ZA
258 LIVRE XII. CHAPITRE lY.
quoi ou suivant quoi il doit être porté. Celui qui doit le porter, c'est Thomme; ce par quoi il doit létro est le sens ou lentendeinent; ce d après quoi , la représenta^tion (I). On voit que les deux derniers membres de cette cUvisiou sont compris dans le premier ; et Sextus lui-mém^ le remarque, puisqu'il dit que» si Ton fait voir que Tbomme ne peut être regardé comme critérium de la vérité # il n'est pas nécessaire de rien ajouter sur les deux eutrea eritériugiy car ce sont ou des parues, ou des actions , ou «les manières d*étre passives de T homme {'i) ; et pepen^ dant il ne peut pas s'empécber de développer lea troia mlimbres de la division dans sa recherche.
Dans la question si Thomme pept être un critérium d^ là. vériié, il se rend la touche facile « en disant contrecettr Jbypotbèseï que l'homme même no<)« est inconcevable («3), Poar le prouver » il lui suffit de.faire voir à sa manière ;CB qui était évident pour tous les yeux» savoir» que Los ^logmaii^fues n avaient pas été capables de donner une 4dée soptenable de l'homme, et qu'il ^tait déjà sufflaamlœi^t cjair aussi que l'idée de l'homme peut valoir pour but avant de valoir pour priofpipQ de la connaissance philosophique (4). On ne p/eut cependant pas disconvenir .qn'il n'y ait dans ceinte manière de procéder de Sextus contre les dogoiatiquus une pensée vraiment critique» di-
^im^i^im^ I ■^♦^
"(î) Pjrrrk. hyp.^ II, i6. hXkk xa\ ^^ Xoytxbv xpctv5pcov ^lyocT* &y ^fjfwç, T^ Ay' oS xat th êi^ ou xa\ rb xa6' o. Oîov itf' o5 fjtVy fiv6p»- Voç, r5e o5 ^ firo« (ÂSnm^ ^ ^tai/ocoe, xaff o 9k i irpo^Xt) t?ç fow- ^oftftç. W., 2^; Adsf. math.f Vil, 35^ ^i.
(2) P^rrh. hyp.j II, ai, 4; ; Adv. math. y VII, a63.
(3) Jdif. math., VII , 264. Ou yip ^rtihnrlç irovr^iç îoriv 0 ocyOpuiroç ' cp tittxat tyjv x^ç akfiBtiaç yvtôfftv àvwpCTOV ûjrocpj^ccvji «v
yvwpéÇovTOç àxôcraXYiYTTou xarc9Twroç.
. -.(4) /î.» 266. OuStU yi^p U irpogfnpow itùoti ytv««ifo6«( tiv Mpti»-
1WV ôiroTnç WTtv, cf yt h TlùQioç wj jULcyiarov ZriXTijmrrcpauQratif otuT^ Xo
,^% «atUTov. Et Si xa» $<j>Yi^ ov TrStcrtv, «Uà roîç d«cp{€eav«totc tûv yi-
XoffO^V CirCTpC\j/C( fA Ovov TGUTOV CTTtOTajÔat.
HOUVIAVI SClPTIQirES. !^$f
rigée contre l'inconsidération des philosophes antérieurs» qui n*avaieut pas assez éviié l'apparence, qui Tavaient même favorisée à certains égards, connnje lorsqu'ils font naître la pensée philosophique du point de vue de Thomma. au lieu de lui donner pour fondement raciivité de la rai" son, qui est indépendante de Tidée de Tbomme. Du reste^ les reproches que SeiLtus adresse aux dogmaiiquest r^ latiirement à leur idée de Thomme > ne sont dirigés que contre la forme extérieure de leur exposition ; mais quaoïl il pénètre un peu plus avant dans leur idée scientiSquib d« rbpmme, il s*en tient toujours à ses doutes habituels généraux. Ainsi, quand il examine si l'homme doit étra conça comme composé de corps et (V&me, il rappelle, conirair/ement à cette opinion , qu'en conséquence de princi^ pes déjà reconnus antérieurement, on ne connaît pas la nature du corps, et bien moins encore celle ii» ïkme^ ainai que le prouvent les vieilles querelles deis fiog* soatiquesaiirson siège, aon existence et son e^stnce (i)»
Quand donc Sextus cherche a faire voir d'uji/e mauièro pins epprofoodt^qu'il est impossible à rhonime de se cojir nattrc, il examine les organes par lesquels et leaidéea at»i* vaat lesquelles il doit être connu. S|i l'homme <iUvait être connu, d^t-îl , ou il sa connaîtrait tngt entier, et lui-mèmase* rai t tout entier connu de lui,/oii bien Jine partit? de Thomme eoaoaitrait une partie, et une partie aérait connue d'une partie. Le premier cas e»t nié comme supposant rin9|)i90si« hle. Car si l'homme devatti^ut entier se connaltxei il serait lom enûer le sujet connaissant, et il ne resterait plus rien qui pût être connu ; ai^ au contraire, il devait être tou^ entier connu ,il serait tout entier le connu, et il ne reste* rail rien en lui pour connaître (2). Nous jiîterons un coup
(a) Jdv. moJà., TU, t^4^- AU' ti #lv $W l' Sh^ i ^fif^mf
cacurbv Çïjtotiî xae cuv toutm vooTto, ovv tw oXo; et ôWijeujby vmTv o4» ^cv fn taxau rb xaToXafA&xvofjicvov, oictp «;ï©«ov. £( ji )L«c tni i» Ç»to«
d'oeil sur cette preuve pour faire voir comment elle ex» prime une manière de penser plus générale de Sextus, L'idée fondamentale de la preuve à laquelle Sextus reste aussi fidèle ailleurs, c'est que tout connaître suppose un objet différent de soi y dont il n'est que la copie. Il ne peut donc pas ad^nettre un être qui se connaisse luimême ; il est obligé de nier toute connaissance de soimême , et^ entre la pensée et Tétre, existe pour lui un abime infranchissable. Mais Sextus ne permet pas plus qu'une partie de l'homme puisse se connaître, ou connaître une autre partie ou en être connue, qu'il ne permet que rhomme puisse se connaître ou être connu de lui tout entier. Les parties de l'homme sont le corps, les sens et Tentendement (1). 11 est évident d'abord que le corps de l'homme ne peut se connaître ni lui-même, ni les sens, ni l'entendement. Les sens ne sont pas non plus capables de connaître les autres parties de l'homme , parce qu'en général ils ne peuvent pas connaître, car ils ne font que pâtir et éprouver une impression à la manière de la cire, mais ils ne savent pas autre chose que cette impression ; ils ne sont pas capables d'une recherche active de la Terite. Ils ne peuvent pas connaître le corps , puisqu'ils n'en ont pas la nature ; on pourrait tout au plus dire qu'ils perçoivent ce qui compète au corps, comme qualité accessoire ( ov/iCc&^xoç )• Mais la substance n'est pas la simple réunion des qualités , et quand même elle le serait , les sens ne pourraient cependant pas non plus connaître un semblable mélange , car les sens n'assemblent pas , ne composent pas ; il n'y a que la raison qui en soit capable. Mais les sens ne peuvent pas même connaître les qualités corporelles , car ces qualités même consistent dans une composition de parties , puisqu'elles vont d'un
|ttvov xa< abv Toùrui vGorro 8Xoç ain tw ^itWL^m ^ iroXiv ovAv âiroXccf- (i) Ady. maji.y VII, 287.
NOUTEACX 8CEP1TQUBS.' 261
commencement , par un milieu , à une fin , et le sens ne peut opérer une semblable composition (1). Chaque sens ne se connaît pas plus lui-même que les sens ne se connaissent eux-mêmes 9 ou les uns les autres; car la vue
ne se Toit pas elle-même, l'ouïe ne s'entend pas, et ainsi des autres (2). A ces raisons y Sextus ajoute encore , à la manière accoutumée des sceptiques, que Ton ne peut pas décider si les sens nous font connaître seulement une impression réelle , et non simplement des représentations vides y et s'il n'y aurait pas lieu , en général, à ne pas décider à quelles sensations nous devons nous en rapporter, puisqu'elles disent le contraire de la même chose, et que les choses s'offrent à nous , tantôt d'une façon , tantôt d'une autre (3). Telles sont les raisons qu'allègue Sextus contre l'opinion des dogmatiques , que les sens peuvent nous procurer quelque connaissance. Elles ne sont pas dépourvues de pénétration , mais elles n'ont rien de neuf non plus ; du moins leur substance se trouve déjà très clairement dans Platon et dans Aristote.
Il s'agit maintenant de savoir si la troisième partie de l'homme peut se connaître elle-même, ou connaître
irao^owc fiovov %ài xvjpoû Tpoirov ruTTouvrat, àXXo St T^aaty ov^s fv. — — - To ÇijTcTv cvcpyi]T(xû? oux taxai T^tov aiirwv. Ecra iraJç olov re tan iia
To^uv •xaTak-fiffiri-^an Tovoyxov oùx èj^ouffôiv tw ^ccv; irpcôrov /ùv
yàp t^ecÇa^cv (cf. VII, 278), ot« ou^ê tq xoevyj ffuvo5oç twv xvh aufji6cÇ>3xo-
Twv êxervo 19X1 TowTcv\ cu^&'&fjxcv. AXXoc to ouvTe0cva« xi fixxa xtvoç
yiai x6 TOiov^c |uicyc9oç perà rou tocou^c c^îfxaroç Xaju&xvecv Xoycxtjç tort i^nauttaÇ' — — Kairoc ou /aovov tt/v xoi'Ar-t cijvo5ov wç awfxavoeîv carev â^vyiç (se, vi opaecç) , ôXXà xat itpoç tt/v êxaffrou tSv toutw oufi&Çnxo* Twy xoToXïnpiv ictmopwTac , ocov cûOc»? pnxouc- Kad xticépQtvtv yàp pT" pwv TOÛTO XafA&xvfoOae irf^puxcv ôcKo tcvoç à^ù\ûrmn iftZiv xat iiâ t»oc ata2 f irc ti xoeraXyjfyomfv , oirfp iroccTv dlXoyoç fU9(ç ov Uvotoc. Jb^ ,
(2) /&., 3oi^ 3o2.
(3) P/rrh. hjrp.^ Uj 4gs. Adv. matk.f\ll, 345.
26S I.IVBB XlXé eHAPlTRB IT.
l'homme ^ oti bierl enfin quel(|iie autre chose* Pour n'être pas trop i(ihg, nous nous ëcartËi'ons encore ici du ch«* min suiti par Sextus^ et nous cdncehtrero lis en un seul point toute sa recherche. Se^tus trouve qu'il est plas difficile encore de concevoir que l'entendemenfconnaisse, que le corps et les sens ; mais ces difficdUës ne sont guère que générales et externes j elles n'atteignent pas les viscères dé \â question ; éh sorte qu'on pourrait douter réellement si Sextus a compris be que les anciens philosophta etitëndttient par Tidëe de lentendementj Si reutetidemeht devait connaître quelque i:hose de ThommO) ce serait oa le corps, ou lés sens, ou lui-niéme. Dans lé premier oas, lé ebrp^ devrait déterminer l'entendeiiient à cènnaitre^ tftTidlsqu*au contraire è*eât l'entèlidement qui est excité à la eônnàissance par le corps ; mais si le corps meut sarià raison » lentendement serait alors mu lui-même aesai d'une manière non raisonnable» c'est«à*dire quil ne serait plus entendement. On peut dire la même chose de cas oà les sens devraient être connus dé Tentendemeat» tar les sens sont aussi quelque chose privé de raisoil , et pAb conséquent ils devraient être saisis tels qu'ils sont pai* l'entendement ; celui-ci n'en retirerait que quelque chose sans raison , et cesserait ainsi d'être entendement. Pour Saisit lés sens, il dcvhiliit être de mériie naturb qu*eux^ et alors il n'y aurait pliis rieh à chët^chér, puisque reniètl- Peinent investigateur sérail la chose même cht4*chéè. Ëh iràin essaie-t-oh de lever cette difficulté eu alBrmant que l'entendement ne dillère pas essentiellement des sens, qu'il n'y a au contraire d'autre différence entre ces deux choses que celle qui existe entre la profondeur et l'extrême surface d'une sphère; car il reste toujours à savoir comment la niéme substance, qui est entendement et •ens^ peutj eh tant qlie sens^ Se eotanaitre en tant qu'entehdement^et réciproquement (1).H de resterait ddnc
I fctiti
(i) L'auteur dit à peu près la même chosé^, •2idv'. f/iittJk.j VU, 359 s.
plas qu'à tdtoMtre qae rentendement se coBBall âm lu» mène; mais cette sapposîtion est rejetée de le aièi» manière que Ton a fait Toîr précëdeniBeiit qae lIioasHie n» peot ayoir avcone ooimaissanee de laî-méniei parce qo*atitreiiieiit il ne serait pas on ce qui cMmait «ni €• oeqni est conne (f). A oes raisons, Sextusen ajontecnoMn d*antres , prises des contradictions des dogmâtiqMs dana la théorie de rentendemeat» Si Tentendement dendt aa Mttnattre lai-métae, il de^rrait anssi connattre son tîége; car toQt té qui est conlin Test aussi coasmé étant dani nn lièa , et par conséquent en même temps airee ce fie^ S*il devait se connaître , il devrait aussi connaître aa na^ lUre, la substance qui le constitue) la manière dont il aa forme , et tout ce qui a rapport à son existence. Hais lei do^itiaiiqûcs ^nt en désaccord sur toUscdl points , eiltul ne peut vider ce conflit ; on peut même douter s*il y n lui èhi^nderaétit qui soit diffiét^nt dès sens » et Ton doit par conséquent s abstenir entièrement de porter quelque jn* genftent sur cet entendement et sur A connaissance (2).
l)ans i^endrolt oà Séxtus paHe do critérium qui sari 4 Juger, il n^ajoutei ce qui a été dit qii'utiènou^ello.ro* èbercbe Mt la question de savôit* si rèmendeaUBni pant èétitiiîtl^ la Nrérilépur lé liloyen dèft sens. Mais ea noaval ètaènêKl nVst pSs^ltfs pirofond que les:autres» Il cbercha Iréfcrt^r là'ripohse affirmative, en observant que laa àen^ ne peuVènt jamais boihiàtrniqaer i l'^tenÂrtUcM que IHmpression qu^ils otit V^uè , mai^ mon en que sont les clios4[^ è^téfièâY^; il doèi« même qu'ils paisseftt èommaniqu^r i'inipressfron téé^Bt^ , puisqn'il rappelia oa q^'il a d€jèi*ékharquë précédemment, savoir , quasi les aama devient commufiiqueir' à retitendement leurs impraa* UtMs, rehtendenient lui-même devrait se don't^tt'dr «M sens. Que si Ton dit que les sensations ressemblent aux
'" I T T • •. ri ' ~ " — r-^~~^"^^^
364 UYRJI XII» CHi.FITBB IT.
choses extérieures , on ne peut cependant pas connaître par le semblable ce à quoi il ressemble , d'autant moiiis que l'on ne peut pas décider en quoi il lui ressemble , puisque lentendeinent ne peut percevoir les choses ^extérieures. Hais enfin si les choses nous occasionnent aussi des sensations opposées, et si par conséquent Tentende* ment devait juger les choses d'après les impressions seniiUes y. il pourrait en affirmer les contraires (1).
Enfin» nous ferons remarquer encore ce qu'aliègne Sextus contre la supposition que rhomme ne peut juger de la vérité d'après ses connaissances ; mais nous ne nous «Itacherons à ce point de vue qu'autant qu'il n'a pas été déjà tpuché antérieurement. Sa polémique est immédia* tement dirigée contre la manière dont on peut concevoir la connaissance. Il pense qu'elle ne peut se concevoir par intuition* On Ta décrite» tantôt comme une image, tan* tôt coiâme un changement . opéré dans rame. Mais si Kâme e$t| suivant les stoïciens qui la définissaient ainsi, un. souffle ou quelque chose de plus subtil encore «^ comment peut«elle recevoir une empreinte » une imagçSSi» d'après l'autre opinion » la connaissance d^vaii être con« çue; comme un cl^ngement de l'âipe» alors i^enaîtraient toutes les difficultés que fait naître en gé^érfLlTid^e du ehangem^t. De plus, si l'on peut concevoir la, connaissance ou représentation cojDOLine une image ou comme nn changementdans l'âme» cpmmentse faitoil que.* dans 1» succession des représentations, les ancienne^ ne soient pas effacées, oblitérées» mais qu'elles persistent au contraire dans la mémoire, où elles forment: un. trésor 4'idées ai précieux pour l'art» car l'image antérif^uredevraitétre obacureie par celle qui suit » et le changement passé transformé par le changement suivant (2)? Mais quand
' ■ (S)'^Aclv. math.y VII, 354 «• ; Pyrrh. h/p.y II, 63.
(•2) Pyrrh, kjrp. ylly 70; jédi^* niath.j VII> 370-8^, 3yZ* Elyàp
MomrsAvx sceptiqihss. 26$
même il serait possible de passer sur ces difficultés , et que Ton pourrait concevoir la représentation, on ne pourrait cependant pas la comprendre. On l'explique , à la vérité , comme quelque chose qui est dans la partie dû* minante de Tâme ; mais on a déjà fait voir précédemment que les philosophes ne sont pas d'accord sur le siège, sur l'essence , ni sur la qualité de la partie dominante de lames ®t que personne ne peut élever son opinion là* dessus jusqu'à la certitude (1). Aussi les difficultés déjà mentionnées précédemment se représentent -elles ici, quand on fait altAition que les représenta tiens ne donnent une connaissance des choses que par le moyen des sens. Si donc les représentations sont semblables aux impressions sensibles 9 elles ne peuvent pas plus que celles-ci procurer la connaissance des choses ; si elles ne leur ressemblent paS| on voit encore- moins comment elles pour* raient avoir cette propriété (2). Mais posé aussi que les représentations pussent nous exposer les objets , alors reparait encore contre les représentations le même doute qui se présente contre les impressions sensibles ; c'est que les représentations se contredisent : -comment alors diatingner la représentation vraie de la fausse? Si toute vérité devait être jugée d'après la représentation , la vérité d'une représentation devrait être jugée d'après une autre représentation ; mais aussi la vérité de cette seconde représentation devrait l'être à son tour d'après une troisième, et ainsi à l'infini (3). Toutes les explications des
cippoiyiàoç Tuiroç cÇoXccictixoç èart tou irp ercpov. AXX' cl roure, àvacpcTrac yh /«yiQfA)9 , d>390cupC9fAoç oZaa c^ocvraacwii, àvatçitrat A irôtffa ri)(yyi * cvcvnynoL yàp rjv xeà ocOpoco'fAa xaraXiqt};cbiv* Ib.^ ^71* '^^ ^^'^ iraOoç àXXa^acc t% ap^^acmpoVy jcacovTttç ovx îcrat xaro;^ rcvoç fcpayiiaroç ircpt xtx» Jiovocoty.
(i) Pyrrh, hyp., TI, 7 1; j^ds^, math,, VII, 38 o,
(2) Pyrrh. hjrp.^ II, 723 Adv* maih.^ VII, 38i s.
(3) Pxrrh. hyp.j II, 768, j Jdv. math.j VII, 388 s.
266 UVRBXII. GHAFITEBIT.
dognialiqUds sur la Teritable représentation soni dono ia« suffisantes; elles forment un cercle constant » puisqu'elles ]^osenty par exemple» comme détermination Teritable i celle qqi est imprimée Je telle manière dans notre âme par un objet présent^ qu'elle ne pourrai t pas Tétre ainsi par un objet noti présent ^ tandis qu'elles définissent à son tour l'objet présent» ce qui imprime en nous une représente» tion véritable (l)» Sdxtus réfuie également ici ropinion de ceux qui prétendent que la représentation Tl'aie est non seulement le critérium de ce qui est représenté i mais aassi d'elle-même, parce que la contradiction des représentations rend nécessaire un critérium décisif qui n'est point en elles» ât parce qu'une représentation fisfnie et cei^taine en soi ne pourrait avoir lieu qut dans Tame ferme et certaine en soi du sage, et que cependant i même d'après la doctrine stoîque^ on n'a pu jusqu'ici reuqoiir Irër aucun sage(3). SeXtus cherche encore, comme par eiir* oroit I à faire voir aussi contre les nouveaux académie» oienS, qu'il n'y a pas de représentation. vraisembUbUi ni pour la vie ordinaire » ni pour la spéculation | ear la représentation ne suffit pas pour la. vie » mais il faudrait une observation et uile comparaison des représéntationa entre elles i encore moins pourrions^nous nous eià #flp» porter 9 pour la connaissance de la vérité^ à une repré^ sentation» quelque légitime qu'en pût être la passag<e, car nous ne pourrons jamais être certains qua, dans le pas* sage de la représentation à l'idée» nous n'avons pas omis quelque chose ; et comme les académiciens n'admettaient aucune représentation véritable , par la crainte qu'il ne ^ût y en avoir une fausse qui fftt parfaitement semblable à belle-là, cette crainte devait aussi les retenir dans la représentation vraisemblable (3). Ainsi disparaît donc
I — ■— ' I » ■ ■> I II <aaBaa i^MiA«M»«M**— «««MMahifcaaiMiMAote^Mii^MMAMivMM— ■^>Ai«»^i««aKMa
(i) Ads^, math,^ VII^ 4a6# (a) Ib,^ 43o s« (3) Ib., 419 B.
IIOVTB4VX SCBmQUBB. 267
lbui« séeurité baaée sur le eritérium de lirixé que lea dog* mfltiques ont atàneé.
Peut*é(re avons^noaa déjà consacré trop de temps à êes teehçrches) qui n^aitièbent aucun résultat nouveaui elles font ée|ieildant connaître la méthode de Sextue et dé Àon école 9 et donneùt Timperfection du coin auquel on frapjïail de son temps les pensées des anciens philo» sopkèSy et la manière dont On dietiait cette monnaie fruste en oircuiation. Nous avons cru qu'il valait la peine de faire connaître ce mode d'investigation f attendu qite les 6ee|)tii(ues eukmémes attachaient la pluft grande in»portaxlcéà leur polémique contre lès critérium de slivoitf, Mous tl^Qvdns utie méthode analogue dans presque toifrles les parties des expositions sceptiques; noiis croyoas dohc superflu d*en suivre la filiation et l'enchalnement| d autant plus qu'il est passablemept lâche , et qu'il n a ^ère d'autre fondement que les divisions des anciens philosophes^ Qu'il noufi suffise dono d'exposer quelques {Joints de leur doctrinet
Nèushous trouvons dbno encore une fois dans laiiécea- «té de retenir à letii* polémique (contre le critérium révélateur(0|(5%niiinmifeA)duvi^ai4Sindâsn'aYonispa8perdttdevtte l'esseneedtt seéfiiioiBmé, noêsserdns conveincus que son attention devait prineipàlemenisodirigersur cepoiOtîoer i^ue vdulxibnt les nouveaux sce{>tiqueS) rinon faire voir que Totl ae peut kionolure avec certitude des phénomènes à quelque chose de caché qui les revêt? Ils comparaieni les dogn^atiques qui aspirent à la connaissance du noumaBifestO) du noo-phénoménal^ à des archers qui tirent dans lobscui^ité; leurs coups peUvenl portei^ ou ne pas j^ôntftr, mai^ eÀ tdut cas ils ti'en savent l'ien (1). Gepeibâaht léi sceptiques ne Veui^ènt ]^às précisément affirmer l^iriiposâibilité d)e s!ghes qui noUs févèleht ce qui est oociilte;et leur raison est assez coilôevàble, Car ils Voient bien que tout mot, tout discours démonstratif est un stgtie de
<u— »— ■ih— f ^ I r 1* ■> ■»»— — »MM^^— — — ^w»aM^i— — — 1— ^i^e>»
(i) Jdi^. maih., VIII, 3a5.
268 LIVRE Xin CHAPITRBXV.
quelque chose de caché (1); la pensée de Tâiue se mani* feste par ce moyen ; et dans leurs efforts pour affermir les arts utiles de la vie, ils ne pouvaient pas combattre sérieusement la transmission de la pensée par la parole. Si donc ils admettaient un critérium manifestedelaTérité^ du moins dans le domaine de la tradition des faits, ils n'éle« Talent donc contre ce critérium que des difficultés con* cernant l'idée générale d'un critérium ou signe révéla* teur, et il est peu naturel que quelques unes de ces difficultés soient dirigées contre le signe remémoratif tout iaussi bien que contre le signe révélateur. Telles sont les objections tirées de ce que l'idée du signe révélateur appartient aux idées de rapport. En effet y «de même que les idées de rapport en général ,ridée du critérium ou signe ne peut se concevoir sans Fidée de ce ^ avec quoi il doit être en rapport, c est-à-dire sans l'idée de ce qui est signifié. Mais si ce signe ne peut être conçu sans ce qui est signifié, on ne peut pas dire nbn plus que la pensée de ce qui est signifié ne peut être rappelée que par la pensée du signe; et cependant l'idée de signe implique qu'il doit étrepenséavant le 6ignifié(2). Mémetactique lorsque Sextus soutient que Ton ne doit pas regarder le signe manifeste comme quelque chose de sensible, parce que le sensible est saisi par nous sans le secours de l'enseigne* ment, tandis que nous n'avons appris à connaître le signe que par le moyen de l'instruction; car il reconnaît même {fae le fait n'a pas moins lieu avec le signe remémora* tif (3). Sextus ne veut pas convenir nonplus qnel'on puisse
(i) Pyrrh, hyp,j II, i3o s. ; Adv. maûi*^ VIII, 278 s. Voyez plus haut, p. 224, que les sceptiques objectent bien* aussi que le discours n'est qu'un sigae remémoratif (ii^t^. math,, YIII, 289), mais ils ue peuvent pas seulement dissimuler le faible de cette objection , et ils avouent en conséquence (/&., 298) que les rai*sons des dogmatiques sur ce point pouiTaient être fortes.
(2) Adi^. math, y VIII, i63s. ; Pyrrh. hyp , H, 117 s.
(3) Pyrrh, hyp.^ II, 2a5 s. j Adv, math. y VIII, 2o3, ao4,
NOUVEAUX SCBPTIQUBS. 269
regarder le signe comme un des objets de la connaissance intellectuelleyCar il faudrait faire voir d'abord qu'il existe de pareils objets. On a donc besoin , pour ces choses » de signes qui , s'ils n'étaient pas sensibles , devraient être cherchés à Tinfini (1). Cette polémique de Sextus est exclusivement dirigée contre les stoïciens; il cherche par conséquent à faire voir seulement le peu de liaison qu'il y a dans la doctrine de cette secte sur ce point , en quoi nous croyons inutile de le suivre plus loin. Mais il pou* Tait , avec raison y s'en tenir là dessus à ce que tout signe doit être révélateur, et par Conséquent doit être phénoménal, afin de faire connaître quelque chose de caché} mais que le non sensible n'appartient pas au manifestCiau phénoménal (2). Mais quoique Sextus conclue qu'il ne peut y avoir de signe révélateur, parce que le signe ne peut être ni sensible, ni objet de la connaissance intellectuelle 9 ce raisonnement ne tient cependant qu'à ce qu'il ne sut établir entre le sensible et l'objet de la connaissance intellectuelle une opposition aussi netle qu'il Ta* Tait reçue des philosophes de son siècle , sans chercher à comprendre ce qu'il y a de commun et de mutuel entre les deux membres de cette opposition.
Si donc les sceptiques touchèrent dans ces questions QQ point qui aurait pu conduire plus loin une époque plus capable dmTention , on peut en dire autant de leurs recherches sur la cause et l'effet. Nous avons déjà dit auparaTant qu'Enésidème surtout s'en occupa d'une manière spéciale, et que le vague et l'insuffisance des traditions nous empêchent de distinguer ce qui lui appartient de ce qui a été ajouté par les sceptiques suivans. Ses doutes contre les doctrines dogmatiques sur la cause et l'effet , semblent s'être distingués en deux parties , dont l'une aTait pour objet de faire voir que les dogmatiques
(i) Ad9. math.y YIIl, 257.
(a) Pj^rrh. hyp.f llfi^B.
170 Lirai KZI. CHAPITAB HT.
n'indiquaient pas bien les causes des phénomènea danf les cas particuliers, tandis que l'autre tendait à cooir battre en général les idées des dogmatiquea toucbapi Iol ea4ise et l'effet. Il avait réduit, suivant sa manière, lu première espèce de doutes à certaines classes priocip^leç, qui n'ont cependant aucune liaison intime entre élises (J)^ Il observait contre les manières drdinair/?9 dVxpliqi^^v las phénomènes par leurs caiiaes> .que ce sool; ^iii^nt dg suppositions particulières sur les éiéojenSy vifiis non des raisons générales et généraleoienX reconniies; que le$ définitions ne s'acœrdaienl quelquefois p^^av^c les pb4r ntMttènes, puisqu'on ne pfiettpit en avant que des pb^AQ^ mènes qui cadraient avec la définition , tandis qu'^n #p| passait d'autres sous silence, ou qu'on ram^9i<t k 4fff causas extraordii^irai des phénomènes q«i Q0.t ^n coui^ régulier; que quelquefois même les esplieatJQaséiaifni en contradiction avec Icii propres suppositions de celMÎ q«i expliquait, il reprxM^bait en outre sux dogAliia^quef de vouloir souvent expliquer par une cause ce qui pQUf ^ak cependant très bien s'expliquer par des otiuses dilr férontes, et d'admettre pour des phéno];Dènesc;onims,des causes inconnues qui ne pourraient cependant se juar* «ifier suffisamment par aucun phénçmène, ou bien encore des causes inconnue^ pour des phénomènes inconr nus (2). Enfin , Énésidème pensait aussi que les £au|Mt occukes n'sTaient pas un cours analogue aux pbënor
(i) Elles ce trouvent indiquées brièvement, P/rrh. hyp.^ 180 s., mgis pas partout bien clairement.
(a) Je i.\e distingue pas avec une parfaite certitude la prenvièrc et véritable i:aison de douter. Voici les ^^pressions dç SeXtUS : Pv irpwTov piv ecvat yyjfftv, vfS* liv t^qxov to t^^ acTtoXoyfaff yevoç tv àyovfaiv ôvaorTpcyopcvov ouj^ ofioXoyofjpcvvjv ^1 Ttjv ex t5v
pQOV ôfAoewç T«v TC yoetvCGÔocc ^oxouvtuv xat twv circl^>}r&uucvo>v Ix Twv ô|jiO(Ci>ç àiropwv ircpe twv opeuç dcTropeov iroioûvrou Toeç dijaoxa- Xc'oç.
NOmfBiUS SCBfTIQVBS. 271
mènes (1); ce qui semble mettre en doute le principe gér
nérat que les eiïets doivent éire d'accord avec les causea.
Cepi^ndant les doutes dirigés par les sceptiques contre
l'idée de causalité en général étaient plus sérieux quf
ces attaques contre les explications des dogmatiques: aussi
regrettons-nous de ne pas pouvoir suivre dans Texpositiom
i% ces doutes une marche certaine» ce qui fait que noua
noua attacherons plutôt à saisir le sens que la forme de leur
exposition. Ces doutes concernent en partie l'idée de liai»
son causale , même en partie les conditions sous lesquelles
«ne telle liaison aurait lieu* Si nous recherchons d'abord
ces dernières^ nous remarquons que les sceptiques par*
tent aussi» dans ces doutes» de leur point de vue maiéria«
liste. A la vérité, ils touchent aussi Thypothèse que quek
que chose d'incorporel puisse être cause de quelque
chose d'incorporel ou de corporel » mais seulement pouf
la réfuieiP brièvement» tant par des raisons tout-à-fiiit gé»
néralea» que par limpossibilité que Tincorporel puisse
toucher ou être touché, et par conséquent agir ou pâtir (3 ).
En sorte que le contact de deux corps est supposé comme
la condition néeessaire de la liaison causale. Mais uu
eoniaet de deux corps est inconcevable ; car Us corps ne
pourraient se coucher que par leurs limites» par leurs
surfaces; mats alors ce ne serait pas les corps» maïs
^lilement les aur&ces ou les limites des corps qui se tou^
cheraient. Et cependant la chose n'est pas moins împo^
sible » car il faudrait , pour qu'il en fût ainsi » que les aur«
iaees touchantes on les li«iites pussent se réunir; mais la
(i) /&.» 182. Ttraprov, xa9 ^v toc ^{vo/icva XaSovftç côç y(vrr(|t ntcà Tce p.v3 yatv jfjirya vo/it^ou^cv wç yiiftrai ;ufrttkfifii/ou » To^a ^àv hfxotut roTç tfacvcfiryccç twv â^ocvcjv circTcXoufi/vciiy, Top^a f w^ Ojuotiuç, ôXX' MioCovTwç.
[%) Ad^» mf^ 1X9 9 16. To «re y^ iroioûv J^cyeiv hmtktt t9< «ror o^ov^iQç uXqC) cve iroiT^* i ri irao^^ouo^se îiXaf) J^i^^voi iyccXit» fva iràOr/' To je ^«wf^TPv c(»rf J^tysiv otfrt J^i^Uvoi otcwfMtrty iccyuxc»
272 LITIIB XII. CHAPITRE lY.
contact n'est pas la réunion des limites (1). Des doutes fondés sur le même principe sont aussi dirigés contre le mélange des corps (3), contre l'augmentation des choses par addition y ou leur diminution par soustraction , ou bien enfin contre le changement de leurs qualités , puisqu'on suppose alors que les élémens de nature corporelle devraient toujours rester les mêmes , et qu'un effet ne pourrait avoir lieu sur les corps qui en seraient composés que par juxtaposition, diminution ou augmentation de ces élémens (3). On voit que toute la force de ce scepticisme n'a d'autre fondement que la supposition des points de vue matérialiste et mécanique de la nature.
La recherche des nouveaux sceptiques sur l'idée même de causalité est plus profonde. Nous ne parlerons pas des. points qui se rapportent à la polémique, de toute contingence, de tout devenir, par la raison ancienne déjà exposée souvent, que deux choses ne peuvent provenir d'une iieule, ni trois de deux (4) ; par cette autre raison encore, non moins souvent alléguée, que quelque chose ne peut devenir, ni dans le qiis où elle n'est pas, ni surtout dans le cas où elle est : car on peut regarder ces raisons comme déjà suffisamment discutées ; mais nous nous arrêterons à quelques autres points qui concernent le rapport réciproque de la cause et de l'effet, et qui n'auraient pas encore été suffisamment développés^ même dans les doctrines d'Aristote.
Ici se présentent tout naturellement les questions prises de l'égalité et de l'inégalité de la cause et de l'effet. Le fondement des pensées des sceptiques sur ce point, c'est en général l'opinion que rien ne peut produire que ce qui est dans sa nature, et non quelque chose qui lui soit étranger ; qu'ainsi un cheval ne peut provenir d'un arbre.
(i) Pyrrh. hyp. III , 4» 8. ; ad. math. III, 78 s. ; IX , îl58 s. (a) Pyrrh. hyp. III, 56 s. ; cf. ad\f, math. IX, îi56.
(3) Pyrrh. hyp. III, 82 s.; adi^. math. IX, 278 s.
(4) Ad\f. math. IX, 220.
ni un homme d'un cheval. Mais si une chose devait produire ce qui est dans sa nature y il n'y aurait rien de nouveau 9 il n'y aurait pas d'effet; seulement , ce qui serait déjà auparavant resterait (1). Ils étendent aussi cette idée à d'autres rapportset en dérivent un cloute suhtil, du moins contre la cognoscibilité du rapport de causalité. Si. quelque chose y disent-ils donc, devait être cause d'une Qutre, ce devrait être ou la cause en repos de ce qui est en repos, ou la cause mue de ce qui est en mouvement, ou la cause en repos de ce qui est en mouvement, ou la cause en mouvement 'de ce qui est en repos. Ils rejettent les deux derniers cas par la raison générale seulement que l'homogène seul peut produire l'homogène (S); et avec leur goût pour l'explication mécanique , il ne leur parait vraisemblablement pas nécessaire de s expliquer plus amplement sur ce point. Pour les deux premiers cas , au contraire, ils son t obligés d'approfondir davantage la question, parce qu'on croit ordinairement qu'un corps en mouvement communique à un autre son mouvementou un corps en repos son repos. Les nouveaux sceptiques prétendaient au contraire que Thomogénéité des choses qui devraient être conçues dans le rapport de causalité, doit empêcher ce rapport entre elles , car il faudrait alors admettre que la cause peut être cherchée dans l'une de ces choses comme dans l'autre. Cette remarque n'est pas nouvelle, il est vrai ; mais l'application qu'ils en faisaient à la cognoscibilité des causes semble leur appartenir. Ils pensent donc que si deux choses étaient ensemble en mouvement ou en repos, on ne pourrait pas distinguer celle qui serait la cause de celle qui serait l'effet. Quand quelqu'un tourne une roue , on peut donc tout aussi bien admettre qu'il est mû par la roue que la roue par lui. Quand une
(i) Jd\/. math, IX, p. 225, aa6, îi3o. (2) Ib. 23o.
xv« 18
Î74 itVftfe xit. crtAt>îtîtit IV.'
eolonne soudent une poutre , oif peut tout ftussi bieit dire que la poutre soutient la colonne (1.)
Si Ton suppose que la cause et l'effet doivent être simultanés, cette supposition est alors appuyée par les sceptiques de raisons qui ne sont pas sans quelque valeur , mais qui n'ont été pour eux que l'occasion de nouveaux, doutes. Que la cause ne puisse être postérieure à l'effet , c'eàt ce qui se comprend de soi-même ; mais il n'est pas plus possible que l'effet soit postérieur à la cause, car si la cause devait être antérieure à l'effet , elle serait sans l'effet ; mais une cause sans effet , ou une cause qui ne cause rien, n'est pas concevable; et si l'effet devait être postérieur à la cause , il serait quand la cause ne serait plus , il serait par conséquent un effet sans cause 9 ce qui n'est pas plus concevable. En général/ ces deux choses , cause et effet , font partie du rapport , et doivent par conséquent se trouver ensemble (2). Mais ce point une fois établi, se présente aussitôt une autre difficulté qui n'est pas moindre , et qui résulte de la position simultanée de la cause et de l'effet; car comme ces deux choses , cause et effet , auraient aussi , comme contempo- /aines, la même existence, pourquoi l'une serait-elle plutôt cause que l'autre? Si la cause doit produire l'effet^ et que ce qui provient d'elle doive être produit par quelque chose déjà existant , la cause dort donc être avant la
(i) Adv. math, IX, 227 s. Tb fib ouv ja^vov tw \ihwni fiov^çxal T^ xivovpcvov tÇ xtvoufirvà) x(vio<7ceoç o\)x otv odfTtov ûmxpp^Qi h éirapu^X- Aa^iov. A/A^orépuy yop ÏTtainç fAcvovroiv ri àfiforip^v ytêtr. Tmv xivovfi^v ou f<2lXXov TO je TtùBt èpoufAcv tivat airtov fxovriç xoà xevviffcwç j to^ rStèt»
(2) Ib. 234» Ouft^To TrpoTcpov ye tarât roy uffrepov ysvo/Mvev ironr Ttxov €Î yàp OTg EOTt To a?T«ov , o\JK<ù tart rb ou c^rtv aîrtov , 01»^ Ixin/o tTt acTtov l^ri, \xri fjfov to, ou otTr^^v lartv' oure touto Îti «ico- TAeffjiiia juiïî oujuiTcapovToç «utw tou, ou aTroTAea/jia èart. Twv yàp irpoç Tc txarcpov eori toutwv xat rà xpoç T( xar ovayxvjv itX auvuirap;(C(V ôA*
^^Xojç. Pyrrh. hyp. III^ 25 s»
ÎÏÔttËAtJX SCEÎ^TIQtJïàr 5711
èftuse et ne produire reffet qa^ensuite (1). Or, comme la cause , d'après ce qui précède , ne peut être ni avant , ni pendant, ni après l'efTet, il s'ensuit qu'elle n'est pas concevable.
La raison ici alléguée contre la possiblité de concevoir' la simultanéité de la cause et de l'effet , savoir leur égale existence , revient encore à d'autres doutes des sceptiques , et même sous une forme qui nous semble plus claire. La supposition qui sert dé fondement aux recherches sur le rapport de causalité est que la cause est l'agent , l'effet le patient ; mais que ces deux choses sont les conditions mutuelles l'une de l'autre. On peut, à la vérité , douter de cette supposition ; mais alors s'élèvent beaucoup de difficultés qui compromettent l'idée de causalité, et son applicatioti dans les cas particuliers ; car supposé que la cause ne produise son eiTet que par application de sa propre force , sans égard à tme matière qui la subisse , on ne pourrait expliquer pourquoi la cause n'agit point constamment , puisqu'elle se possède sans cesse , qu'elle porte toujours avec elle sa propre force ; on ne verrai t donc point pourquoi tantôt elle produit, tantôt elle ne produit pas (3). Encore moins pourrait-on expliquer comment une chose agit tantôt d'une manière , tantôt d'une autre , et souvent dans des sens tout à-iait x^pposés ; car si elle n'agissait que par sa propre nature ou de p| usieurs
(i) Ad\f. fnatk. IX, "ki^; Pyrth. hyjy. III, i^, AXXôift ouvuwforœoOar* ci yocp onrdrtXcffrcxVv oùrotl lorf, ti ok ycvo/jicvàv ûiro ovroç-S^ii ycveoOai YJ^ , irpoTtppv oeT Tt) c&xiw ytvcaOtfi ofriov , cT9 6utci>ç ttocccv ^iroTlXe(7ftac." .
(2) Adv. math* IX , 287 . ILcà [Kh t\ eori n outcov , ^toj ôùro-* Tc^ç jcai c^fot povôv irpo^pwfAtvov ouva/atec tcvoç Iffrcv acrtov j 1} ouvtpyou irpoç touto Jcrrac t^ç icao^ouoTiç uXyjç , «art rh iitortktaijk xaxà jrotvTjv ŒuyoTCpwv vOÉToôai <ruvo^ov. Kai u jxVw «iîtotc/wç xai tUct. -nrpoff-. ypcoucvov iuvopcc itottt-j rc ir^^pvxcv , â^ccXt ocot iravrb; iàcùrh f^ov xa\ T^ i^tav UvotfAcv irayrorc ttoccTv to ànorikiafioi xai ^htf «iv f4v iro(crV|
276 LITIIE XII. CHAPITRE lY.
manières ou d'une seule , elle devrait alors agir sur tout de la même manière» simplement ou multiplement. Mais comme le contraire se voit , et que , par exempte , le soleil brûle dans un temps , échaufTe dans un autre , quand d'autres fois il ne fait qu'éclairer , quand tantôt il durcit, tantôt amollit^ liquéfie; il faut admettre que les causes n'agissent que dans leurs rapports aux choses sur lesquelles elles produisent des effets, c'est-à-dire dans leurs rapports à la matière passive (1). Mais cette supposition n'est pas non plus sans dif&eulté, car si deux choses, dont Tune agit et l'autre pâtit, ne peuvent être conçues entre elles que comme agent et patient, elles forment dans le fait une pensée unique , qui. n'est exprimée qu'en deux mots , et ce qui pâtit n'est vraiment pas différent de ce qui agit. L'acte ne convient donc pas moins à ce qui le subit en ce sens que, sans cet acte, la faculté d'agir ne réside point dans l'agent , qu'à l'agent lui-même, et c'est moins l'agent qui produit l'effet que le concours de l'agent et du patient ; ce qui fait qu'il est absurde de ne pas signaler les deux choses , mais seulement l'une d'elles comme cause (2). Ces doutes durent avoir une importance d'autant plus grande pour les sceptiques , que leurs adversaires , les stoïciens , avaient plus insisté sur la né*
(i) j4dv\ math, IX, 2/|6 s. Etc et îtm xh afrcov, '^rocfiicav îytt -w àçttorn^iW ^a^cv fl TToXXaç. — M«av pev yàp oûx tytt ^-^a^t^t , èirccircp et
IKtf» oti^ «roXXocç, circt £;jf|W)v Tcaaaiç ïtit rca^tnùv Ivipytiv* "77 "v~ N^'jôtXX ccwOoevc irpoç ToÛTO UTroruy^avccv oc- ^oy^rtxot Xeyoyreç , Sri icotpà toc «ao^ovra xac rà Siaarrifxara irc^xcv cÇoXXacrvcoOai rà yrvofitya ûirb Toû oÙtoû alfcou dciroTcX 'auara.
(2) Ib. a4o. Ec yàp to frfpov -ïcpbç tw Iréptù vocTrac , ou to pcv irocouv , T^ ^ itaa^w , îorat //ta /xh; tvvococ , ^uoTv f ovofiarm rtuittou , TOii Tc iroiouvToç xat tou iraop^ovroç , xai jioc toûto ou juioêXXov iv aOrâ ^ Iv TÔ) XcyopievG) irao^civ cyxctVcrai i ^paarqpcoç ^vajuuç. Jb, ^5l. Ovt«» A aroirov to ex owo^ou SmoTv yivopicvov dcirorAcorpia [A toTç ^uffcv ôvarc- Ofyflu } TU A crcp«i> fiovci) irpo^ftapruperv.
NODVEÀtTX SCEPTIQinBS. 277
cessité de distinguer la matière passive de la cause active. Aussi , n'est-oQ pas éloigné de croire que cette réflexion sceptique , si elle appartenait à Ënésidème , ne dût favo< riser son penchant au panthéisme.
 la recherche sur l'idée de causalité se rattache aussi la doctrine de l'existence et de Tidéede Dieu, car les sceptiques suivent Topinon des stoïciens que Dieu est la cause active suprême (1) . Nous rapporterons encore ici les opinions dos sceptiques sur ce point, afin de faire connaître leur manière concernant les problèmes les plus élevés de la philosophie. Les différentes opinions qui s'étaient produites chez les philosophes grecs touchant l'essence de Dieu durent être pour eux l'occasion de plusieurs sortes de doutes; mais ils durent, en conséquence de leur manière de voir, accorder une grande importance et une force de conviction à l'accord de tous les peuples , dans la supposition quo des dieux régnent sur nous (2) • Telle dut être aussi la raison qui les portait à repousser avec zèle le soupçon d'impiété envers les dieux, puisqu ilsprotestèrent qu'ils admettaient et honoraient des dieux dans la vie pratique, mais qu'ils se voyaient forcés de s'armer de leurs doutes contre la précipitation des dogmatiques (3). Or, ces doutes se tirent presque tous des contradictions dans lesquelles on tombe quand on traite de ridée de Dieu , suivant la mesure d'autres idées , et par des repréçentations . humaines ; et ils renouvelaient à cette occasion d'anciens reprochés adressés aux croyan* ces des stoïciens. Ils avaient à combattre dans cette direction philosophique l'opinion que Dieu est un être vivant. S'il devait y avoir un 'pareil Dieu , il serait infini ou borné ; mais il ne peut pas être infini , parce que autrement il serait immobile, et par conséquent inanimé.
(i) Pyrrh, hjrp. Ilï, a ApaarrewTorov afriov.
(a) y. particulièrement Ackf. math* IX^ 3o s. , 4o> 4*'
(3) P^rr*.Arp, III, a.
S78 UVRE XIZ. CHAPITBB IV.
car rinfini n'est pas environné d*uu espace dans lequel il puisse se mouvoir, de la même manière qu'il n'y a ni ceAtre ni limites d'où puisse^ el vers lesquek puisse se porter en se remuant cette force vivifiante. Mais il n'est pas moins impossible de concevoir Tétre divin comme un être borné , car le borné serait une partie de l'infini , et par conséqent plus petit que lui; et cependant le divin ne peut ^tre conçu pl^s petit qu'autre chose (1). Dieu ne saurait.non plus se concevoir comme un être corporel, ni comme un être incorporel; et cependant il n'y a rien qui ne participe de Tune ou de l'autre de ces deux natures. Dietine peut d'abord êtreconçuoommeun être incorporel, parce que Tincorporel e^t inanimé , insensible, et incapable de faire quoi que ce soit. Il ne peut non plus être conçu corporel , ainsi qu'il est manifeste par la considéra** tion des choses corporelles. Le corporel est ou composé d'élémens ou simple, et même quelque chose d'élémen* taire. S'il devait être composé , il pourrait aussi être dis* BOUS, et par conséquent périssable; s'il devait être sim«pie, il serait ou feu, ou air, ou eau, ou terre; ce qui contredit toute idée de Dieu, parce que ces élém^s sont sçtns âme ni raison (2)« C'est ainsi que les sceptiques Gom««battaient la doctrine stoïque en invoquant , contre Tincorporalité de Dieu, le témoignage même des stoïciens , et coptre la corporalité celui de l'expérience commune tou^ chant les élémens.
Qirelques autres objections sont encore dirigées plus direetement contre le point de vue théologique partieu*- Uer des stoïciens. Elles sont rapportées è Câméade , |iui^u'eMQ9ant pour but. de faire remarquer qw^ si Dieu devait être qpmsidéré con^me un être vivant, on devrait lui attribuer aussi deti sens, çt mêipe plus de s^ns qu'à l'homme , plutôt que de lui en attribuer moins, afin qu'il
(i) Jdy, math, IX, |48 6.
(i) Jb, i5l, 180, 181.
MOUVEAVX SCBPT1QUB8. 279
pA( percevoir les choses plus parfaitement» Mais si Dieu devait avoir des sens , il s'ensuivrait un grand nombre de contradictions, qui reviendraient en général à dire que la sensation n'est pas concevable sans change-* ment dans ce qui sent, mais qu'on ne peut pas attribuer à Dieu un semblable changement , parce que , autrement, ' il serait aussi soumis au changement en pire , et même à la mort (1). Si Dieu devait aussi être conçu comme Têtre vivant parfaitement heureux , et si la félicité n'est pas possible sans vertu , toutes les vertus doivent aussi être attibuées à Dieu ; mais comment pourrait*on lui reconnaître toutes les vertus , telles que la tempérance et la persévérance , ou le courage et beaucoup d'autres i puisqu'il n'a à surmonter aucun désir, aucune difficulté , aucune crainte (2)?
On pourrait dire de toutes ces objections des sceptiques , qu'elles n'étaient dirigées que contre les apparences de la manière dont les stoïciens avaient compris et exposé l'idée de Dieu ; mais qu'il n'en est aucune qui ne pût être résolue facilement en partant des dcKStrines philosophiques antérieures de Platon et d'Aristote. Nous ne trouvons les anciennes doctrines théologiques attaquées qu'en un pointy etd'une manière quiaurait pu ébranler tout le point de vue antique, si elle avait été conduite avec la dignité convenable. Il s'agit de la Providence divine. La plupart des dogmatiques avaient déjà reconnu la nécessité . d'une providence générale qui embrasse tous les détails de l'existence cosmique. Les sceptiques réfutaient l'opinion contraire par de bonnes raisons , en faisant voir que, si Dieu ne prenait pas soin de tout , ce ne serait ni par défaut de bonté, ni par défaut de puissance (3). Mais, d'un autre câté , s'élevait une difficulté plus grande , tirée de la vue de la réalitéi telle que le monde la présente, telle
iMH mi„ um
(i) jédv. math, IX, iSq s.
(2) Ib, i5a s.
(3) P^rrh. ft/p, III, |o,
qu'elle s'oiTre aux yeux des anciens. Qui peut nier qu'il y ait vice et mal dans le inonde P On avoue que tout est plein de mal ; mais Dieu ne peut pas être la cause de ces choses; on ne peut donc pas dire non plus qu'il gouverne tout par sa providence (1). Les sceptiques sentaient bien toute la force de cette objection; ils avaient soin delà faire servir pour renvoyer le reproche d'impiété ou d'hathéisme à ceux qui les accusaient de douter de l'existence de Dieu, et de blasphémer; car celui qui affirmctsans hésiter l'existence de Dieu, doit le regarder ou comme cause du mal, s'il admet qne Dieu étend sa providence sur toutes choses, ou bien il doit le tenir pour faible ou capricieux et jaloux , s*il ne prend soin que de quelque chose ou de rien. Mais toutes ces suppositions s'ont évidemment impies (2). Nous verrons que dans la philosophie grecque orientale des recherches analogues conduisirent à de nouvelles opinions sur les rapports entre Dieu et le monde ; mais il est clair que les sceptiques, qui ne s'étaient occupés que du pointde vue gréco-romain, et à une époque où les différens élémens de civilisation étaient encore isolés, ne s'en occupèrent point.
Nous avons expliqué ce qui est jusqu'à un certain point propre aux nouveaux sceptiques, et indiqué ce qui distinguait leur méthode des doctrines antérieures. Jïous ne croyons pas nécessaire d'entrer dans le détail de leurs recherches. Si nous examinons l'ensemble de leur philosophie, nous trouverons qu'elle se prétend peut-être plus eatimée que toutes les doctrines dogmatiques qui se-
(i) PyrrK hyp. III, g. £}X' t\ fùv if:œ/r(ù)t wpovoir, ow w «v o»'« xaxoy rc , ourc xoexta tv tg» xoofua' xaxiaç Sk iravra fuarèt ecvac Xcyoufftv* oux opa iravTCii>v irpovocTv lixOrtatrai o Btoç.
(2) Ib, 12. Ex Atoutwv iitiXoyeÇopiiQa , ot( ?(7uç âvcCeTv àvotyxoÇw- T«i oc ètaSt^ttùTtxîùç XcyovTfç cTvac 3"eov. ïlontrtùv fth yotp owtov icpovo«v XryovTCç xoxcay afrtov tov 3eov cTvac ^vouffcv. Tivuv Sk yj [xn^ivoç ^povocTv aurbv XiycvTcç rizoï jSaoxotvov t^v 3fbv tj âaOcvrf Xryçev ivw«7**
NOUVEAUX SCEPTIQUES. 28t
taîent formées par réclectîsme à côté d'elle. Le nouveau scepticisme ne s'en distingue que par un plus haut degré de conscience de l'incertitude des élémens scientifiques qui étaient répandus dans la civilisation de ce siècle. Cette conscience est fortifiée par les sceptiques, en ce qu'ils cherchaient à s'approprier les travaux de l'antiquité en les dominant par une vue supérieure plus complète que ne l'était ordinairement celle des dogmatiques $ et parce qu ils faisaient ainsi resortir avec plus de force les contradictions dans lesquelles s'embrouillaient les différentes écoles. Si donc c'était là un avantage incontestable des sceptiques sur les dogmatiques , cependant une conséquence naturelle de cet avantage, c'est que les sceptiques ne pénétraient pas avec autant de netteté et de profondeur le sens des doctrines philosophiques antérieures que les dogmatiques , car leurs efforts pour opposer entre elles les doctrines particulières des différentes écoles les empêchaient de saisir l'enchaînement des systèmes, et d'en connaître facilement la tendance en tout. Ce qu'il y avait de vrai dans ce système échappait donc aux sceptiques , et ne pouvait pas produire en eux le de^é de conviction qu'il aurait pu opérer s'il avait été étudié sans prévention et avec zèle. Dans dés hommes qui n'ont pas la force de maîtriser les différentes directions de l'investigation scientifique , ni d'apercevoir le véritable acccord qui règne entre leurs apparentes contradictions , les dififérens points de vue des connaissances ne sont qu'une occasion de superficialité. Tel est le cas où se trouvaient la plupart des savans de l'époque dont nous parlons; mais ce fait ressort de la manière la plus évidente de la doctrine des sceptiques. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que leurs objections contre les dogmatiques aient eu si peu de succès que l'on ne s'en soit presque pas occupé du tout. C'est à peine s'ils ont eutmêmes compris ce qu'ils avaient réellement de fort et de victorieux ; du moins ils n'en tirent aucun bon parti ; semblables; sous ce rapport, à des vainqueurs qui ne sa-
$92 UYR^ XII. CHAPITBB IT*
vent point mettre à profit la victoire , car aussitàt apr^ l'avoir remportée ils Tabandonnent. S'ils ont réfuté les stoïciens en général, ils n'ont cependant pas assez 4e confiance en leur propre réfutation pour qu'ils ne croient pas toujours nécessaire encore d'exaininer de nouveau les applications particulières du général. Ils ont aussi le tort de mêler, comme nous l'avons vu , des sens forcési inutiles, et des subtilités à leu|rs objections les plus importantes. Qui peut alors leur croire encore une véritable gravité et une connaissance approfondie de leurs motifs de doute? Nous avons vu qu'ils reconnaissaient à l'homme la faculté de créer dea arts utiles ; ils ne veulent pas les ébranler; ce n'est qu'en dehors de l'utile que l'homine ne doit pas trop compter sur ses connaissances. Et cependant leurs doutes attaquent même les fondemens de ces arts e% de cçs cçnnaissances utiles. Une certaime conyiction , une foi passablement ferme à leurs principes généraux se fait pourtant remarquer y ainsi que nous l'avons montré, à travers l'exposition décousue de leurs doutes. Ei;) fait, ils sont donc aussi dogmatiques, n^ais seulement ils le sont moins que ceux qu'ils combattaient. La difficulté entre eux et Içiirs. adversaires ne roulait donc que sur le plus et le moins. Aussi n'ont-ils pu produire l'effet ordinaire du scepticisme, savoir, d'ei^ercer une forte réaction contre les directions antérieures, et de préparer ainsi une direction nouvelle dansledévelop* pement des sciences.
raiUMoraiB iHBiwini.