‹ Histoire de la philosophieChapitre 18 sur 54 · A., II · texte numérisé non relu

A., II

(5) Pyrr. hyp,, III, i5i.

(6) Adv. math, y III, 7 s.

(7) /i&.,in, 188.

(9) /ifr., III| 109».

contre les astronomes, si ce n'est qu'ils s'appliquent à prédire le destin de Thomnie, et à faire connaître les diffërens caractères (l), et il se donne la peine inutile de faire Toir, sous le rapport scientifique^ le néant des principe^ et de la méthode des Chaldéens. Mais il ne rejette point l'u^ge de l'astronomie , qui prédit la pluie et le beau temps, la peste et les tremblemensde terre, art utile pour ragriciiUùre çt la navigation (2). Il est impossible d'après cela de douter que le but de ce nouveau scepticisme soit autre que d'éviter, dans les sciences et dans les arts , tout ce qui dépasse Futile ^ tout le reste est pour lui d'un luxe pernicieux , qui n'est propre qu'à troubler les connaissances utiles auxquelles il se rapporte, et à les entrai* n^r dans son incertitude. Sa fin au moral ne peut donc être qu« trèf basse ; son art de la vie ne se rapporte qu'à l'utile,

A cela se joint l'opinion qu'une seule connaissance est nécessaireàla vie , celle des phénomènes ; de là la polémique du nouveau scepticisme contre la cognoscibilité de tout ce qui n'est pas phénomène. Il attaque les sciences dans la supposition qu'elles ont pour but de connaître l'inconnu qui est en dehors de la conscience immédiate de nos phénomènes internes, mais commequelque chose qui est conçu en dehors de notre conscience et comme servant de base au phénomène (3). C'est en ce sens qu'il attaque le critérium du vrai, et qu'il rejette même la question de savoir si le vrai est possible. C'est en ce sens qu'il attaque aussi la prenve comme moyen de réduire en connaissance ce qui n'est pas immédiatement certain , et qu'il doute s'il peut y avoir un signe de ce qui est occulte , si la cause est; con« naissablepar l'effet. Mais, dans tous ces doutes, plus ils semblent hostiles à toute connaissance, même à l'expé-

(i) Jdif. math,^ IV, 2 8.

(2) Ib.y I, 5i; V, I, î.

^3) P^rrh, hy^.^ I, i3, i5, aolt

$44 LlVRfc XII. CHAPITRE lY.

rience nécessaire à la yie, plus aussi les nouveaux scep* tiques avaient à cœur de placer cette connaissance expérimentale hors du domaine de leur doute. Leur distinction entre les signes qui ne nous servent qu'à nous rappeler des événemens passés, et ceux qui doivent indiquer quelque chose d'occulte qui n'est pas phénomène, leur sert à cette fin. Ceux de la dernière espèce ne sont qu'une invention des dogmatiques; mais ceux de la première ne sont point révoqués en doute par le sceptique, puisqu'il 'suit le témoignage de la vie (1); car ils ne doivent rien nous découvrir d'essentiellement caché, mais seulement nous faire voir un phénomène qui est présentement sous* trait à notre perception, comme le feu quand nous ne voyons que la fumée (2). On voit l'usage qu'on pouvait faire de l'idée de ces signes pour acquérir une connaissance utile à la vie, puisqu'il* suffisait de supposer que ces signes seraient tellement liés entre eux, que là où parait l'un, l'autre se présente aussitôt; car alors il fallait admettre aussi que celui qui entend quelque chose à ces signes peut acquérir par la production de l'un de l'influence sur la production de l'autre: ce qui suffisait pour l'art de la vie que les sceptiques voulaient exercer; car ils n'avaient d'autre but , en produisant un phénomène , que d'aider à la production d'un autre.

Mais ils durent encore admettre , en conséquence de

(i) Pyrrh. hjrp., II, 99 s., 102. AtT-riîç ouv ot5œ9ç t5v tmiJxtw ^ta ^opoéç, ùç f^j(f<cv, ou irpoç Trôév ffvifAcTov àvrcXcyojuicv, ôXXà irpoç/jiovoy to IvJcixrixbv ùtç deiro Tb>v ^oyfxarixcav ictTcXaaBat ^oxoîiv. Toyàp uiroftvi^arf— iUbv ircircWtUTat Oirb tou ^tou , iicù xamhv lècov rtç ffyjjuucourae mp xac ouXriV Btaffafievoç rpou^a yeyev^oGac \iyti» Adv* mathy.Yllï, i5i s.^ a88 , 289. ^

(2) Adi^. math,, VIII, i56. AXXàyàp ^yo7v Svtmv otjjim/uv, toîî tc {iiropvjffTixou xa( cire tSv irpoç xatpov à^XtùV rà iroXXà )(^<jtfji€Ùtn 5oxouvToç xoi\ Tou cy^ctxTixou, oicep iiçi Twv <fùatt ocAo'Xwv lyxptvsTat xtX. Comparez la distinction entre l'inconnu )c?0a7ra£ <^9U et irpoç xaep^v. /&.) ï45 s.; Pyrrhi hyp.^ 11^07 ^*

NOUYEAUll SCEPTIQUES. 245

l'idée qu'ils s'étaient faite des sciences utiles , qu'il y 9^ une tradition écrite et orale des expériences , puisqu'ils ne penchaient pas à vouloir rapporter la connaissance de chaque individu à ses expériences personnelles (1). On pourraitdonc croire qu'ils auraient avidement saisi le moyen que leur offrait leur théorie des signes remémoratifs pour faire voir qu'il est possible d'enseigner et d'apprendre par la parole et par l'écriture ^ tant c'était naturel; mais nous trouvons qu'ils n'ont point mis à profit ce moyen. Sextus attaque plutôt la possibilité d'enseigner et d'apprendre quoi que ce soit (2) y et se sert pour cela de raisons que les sophistes avaient déjà employées pour la plupart auparavant. On pourrait bien ne regarder ces argumens que comme des railleries que Sextus croyait permises contre les dogmatiques (3); mais il y a sans doute aussi dans la manière de voir des nouveaux sceptiques un point qui pouvait les empêcher d'appliquer .leur théorie des signes remémoratifs au fait d'enseigner et d'apprendre par le. moyen du langage; car s'ils devaient compter aussi la parole et l'écriture au nombre des phénomènes évidens, il en était cependant tout autrement des pensées de l'âme. En effet, les sceptiques mettaient Tâme au nombre des choses qui ne sont point naturellement évidentes , en sorte qu'il ne peut y avoir d'elle et de ses pensées aucun signe remémora tif (4) , et que des mots et des discours doivent en conséquence être

(i) Pyrrh. hyp.,J^ ^4, 287; Adv. math,, I, 5i s. C'est pourquoi Sextus croit qu'il vaut aussi la peiue d'éclaircir des équivoques qui peuvent se glisser dans la tradition des faits. Pjrrrh. hj'p.f II, 256.

(a) Ib.f IITf a5a s. ; uidi^. math*y I, 9 s.

(3) /^., 1,62; cf. II, au.

(4) Ad\\ tiialh.y VIIÎ, i55. H Jrt>3^ twv vwace à^rîXwv \gx\ irpayparcdv. Où^eiroTC ya^ viro Ty)v iifarcpow ircyuxc iriirrciv cvopycorv. ToiouTV} Si ovaa ex tuv irtpi rb awi^ot, x^yri^cuv iv^cxTcx»; pi^vvcrou. Cf« Pjrrh. hyp.y II, 3a.

246 LIVRE XII. CtiAPITRE IV.'

mis au nombre des signes destinés à indiquer quelque chose d'occulte (1). Ce n'est là qu'une preuve du peu d'harmonie que les sceptiques savaient mettre entre leurs idées sur la possibilité d'une science utile et leur propre scepticisme.

En efTet, l'idée de l'âme, telle que nous venons de l'indiquer, est quelque chose d'essentiel au nouveau scepticisme ; elle se lie d'ailleurs intimement à d'autres opinions que nous ne devons pas passer sous silence , parce qu'elles ouvrent un aspect dans les profondeurs du scepticisme. Il peut assurément nous sembler fort étonnant que ces hommes qui pensaient que nous ne pouvons rien affirmer avec certitude , sL ce n'est nos propres affections, donnassent précisément pour quelque chose d'inconnu , non seulement l'âme elle-même, mais encore ce qui est en elle , ses pensées et ses états (2) , et qu'ils affirmassent que l'âme ne tombe jamais sous notre perception (rt^op^cta). Cependant la chose s'explique facilement par leur opinion', dont nous avons à peine le droit de leur faire un reproche, puisque la plupart de leurs contemporains ne pensaient guère autrement , savoir que la perception n'embrasse que ce qui existe extérieurement en nous, et qui est corporel. Cette opinion est très nettement exprimée dans la proposition précédente sur l'invisibilité de l'âme, ainsi que dans d'autres assertions (3). Mais l'âme étant

(i) Pjrrrh, hyp., II, i3o, i3i; Adv, math.^ VIII. 278 s., où quelque chose de contraire est objecté^ et oii cependant (298) il n'est pas nié, en définitive, que les raisons des dogmatiques ne puissent avoir quelque force, qu'autant que l'on accorderait que les raisons des sceptiques ont une force égale.

{1) Cf. Adif. math., VI. dç t\ fx^} \<rzt >j;*jx^', owft «(oO^'crttç. W^n yàp TouTnç wic^pjfov.

(3) Par exemple, Pyrrh. hyp., HT, 5i. q tc yaoxwv xaroXafi- Covctv TO otffw/MtTOv ^Toc cf\<^<jti TouTo icotpaffTiît/et xaraXa^Çovciv >} iià,

IWJf vvÇjv wTcXoMÇavwÇac Jçxqvvj twv «laô>îTwv Si les Keptique»

placée par les sceptiques dans l'empire obscur du nonpercepiible , ils ne purent pas encore pour cela en faire quelque chose d^incorporel ; nous trouvons au contraire qu'ils inclinaient très fortement au matérialisme. Nous avons dit précédemment que cette opinion se remarquait* déjà dans Enésidème , et nous avons pensé qu'elle pouvait tenir à la pratique médicale des sceptiques. On la retrouve dans plusieurs principes de Sextus, qu'il fait valoir dans ses déductions sceptiques; c'est sur le matérialisme évidemment qu'il se fonde ^ lorsqu'il ne considère comme étant quelque chose en soi et absolument que les propriétés sensibles ,|c'est-à-dire , d'après ce qui précède, les propriétés corporelles, ne regardant tout le reste que comme quelque chose de relatif (1). Et quand il parle des objets occultes des recherches dogmatiques , c'est de quelque chose au moins un peu corporel encore , ou de relatif aux corps, supposé existant hors, de nous, comme les atomes ou les pores insensibles et l'espace vide; mais il traite les objets de la connaissance intellectuelle pure très brièvement et très despectueusement| puisqu'il n'en appelle, contre leur admission, qu'au principe qui lui semble résulter de son idée des sciences expérimentales , que rien ne peut nous être connu que par le moyen de la sensation, mais que toute sensation ne natt en nou3 que parce que nous nous trouvons en rap-

affirmaient aussi du corps qu'il n*est point percevable, ce n*était là qu'une de* leurs chicanes^ qu'ils ne pouvaient maintenir dans la vie pratique.

(i) Ady. math,j VIIT, i6i. Twv o5v ^v-pwv, yaffw oi dtirb t5ç tfxr^fcjç , rà fxh lort xoeroe ètaxpoptxv , ta Sk irpoç ti icwç ^ovra. Keà tarèi ètcufùpén piK, hicwra tar liiacv utro(yT«(Jtv tai «tcôXutwç vo«Tac , o7ov Xcuxov, /jieXaev, yXuxu , -Trtxpov, irSév to toutocç irapatrXrîatov. YeXoTç 7Àp «vro7ç xae*e tarit ictoiypatpruv Im^akXofAsv tau êi^ot totJ frfpov re

*wv«ivcvoecv, /A., ao6. T< Tf «tîoÇijTov, ^ «««tO^tpv (vt* j x^tà ♦«ayçoàv

248 LIVRE XIU CHAPITRE ÎV.

port médiat ou immédiat avec quelque chose (1). Il suit en cela , avec une rigueur qu'on n'aurait pas attendu d'un sceptique I les doctrines des stoïciens et des épicuriens, lorsque ceux-ci cherchaient à faire voir que toutes nos idées résultent d'une transformation des premières impressions sensibles. Celte idée se révèle encore en ce qu'il suppose inconsidérément que les dogmatiques ne peuvent avoir d'autre but que de rechercher ce qui sert de fondement aux phénomènes hors de nous (2). Et même une des plus graves objections qu'il fait aux dogmatiques, c'est qu'ils ne peuvent cependant pas dire si leur idée, lorsqu'elle doit être une copie de ce qui existe au dehors, le représente fidèlement, puisque l'âme ne peut jamais sortir hors d'elle , et qu'il est même nécessaire de convenir que la représentation .de l'âme est complètement différente de la chose représentée; car la représentation ne brûle pas comme le feu qu'elle représente (3). Si donc nous rencontrons partout chez lui des manières de penser matérialistes, il n'y a rien d'étonnant qu'il ne conçût la nature insensible de l'âme que comme étant elle-même quelque chose de corporel. Toutes les fois qu'il parle de l'âme, d'une manière sceptique bien entendue, il suit

(i) Jdv, math:, TIII, 56 s. 0\ Sk mpi Aïî^oxpcTOv xa\ IlXaruvoe

«OcTOWTCÇ |!xîv ràç alaBr,(Jttç , àvaepouvTCç Sk rà alaôrîTa , fAOvotç Si cirtficvoe ToTçvonjTorç auyjfeoudt rà irpay^ra xote où fjiovov riv ruvovroiy ak-riOticcif aoXcuoufftv , dtXXà tyîv ïmvotoat owtwv. Ilaffa yàp vwjfftç «wb

alaOïnattùç yivtrai in où ^wptç alaô*îffcci)ç xai yj àico Trepcirrcoffecoç fl oùx «vw it:tptTrt<ûOt(ùç xtX.

W Py^f^h. hyp,j \y i5. Tô ft |uiéy(9Tov cv t^ ippo^op^ twv ^uvwv

ToÙTwv To iauTw yatvo/Jicvov \iyti (se. o axsiextxiç) xot» to ttocGoç jiroy-

ytklti TO lauTov otSo^aovoç , fjLïj^v ittpi twv e^uGev ùiroxetfAevow ^cotSk-

^aeoùfAevoç.

(3) Ib.j, II, 74; Adi^. math., VIL , 357- Ka^ pxxpS iia^tpn ri

fxifT<x'7tix, Toû yavTaffTou. Oîov 7) àwo irupbç yavT«»^co^ xou -cru (joç ' -fi pçy

yàû xa/fi I îi i' ovx earc xocuortxïî. 2^., 386.

presque toujours la doctrine matérialiste des stoïciens (!)• Son doute sur la nature de rame n'est donc autre que celui que nous avons trouvé dans Cicéron , dans Galien et ailleurs, savoir si elle ne serait pas du feu ou dé Fair, ou quelque autre chose.

Si nous tenons compte de toutes les traces de la façon de penser qui révèle le but propre de la méthode négative des nouveaux sceptiques , nous y trouverons une harmonie interne, et il ne sera pas impossible de déterminer le sens de cette tendance intellectuelle pour 1 o« poque dont nous nous occupons. Il s'agit pour cela de ne s'attacher qu'aux connaissances qui sont utiles ou nécessaires à la vie; ils voulaient une espèce de connaissance qui pût devenir la servante de la vie pratique ; ils avaient non seulement à établir cette fin qu'il y a en nous des phénomènes que nous devons nécessairement reconnaître , mais ils devaient avouer aussi que ces phénomènes ont entre eux une certaine association que nous pouvons fixer dans notre mémoire, et que nous devenons ainsi capables de conclure de la présence de l'un à la présence de l'autre ; ils durent même admettre c[ae nous anticipons aussi le travail des phénomènes, et que nous pouvons en faire un par la production d'un autre, auquel il est nécessairement ou vraisemblablement lié^ et comme les connaissances qu'ils jugeaient utiles à la vie ne peuvent être acquises par un seul individu et dans la courte expérience d'un genre de vie, ils durent reconnaître comme un principe de l'expérience, qu'il y a une tradition des expériences. Mais, à moins d'une distinc* tion nette entre ce qui est fourni par Texpérience et ce qui s'y ajoute dans l'usage de la vie comme opinion (et on ne peut attendre cette distinction des sceptiques), il n'est guère possible de renoncer à Tidée qu'il n'y a que le cor-

(i) Par exemple, P^rrh* hyp.f II, 70, 813 IJI, '^^j ^d^^. math., IX, 71 ^

j)orel qui tombe sous notre perception; car les arts utiles de là vie ne concernent immédiatement que des corps , €t il n'est par conséquent pas surprenant que les sceptiques , dans toute leur polémique contre la précipitation des opinions dogmatiques, n'aient pas échappé à celle qui fait tout corporel. Nous les accuserons de la même précipitation , si nous observons comment ih dérivent toute connaissance humaine de la sensation, et ne considèrent chaque élément de notre pensée que comme une transformation de notre sensation ; comment ils cherchetit à ne faire consister la raison et la supériorité de l'homme sur la brute que dans la faculté développée de se rappeler le passé; comment ils n'admettent de propriétés sensibles des choses que ce qui est en soi et absolument , considérant touè le reste comme quelque chose de relatif; comment ils conservent uti éloignement prononcé contre toute activité libre , et regardent le repos de l'âme , qui consiste dans la satisfaction animale des besoins, comtttê plus élevé que la noble aspiration à une conduite de plus en plus rationnelle. Toutes ces opinions sont au fond de leur âme; mais ils les regardent comme un résultat , non de la réflexion scientifique , mais de la façon de penser nécessaire de la vie» On devrait croire qu'une semblable opinion n'a rien à faire avec la philosophie ; mais les sceptiques ne sont point de cet avis ; ils pensent au contraire devoir attaquer la philosophie , pour n'établir que l'opinion nécessaire de la vie , appliquée à la culture des connaissances utiles , et la préserver de la corruption. Tel est le but propre de leurs doutes ; ils les dirigent contre la philosophie , non contre le sens commun ; et cela parce qu'ils trouvaient les arts de la vie mêlés à un certain mode d'exposition scientifique , à des principes et à des idées qui s'étaient formés dans la philosophie dogmatique, et qu'ils croyaient devoir rejeter comme dépassant l'utile et l'usage de la vie, et comme ne pouvant être confirmés par l'expérience. Ils se plaignent constamment à ce sujet que l'inconsidération des dogma«

HOimÂint scsraQins. S51

%iqoes a rendu chancelaDs les principes les plus s&rs y les doctrines les plas ceriaines; que c*esl pour celle raison qu'ils s'élèvent contre eux (1). Leur problème était donc d'affranchir les arts de la vie des idées philosophi* qaes générales qoi s*y étaient attachées, et par là ils entraient anssi activement dans le développement de leur siècle. Nous savons comment y chez les Grecs , presque toutes les sciences, particulièrement les sciences encycliques que Sextus attaque , ou étaient sorties du sein de la philosophie, ou s'étaient étroitement liées avec elle* Cette liaison était naturelle, tant qu'elle concernait les principes généraux et la valeur générale de ces sciences ; mais sans doute qu'elle setendit aussi plus loin. Les philosophes s'ïippliquant aux sciences encycliques, avaient soulevé beaucoup de questions qui étaient étrangères k ces sciences ; ils durent en troubler Tordre, et ne purent que nuire à la sÀreté de leur progrès empirique. 11 était donc avantageux pour les sciences de se purger de ces élémens étrangers, et c'est à quoi s appliquèrent les nou* veaux sceptiques. Mais comme leurs efTotts s'exercèrent sans une juste idée de là philosophie et des sciences en général , ils ne purent pas non plus trouver en cela la juste mesure. Ils s'abandonnèrent au contraire à leur inclination d'affranchir de la philosophie les arts utiles au point de leur faire perdre entièrement leur sens général , et de ne leur laisser que le caractère de l'utilité^ C'est ainsi que se décomposèrent pour eux les élémens de la vie complexe et harmonique. Ainsi se révèle en eux la dissolution qui précède la mort ; c'est ainsi encore qu'ils poursuivent aussi dans l'agonie de la vie scientifique, sans une confiance claire de la fin sans doute , une tâche né» cessaire de la science, la distinction des connaissances

(i) Par exemple, Pyrrh. hyp.y lïl, i5î. (5ffov fiiv yàp \if\ t^

253 * LITRE JUI.CHAPITBErlY.

qui se forment en nous dans la pratique de la vie » les doctrines philosophiques générales , deux phénomènes qui marchent naturellement de front , car les symptô* •mes de la mort de la philosophie durent se manifester dans la séparation, lente d'élémens qui s'étaient aupara* vant réunis^ confondus avec une sorte de violence ; ces élémens durent donc de leur côté, une fois séparés de la philosophie , exercer toute leur puissance contre elle , et en se déclarant émancipées , lui rendre hostile leur fonc<! tion. Telle est la récompense qu'apporte le temps , lorsqu'il conteste à ceux qui les possèdent des droits qui n'ont pas toujours été exercés avec équité. Les sceptiques sont diamétralement opposés à l'ancienne opinion des philosophes, que toute vie rationnelle a son principe dans la philosophie; il ne se contentèrent pas d'affirmer qu il y a aussi une. vie rationnelle en dehors de la philosophie, ils pensaient même qu'il n'y a de vie rationnelle que hors d'elle, ou que la véritable philosophie finit avec l'aveu que toute philosophie n'est qu'une opi« nion dépourvue de raison.

Quoique nous croyions avoir par là fait connaître le but et l'importance du nouveau scepticisme en général, notre tâche n'est cependant remplie qu'à moitié , et notre problème total j de juger les rapports historiques du scepticisme, à demi résolu. Car ces rapports sont aussi, en partie , dans les raisons particulières que les sceptiques opposaient aux dogmatiques. Il s'y rencontre parfois une invention pénétrante que nous trouvons rarement ailleurs à cette époque. Quelquefois elles font aussi connaître le faible des philosophes antérieurs, et servent à en faire une critique qui aurait pu, dans un temps plus fécond en invention , donner une impulsion à la pensée philosophique. Nou^ devons les étudier sous tous ces points de vue. Cependant , il ne sera pas pour cela nécessaire d'alialyser toute la masse de leurs principes ; car nous ne pourrions que répéter ici les pbjections déjà connues des éléate»; des sophistes, des még^riquesi et autres, contre la

I^OtiVÉAtJX SCEPTIQUES.' 5Sà

philosophie dogmatique. A quoi bon encore les suivre dans les détails de leur polémique entre les écoles dogmatiques, polémique que nous avons déjà souvent touchée dans nos recherches antérieures? Pourquoi enfin exposerions-nous une à une les raisons qtie, de leur propre aveu^ ils n'avaient coutume de mêler à leurs plus sérieuses objections que par plaisanterie et comme de faibles argumens contre les faibles dogmatiques? Nous pouvons donc laisser de côté une bonne partie de leurs motifs de doute. Mais sans doute il n'est pas toujours facile de reconnaîtra ce qui est plaisant ou sérieux, fort ou faible , car il n'arrive pas souvent aux sceptiques de faire eux-mêmes cette distinction, et d'avouer la faiblesse de leurs raisonnemens. Noiis ne pourrons donc parvenir à faire cette distinction qu'en suivant l'idée que se faisait cette secte de la pensée nécessaire des hommes. Sextus avoue même que ce n'est qu'une raillerie sceptique , lorsque , comparant l'homme aux animaux dépourvus de raison, on élève la question de savoir si l'homme mérite d*être mis au-dessus des animaux pour la raison (1), attendu que les sceptiques n'ont pas du tout la pensée de nier la supériorité de Thomme sur le reste des animaux, puisqu'il peut se rappeler d'une manière régulière les phénomènes , et qu'il peut ainsi conclure, suivant un art pratique sage, des signes remémoratifs aux phénomènes qu'ils indiquent. Nous pouvons* donc aussi regarder comme une raillerie des sceptiques leur polémique très sophistique en général contre la possibilité d'enseigner et d'apprendre (2) , puisqu'ils accordent cependant qu'il y a une tradition des expériences et des arts utiles; ou leur assertion, que le moyen de communication , le langage , est impossible , soûs prétexte que quand une partie de la proposition est, l'autre a déjà cessé d'être (3). Et enfin, pour ne fas nous arrêter trop long-

(i) Pyrrh, hyp., I, 6a s.

Xi) Adv. math.,1, g s.; Pyrhh. hyp.y III, à 5a s»

(3) Adv. math.,, VlH, iSa s.

)S4 LIVUXII. dlAPITMlV.

temps à ces exemples, nous pouvons aussi regarder coinmQ un simple accessoire de leurs preuves leur doute sur la 'vérité du phénomène corporel, sous prétexte que, d'aprèa l'opinion que le corps est composé de longueur, de lar*gçur et de profondeur, toutes choses qui ne sont pas corporelles» le corporel serait composé du non-corporel (1) ; car ces doutes dépassent aussi la mesure de ce dont ils devaient douter suivant leur manière de voir.

Il y a au contraire plusieurs choses dignes de remarque dans les idées des sceptiques, tant par rapport à la forme qiie par rapport à la matière de la science, ^qus avons déjà observé précédemment comment on peut trouver un progrès daps le nouveau scepticisme par rapport à son attaque contre laforme scientifique. Mais nous avons encore plusieurs choses à ajouter à ce que nons avons allégué alors en preuve, et que nous trouvons dans les écrits de Sextus, sans qu'on puisse l'en regarder comme l'inven» teur* La fgrme de la science est cherchée par eux« suivant une manière de voir répandue d^ leur temps > presque exclusivemcint dans la preuve. Noua avons souvent remarqué en effet qu'ils regardaient une pensée qui n'est pas prouvée, comme une pensée à laquelle chacun peut ne pas ajouter foi. Maintenant» ils avaient certains principes généraux contre la preuve, auxquels nous ne pouvons pas attacher beaucoup d'importance , parce qu'ils sont tous pareils, ou du moins analogues au^ principes évidemment dérisoires; par exemple, quand ils disent que la preuve est un non-étrey sous prétexte qu'elle est composée de plusieurs pensées dont l'une, déjà passée, n'est plus présente quand l'autre arrive (2), ou qu'elle consiste dans le relatif, qu'elle n'a par conséquent pas d'existence, le relatif n'étant

^ (i) Jdv. math., III, 83 s. ; cf. Pyrrh. hyp.^ II, 3o. Les preuves que le corps n'est pas percevable aux sens sont analogues à celle-là. Pyrrh. hyp,, III, 47 5.; Adv, math.^ IX, 4^7«

{%) P;;/tA, »//!., II, 144,

qu'en pensée (1). Ces raisons n'ont rien de propre à con* duirQ à yne investigation approfondie, et ne son^t par con- »4quent susceptibles d aucun sens plus profond^ et nou$ gommes persuadés que le3 sceptiques eux-mêmes n'en faisaient aucun cas, Mai$ il est d'autres doutes qui pénètrent plus avant dans les rapports particuliers des preuves dogmatiques, et qui sont plus féconds pour l'investigation. C'99t ainsi qu'ils remarquaient qu'il serait inutile de poser la majeiire dti raisonnement catégorique et du raisonnement hypothétique, s'il était évident que le grand terme est contenu dans le moyen ; mais que si cela n'était pas, la conclusion perdrait sa force (2) ,11 s'agit aussi delà preuve, lorsqu'ils remarquent , touchant les définitions , qu'elles vont à l'infini, et qu'elles ne peuvent par conséquent pas servir de fondement à la connaissance ou à la doctrine (8)* I^'édifice de la science était encore attaqué plus profondément, lorsque les sceptiques recherchaient le rapport des raisonnemens proprement dits à l'induction. Ils se conformaient en cela aux idées sensualistes qui étaient très répandues de leur temps , et auxquelles ils étaient euxmêmes enclins. L'induction devait donc se présenter à eux comme le moyen de connaître le général. Mais l'induction peut faire connaître le général ou par tout le particulier, ou par quelques exemples particuliers. Cependant ce dernier procédé, l'induction imparfaite » n'est pas permis, et Vinduction n'est pas certaine, puisqu'il suffit d'une seule exception à tous les cas passés pour contredire la génépalité de la conséquence. Lie premier procédé, au contraire, celui de l'induction parfaite, n'est pas possible, parce que

(i) jidi^. math,, YIIT, 453. Nous ne parlons pas d'autres raisonnemens plus embrouillés, tirés de la relativité de la preuve, et qui ne découlent que d'une idée feusse. V. /^., aS^ s, j Pytrh^ /j//?., II, 174 8.

(a) Pyirh. hyp.^ II, iSç, x63,

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