle est féconde en pensées, plus aussi des pensées d'un poids égal s'opposent les unes aux autres, plus le jugement devient difficile (i). S'il n'a pas décrit avec bonheur la destinée de la philosophie 9 il a au moins caractérisé la philosophie grecque de son siècle. Elle avait vieilli ; elle n'avait pas le courage de se retiottveler, d avancer vigoureusement, seule condition pour tant de sakit et de prospérité. La fécondité des an» ciens systèmes qu'elle rencontra ne put qu'embarrassiar ceux qui voulurent les Utiliser edmmb qudk}ue chose de parfait. Il est clair que lé scepticisme fut par là singulièrement favorisé. Un autre platonicien de cette époque, Fai^orinûSf favori d'Adrien , ne semble pas avoir élé éloigné du scepticisme oti de l'opinion de la nouvelle Académie* Sa pénétration, son érudition vaste et facile, ne lui servit qu'à douter si l'on peut savoir quelque chèse -ou si Ton ne pent rien savoir (3).
(î) ÏHss.^ XIX, p. 199 s.î JDiss,, XXXIV in. XoXfiroii cuptTv Xoyov àXïîôî. Ktv^uvcgct yàp -h tov ovôpcoirou ^^rj^jo ^« ewiroptow tov ypdvc7v Tof3 xpCvecv àiropetv. Kac m pb âXXou t^^vqu icpoffw lova^it xœroc tyjV cupcorv cvcrrd^urtpat ^(^vrai exaori) tripe rà aOrSç fyfa, ^kXovft^ioc A tittt5«v aM)ç cvitopcaToera c5(v» toti luîktçvQL çpiirtirXaT* ^oywv wti»t»«
SOS tnnB xii. i:SÀmAs ir.
NoQl je^ns parler un peu plus longfoenient d! Alexandre d* Aphrodise, Nous ne pouvons pas élever très haut le mérite de ses commentaires. Ils donnent rarement ce qi:|i est nécessaire pour la parfaite intelligence des ouvrages d'Aristote ; il aurait fallu une vue plus libre de la philosophie d'Aristote que n'était celle de cet interprète pour pénétrer fondamentalement les obscurités qui passent de Findéterminabilité de Tidée dana l'expression. Il est tout-àfait engagé dans son auteur, et ne cherche qu'à le concilier avec la façon de voir de son siècle , de manière à faire ressortir la supériorité de son école sur les autres écoles de philosophie. Sa polémique est dirigée contre les principales écoles de philosophie, plus rarement néanmoins contre les Epicuriens , dont la manière de voir lui parait trop peu savante et trop sensuelle (1) , que contre les platoniciens et les stoïciens. C'est contre ces derniers qu'est dirigé son ouvrage sur le destin et sur ce qui est en notre pouvoir , ouvrage qu'il dédia aux empereurs Sévère et Cara« calla, et qui est le plus propre à fiiire connaître sa manière. Il prouve quelle grande importance son auteur attachait aux idées communes de l'homme , car la nature générale de l'homme n'est pas incapable de trouver la vérité (2) ; et comment il sut aussi concilier avec cette opinion la conviction de son école, que lorsqu'une vérité nousafrappé sensiblement, toute la force desraisons vraisemblables en faveur du contraire se trouve par là neutralisée (3). Son argumentation contre la doctrine des stoïciens , que la puissance du destin règle tout à l'avance, n'a pour but que de
(i) Qucestiones naturales ^ de anima ^ morales^ III, 12.
{2) De fatOy 2. T^ j«h ouv tTvaé ti tw ct/siap/xrmgv xoi oemûev cTvae Tût» ytyvco6ai ma xar oùr^iv Sxovâç 4i xm déyOpcSiruv ovviory^ae irpo- Xy}^j/tç * 01» yàp xtvlv oi>3' SffTo^ov ràXv79ouç ii xoiviï ruv doiOpwtctidv ^oriç. /i., 14. Il admet donc aussi une irpoXv^cç twv J&iwv. Qu. naL, If, 21 fol. 17 a.
(3) De JaiOf 26. Ixovwrcpa yàp 1} roO irptxy/Aaroç evoipyciât irpbç ouyxaraOcffcv irà9V}Ç t?ç ^cà Aoy«i»v àva(povci|( ocvrb «ridôvotTrroç*
iiMtfiAtJt É6t»f fQtriei.^ SOT
Aire telr que Celte doetrine fait violence an sens des mots que les homme» ont établis pour signifier leurs idées gé« aévales (1 ), et il indique un autre sens. En cela encore , il reate fidèle à aa qualité d'interprète; il ne Tent qu'expliquer le sens de la formation générale du langage. Tous leskoaKmes,dit-41, admettent quelque chose de contingent, supposes&t possible quelque chose qui ne doit pas nécessairement arriTer^ quelque chose aussi qui est en notre pcNivair; celte dernière chose leur est démontrée par des Saila (2). Ton! ce qui arrive n^est pas prédéterminé par le sort,, mais seulement ce qui arrive suivant des lois de la natuve; mais il y a aussi des obstacles à Taceomplissement de ces lois, heaiico«p de choses n*arrivent qu'ordinaire-» menl; la nature n'atteint pas partout son but, beaucoup de ehcises au contraire arrivent contre les lois de la nature (S), Ett opposant ee point de vue aristotélique à la doelvtaestoïque de l'enchaînement éternel et indissoluble des causes, il nen résulte, dans le fait, aucune grande idée de san point de vne fondamfental ; il s'en rapporte à ce SHJiel à l'apparence qui nous fait voir beaucoup de choses qui resleiit s^ibs conséquences naturelles; ce que semble confirmer le £ait, que l'homme n'engendre pas toujours rhoeiniey que la fleur ne devient pas toujours fruit (4). Évidemment il s'écarte ici de ki question , comme aussi lafsqu^il allègue que l'homme a reçu de la nature la réflexion» ce qui ne lui servirait à rien s'il ne pouvait agir librement en eonséquenee de ses délibérations; mais la i|atui<e ne lait rien en vain (5). Tandis qu'il avait proprement et simplement à mettre en lumière les raisons na-
(i). Gomp. là-dessus Quœst, nat,y III^ 1 1.
(2) Dejato^^y 10, i4, 26.
(3) De Jato , 6. L'idée du sort ne se rapporte qu'à ce qui ar-» rive; celte de la nécessité se rapporte aussi à ce qui est. Jb.^ 3; Çu. nat,y II, 5.
(4) De fato^ a3.
\ (5) Ib.y II.
turelles et rationnelles des événemens. A la vérité, il ne néglige pas entièrement cette distinction , et même il devaity pour peu seulement qu'il e&t compris les doctrines de son maître, y trouver le point où commençait la divergence des doctrines péripatétiques et stoïques , celle-ci n'admettant pas» comme celle-là , de différence entre le mobile naturel et le mobile rationnel (1), elle ne considérait au contraire le mobile rationnel que comme un développement supérieur du mobile naturel. Mais il la fait beaucoup trop peu ressortir , tandis qu'il s'occupe beaucoup trop d'autres différences non essentielles ou même incertaines entre ces doctrines. Nous ne pouvons pas non plus ne pas faire remarquer qu'il est assez étrange qu'Alexandre ne fasse pas la moindre attention à la doctrine des nouveaux stoïciens, qui avaient cependant fait de graves innovations à la doctrine de la liberté. Il n'attaque que l'ancien portique. Le présent, pour cette époque, est beaucoup plus que le passé.
Encore un point, qui se rattache à ce combat du péri* patéticien contre les stoïciens , nous semble digne de remarque. Il reproche à ses adversaires, puisque , suivant eux y tout est soumis à une nécessité générale, de détruire la crainte des dieux et la piété. Car c'en est fait par là de la providence divine sur l'homme , de cette providence même qui rend à chacun selon ses œuvres. Comment peuton vénérer les dieux, dans la supposition même qu'ils favorisent les hommes de leur apparition et de leurs secours, si l'on est persuadé qu'ils ne peuvent se manifester aux hommes et les secourir, que suivant des causes prédéterminées? C'est en vain aussi que les stoïciens défendaient la divination comme une chose sainte; ils en faisaient disparaître tout le prix en admettant qu'elle ne sert à rien, puisqu'on ne peut éviter par là aucun malheur (2). A quoi Alexandre rattache aussi la doctrine d'Arislote touchant
(i) BefaiOy 33; Qiu nat.y 111, i3; IV, ag. (2) Ib, 17.
îfOUVEAUX flCRt>TlQV£S(. 209
les biens, puisqu'il cherche à faire voir que la providence divine ne peut être de quelque prix qu'aux yeux de ceu qui admettent des biens corporels et extérieurs; car celui qui affirme que le beau seul est bon» met tout bien en son pouvoir (1). Sur ce point, il n'a pas seulement les stoïciens à combattre, mais encore sa propre école à justifier. La singulière doctrine de la distinction du monde en monde supralunaire et en monde sublunaire, dogme qui se rattache cependant par plusieurs points avec d'autres idées anciennes, et qui s'était très répandu , fut aussi une occasion de beaucoup de doutes sur la providence. Nous avons déjà dit qu'Atticus avait attaqué la doctrine d'Aristote y parce qu'elle nie la providence des dieux pour les hommes, pour les choses sublunaires , puisqu'elle laisse tout à l'abandon dans cette sphère de la nature et de l'âme de l'homme (2). Mais, d'un autre côté, on a aussi reproche à la doctrine d'Aristote de supprimer la providence pour les choses supralunaires , puisqu'elle y fait tout mouvoir suivant des voies nécessaires (3). Alexandre défend donc la doctrine de son école contre ce reproche, lorsqu'il observe que l'idée de la providence peut être prise dans un doubler sens; d'abord en considérant comme une œuvre de la providence tout ce qui est mu et changé par autre chose pour une fin quelconque; ensuite aussi en n'attribuant à la providence que ce qu'une chose opère dans une autre pour le plus ^nd bien d'une troisième. Dans le premier sens, tout serait soumis à la providence, car Dieu lutut tout et avec dessein ; il produit le mouvement cir-
(0 Qu.nat.yl, i4»
(2) Euseb. pr, cv'., XV, 5, la.
(3) Atticus dû y op. cit. : Twv ^h yàf oupaviwv '&ù xari ri «wri
'fpovow ne peut signifier ici , d'après les cxpr-eswonsd' Atticus, ^ue le soin des hommes*