ESPRIT ORIENTAL PARMI LKS GRECS
(lifTérentes sortes de doctrines. La peine qu'il se donne pour lier des séries d'idées qui procèdent de points de vue entièrement opposés, est parfois assez étrange ; ainsi, lorsqu'il regarde la distinction à cinq parties de Platon , dans le Sophiste, comme ayant le même sens que celle à quatre parties, dans le Pjhnlèbe, supposant que Platon, dans la dernière, admettait encore dans le même sens une cause séparatrice, par opposition à la cause qui opère le mélange (1); ou lorsqu'il admet la division platonique de rame, concurremment avec celle d*Âri^tote, et qu'il reconnaît cinq parties de Tâme, celle qui nourrit, celle qui sent, celle qui appète sensiblement, }e cœur et la raison (2). Ce mélaïige de doctrines pénètre toutes ses idées morales; car, en général, quoique la morale platonique prédomine chez lui , il suit aussi , sans y faire attention , la doctrine d'Aristote sur le rapport de Taccoutumance ou passion de Tâme et sur le développement de la vertu morale , laquelle consiste dans le milieu entre deux excès opposés (3).
La tendance religieuse de son amené peut pas non plus donner à sa conviction un fondement certain, puisqu'elle contient plusieurs choses incertaines. Il ne cherche pas moins à détruire la superstition qu'à nourrir la foi (4). Il peint delà manière la plus propre à effrayer, la crainte à laquelle le superstitieux est toujours euproie, puisqu'il appréhende du mal de la part des Dieux. Le superstitieux est athée quant au sentiment , parce qu'il ne peut pas croire à des Dieux qu'il tient pour méchans (5). On reconnaît là la tendance morale de sea sentimens religieux, n croit avant tout au dogme de la providence des Dieux , qui font tourner tout à bien aux bons ; mais il était évi-
(i) De El ap, Delph.y i5.
(•i) Ib.f c, i3; cf. de virL mor,, 3.
(3) De virt. mor.^ 4j cf. de prof, in virt. 3, i3j de fort, y a.
(4) Particulièrement dans son ouvra[;e irtpc ^ccaciatfAovcaç-
(5) Pe superst.y ii Jin»
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demmenl difficile de tirer la ligne de démarcation entre la superstition et la foi légitime, d'autant plos que Plutarque peut moina se soustraire à l'opinion qu'il y a dans le monde une puissance supérieure de nature méchante, de mauvais démons (I). Sa confiance en la providence divine ne pouvait donc porter que sur l'opinion que la puissance du bon principe est plus grande que celle du mauvais, quoique celui-ci ne puisse pas être vaincu par ce-* lui-là. Puisque Plutarque attaquait la crainte supersti^ tiense des Dieux, il avait en vue, comme Apollonius, une purification de la religion populaire, dans laquelle il dut naturellement chercher une mesure du juste etdn faux. Il était en conséquence opposé au mélange déjà survenu de toutes les espèces de culte au culte national et populaire (2) . Il regarde comme illicite d'introduire les usages religieux des barbares parmi les Grecs; souvent il les blâme et se montre particulièrement ennemi de la religion juive et syriaque (3). 11 ne peut cependant pas se soustraire à l'inclination générale de son siècle à reconnaître aux religions étrangères leur valeur ; c'est ainsi qu'il recommande le culte d'Osiris et d'isisqui signifiaient pour lui , sous des noms étrangers , tes vrais Dieux ; car de même que le soleil et la lune,, le ciel , la terre et la mer, sont communs à tous les hommes, mais sont appelés diversement par les diiTérens peuples , de même la raison
(i) De Is. et Os,^ a5, 26, 69^ de anim. procr,^ 6; de def. or., i4«
(2) Amator. ,12. ApxcT yotp ri irarpeoç xai tcoXacà irtcrrcç, ^ç oiix
?aTiv tlircTv , ou^ oveupeTv Tex|JiY}p(ov cvapycffrcpov. Eàv 1^' cvoç
TocpaTnjTat xac aaXeuyjrat to |3e6a(ov aÙT^ç xœt vevoptr/i/evov , c7r(ff^Xv]ç Tn'vcTa» iraat xat uiroirroç. De sera niinu vînd,, 22, les Hellènes s'appellent rh ^tkriarov xat Btoffiktararov yévoa
(3) De superst.y 3, 8; de Stoic. rep.^ 38, il compare le juif et le syriaque. On voit particulièrement par le sympos, IV, qu^^ 5 , 6., combien ilest éloigné de la vérilable connaissance delà religion judaïque. ^