‹ Histoire de la philosophieChapitre 17 sur 54 · UTRX XIX. GHA.PIT11E · texte numérisé non relu

UTRX XIX. GHA.PIT11E

contenaient en totalité , ou au moins en partie , les an-' cienneSy et dont les trois autres étaient nouvelles. Les premières soulèvent le doute contre toute connaissance , parce que les pensées des hommes ne sont point d'accord entra elles» ni dans la vie, ni dans la science, et parce qu'elles ne représentent jamais que quelque chose de irelatif. Si Ton entend aussi par la raison de douter» prise du désaccord des pensées, les objections que les sceptiques empruntaient ordinairement des contradictions entre les perceptions sensibles, ce quon a le droit de faire, cette raison de douter comprend alors, réunie à la seconde , tout ce que contenaient les dix anciens motifs de doute. Mais les trois nouveaux s'en distinguent d'une manière très sensible en ce' qu ils se rapportent , non comme les anciens , à la matière, mais seulement à la forpne du procédé scientifique. Ces trois motifs de doute élevée pi^r Agrippa, signalent, par le fait, un progrès dans le développement de l'investigation scepûque. Agrippa cherchait donc à &ire voir par là que toutes les .preuves des dogmatiques sont insuffisantes. Le but des dogmatiques devait être de tout prouver; car sans preuve ils n'auraient eu aucune foi. Lorsqu'ils affirmaient qu'ils pouvaient prouver quelque chose par de bonnes raisons , on pouvait leur opposer que ces raisons n'étaient que des hypothèses parce qu'elles n'étaient pas prouvées. Voulaient-ils au contraire prouver' ensuite leurs principes, les prémisses de leurs preuves, ils étaient encore obligés

fr^oxio^outff , CM Tff ài^ Tnç ètwfunlaç xoà rày e!ç âircfoov ix&xXXovroe xai rbv irpoç tc xac rov èÇ ûiroOcVceaç xac rlyv St' oXXriXwv. Sext. Effip- P^rrh' hyp^f J^ i|34 s., dans le méa^e ordre , vraisembiableiuent de la même source; nous n*ayou$ pu nous résoudre à garder cet ordre, p^isqu'il est évidemment sans méthode, d'autant moins qne ceux qui eu parlent {Sejct, Emp,^ ib. 177). le font avec si peu de jugenfent, qu'ils regardent cesjcinq raisons de dou^e comme entièrement différentes des dii^ précédentes qui y sont cependant ^WlkeeS^ i^iii^it^lepient, au o^oinç en par^e. . ^

, MOnVEAUX SCEPTIQUSS; 23 f

départir de prémisses antérieures nouvelles, qu'ils étaient forcés de prouver de nouveau; et comme c'était toujours la même cbôse pour chaque preuve nouvelle, ils étaient ainsi conduits à Tinfini par la tentative de tout prouver. Tels sont les deux premiers motifs formels de doute d'Ag^ippa. Le troisième a pour objet de faire remarquer un ▼ice particulier dans toute preuve , la pétition de principe. Comme nous voyons que les autres raisons de douter d* Agrippa avaient quelque chose de général en vue, nous conjecturons avec raison qu'il avait un but plus élevé en alléguant ce vice de forme particulier. Peut-être voulait-il prévenir par là le subterfuge possible des dogmatiques, que la forme scientifique des preuves ne doit servir qu'à appuyer davantage des propositions scientifiques certaines en elles-mêmes , en les enchaînant mutuellement. Ceci nous rappelle la comparaison de Zenon , du poing serré, et tenu fermement encore de Taulre main. Cette conjecture est rendue probable par le progrès du développement de lecole sceptique; car nous voyons des sceptiques ultérieurs, au nombre desquels nous mettons très volontiers Ménodote et seâ disciples (1), trouver dans la doctrine d'Agrippa l'occasion de simplifier encore davantage les raisons de doute. Ils abandonnèrent les doutes relatifs à la matière de la connaissance, à Texception d'un seul , celui de Taccord, qu'ils employaient occasionnellement à l'appui des doutes formels ; mais ils rédqîsirent à deux les trois doutes formels d'Agrippa , en comprenant avec raison , sous une idée supérieure, l'argument à l'infini , et celui du cercle (2). Il leur restait

(i) Car Ménodote était bien certainement un des sceptiques plus récens les plus remarquables; c'est dans ce sens que Sextus en parle. Pseudo Galen. introductio , c. 4 9 ^^ SexU Emp. hyp, Pyrrh><f I, 222 , d'après la conjecture deFabr.

(a) SexU Emp. kyp, PyrM., I, 178 s. UtxpctMéotijt \ xcà è&o TppTTQvç CTToj^ç irtpwÇ' Eiti( yèfp irSv xi xfltraXafA6avo|*ivov ^toi i5 J«ti-

!|82 LIVRE XII. CHAPITRE lY.

donc un dilemme par lequel ils croyaient pouvoir ramener toute prétention dogmatique à un point de vue £cientifique ; car tout ce qui est connu doit l'être ou par soi ou par autre chose, mais rien ne peut être connu par soi , témoin la dissidence des dogmatiques sur les principes. Si Ton disait maintenant que la connaissance est possible par autre chose , on serait contraint, ou de remonter à Tinlini , ou de tomber dans le cercle vicieux. 11 n'y a donc pas de connaissance démontrable ; quant à la forme, ces deux tours sont incontestablement préféxables à ceux d'Agrippa , puisqu'ils présentent tout ce qui à' y rencontre comme membres d'un tout, à rexception seulement de l'argument du relatif, qui pouvait du reste être regardé comme superflu dès qu'une fois on eut trouvé une voie sûre dans laquelle on pouvait faire entrer toute réfutation. On ne peut donc pas contester aux sceptiques d'alors d'avoir insensiblement avancé dans un développement continu de leur façon de penser. Ils se distinguent par là des autres sectes de leur temps, et il n'y a pas lieu de s'en étonner, puisque cela prouve seulement que dans l'état de faiblesse où était la science , il ne Testait plus qu'une assez vive conscience des besoins généraux de la science , mais que celle de l'incapacité d'y .satisfaire alors dut croître avec elle d'une manière intime. Quoiquenous puissions suivrejusqu'àuncertain point par le côté de son développement formel l'histoire du scepticisme dans cette période, la chose n'est pas aussi facile du côté de ses principes matériels; nous n'avons de ces principes qu'un recueil passablement complet, à ce qu'il semble , mais nous ne pouvons presque rien dire de la

iit^piw flçoycfv joxouarc. Kae on fàv oChRv êÇ coturou xôsT9ÎkapSwircu , yotac , oîîXov ex TÎïç yiywtifmifiç icapà to7ç yuctxoîç -Trepc tc twv a\(jQv}rZv xac TWV V0Y7TUV àirovTvjy oT^{ ^cocywvtaç — — ità ik touto oixJ' eÇ ctcpou f I xaraXo(fiÇav«j9« anyytapoZatv, El fiev yàp rb tÇ ou rt xaTaXofjuiÇa- MTW , eut c$ ércpou xaratXafA^ftveçôac ètr,f7tty ttç tov Stoikhilov fl tov SxiîfW IxÇ^Xovgf rpoirov. ^xtus parle encore de uouveiiuiç tropes*

NOUVEAUX SCEPTIQUES. 23â

manière dont il se forma insensiblement. Lô collecteur, est le célèbre sceptique Sextus , médecin grec de la secte empirique^ ce qui lui valut le surnom d'Ëmpiricus. Sa renommée tient à ce qu'il est le seul écrivain sceptique dont nous ayons des œuvres complètes (1). Son mérite, par rapport aux travaux des autres sceptiques , n'est pas facile à apprécier; il pourrait tenir à ce que Sextus a recueilli peut-être d'une manière plus complète qu'aucun autre les raisons sceptiques contre les dogmatiques, ce qui a fait que ses écrits ont mis dans Toubli les travaux des sceptiques antérieurs ; car ses qualités intellectuelles ne sont pas bien remarquables d'ailleurs , et l'on ne peut lui accorder beaucoup d'esprit d'invention. Nous voyons plutôt que son attaque contre les dogmatiques est d'une longueur ennuyeuse; qu'il allègue contre eux ce qui fait à la question et ce qui n'y fait pas ; et qu'à peine estait capable d'apprécier la force de ses arguments. Aussi ne •lonne-t>Jl pas son traité de la doctrine sceptique pour quelque chose de nouveau ; mais il parle au nom de son école^ dont il veut faire connaître le lien commun : rarement il parle de lauteur d'un caractère sceptique spécial. On voit que de son temps le scepticisme, comme d'autres écoles, avait dégénéré en une tradition savante; et il était si inévitable que dans la simple tradition, il était si inévitable que la pensée qui était au fond de cette tradition s'affaiblit, ainsi que nous avons déjà eu occasion de le faire voir, que Sextus ne sut pas estimer à leur véri-

(i) Ils forment trois ouvrages^ les hypotyposes pyrrhoniennes, l'ouvrage contre les sciences encycliques, et celui contré les sciences philosophiques. Les deux derniers sontordinairement considérés comme un seul ouvrage, et réunis sous le titre Adversus ma* ihematicos. Mais le commencement du septième livre fait voir qu'ils ne sont pas destinds à former un tout. D'autres ouvrages que Sextus cite quelquefois, cependant pas toujours avec une précision certaine, so>U perdus. Vpy. Adv, Ma(à.^ VI, 5a, 55|

YII,'i02.

table valeur respective le rapport des tropes découverte par les sceptiques postérieurs. Aussi , n est-il pas capable d'exposer dans un bon ordre les principes des sceptiques; il fait plutàt voir le décousu de leur juxta-position, par sa manière légère de répondre; et nous devons encore faire remarquer particulièrement la longueur de ses expo>i<tions. Ainsi, quoiqu'il dise souvent qu'il veut éviter d'être long et ne pas toujours répéter la même cliose, ses livres sont cependant remplis de répétitions. La chose n'était assurément pas facile d'après l'ordre d'un grand nombre de ses recherches ; car il aime à quitter la réfutal^ion du général : il remarque comment alors peut aussi être réfuté le particulier; mais pour plus de sûreté, il veut encore faire cette réfutation, ce qui ramène natu- |:'ellement toutes les questions au général. Il avoue lui-même qu'il n'est pas trop difficile dans le choix de ses principes ; mais il s'en excuse par la comparaison habituelle du sceptique au médecin. Par amour pour l'hu^ manitéi il veut la guérir de la maladie du dogmatisme; or, de même que le médecin emploie des remèdes héroïques contre les maladies graves, et des remèdesd'une moindre énergie contre des maladies peu graves, de même le sceptique possède des argumens puissans pour ceux qui sont fortement attaqués de la maladie de l'opinion dogmatique; mais il fait aussi attei^tioi^ de ne pas employer des argumens faibles et pieu vraisemblables contre ceux qui n'auraient que peu d'inc)inatioq à l'opinion dogmatique (1). Dans le fait il dut trouver faibles beaucoup de ses raisons, puisqu'il n^hésite pas à &ire usage des sophismes les plus vides contre les dogmatiques, tout en reprochant cependant aux dialecticiens de se donner une peine inutile pour les résoudre (2) ; toutefois on peut bien vraisemblablement l'excuser sur ce point par l'habitude de son école.

(î) Pyrrh. hyp.y III. 280 s.

(•2) Ib.j 11, 289 s. . -

VOITTEAUX SCBPTIQttS9w S3 5

Mais ce qne noas avons de plus grave à lui reprocher , cest qu'il ne s^it pas même faire une exposition pure du scepticisme ; il la mêle à des élémens qui ne tendraient à rien moins qu'à faire disparaître son idée de scepticisme. Les sceptiques» dans leur attaque contre les nouveaux académiciens et contre les médecins dogmatiques , s'étaient proposé très pfudemment de ne pas même affirmer que Ton ne peut rien savoir. Sextus compare en conséquence les principes sceptiques au feu qui consume, non seulement la matière combustible, mais aussi lui-même; à un guide à l'aide duquel on parvient au sommet d'une montagne, mais qui, dès qu'on l'a atteint, est renversé; aux purgatifs , qui chassent non seulement les humeurs peccantes, mais qui sortent elles-mêmes du corps (1). Mais, une chose singulière, c'est qu'à càté de ces comparaisons , il en établit en même temps une autre, qui est cependant en contradiction avec la première. Car Sextus parlant de l'objection des dogmatiques , que les preuves des sceptiques, par lesquelles ils voulaient rendre impossible toute preuve, étaient contradictoires, puisqu'ils prétendaient les faire valoir comme de véritables preuves, pense cepen- 4ant que la proposition qu'il n'y a pas de preuves ne peut être énoncée par les sceptiques que dans le même sens dans lequel pn dit que Jupiter est le père de tous les dieux et de tous les hommes , c'est-à-dire excepté de lui-même, parce qu'il ne peut être son propre père; cette proposition ne vaut donc que moyennant l'exception de la preuve qui établit qu'il n'y a pas de preuves (1). Et ce n'est pas là son unique déviation du chemin de la méthode

(0 Pyrrh, hyp. I, 206; II, 188; Jdx^. math., VIII, 480.

, (2) jàd\^. Math, y VII F, 479- IloXXà yàpxaô' yiceÇaepiTJV "kéysron» xotc el>ç Tov Aeoc ifioiyih Btwv re xai âv9pa>7ra>v cTvœc 'n'arepa xa6' ùircçaipc* ortv owToîl TOUTOU , ou yàp Sri y« xa^ aurbç auToû irjv ^arrip , outw xa\ OTov XryGi>piev fiyj^epitav cTvac cxTro^st^tv, xaO' uTreÇacpeacv Xcyopxv tov ittiKrr wvToç Xoyoy , ot« oûx ccttiv otTco^etÇtç. ^

236 lilTRE XII. eHAPlTHE XV.

sceptique, mais ou rencontre pareille chose dans beaucoup d expressions de Séxtus , que nous pourrions, pour être équitables , imputer non à lui seul , mais aux traditions qui ont servi à former sa doctrine. Ainsi une chose toutà-fait digne de l'exception de la preuve contre la preuve, c'est lorsque Sextns nie qu'il y ait un ordre moral général de la vie, suivant un prescrit artiel donné, parce que chacun doit se conduire dans la vie d'après le hasard et les circonstances ( 1 ) , excepté cependant ce prescrit général même, qu'il faut se régler sur les circonstances. Évidemment , le doute même. sur ce point aurait été une conséquence de son scepticisme. C'est bien pis encore, lorsque Sexlus préconise le scepticisme par la raison précisément qu*il procure seul une vie heureuse , puisqu'il enseigne que rien n'est naturellement bon ou mauvais(2). De même, quoiqu'il affirme d'une part que le sceptique n'exprime jamais que son état et en fait l'historique (3), il pense cependant que l'on peut opposer aux preuves dogmatiques que personne ne peut résoudre, qu'il pourrait bien à l'avenir se trouver quelqu'un qui pourrait les résoudre (4). Le fondement de ce prétexte est évidemment l'opinion que, comme jusqu'ici toute doctrine dogmatique a rencontré une raison opposée également forte , il y aura aussi tou* jours à l'avenir un principe qui se présentera nécessairement où l'expérience pourrait tirer de cas particulier des doctrines générales, principe qui n'est assurément pas convenable dans la bouche d'un sceptique. On pourrait conjecturer que Sextus a tiré ce principe de son inclination pour la secte méthodique (5).

(i) Adv. Math. y XI, 208.

(2) Jb,y i4o. — Otc outi ôyaOov tc ïaxi ^9», ourc xoocov. — — Tb a ye ^t^affxeiv rb rotourov Wtov Txfç 9xc\{;(o>ç. TavT>3> 4^« ?v t^ f4iatuwct aïo'j ircptiroeerv.

(3) Pyrrh. hyp.yjj 4, i5, 199, ^oq.' ^

(5) Yoy. plus haut) p. 2j4i obs. i«

XOnVftlUX SCEPTIQUE». 337.

On ne peat , ainsi qu'il a déjs^ été dît, imputer qu'une partie de ces contradictions à rinhabileté de Sextus ; la majeure partie retombe sur la tendance du scepticisme grec en général, ou sur celle des nouveaux sceptiques en particulier. Nous avons déjà du remarquer, en étudiant le scepticisme antérieur, que son but n'était pas, comme on a voulu se le persuader bien généreusement, de s'affranchir, dans la recherche de la vérité, des dogmes précipités de la philosophie ou du sens con^muQ, mais il aboutit, dans la réalité., à un résultat qui rejetait la recherche des principes du phénomène , comme aunlessns de nos fprces, et, ne nous laissant rien que la conscience immédiate de nos m^ières d*étre, ne faisait consister la supériorité du sage sur le reste des hommes que dans sa conduite, dans sa sécurité, dans la force d'Âme avec la* quelle il s'élève au-dessus de tout mouvement passionné. Ainsi le but des nouveaux sceptiques n'est point d'encourager une recherche nouvelle et plus profonde de la vérité par la réfutation des dogmatiques; au contraire leurs recherches sont toutes faites; ils ne peuvent absolument pas entendre à de nouveaux principes; car ils sont déjà persuadés à l'avance que toute objection qui'pourraitleur être faite , serait impuissante à dissiper leur doute ; le sceptique devait aussi manquer de raisons contraires également fortes en faveur de la supposition de la possibilité de la réfutation future de son doute. Tel est le point sur leqtiel ils sont en parfait accord avec les anciens sceptiques. Ils prirent encore d'eux la fin pratique de leurs recherches, l'inébranlabilité de lesprit, qui résulte de la retenue du jugement, et la modération dans les passions de l'âme (1). Mais on se tromperait si Ton croyait que les

(ï) Pjrrrh.hyp.j I, 8, a5, 3o;. Diog. L.^ IX, 107; cf. PhoU cod^ 2ia^/2. Ce que dit Arlstoclès-, yip. Eus, prœp. ev.^ XIV, 18 , qu'Énésidème regardait le plaisir comùie le but du scepticisme , ne s*accordc pas avec ce qui précède. La chose est aussi énigmatique qu'insigui fiante. On peut ^ contester des. coDJec«.

240 ■" livue xii. chapitre iv,

que ce n'était point maigre eux, ni avec répugnance qu'ils suivaient les phénomènes. £n effet, leur morale est très basse ; ils ne croient pas pouvoir mettre un frein au mobile sensible ; ils ne font aucun cas de la vue rationnelle de la nature du bien ; car elle ne nous enlèverait cependant pas nos mauvais penchants, mais nous porterait seulement à les maîtriser, et jetterait ainsi l'homme dans Tagitation et la division avec lui-même ; le prétendu méchant qui satisfait ses appétits sans réflexions serait plus heureux (1). Sextus va jusqu'à regarder la vi« irrationnelle comme n'étant point un mal, parce qu'elle n'a ni sentiment ni conscience de soi, qu'elle n'éprouve à sa propre occasion aucun déplaisir (2).

Nous devons cependant chercher à connaître avec plus de précision leurs opinions sur la nature de ce qui mérite créance dans la vie. Les nouveaux sceptiques admettaient un art pratique fondé sur les phénomènes. Ils pouvaient en cela s'attacher à la distinction d'Ënésidème, entre des phénomènes qui ne se présentent que dans une seule chose^ d'une manière particulière, et ceux qui sont généralement perçus de la même manière ; ils tenaient les premiers pour faux et les seconds pour vrais (3). Cependant ils ne voulaient pas convenir qu'on trouvât une parfaite généralité dans la perception des phénomènes, mais ils attachaient un grand prix à l'habileté que possède l'homme expérimenté de recueillir et de rassembler d'une manière à lui propre les expériences particulières pour en former un résultat général, sans en exclure la tradition des faits. Ils admettaient donc qu'il doit se former un art utile pour la

(i) SexL Emp. Pytrh. hyp.y III, ayS s. ; ^di^. math.f XI, ai3, 2ï4.

(2) Adif» Math.^ XI, 92 s.

(3) Adv. Math, y YIII, 8. 0\^) ykp irep\ tlv AhviamyLOv Xiyorjcft Ttva Tuv ^oe(vo|!Jicvci>v ^ta^cpav xol\ <fOis\ Tourcov rà fih xoivtjç fpahtcBat , Ta Sk !^(6>; T{V( , cjy dtXrjÔ^ ph eîvat rà xocvejç iracrc ç^âccvofxevoe , ^tM^îi ^

Ta f&^ TOCOMTOC.

HOlTtBAtnt SCBPTlOtJBd'' Ht

y\e, qni rësalte de Tobseryation de beaucoup de cas (1). Un an utile, c'est-à-dire ce qu'ils Toulaient faire passer comme connaissance formée de cette manière , fut donc déterminé par eux d'après son utilité pour la vie (2). Ils accordent par rapport à cette utilitéiune droite raison (3), qu'ils recherchent comme la propriété distinctive de l'homme dans le souvenir d*événemens antérieurs , suivant leur ordre de succession respective (4). Nous croyons donc que l'on peut se faire par là une juste idée du but des nouveaux sceptiques dans leurs attaques contre les dog^ matiques. Il ne faut pas oublier qu'ils étaient tous , ou la plupart d'entre eux du moins, des médecins, qui avaient à défendre leur pratique empirique contre les sectes des dogmatiques. Ils avaient besoin, pour cette pratique, d'une théorie 'formée de l'expérience, théorie qu'ils considéraient comme un art utile par rapport à son application à la vie. Us devaient, malgré tous leurs doutes , soutenir la possibilité d'un tel art; et ces doutes, ils ne les concevaient que pour la fin ou le but, de manière à pouvoir rejeter toute autre théorie qui ne voulait pas s'en tenir aussi strictement à l'expérience et à l'application à la vie. Us se formèrent, dans cette intuition de leur science particulière, une opinion universelle des sciences en général, suivant laquelle ils rejettent, il est vrai, toute investigation scientifique plus profonde, et retiennent au contraire tout art servant à la vie, et toute connaissance éxpérimen-

(i) Ib,j agi. ÀyvoouvTiç on tîç fàv tSv oXXcjv 5i«(»3T»jriïç rtyvifiç oùjcv cari 5s(o|39}fMt , xaOatrtp u<rrepov ^(^aÇofOv, xriç Sk Iv rotç yacvopicvotç arptyofjiévuç cariv iètov ti ^ccopYj/i». Aià yàp rwv iroXXoxrç rcriQjnjluvtûv 'Koturai rotç twv âttùfmiMTWf ouorafficç * t« Sk vroXXaxfç tn/S)}- Grvra xà\ caTopY}6fVTa Mta xaQccffTJOXtc t«v TcXicffroxcç TTfîpïjff^VTwv, àXX' où xocvà irovTwv. Jb.y V, Iô3 8,

(i) Pyrrh. hyp,, II, ai6, 254j Adv. math. y V, i s.

(3) Adv. math.j V, a.

(4) Jb., VIII, a88.

543 tttftE xîi. cttiipjTftE iXé

taie utile (!)• Sextus l'empirique n'est pas très rc^mar^ quable sur ce point. A la vérité» il n attaque pas sf^plemept la philosophie y mais aussi les sciences encycliques, non pas en tant qu'elles ont pour but de remédier aux maux de la vie, ou de procurer quelque chose d'utile^ mais en tant seulement qu'elles se perdent, comme il pense, dans d'inutiles recherches, qui, dépassant le souvenir et la tradition nécessaire, voudraient convertir les éléments et les principes des phénomènes en connaissances (2). L'usage , la pratique ordinaire de ces arts, est ce qu'il respecte ; il a'agit de cet usage, par exemple dans la grammaire j on doit par $on secours apprendre à lire et à écrire, pour détruire un mal très fâcheux, l'oubli; mais déjà Sextus voit une œuvre de présomption grammaticale dans la distinction des voyelles et des consonnes, des voyelles Iqngues et des voyelles brèves (3). Il rejette également la rhétorique^ parce que nous n'apprenons à parler que par la pratique ; il ne veut pas s'engager dans la recherche des principes de cet exercice (4). Ses objections contre les sciences mathéma-^ tiques ne vont pas jusqu'à vouloir supprimer le comptage et le mesurage [i]; elles ne sont dirigées que contre la forme scientifique des mathématiques , et surtout contre les notions préliminaires philosophiques, contre l'admissibilité de la preuve par hypothèses (6), contre l'idée de corps (7), contre la possibilité d'un nombre (8) et la divisibilité en parties égales (9). Il n'y a rien à dire de plus

(i) Pjrrrh. hyp.^ I, 24, 287 ; III, i5i; Adv. math.^J, 5o, 55, 173, i83^ a4i< (a) Ad\f, maûiff I, igr^G^ 17a,

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