ESPRIT ORIENTAL PARMI LES GRECS
ce que nous avons vu dans Philon sur le Dieu suprême; mais Apollonius se montra aussi semblable à Philon en ce qu'il estimait très haut les usages patriotiques et qu'il s'efforça de tout rétablir dans le culte , d'après l'ancienne manière (l)» à Texception, bien entendu^ de ce qui était contraire à ses idées sur les Dieux , particulièrement des saicrifices sanglans des animaux , sacri6ces qu'il ne pouvait pas approuver , tant parce qu'il voulait, à la manière py thagorique y s'opposer à l'intempérance, que parce qu'il croyait à la parenté des animaux avec les hommes et à la métempsyco3e. Une grande partie des souillures qui avaient , suivant lui y infecté toute la religion nationale , sont imputées aux poètes qui avaient pris à tâche de répandre des mythes immoraux sur les Dieux (2). Mais il ressemble aussi à Philon en ce point que , malgré son attachement à tout ce qui était national> il ne put cependant résister à la sagesse mystérieuse et profonde des . Orientaux dont le caractère était étranger» Cette tendance lui fit faire de grands voyages : il visita , dit-on y les Mages, les sages Indiens, et ensuite la Haute^ Egypte (3). Ces voyages sont peu contestables , d'après les traditions. La doctrine de Pythagore qu'il professait le conduisit de Tlnde , qui en fut le berceau , en Egypte où elle était venue, et ensuite aux Grecs par Pythagore (4). Tel est le peu que nous pouvons dire de cet homme avec quelque vraisemblance*
Xocirovç ôévttyxeuov , yàn 5uot ri rnv àfxiif » («4ti ocmwnt irîip, fnoit xa- 6oXoi> TC Twv aloOv^Twv iirovofAoCoi (9ttrcu yèip ouJkvoç^ où^ irapà rwv xpttTTovwv ïîir^p -h^Tç^ o^ t^rn l riv op)^ miyivt -fi yurov, 9i rpifftt Çwov, ï) «îp, ô p) ir^bç flWTOv yen (if»?) p/ao-pw); (xévtù ^ xpwro icp^ç ovTov àct tÇ xpciTTOvi Xoytt * Xeyoi A tu piv) ii^ oropMcroç covrc xrX. Œ PhUostr. vit. ApoU., Ul, 35; IV, 3o.
(i) PhUostr. vit. ApoU:,y\^ i6.
(a) Ib.y V, 14.
(3) Ib.y I, 18.
(4) Ib.y III, 19.
406 LIVRE Xil. CHAPITRE VII.
Si la tendance à k vie morale est prcdominante chez lai , nous trouvons, au contraire, d'autres pythagoriciens du même temps ou qui vécurent peu après , qui s'appli«> quaient davantage à la théorie des nombres ec aux idées scientifiques, tels que Modératus de Gadira, qui vfrait du temps de Néron (1) , Nicoinaque de Gérasa , qui vivait encore avant les Antonins (2) et quelques autres. Ils semblent plutôt avoir suivi les pythagoricien» d'une manière érudite que s'être appliqués à développer et à répandre atie nouvelle manière de penser; en sorte que ilous ne les mentionnons ici que parce que la manière de penser des nouveaux pythagoriciens semble en général s'être attachée à la direction orientale.
Un platonicien de cette époque qui mérite de notre part une attention particulière, c'est Plutarque^ dont les écrits 1res répandus alors révèlent plus clairement que quoi que ce soit la tendance parmi les Grecs etlesRo-' mains de ce temps , à concilier et à fondre la culture philosophique avec le culte publie* et national, quoique nous ayons déjà trouvé semblables tendances chez les philosophes érudits de cette époque.
Plutarque naquit àChéronée , vers le milieu du premier siècle après J.-C. , et vécut jusqu'au temps de l'empereur Adrien. Il s'acquit parmi âes compatriotes beaucoup de célébrité, d'honneur et de diignités, par son instruction et ses ouvrages. Quelques unes de ces dignités doivent même lui avoir été conférées par des empereurs romains. Il fut revêtu, dans sa vieillesse, de la fonction de prêtre d'Apollon Pythien. Il est un des écrivains les plus féconds et les plus persuasifs de son siècle, et presque à toutes les époques il a été regardé comme l'égal des écrivains les plus distingués des meilleurs temps. L'affection qu'il in-
(i) Ceci se conclut aussi de Phit, symp,^ VII F, 7 in. V. Jon sius de script, hisl. phiL, III^ 5, 2.
(2) Brucker hist, ;>/i/7., II, p. 161.
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spire a parlicultèreiuent sa raison dans la doaceur de seiH timens de ses doctrines morales ^ dans la chaleur avec, laquelle il cherche à les recommander par des exem* pies et par des considérations picnses^ et au plaisir avec lequel il s'efforce de faire ressortir le grand et le so-r blime. D*an autre cÀté ^ il serait pent-étre difficile de le j astifier du reproche de faiblesse dans la modération de ses jugemens^ d'avoir toléré des sentimens relâchés, et d^avoir prêté une couleur séduisante à des yices britlans, par rallianœ qu'il en fait arec des vertus réritables. L'éclat , une apparence de force supérieure excitent aussi son admiration, et lui-même a besoin d*étre excusé pour avoir recherché plutôt le brillant que le vrai. Le faste de Térudition et des tours spirituels , le plaisir ^u il prend aux bons mots, le désir qu'il a de faire preuve d'habileté oratoire. tont cela nous révèle dans ses ouvrages la décadence de l'art d'écrire. 11 manque à ses écrits le sérieux qui convient à un tout convenablement travaillé ; il ne nous pré-* sente que des frag^i>eiis décousus qu'il a juxta-posés plu* tôt que réunis.
Cette manière d'écrire tient étroitement ^ sa manière de philosopher. Il met de l'adresse dans la recomman* dation qu'il nous fait de sa morale, qui a pour but la sublimité de l'esprit , l'habileté dans chaque art h)imain , l'imitation de la vertu antique. Il éprouve une avèrstofi réelle pour la manière basse dont les épicuriens envisageaient la vie. Mais aussi la douceur de ses sentimens réloigne des stoïciens qu'il combattit dans Tancienne forme de leur doctrine , et pas toujours avec la modération convenable. Non seulement leur mépris des mœurs et de la vertu qui ne se forme pas par science , mats par habitude, lui était opposé; mais il trouvait aussi de» points essentiels de leur opinion sur Dieu et le monc]e, en contraditionavec sa manière de voir, sans qu'il pût, ainsi que la plupart de ses contemporains,* s'empêcher d'emprunter à l'école stoïque un grand nombre d'idées scientifiques. Il s'applique, au contraire, avec prédilection
408 LiVUS XII. CHAPITRE TH.
aux doctrines dejPlaton et d'Arislote, de Platon surtout , parce qu'il y trouvait un aliment pour ses vues morales et religieuses ; car il prenait à la lettre la partie mystique de l'exposition platonique , et y rattachait ses propres persuasions. Ce mélange d'idées hétérogènes, que nous ne trouvons pas moins chez lui que chez ses contemporains , entraînait essentiellement dans toute sa doctrine une incertitude , une indéterminabilité qui le fait quelquefois s'exprimer dans le sens de la nouvelle académie , comme si nous n'avions, du moins sur les questions les plus élevées de la philosophie-, qu'une doctrine vraisemblable (1). Cependant , lorsque la nature du discours l'exige ou le comporte , il se prononce , au contraire , avec netteté.
Sa doctrine devait naturellement être chancelante, puisqu'elle n'avait nulle part de point d'appui stable ;s car , quoiqu'il touche parfois , dans ses recherches , aux premiers principes du savoir ainsi qu'aux formes de l'exposition scientifique, c'est si rarement et d'une manière si peu personnelle , que l'on ne. peut méconnaître combien il fait peu de cas de la logique en général; il ne s'occupe avec inclination que des doctrines morales et de recherches sur Içs premiers principes des choses auxquelles il était porté par le caractère religieux de sa pensée (2). Il ne néglige pas non plus entièrement toutes les questions de physique; mais il ne sort cependant jamais des principes premiers et les plus généraux , sans du reste les approfondir beaucoup ; ce qui fait que Ton ne peut aussi regarder ses traités sur des objets spéciaux que comme desi travaux dans lesquels il voulait faire preuve d'érudition et de pénétration; mais moins il était attentif à donner à sa philosophie un fon-« dément certain, plus son exposition en dut être chancelante, puisqu'elle ne pouvait être alors qu'un composé de
(i) /7e sera num. vînd.y 4* i4f (a) De prof, in virt.j 7.