‹ Histoire de la philosophieChapitre 3 sur 54 · CONSIDÉRATIONS GENKHÂLES SUA TOUTE LA PERIODE · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GENKHÂLES SUA TOUTE LA PERIODE

senliniens romains, et de la même manière qu'on était contraint de dissimuler le noble orgueil de la liberté, par* tout où il se trouvait encore,— de même aussi les ouvrages scientifiques et poétiques des Romains devinrent superfi* ciels, inanimés, d'une érudition puérile , et furent écrits d'unstylefauxet brillante. L'inspection que la Toyauténouvelle, et par conséquent soupçonneuse, exerça sur la diffusion publique des ouvrages littéraires, ne pouvait pas être favorable au libre développement delà pensée et de l'imagination. Seulement, cette époque contribua puissamment à étendre l'usage de la langue latine dans les provinces de l'occident , si bien que depuis ce moment les Espagnols , les Gaulois et les Africains commencèrent à jouer un rôle dans la littérature romaine ; tandis qu'à Rome et même en Italie, le goût perdait plutôt qu'il ne gagnait. Â la vérité , il se maintint encore] quelque temps à la cour, mais cependantpas sans s'affaiblir et se dénaturer, recberchant tantôt d'anciennes tournures , tantôt le vain éclat de formes efféminées, tantôt, dans des antithèses spirituelles, la con« cision et la force des anciens discours. Il était devenu difficile de trouver l'expression naturelle de la pensée. Qui* conque avait encore un peu le sentiment de l'antique liberté ne pouvait pas facilement renoncer à l'admiratioa des anciens écrivains comme modèles des nouveaux : oa donnait déjà des explications des auteurs anciens, on cher* cbait aussi à les surpasser ; et d'une manière comme de l'autre, c'en fut fait du libre esprit et de la véritable nature, A ces causes de décadence s'ajouta de plus l'imitation des Grecs , qui devait déjà par elle-même être dangereuse à l'esprit de la littérature latine , et qui le devint encore davantage, par le fait qu'on s'attacha moins aux anciens ouvrages des beaux temps de la littérature grecque qu'aux productions faussement subtiles de l'école d'Alexandrie, tant l'empire du présent remporte sur celui du passé! C'était cependant là aussi une liuérature de cour , comme celle qui nous occupe. Mais déjà dès son origine la langue roipaine avait d%ns Is^ langue grecqviç une rivale dangç

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leurs écrivains grecs de la fin du premier siècle et da commencement du second ; nous ne nommerons que.Plutarque. Cependant les effets de cette influence durent élre tempérés jusqu'à un certain point par le besoin de Texpression purement attique , besoin qui porte seulement trop le caractère de Timitation pour qu'il ait pu exercer uneactionbienpuissante.Cettelittératuregrecques'occupa donc beaucoup de philosophie , science qui cependant nefut jamais la base de la science grecque, et qui, comme nous le ferons voir plus tard , avait reçu une impulsion nouvelle , tant du besoin des Romains que de l'influence de l'esprit oriental. La vie politique, dans laquelle les Grecs ne jouaient qu'un rôle subordonné , et qui d'ailleurs n!était plus l'occasion de recherches générales, rétrograda ; on s'occupa davantage, au contraire, des rapports de l'homme privé et des familles, des mœura et des passions. Aussi s'appliquait*on aux sciences particulières et aux arts , mais pas avec beaucoup de succès , la plupart des recherches se fondant sur les ouvrages des anciens et presque dans la vue exclusive de les expliquer et de les concilier. Jamais la faiblesse du temps ne fut aussi frappante , aussi incontestable qu'à cette époque. L'influence qu'exerça Rome sur cette littérature se révéla par le caractère oratoire qu'elle prit comme à Rome. Il est difficile de porter plus haut *qu'on ne le fit alors le luxe des mots. Jamais le vain talent des rhéteurs ne fut plus recherché ni mieux payé , l'art et le nom des sophistes reprennent alors de la considération. Les rhéteurs tiraient vanité de compter des princes parmi leurs disciples, c*étaient eux qui approchaient de plus près les Césars et les grands. Une telle prérogative^ si vain que fût Tobjet de l'occuprition , dut produire une grande émulation. Aussi l'art de bien dire s'empara-t-il de la philosophie et gagna-t-il en peu de temps tout le reste de la littérature^ Depuis lors , Ife bon sens devint toujours plus rare parmi les savans. Enfin cette habileté de jouer avec les mots disjparut eUe-oaéme presque coiQplétement, çt il ne rc3^a

•CONSIDEftlTlONS GENERALES SUR TOtJtE tÀ PERIODE. H

qu'un faible souvenir de la plénitude et de la force anr cienne du langage.

A ce raffinement de la littérature à Athènes et à HomCi se joignait encore un autre phénomène qui ne nous occupera que trop souvent dans notre histoire de la philosophie : nous voulons parler de Tinfluence que les idées , les modes de représentation et les tendances orientales exercèrent sur les Grecs et les Romains. Elle ne commence pas à se faire sentir au temps de Trajan et d'Adrien , elle est bien antérieure ; mais seulement alors i»a force se fait plus vivement sentir à Rome, et s'étend de là sur toute lavie et la littératurede Tépoque. Il faut chercher les premières causes de cette influence dans les premières tracesde ladécadence de l'esprit grec. Comme cet esprit «lait tombé malade par la contagion du dehors, il chercha aussi au dehors des moyens de guérison. Celui qui ne veut pas se contenter du présent, qui ne peut trouver en soi un cœur assez droit pour mettre son espérance dans l'avenir, se réfugie dans le passé, y cherche quelque chose deplusbeauoudemeilleur.Ons'estdetouttempspassionné pour de pareils rêves. Mais il reste encore un pas à faire depuis là jusqu'à ce qu'on s'abandonne au vif désir de Tidéal rêvé , lorsque l'on espère en trouver les traces dans l'histoire du passé, ou même dans le présent de peuples étrangers. Cette dernière idée ne vient sérieusement en pensée qu a ceux qui sentent, dans le peuple même dont ils font partie, une force de progression. Nous savons que déjà les disciples de Socrate parlaient volontiers d'une vie plus belle dans le passé de peuples étrangers, et s'efforçaient d'y dépeindre le modèle de lavie grecque. Or, comme les Grecs avaient subjugué une grande partie de l'Asie , un grand nombre d'entre eux se sentirent portés à croire que, dans les contrées plus éloignées qu'à peine ils avaient vues, les hommes étaient meilleurs, et à les parer des vertus qu'eux-mêmes pouvaient considérer comme le terme de leur désir. Ils se plaisaient également à rechercher une sagesse profonde dans les temps anciens des peu«

H LIVRE XII. .CHAntAïn

pies qu'ils avaient soumis. C'est ainsi que s'était accréditée ï*opinion de la yie sainte et de la philosophie profonde ^es Indiep3. J^a sagesse des Égyptiens y des mages, des prêtres phéniciens, des Juifs était célèbre. On espérait découvrir chez ces peuples inconnus des mystères au moyen desquels on pourrait se concilier la faveur des Dieux et commander à la nature. Il était naturel que plus on connaissait ces peuples, plus ces opinions exaltées tombassent. Cependant il en resta un germe, qui avait une racîne plus profonde.

(a connaissance plus intime qui s'établit entre les Grecs et les Orientaux ne resta pas sans effet , ni sur les uns ni sur les autres. Les Grecs, dominant par la force des armes, comme par la culture de l'esprit, répandirent bientôt leur langue dans une grande partie de l'Asie et de l'Afrique ; plusieurs peuples oublièrent près-

2' ue la leur. Les Orientaux , en prenant la langue des rrecs^ en reçurent aussi la culture scientifique. Quoiqu'ils se glorifiassent de leur antique sagesse , ils ne pouvaient cependant mépriser la science grecque, lis avaient une aptitude pour la science, quelque bornée qu'elle pût être, et leur zèle pour la développer les conduisit auprès des maîtres grecs. Mais sans doute qu'ils cherchèrent à se l'approprier à leur manière; ils y mirent leurs sentimens, leur façon dc^ penser ; ils se formèrent une doctrine mixte, orientale-grecque. Ce n'est pas trop supposer, — car assurément l'obscurité delà matière ne nous permet pas de distinguer nettement, — que d'admettre que, même dans les langues de l'Orient, il s'opéra un mélange de la science grecque et des idées orientales. La littérature grecque leur fit aussi plus d'un emprunt. Si donc la conscience orientale s'agrandit considérablement par le contact avec

l'esprit grec , de leur côté les orientaux ne furent pas tout-à-fait dans l'impuissance de ranimer un peu l'esprit grec. Nous avons observé précédemment que la religion grecque, par son développement qui inclinait à Tart^ avait de plus en plus perdu le sens de ses formes primitives;

CONSIDÉRATIONS GBMBBAtXS SUR TQtlTE LA ^BftlODS^ |€

qae la philosophie des Grecs n'était par coméquent pa^ très liée à leur religion, et qu'il s'était en conséquence opérq chez ce peuple une décomposition desidéçs Religieuses e( des idées scientifiques, à laquelle on Toulut s'çpppser plua tard, lorsque le temps eut rendu le besoin religieux plu^ "vif; mais cette tentative fut s^ns grand succès, parce que» dans le fait, la perte du sens primitif ne pouvait é.treréparéc| par une interprétation arbitraire. Mais le bc^soin de trou« yer les formes des cultes plus significatives se faisait réel-, lement sentir parmi les Grecs à Tépoque où ils se trouvé-^ rent en relations plus étroites avec les Qrientj^ux; ^t les cultes orientaux semblent précisément avoir été propres à le satisfaire jusqu'à un certain point. Nous trouvons donc queles Grecs cherchèrent insensiblement à se rapprocher de plus en plus du culte public et du culte privé desOrien? taux, qu'ils en accueillirent les traditions, les comparer rent aux leurs propres , et trouvèrent par là Toccasion de donner à celles-ci un sens plus profond. Il était natu* rel que beaucoup de superstitions se rattachassent à ce^ mouvemens, d'autant plus qu'elles semblent s'être développées d'abord dans robscurfte et parmi les classes inférieures du peuple. Elles n'eurent quelque influence sur 1^ philosopliie qu'à l'époque où le néo-pythagorisme commença à paraître; ce dont il ne reste que des traditions très peu satisfaisantes. Elles n'eurent une plus grande importance publique qu'aii temps des Césars ; et, à la vér rite, seulement dans des phénomènes particuliers auxquels l'esprit romain était contraire. Parmi les écrivains grecs les plus remarquâmes chez lesquels cette direction se révèle visiblement, il faut mettre eu première ligne Plutarque. Mais elle se fortifia toujours de plus en plus depuis Adrien. Elle s'annonça par le culte rendu aux hommes doués d'éminentes qualités, que l'on vénérait; comme les fondateurs d'une vie sainte par le mélange de toutes les formes de culte, par le désir de la participation mystique au divin, qui devait être acquise tant parles pri* vations extérieures que par des pratiques vaines et fan tas«

tiques / et à l'égard de laquelle la vie pratique paraissait tantôt plus 9 tantôt moins dépourvue de sainteté. Tous ces phénomènes avaient évidemment pour base lé sentiment d'un besoin religieux profond, sentiment qui conduisit une partie des hommes de cette époque au christianisme y mais qui dut fournir un aliment à la superstitioii dans cette autre partie qui ne put être séduite par Thumble forme du christianisme. Le point le plus élevé de ce mouvement consiste eu ce que y par le triomphe décisif du christianisme, il se répandit parmi ses adversaires Topinion que^ dans la partie centrale et peu accessible de l'Asie, se trouvait la sainteté de la vie et la véritable cité des sages craignant Dieu, à laquelle on doit aspirer.

Tout en esquissant rapidement la partie sombre et té^ nébreuse de la vie pratique et de la littérature de cette époque , nous avons déjà fait entendre en même temps aussi qu'on peut y trouver quelque chose de satisfaisant. Seulement, dsinsrhistoire que nous écrivons, ce côté désavantageux, pris dans son ensemble, devra passer au fond pour le principal, car ilne^se produisit que parla fusion de l'esprit grec ou par son mélange avec le caractère propre des autres peuples, et ne pouvait , en somme, qu'être défavorable à la philosophie, que nous avons appris à connaître comme un résultat de la civilisation grecque. IVéanmoins nous croyons nécessaire de ne pas passer sous silence les bons côtés de cette époque , tant parce qu'ils n'ont pas été entièrement sans influence sur la philosophie, que parce qu'ils ont pu faire voir combien Thuma* nité a avancé dans cette période.

Si nous voulons savoir comment il y eut alors nécessaiirement plus de bien et de mal que dans une rude opposition, il suffit de voir que ce temps indique, par rapport au développement intellectuel des hommes, la fin de la domination qui avait maintenu long-temps la scrence et Tart grecs sur la ligne du perfectionnement de Thumanité. Beaucoup de choses qui avaient jusque là exercé utie action bienfaisante dans Thumanitc devaient naturellement

CONSIDÉRATIONS GBKEBALES SORT TfHTVE LA PERIODE. 17

tomber avec cette puissance y et avant que quelque chose de nouveau pût sortir de ces ruines, Tincertitade et on mouvement mal assurëdûrent marquer le coursdeaévénemens. Noussommesredevables aux Grecs depresqve toutes les découvertes, du commencement de presque toutes les sciences, et de la plupart des arts qui, maintenant, remplissent dignement notre vie ; ce qu'ils n'ont pas inventé , ils se le sont admirablement approprié et ont su le perfectionner. Long*temps encore après que leur puissance politique fut brisée, ils surent, ainsi que nous Favons vu, maintenir leur prépondérance intellectuelle ; Rome etTOrient n'ont été que les canaux par lesquels l'esprit grec s*est au loin répaiidu. Mais comme cette domination intellectuelle eut sa fin , elle dut, en s'affaiblissant, donner une teinte nébuleuse à la civilisation et à la science antiques, pour faire sortir de ce mélange un nouvel être. Tel est l'événement à observer .dans Tépoque qui nous occupe. Ce qui troubla le plus la civilisation grecque , ce fut l'élàneni étranger, romain et oriental, qui s'yajouta ; si, par conséquent, nous voulons suivre la liaison de ces événemens, nous devrons donner notre attention à ces élémens de ci* vilisaiion. fournis parles Orientaux etpar les Romains, et voir comment ce mélange contenait le germe d'un dévelopjpement nouveau.

Du côté del'Orient, lamarchedu sièclerendaitpressante une excitation nouvelle de la conscience religieuse ; du côté des Romains, la vie était absorbée par le mouvement politique. Sous lés deux points vue, nous trouvons un véritable agrandissement de l'existence humaine. Mais ces élémens ne purent pas se produire d'une manière pure, avec une conscience claire de leur importance dans les circonstances d'alors. Car, en s'efforçant de s'unir à l'élément grec et de le pénétrer en sens opposé , ils ne pi^oduisirent qu'une fermentation prématurée, en faisant disparaître le caractère propre des peuples dont l'esprit se rencontrait* Delà la chute des nations et cellede la république. De cet ^tat de confusion des peuples, qui ne pouvait subsister que XV. 2

SOUS roniformité d'un pouvoir absolu , doivent sortii^ plus tard les caractères propres des peuples nouveaux , une nouvelle vie sociale , une nouvelle cité* La vie ro* jnaine ne perdit donc pas alors un nouveau et plus parfait développement du droit public ^ seulement le droit privé reçut des Romains la forme d'une doctrine sçienti^*fique; c'est un des progrès les plus impor tans dont lliumanité soit redevable à, cette épqque. Hais en même temps aussi l'excitation du sentiment religieux ^ qui était partie de rOrient» préparait la toie à une religion plus claire et plus profonde tout à la fois. H est impossible de ne pas reconnaître que la propagation du christianisme fut favorisée par toute la disposition intellectuelle de l'époque où il arriva» mais particulièrement par le sentiment religieux qu'avaient excité les religions orientales chez les Grecs et chez les Romains , sentiment qui s'expri* maity à la vérité, par toutes sortes déformes qui devaient être rejetées I mais auquel il ne manquait cependant que de se comprendre lui-même, et le besoin qui lui donnait naissance, pour conduire tout droit au ohristianisme.Gela même que nous avons signalé comme les infirmités du temps, dut contribuer à cette fin. Tant que la vie politique des Grecs et desRomains fut florissante, il n'était guère possible de les gagner à une religion qui ne rendait hommage à aucune patrie ; qui déjà, parce qu'elle était d'origine étrangère et devait naturellement proscrire toute religion indigène, ne pouvait manquer d'être méprisée par les patriotes grecs ou romains. Le christianisme, qui était destiné à devenir la foi de tous les peuples, ne dut s'étendre de toute sa force qu'autant que les nationalités an-* ciennes auraient disparu ; et que l'élément politique qui ^ bien qu'il ne formât pas l'essence des anciennes religions, n'y pouvait cependant pas être méconnu, aurait ainsi perdu toute sa force* A parler à la rigueur, la tâche de cette époque est la préparation des peuples au christianisme et la diffusion du christianisme même.

Mais il est clair que cette tâche ne pouvait être rem^

plieque successivement et en passant, pour ainsi dire, de mains en mains, et par le perfectionnement de sociétés nouvelles. Nous supposons que toute vie sociale doit avoir un fond historique , qu'un peuple nouveau ne se forme que par héritage d'un temps antérieur, de traditions communes, d'une patrie et d'une langue communes, et qu'il ne dure et ne prospère si long-temps, qu'autant que cette succession commune est susceptible d'undéveloppement plein de vie. Mais comment était-il possible d'allier le christianisme à cet héritage des anciens peuples ? Les traditions anciennes, le souvenir des grandes actions passées, celui des ancêtres qui avaient acquis une si grande renommée, une si grande puissance à leurs neveux , tout cela attirait les esprits dans un sens , et le christianisme avec ses promesses dans un autre. Plus donc le christianisme fut puissant, plus sûre (ut la ruine de l'antique cité ; ou plutôt il fallait que la cité fût déjà tombée pour que le christianisme put se répandre* Aussi put-il se former encore, dans le mouvement qu'avait produit l'impulsion orientale dans les idées religieuses du temps, une réaction contre l'esprit chrétien, ayant essentiellement pour but de garantir l'antique nationalité de l'esprit de la religion nouvelle. C'était moins une réaction contre l'esprit du christianisme que contre la puissance destructive dont il menaçait malgré lui l'ancienne cité. Yains efforts I puisque l'esprit des anciens peuples n'était déjà plus pur, ni dans sa force native, mais s'était dissous en un mélange d'élémens hétérogènes ; puisque encore il n'y a pas de nationalité qui pdt tenir contre la marche de toute l'humanité. Lors cependant que la vie de l'humanité ne pouvait faire un progrès régulier dans ce qui caractérisait différehs peuples , qu'à la condition précisément de compter la succession du passé parmi ses propres richesses, alors des cendres des peuples anciens durent renaître des peuples nouveaux, qui purent , à la vérité , recueillir dans une certaine mesure la succession de leurs auteurs, sans cependant la réclamei*

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entièrement comme leur, afin de pouvoir , d*un càtë ^ retenir .ce qui s'alliait au christianisme , et, de l'autre, répudier .ce qui lui était contraire.

Nous savons que ces peuples se sont formés par la migration des races germaniques dans> les provinces occidentales de Tempire romain. Cette ^nigration donne par conséquent un chapitre à Thistoire ; mais ce phénomène n'était , dans le fait , que la continuation des événemens antérieurs sur une échelle un peu pins grande; car les guerriers de la Germanie ne s'étaient-ils déjà pas depuis long-temps mêlés dans les rangs des armées romaines? N'avaient-ils déjàpas souvent décidé en maîtres de l'empire affaibli ? Déjà même desCésars étaient sortis de leurs rangs. Le mélange des peuples produit par les migrations s'était déjà opéré depuis long-temps en silence, dans la vie privée, lorsqu'il devint manifeste dans la vie publique. Les migrations des peuples ne firent que donner à ce mélange un caractère plus tranché et que le développer plus en'grand. Il demeure donc constant que les Allemands durent en former l'élément dominant et le centre de 'la ^puissance ^ sans qu'on puisse douter, du reste , que les lois et une civilisation de Romains déjà transformés à demi, durent exercer, de concert avec le christianisme, une puissance prédominante dans la formation de la nouvelle vie du peuple. Nous croyons donc être resté dans les limites de la vérité lorsque nous avons dit que les peuples nouveaux s'étaient formés de la cité romaine, et que nous avons considéré ce fait comme une tâche de l'époque d'alors. Les Allemands qui restèrent dans leurs foyers , dans les contrées du sud et de l'ouest , prirent déjà beaucoup de la vie romaine; ils ne purent s^opposer à la marche de la civilisation dans laquelle leurs frères expatriés étaient entrés*

Telle fut l'affaire essentielle de ce temps. Elle était ea très grande partie étrangère à la science, et c'est pourquoi l'élément scientifique de notre vie ne put s'y rattacher quç par des rapports très subordonnés Onœ peut pas

CONSIDERATION^ ÛSNÊftALES SUR TOITTS LA PERIODB* 2t

dire cependantqae cestempsaientëtécomplétementstériles pour les sciences; sealement ils ont condait lentement le fruit scientifique à maturité , incapables qu'ils étaient d'agir d'une manière libre et spontanée, mais étant soumis, comme le voulait le siècle » à la vie pratique ou à la yie religieuse. Un véritable développement de la raison ne pouvant avoir litw sans exercer une influence salutaire sur la science, ceux qui remplissent cette période ne purent donc s'effectuer sans par là même devenir le germe le plus Second pour la science et par conséquent aussi pour la philosophie. S'il ne {^agissait en philosophie que de quelques pensées isolées , le Nouveau- Testament contiendrait peut-être plus de véritable philosophie que tous les ouvrages de la philosophie grecque. Cependant elles n'y sont pas contenues sous la forme scientifique , sous la forme philosophique; elles ne peuvent donc être considérées que comme un germe d'où plus tard doit sortir une connaissance philosophique.

Mais il ne s'agit pas encore de faire connaître comment le germe s*est développé. Nous n'avons, pour le moment, qu'à faire connaître la décadence de l'ancienne philosophie, problème qui se rattache intimement à notre précédent récit. Au contraire, le développement de la philosophie nouvelle , qui se forma du christianisme et fut presque contemporaine de l'ancienne philosophie, doit faire la matière d'une histoire spéciale. C'est une remarque que nous avons déjà faite précédemment en traitant de la division de Thistoire de la philosophie en ancienne et en nouvelle. Ce que nous n'avons fait qu'indiquer alors, savoir que Fépoque où se termine l'une et où commence l'autre, a une double littérature, une double civilisation et une double philosophie, dont l'histoire doit être séparée , se trouvera confirmé par la suite de notre histoire. Nous verrons ici comment la littérature ancienne des Grecs et des Romains, quoiqu'elle renfermât déjà plusieurs élémens hétérogènes venus de l'Orient, ne fit d'abord presque aucune attention à l'esprit et aux idées du çhri9U|<«

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nisme ; comment ensuite, fiëre de son antiquité, de réelat dont elle sut se parer, quoiqu'il ne fût du qu'au clin« quant le plus ipince de Fantiquité, elle dédaigna sa modeste rivale; comment enfin , ne pouvant plus se dissimuler la forcç de celle-ci , la puissance qu'elle exerçait sur les esprits, elle dédaigna cependant de s'en faire le disciple, cherchant au contraire à se rattacher plus étroitement à la morte antiquité, et finit par désespérer de son siècle, lorsqu'elle vit que l'antiquité ne pouvait le sauver. De la même manière, donc, que nous voyons cette littérature et cette philosophie anciennes subsister en dehors de lalitté« rature et de la philosophie du christii^nisme , de mémo s^ussi nous séparerons l'histoire des unes de celle des autres, afin d'en mieux saisir l'opinion , le dessein et l'esprit.

Si la période qui nous reste à parcourir dans l'histoire de la philosophie ancienne est la plus longue, c'est aussi la plus pauvre en résultats vrais et durables. Cette pauvreté dure, pendant six siècles. Cette lente agonie est un des exemples les plus frappans de la ténacité de la force vitale du caractère d'un peuple une fois parvenu à l'indépen^ dance. On doit observer cependant que plusieurs circon* stances concoururent pour prolonger si long-temps la vie à la philosophie grecque en décadence* Elle dut avoir son occupation; elle devait même y prendre un certain intérêt, bien que cette occupation ne pût avoir que la tradition pour objet ; car aucune tradition ne se conserve sous une forme entièrement morte; elle doit se rattacher à quel* que chose de vivant qui serve à l'alimenter. La philoso* phie grecque trouvait donc cet intérêt dans ses rapports avec l'Orient et avec le monde romain, deux rapports qui conduisirent à une propagation plus étenduede la doctrine philosophique chez presque tous les peuples cultivés d'alors. La Grèce envoya ses maîtres dans TAsie-Mineure, en Syrie et en Egypte, jusqu'aux extrémités de l'Inde; de Rome , où la philosophie était devenue indigène , elle se répandit dans tout le midi de l'Europe et dans l'Afrique

n^main», l^orsqu'ça Orient le» États et les colonies étaient

CONSIDERATIONS GiirÉRAI.SS SUR TOVTB LA PERIODE. 23

«i florissam qii'ils changèrent presque tonte la dvilisation nationale ou la convertirent en la civilisation grecque, la nature des rapports de la philosophie grecqne fournit une occupation nécessaire ; elle dut, avec les autres moyena de eulture des écoles grecques, exercer sa pan d'influence etcontribuer à cette métamorphose progressive. Maialor»» qu'en Occident les puissans dominateurs du monde se prcasaient aux réunions des philosophes grecs; lorsqu'ils les flattaient, comme autrefois Alexandre-le-Grand; lorsqu'ils les recevaient dans leur intimité , leur offraient en présens des dépouilles dés peuples , comment le ]dus puissant aiguillon de l'ambition et de toutes les passions n'auraitil pas porté à aoquérir nne science qui pouvait conduire à des succès si dignes d'envie ! liais aussi combien on s'éloi^ gnait par là de l'origine naturelle de la philosophie I Ce. n'éuit plus l'inclination et l'amour de la scsenoe qui portaient à la cultiver; c'était d'un eâté la marche nécessaire des éeoks , d'un autre , Tambition d'avantages extérieurs qui s'en étaient rendus maîtres. Les Grecs d'alors , qui déjà du temps de Gicéron étaient représentés comme des hommes pleins d'artifices , de vanité , et sans dignité aucune (1), avaient besoin de semblables encouragemens. Si donc l'influenee des Romains el des orientaux sur la philosophie peut , en quelque sorte , être estimée égale , cependant les uns y apportèrent un esprit bien diffiérent de celui desautres. Les Romains, non seulement n'offraient aucune garantie de développement scientifique aux Grecs, mais leur caractère ne pouvait pas même donner i leurs matures un grand attrait pour les idées philosophiques nouvelles ; car toute kur tendance était en dehors des régions que b philosophie se plait à parcourir dans son essor le plus élevé. Seulement la tendance des Romains à former une organisation juridique de la vie civiie , put exercer quelque influence sur les questions particulières

mfw^.

ewmyte

de m morale. Mais en cela ils étaient aussi beacrcoup plu^ rapprochés des Grecs que les orientaux ; car déjà les derniers stoïciens y comme nous- l'avons dit précédemment , s'étaient soigneusement occupés de ce problème ; en sorte que Ton peut dire que y grâce à la direction des Romsdns vers la vie civile pratique ^ les rechercbes philosophiques furent conduites d'une manière plus spéciale encore aux détails de la morale, qu'elles ne l'avaient été auparavant. On ne peut donc s'attendre à ce -que l'esprit romaih fournisse un élément fécond pour le développement de la philosophie. Cependant l'instruction philosophique que les Grecs donnèrent aux Romains ne fut pas sans influence SKLT la forme que prit la philosophie à cette époque. Elle se prêta par là de plus en plus à une tradition durable ; alors seulement elle devint une doctrine toute d'école et une affaire d'érudition, tandis qu'auparavant elle avait été le résultat d'une vie animée d'un mouvement intellectuel. A la vérité , nous avons déjà vu que l'ancien esprit créateur s'était insensiblement affaibli dans les écoles des philosophes ; mais cependant il y avait encore en eux une certaine activité qui savait introduire une nouvelle façon de penser dans l'ancienne forme de la doctrine : ce qui n'est vrai, du reste, que des principales écoles de philosophie , et ne peut pas même s'entendre de la fausse philosophie des épicuriens , car elle ne contint presque jamais rien que d'antique. Mais nous trouvons chez les péripatéticiens mêmes un changement de formules qui indique bien aussi un changement dans la pensée , et une morale faible dans leurs ouvrages , jusqu'à Cratippe. La nouvelle académie, à formes constamment mobiles , pénétra dans l'ancienne , et nous pouvons suivre avec certitude le développement de l'école stoïque jusqu'au temps de Cicérpn. Mais avec l'influence des Romains , il en fut un peu autrement. Quand ils vinrent se faire instruire par les Grecs , ce n'étaient pas les Grecs d'alors , race profondément méprisée, qu'ils vénéraient comme des maîtres; C'était la fleur de Tai^ciçn temps y dont h tv^dition énovn

COMSlDERATIONâ GENERALES SUR TOUTE LA PERIODB. 3S

gaeillissailles Grec? savans deTépoque, et que lesRomains voulaient apprendre à counaiire par leurs successeurs dégénérés. Les philosophes durent donc être par la ramenés aux fondateurs de leurs écoles ; il était donc moins question de trouver du nouveau que de rétablir l'ancien dans sa pureté native , et de se l'approprier du mieux possible. 11 était difficile^ en effet, de faire quelque chose de mieux alors. Une des principales occupations des philosophes de récole fut donc de lire et d'expliquer les ouvrages des philosophes anciens; philosophes et grammairiens rivalisaient de zèle pour répandre ces ouvrages, pour séparer Taythentique deTinauthentique, pour les disposer dans un ordre déterminé de manière à les pouvoir lire, et pour en expliquer le sens. De cette manière, les écrits de Platon et d'Aristote particulièrement furent l'objet de savantes recherches dans les écoles de philosophie acadé-< miques et péripatétiques. Dans l'école stoTque , on avait un respect particulier pour les trois chefs les plus anciens ; cependant il s'y fit encore un développement plus actif que dans les autres écoles , parce que l'a sévérité morale qui s'y était développée convenait au sens des Romains et à l'époque. Dans cette espèce d'occupation savante de la philosophie, fut insensiblement fixée une certaine somme générale de résultats , qu'une école ou une autre réclamait comme sa propriété ; les disciples s'appipopriaient les principaux points de doctrines comme une courte esquisse des opinions qu'ils avaient étudiées, et qui passaient comme opinions dans la vie. Quelques uns de ces points furent bien «ncoro controversés , mais plus pour l'école que pour la vie. Ces disputes avaient plutôt pour mobile Texerciçe de la pénétration , afin de montrer la supériorité de son savoir ou de son jugement , qu'un véritable amour pour la science. Quand une fois les doctrines des différentes écoles se furent ainsi délimitées mutuellement, elles furent sans doute constamment disposées à se mesu^ rer entre elles ; mais on savait déjà que ces sortes de luttes n^boutissept à riep. On convint que la diversité des opi^

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nions tient à la différence du point de vue de la question , à la manière différente de voir les choses, que telle ou telle école avait embrassée une fois pour toutes. Les principes des doctrines ne furent plus tirés de la réflexion pour en former la science; en philosophie comme en politique» on s'attachait à un chef^ on embrassait un parti.

11 était naturel qu'avec cette manière savante de faire de la philosophie , le retour à lantique dut ae fortifier de plus en plus; car l'érudition en général remonte volontiers à Tantique, et rien n'était plus commun, particulière* ipent chez lesHomains, depuis la chute de U république* Pe là la réapparition de plusieurs espèces de philosppbies déjà Oubliées et déchues. A la véritéi les principaux rôles étaient encore joués par les quatre sectes qui » dans les temps, antérieurs , avaient déjà eu la plus grande impottapcCiles académiciens, les péripatéticiens, les stoïciens et les épicuriens $ mais à côté d'elles se représentaient aussi, la philosophie 4'Héraclitei celle des pythagoriciens , des cyniques et des sceptiques, (.es cyniques et les sceptiques ao;çit les 3puls de cette dernière série dont neus nous oceur perons ici ; car le renouvellement de la philosophie d' Héra* dite ne se présente que sous un point de vue très étroit , et les nép^pythagorîciena se rattachent par ce qu'ils 6iit de plus impor4an| $ comme on l'a déjà dît , aux direetion^ npiystiquea de la philosophie grecque orientale. Au cont^aire^ les nouveaux cyniques furent le fruit de l'inclination qui favoriaei t alors le stoïcisme, de la mâme manière que nous ayons d^à trouvé antérieurement un élément cynique dans la doctrine des sloïcîens. Ge fut particuliè* . rement le côté pratique de cette doctrine qui attira et qui fut mia en relief par le mélange de l'e&prit romain avee la pbilosdtphie grecque, quoique le eynîsroe n'eût pas un grand sileeès parmi ks Romains, par ht raison qu'il dut s^oppofl^ aux raffinemens des-mœurs des grandsde Rome, q^i seule s'oe^paient de philosophie. Mais la philosophie sceptifc[tt0 i quoique peu d'accord avee l^esprit romain ^ ré&^tft jbefMiBdaiit aussi de l'état de la philesopkie^ telle

GORSIIubULTIONS GKWBKâT.WS SOK TOUTE I. VKBIODB. tt

qa'elle s'était modifiée dans son nppoit a^ec rasprit romain. Car il est clair que la manière antérienremaiit reçue de traiter la philosophie des diCFérentes écoles, en les regardant comme autant de pointa de ru» diTers diâ monde et de la vie , était singulièrement propre à fiiire naître une &çon de penser sceptique. Mais si elle ne soi* vit pas les formes de la nouvelle académie» ae rattachant plutôt à l'ancien scepticisme , c'est que, d'une {iart , la nouyeile académie elle-même avait subi une transforma* tion et était retournée à Platon ; el que, d'un antre côté, elle s'était rapprochée de la doctrine stolque» Une autre raison encore, c'est que le nonyeau scepticisme ne put se rattacher à aucune d^ quatre principales écoles de philo« Sophie, mais fut le résultat d'une comparaison savante de toutes les opinions de l'école.

Du reste, il est à peine besoin de faire remarquer que dans cette philosophie scolastique savante , telle quelle s'était formée alors, il était presque inévitable qu'une len* dance éclectique se développât parallèlement. Quoique , dans le sentiment de sa faiblesse, on ait renoncé à l'invention dans les sciences, on ne se laisse pourtant pas enlever facilement la liberté de juger, qui s'opère dans le Aoix d'opinions scientifiques déjà toutes formées. Ce choix varie suivant les diflTérens caractères individuels des hommes ; s'ils ne se guident pas simplement par un rapport fortuit avec leur maître et à sa philosophie, alors c'est une inclination personnelle qui les détermine à s'attacher de préférence à telle ou à telle secte. Mais on ne s'attend pas assurément à les voir en tout point suivre la doctrine de cette secte ; car les inclinations des hommes ne peuvent jamais être parfaitement d'ajccord entre elles ; on suit plus volontiers un parti dans un point ou pour certaines af« faires , et dans un autre point ou dans d'autres affaires , un autre parti. Ce qui arrive d'autant plus fitcilement que l'on a moins scruté par soi-même le pmnt de vue de l'école, que l'on y tient avec une persuasion moins pleine. 11 est de la natwç 4'w \^ cboix.panoi les opiomna .dds|è dévt<

loppécs, que renchalnemeTit scientifique y soit particulièrement négligé, et que les idées y soient travaillées d'une' manière lâche et décousue. On se contente du vraisemblable et de ce qui parait naturellement à Tun autrement qu'à Tautre. Si cependant Ton se livre à quelque examen , on se fie beaucoup moins à soi-même qu'au jugement de l'opinion commune, à la manière de voir qui prévaut généralement dans la vie du siècle. C'est là peut-être le plus grand service de cette philosophie éclectique. Elle compose en quelque sorte la conscience de ce que la tendance de la vie rationnelle commune demande de la philosophie; elle s'oppose à la fausse interprétation qu'une philosophie partielle, insuffisante, est portée à laisser passer sur le sentiment des besoins qui nous poussent à philosopher, et parvient ainsi quelquefois à une modération de résultats qui est rarement atteinte par les plus grands philosophes. Mais sans doute qu'elle est incapable de consistance, sa modération n'étant due qu'à sa faiblesse. Elle cherche à éviter les excès $ elle craint de suivre une direction exclusive de la pensée,, une manière partielle de saisir un principe et de le pousser à sa dernière conséquence : et pourtant ce sont les tendances diverses, les manières exclusives de concevoir qui la font être , en sorte qu'elle porte dans son sein son propre ennemi. Sa modération n'est donc digne d'éloge qu'autant qu'elle transmet cependant aux âges futurs mie opinion qui peut être favorable à la recherche scientifique. Elle cherche à recueillir sans peine les fruits des siècles passés;' mais nulle possession intellectuelle sans travail. Le résultat de l'influence romaine sur la philosophie fut donc un mélange des différentes doctrines, et il n'était pas facile d'empêcher de naître Topinion que les disputes des écoles^ de celles du moins qui avaient quelque affinité entre elles, ne pouvaient rouler que sur des. points de peu d'importance, et qu'elles pouvaient très bien se terminer par im accommodement. Déjà nous avons trouvé des traces de ^ttfi opinion danUëcole stoïque et dans la iiouvçUç écol^

CONSibÉRAllONS GENERALES 5UR TOUTE LA PBtllOdB, 2f

académique. Il y avait cependant une raison qui pouvait empêcher tout développement vital dans la philosophie romano-grecque ;-car puisqu'on ne s'y occupait que d'une manière érudite des écrits des anciens philosophes, puis* qu'aussi le sens historique des Romains s'y complaisait ^ on ne pouvait pas passer si légèrement sur les difTérenoei des doctrines.

Au contraire, dans la direction que prit la philosophie par le mélangée de l'esprit grec et de l'esprit orienial, un beaucoup plus vaste champ fut ouvert au penchant d'as* socier l'hétérogène et de ne tenir aucun compte des plus importantes différences des doctrines. Pour espérer de pouvoir réunir l'élément grec et Télément oriental , il fallait que la faculté de distinguer fût déjà fort affaiblie. Comment alors aurait-on dû s'opposer à la tentative de tout voir dans toutes les doctrines ? Ce n'aurait pas été très difficile peut-être dans les choses à la contemplation desquelles on avait passé toute sa vie. Les questions qui préoccupaient alors, c'étaient, comme nous le savons, les parties les plus obscures de la philosophie, dans lesquels lesihi'ya pas d'exposition possible, parce que toute intui* tion nous y est interdite. Elles ne laissent jour qu ^ des conjectures ; ce qui fait précisément qu'elles enchabient nos regards et notre pensée , notre désir de connaître dépassant toutes les limites de la connaissance réelle. Si l'on ne trouve sur ces questions, dans les anciens philoao-* phes , que des inductions destinées à rendre sensible l'étroile circonscription des connaissances actuelles , cependant ils avaient senti la nécessité d'employer quel-* quetois des expressions figurées ou mythiquespour rendre Ces idées , comme d'autres fois ils ont émis là-dessuf des opinions plus déterminées , qui laissent apercevoir qu'ils ne voulaient pas qu'elles fussent entendues strictement dans le sens propre. Il était presque impossible de ne pas s'apercevoir qu'il s'agit là de quelque chose qui ne peut se rendre purement par des mots , qui par conséquent , quoique pas inaccessible à la connaissance, l'est.

IBëanmoiiisà ladoetrine. Gomme cependant Ton se sentaît entrainë dans ce domaine de la recherche, on fut fort embarrassé de trouTer une expression qui rendit le mystérieux de manière à pouToir le faire reconnaître , apprécier et présenter comme un objet de culte. Les orientaux par rapporta la philosophie grecque, et les Grecs par rapport à la sagesse mythique des orientaux, éprouvèrent une ëgâljB difficulté pour rendre par la parole le mystère du divin et de son rapport avec nous ; et cependant les uns et les autres étaient pressés par le besoin de Tadorer comme quelque chose d'ineffable. Plus on se voyait forcé de prendre lesmotsdans un sens figuré et mythique, plusl'on trouvait aussi qu'il devait y avoir lieu à une libre interprétation des doctrines- des anciens philosophes, et qu'il fallait cheroher au 6enà propre des mots une signification plus profonde ; ce qui était très favorable à l'opinion , qu^au fond touslesphilosophes, ou du moins lesplusprofonds sont d'accord entreeiix, et que l'accord avait plutôt lieu aux limites les plus reculées de l'investigation que dans les recherches qui ont pour objet la diversité des phénomènes cosmiques. La dissidence d'opinions sous ce dernier point de vue fpt à peti prèsxïomptée pour rien par ceux qui ne eherehaient l'essence de la philosophie que dans la révélation du divin, aussi loin qu'elle peut s'étendre, mais qui attachaient peu d'importance à la manière dont la recherche des .choses du mpnde s'enchaîne à la connaissance du divin, et trouvaient ainsi, eu dernière analyse, que toute philosophie , quelle qu'en puisse être la forme, revient à une 9eule et même chose « à ce que les sages les plus aneiens s'étaient efforcés de découvrir, à ce qui avait été également reconnu vrai , mais seulement sous des formes diverses et à des degrés de pureté divers, par les Grecs et les Juifs , par les prêtres égyptiens , par les mages et les gymnosophistes. Ainsi s*opéra la confusion complète de touie^ les doctrines, de tous les systèmes, et fut aussi par là consommée la perte de toute déterminabilité dans la sintnce.

GOHdlD^BATtOlVS Gàr<RAl«d STO tOUtB LA PÀMOIOL. St

Un trail earactëristique de cette tendance , c'est le respect superstitieux de Tantique dans k reIig;ion , dans les mœurs, les usages et les doctrines. Pluslon remontait loin dans le temps, plus l'on croyait approcher du diirin. Dans ^antiquité était Torigine des sentimens religieux qui ii'mieat donné naissance à toutes les religions anciennes; là pat conséquent devaient aussi se trouver plus pures les tentatives pour rendre les intentions de l'antique reli^on ; ftussi l'ong^temps qu'on ne changea pas de religion on dut s'efforcer de remonter au sens de son origine. 11 est donc naturel que dans la direction suivant laquelle l'élément philosophique et l'élément religieux se mêlaient Inn à l'autre, se rencontre aussi rinclination à remonter aux doctrinesdes anciens philosophes. Puisqu'on cherchait aies concilier tous et à les faire servir à une même fin, on comprend que Ton dut remplir cette tâche par une interprétation très arbitraire. Mais un excellent moyen de rendre ces interprétations croyables à soi-même et aux autres , c'était l'opinion qui se répandait de plus en plus, que tout, dans les doctrines de la philosophie grecque, était émané d'une source plus antique, savoir de la doctrine des anciens sages de l'Orient , qui remontait elle-même à un point central imiquey à une révélation. Le problème à résoudre était donc de remonter à cette révélation, qui ne pouvait âsîns doute pas être immédiatement indiquée, d'ensuivre les traces les plus éloignées, de lui rendre autant que possible sa pureté native , et de représenter toute véritable connaissance du divin comme un rayon brisé de la sagesse primitive. Un champ immense était donc ouvert aux con* Jeetures, qui, grâce à la faiblesse de la critique historique à cette époque , ne tardèrent pas à être regardées comme des traditions certaines; différens ouvrages supposés et interpolés vinrent à l'appui de celle tendance, et Pon finit enfin par croire qu'il n était pas impossible de remonter à une source commune de toute Véritable connaissance parmi les hommes.

Si cependant cette connaissuice né devait plus être ttov'

32 Livre xii. cha^uYie i*

-vée dans sa parfaite pureté chez les philosophes subséquens et parmi les coulemporàins ,^il devait néanmoins y avoir une unité de mesure suivant laquelle on put juger de la pureté plus ou moins grande d'une doctrine et d'une autre. Cette unité de mesure ne pouvait se trouver que dans la manière de voir générale du temps, touchant ce qu'il faut vénérer comme divin , et ses rapports au monde ; et comme cette opinion s'était formée d'un besoin religieux y les systèmes philosophiques qui semblaient favorables à l'élément religieux de la vie devaient aussi être regardés comme l'expression la plus fidèle de la sagesse primitive. Les doctrines pytfaagoriques et platoniques furent particulièrement disMnguées sous ce rapport ; on sut aussi tirer parti de celles d'Aristote. La philosophie stoïque, au contraire, quoiqu'on en eût emprunté beaucoup de choses, peut-être la plus grande partie de ses recherches particulières, fut cependant repoussée en plusieurs points , particulièrement sous le rapport de son opinion matérialiste , de son destin inexorable , de Torgoeil que la vertu inspirait à son sage ; on chercha toutefois à . lui emprunter son germe de vérité. Ce qui se prétait le moins à la fusion de toutes les autres opinions , c'était laroide partialité du système atomistiquepl parait cependant que l'on citait les sentences poétiques de Démo* crite et l'exemple de sa vie pour confîr^ler la vérité par son témoignage. Moins on trouvait de fermes appuis dans ses propres pensées, plus on cherchait à s'étayer de témoignage^ qu'on appréciait moins au poids qu'au nombre. On èroyait devoir s'en rapporter au sentiment unanime de l'antiquité, même à celui de tous les temps, de tous les peuples, de tous les sages.

Il est à remarquer que le point de vue des choses divines etde leur rapport au monde, qui se développa dans la philosophie grecque-orientale, se distingue essentiellement des doctrines de l'ancienne philosophie grecque , mais tient étroitement aux rapports de notre période. En cherchant ù remonter aux plus anciennes révélations, de

CONSIDERATIONS GBNEHàLES SÛR TOÙTB LA P£Â10DE. ^S

on suivait Topinion que la manifestation de la lumière divine qui nous éclaire , nous et Tunivers entier , a paru bien plus clairement au monde dans les temps anciens, mais qu'elle s'est insensiblement obscurcie par la faute de Thomme. La claire apparence de toute la yie actuelle , et toute comparaison qu'il est possible d'en faire avec le passé, semble confirmer cette opinion. Où trouver maintenant, en effet, la force créatrice de la pensée qui a produit de si grands ouvrages, qui a excité tant d'bommes à des recherches si actives? Chacun devait donc se regarder comme, un disciple du passé. On était tellement dégénéré, que l'on ne pouvait pas même concevoir que les hommes eussent été autrefois inventeurs ; seulement on pensait qu'ils avaient eu de meilleures traditions; que, placés plus près de leur origine, ils en avaient mieux compris le sens. Il semblait qu'il n'y eût autre chose à faire alors qu'à remonter par les traditions plus connues et plus intelligentes , quoique peu claires , des temps les plus voisins , aux révélations obscures mais fécondes des temps les plus reculés, et d'acquérir autant que possible , par les degrés intermédiaires nécessaires, l'intelligence du passé. On fut par là conduit à l'idée que le divin ne nous estcpnnu que par une suite décroissante de révélations; et comme on jugeait cependant nécessaire de tout rattacher au divin, on pensa que c'était même une nécessité de sa nature de parcourir cette série de révélations. On ne concevait donc les hommes et le monde qu'en rapport médiat avec Dieu, qui est pour nous un être caché et impénétrable. Tel est le point de vue de la doctrine deTémasatioix, qui se répandit à cette époque, mais qui était étrangère à l'antiquité grecque, point de vue qui s'était formé^d'une manière de voir orientale, et qui correspondait particulièrement à la façon de penser d'alors. 11 n'entrait pas du tout dans la manière de voir des Grecs , comme dans celle des Orientaux, de rattacher à l'idée de la perfection divine celle de création active^ Aussi Topilùon , que Vojçi indique dans le3 temps modernes par Iç

S4 uvÂfe itt. tnAPiitit t.

HôM àt systèitie de l'ëmatiation » ne pût se dëvelopp^f parmi eux que sous une forme très imparfaite et presque entièrement polémique. Les Orientaux, au contraire ; fai-* saient entrer dans la philosophie un point de vue de la vie, qui fait consister le plus haut degré de contempla tioff dans un repos parfait. Par conséquent, ils d&rent aussi sê demander comment du repoâ de l'être parfait a pu provenir le non- repos de Tactivité cosmique; et ils dAreilt chercher à résoudre cette question en disafit que, dand rémanation cosmique du sein de la divinité^ Dieu reste immuable dans son essence , et qu'il laisse seulement le monde se produire autant que possible. Telle est précisément la substance de la doctrine deFémanation, ddétrine qui consiste Îl concevoir le monde découlant de la nature de Dieu, sans activité de sa part, écoulement qui n'est pas en Dieu ^ mais seulement dans autre chose. Nous atond déjà essayé de faire voir, par les idées particulières de cette époque, comment, à celte doctrine, se rattachait ridée que les émanations devaient se propager plus loin dans une série descendante d'êtres , mais comment en général ce fut là un résultat du sentiment du mal dans le monde, le mal ne semblant pas pouvoir découler itnmé* diatement de la substance divine. Dansle fait, cette opinion fut l'objet d*un examen qui, auparavant, n'avait jamais été très sérieux. La question de l'émanation des choses du sein de Dieu même fut beaucoup plus approfondie et déterminée qu'elle ne l'avait été jusque là.

Si cependant on dut chercher dans le sentiment du mal, dans l'éloîgnement de Dieu et de sa révélation pri^ mitive, un remède à la nécessité et une union plus intime avec Dieu, la voie suivant laquelle on espérait y parvenir était aussi essentiellement différente de celle que les itlus* très Grecs et les Romains avaient cru devoir suivre autre* fois. Ce n'était pas une vie pleine de faits et d'actions, une vie de communauté politique avec les autres hoâimes, ni même une vie active dans le cercle de l'homme privé, i|tte Ton recommandait ; mais ces genres de rie , au con-*

GOMSIDBBATIONS GlfefiâALËS âM tOUTE LA t>BRIODS. i6

traire 9 semblaient d'un prix très secondaire aux Orientaux et aux Grecs qui avaient embrassé cette opinion. Ils ne pouvaient pas avoir une idée politique plus grande , puisqu'ils ne trouvaient pas moyen d'en faire l'application active ; et comme, chez les anciens, la vie civile avait tou* jours eu l'avantage sur toute autre vie extérieurement active, ils durent donc peu estimer l'activité extérieure en général. De plus , cette opinion de la vie active tient aussi, dans la nature extérieure, à ce que la matière et le corporel n'étaient regardés que comme la limitation de l'esprit , comme le principe impur, comme la source du mal. De là l'opinion conséquente , que toute occupation relative à la nature extérieure , toute action qui la concerne , semble mettre en danger de se souiller par le contact avec le matériel. Platon cependant avait déjà dit que la manipulation de l'externe, ainsi que la spéculation qui s'y rapporte , était une occupation plus nécessaire que belle. En cela, on crut peut-être moins s'écarter de l'opinion de l'antiquité classique et de l'ancienne philosophie grecque, que si l'on eût dédaigné la voie de la réflexion scientifique , ou qu'on n'y e&t du moins accordé que fort peu d'attention. Nous savons, à la vérité, que les philosophes grecs jetaient bien aussi parfois un regard peu favorable sur ceux qui cultivaient les sciences encycliques; mais cependant les plus distingués d'entre eux n'étaient point éloignés de reconnaître à ces connaissances inférieu* res le mérite de garantir à l'homme une véritable culture intelleictuelle, qui peut très bien être regardée comme un premier pas vers la philosophie. Mais cette dignité des sciences encycliques, les Orientaux ne pouvaient pas la reconnaître; ils n'y voyaient qu'un seul câté louable, c'est qu'elles détournent l'esprit du corporel; elles ne procurent rien , elles nous accoutument seulement à éviter quelque chose. Mais cette fuite est proprement ce qui doit conduire, comme par une voie véritable, à la connaissance ^périeure et à l'admission de la véritable révélation divine; c'est U fuite de toute contamination possible par la ma««

36 tlVAS Xil. CHAPITRE U ■

tière.La plus grande abstention possible des jouissances physiques, la parfaite morli G cation des inclinations sensuelles , la niacéraiion de la chair sont regardées comme Tunique moyen de parvenir au salut et à la science. On espérait que si Tœil se fermait sur le monde , si tout sens était mort aux objets sensibles, qu'on verrait, qu'on sen** tirait le spirituel. Les conséquences de cette opinion ne furent pas moins préjudiciables pour le progrès des sciences que pour la vie pratique. En s éloignant de cette vie; à laquelle on ne croyait devoir se conformer que par contrainte, afin de s élever d'autant plus haut dans sa propre pensée que Ton méprisait davantage la réalité de la vie, on jxe pouvait guère estimer les sciences qui s'y rattachent. Il se forma donc une opposition entre ce qui est utile à la vie dans les sciences , ou qui doit être invariablement observé dans les idées communes de la vie, et ce qui s'en écarte et se rapporte au contraire aux limites idéales de toute science. Ces derniers élémeiis de la science , ce qui est devenu le transcendental des temps modernes, et qui tend à exposer les idées de Dieu et du monde , les philosophes dont nous parlons cherchaient à lessépa* rer de l'élément de la première espèce, afin de l'avoir pur, tel qu'il est en lui-même. Ils introduisirent donc dans la science une division , une contradiction pareille à celle qu'ils trouvaient aussi dans la vie, où le bien et le mal , l'esprit et la matière, devaient être en lutte perpétuelle. Peut-être la chose serait-elle tolérable jusqu'à un certain point, s'ils avaient réussi à autre chose qu'à fermer les yeux en face du mauvais principe, et à se lier les mains. Et c'est cependant ce qu'ils faisaient quand ils cherchaient à mettre de côté la vie active, qui a pour objet le matériel; ils faisaient pis encoçe, lorsqu'ils ap-, prouvaient Toccupation aux sciences qui se rattachent à la vie pratique, comme un moyen d'en détourner . Si l'oa y réfléchit, on ne peut se dissimuler alors qu'il y avait dans toute la manière de voir de ces hommes une coufu*. ^on 4 plémens hétérogènes. .

CONSIDERATIONS GENERALES SUR ÏOUtE LA PERIODE. S Y

Mais s'ils détournaient du sensible , et s'ils ne regardaient les sciences encycliques que comme un moyen d'éloignerl'espritdufaux , mais non de Télever à la haute région de la pensée , quels moyens leur restaient-ils donc alors de connaître le vrai ? Nous avons vu quelle confiance mêlée de respect religieux ils avaient pour les traditions anciennes, comment ils cherchaient aies suivre en remontant de l'ancien au plus ancien y comment ils croyaient apprendre d'elles toutes l'esprit, et comment , par conséquent 9 ils jugeaient convenable de s'attacher à les comparer et à les interpréter. Cependant la lettre traditionnelle n'était pas exempte de superstition chez un grand nombre, à une époque surtout où l'on attachait une grande importance à la force secrète des mots et des signes, et à toutes les pratiques mystérieures qui avaient pour objet de semblables choses; mais la plupart de ceux qui s'étaient véritablement appliqués à la philosophie durent cependant s'apercevoir qu'il est nécessaire d'accorder aux anciennes traditions un esprit droit pour les comprendre, car ce serait en vain que le persifleur, l'homme frivole et léger, s'attacherait à la forme extérieure de ces traditions; il entendrait des mots, verrait des signes, sans en comprendre le sens. Elles exigeaient donc un cœur pur, une foi pieuse , le zèle et la pénétration qui doivent servir à comprendre les sentences sacrées de la philosophie et des prophètes , et avec lesquels on doit se livrer aux pratiques saintes pour en tirer l'utilité qu'on en attend. Afin donc de satisfaire à celte exigence , on crutdevoir briser avec l'extériorité, pour n'apercevoir que l'essence pure de notre esprit ou de notre raison. On fut donc conduit à la puriQcation de son être et de ses perceptions, à la contemplation intérieure que les Orientaux avaient recommandée de tant de manières différentes. Comme on cherchait à s'isoler de toute extériorité , on voulait briser renchaînement naïurel des choses pour se •placer dans un autre plus élevé ; mais comme l'un et l'autre est impossible, la conséquence naturelle de cette ten-

.33 uvns XII. CPÀ9ITM I*

tative fut que Ton $e paya du rêve d'un système arbitraire de représentations, qui n'exprimait en définitive quf Tenchainement de l'interne avec le monde e^^térieur^ dans la iaçon de penser, encbainemeut rompu par la manière de voir toute personnelle. Il ^if, facile dç comprendre qu*aa« cune véritable science n'était possible par oette métbpd«. Le monde fauj^ et trompeur^ dopt on fuyait U contact impur, p'était en lui-même qu'une image délusoir« produite par l'imagination, iine fmage abstraite d^scoavoitîses criminelles dans Içsquellea on se voyait plongéi mais dont on aimait mieux renvoyer la faute à rexlériorîté qoe de la reconnaître au-dedans de soi» La vérité, qui servait de base à ces erreurs, n'avais d'autre origiq^ qua leawtiment de la faiblesse des anciens peuples et do principe en* lier de leur vie, ainsi que la passion de coniiattre Içdéveloppemeut d*un principe supérieur et d'une vie pins forte. Nous avons déjà fait entendre que e est dans ta religion chrétienne que le nouveau principe dévie pour tonte l'humanité devait se former. Tel serait le problème d'une histoire complète de Thumanité, dont l'histoire de la philosophie n'est qu'une partie. La preuve en est, en général, en ce que tous les peuples sont Tœuvre de la religion chrétienne, dans leurs mœurs comme dans leur constitution, dans leur vie scientifique comme dans leur aentiment ; toutes choses qui ont été le point de départ des progrès qui pont consignés dans Thistoire moderne, L*hiatoire de la philosophie contribue aussi,, pour sa part, lî établir celte prçuye , puisqu'elle fait voir qye lep progrès de la philosophie nouvelle ppnt du9 au christianisme! et qu'iU sont essentiellenj^ent destiné;» k trouver à la pensée chrétienne une science qui lui soit conforme. ]!9éanmoin8, ce problème de l'histoire de la philosophie f^'est point celui que nous ayons à résoudre maintenant ; il ne peut l'être qu'insensiblement et en traitant de )a philpspphi^ chrétienne. Mais, dans les phénomènes dont nous avons à nous occuper au sortir de la philosophie ancienne, niras ne pouvons que trouver une introduction à la pensée

CONSIDÉRATIONS Q^N^HAUS SlJJEl TOUTE LA PERIODE. Z9

cbrétiejiney qai s'exprime par le besoin Tiolent de connaître quelque chose de mieux que ce qui est offert par le présent lÛlais sans doute que ceux des païens quiëpronyaient un ^i TÎf désir» se méprirent dans les moyens di) remédieràrinfirmiiëde }egrt?mps;i|s virent le bien, non pas daas le futuri mais dans la passa qui coniennit la flevr des anciens peuples ; ils cberçb^renl^ leur salut dans lep révélations anciennes ; de là la persévérance dans l'ancienne superstition # daQs lancienne idolâtrie, la foi aui^ anciens usages et à l'expia tion par des sacrifices extérieurs; de là la Iqtte impuissante contre la force dessentimens nouveaux et de la direction nouvelle de la vie» que l'on espérait pouvoir livrer avec succès en mêlant la pensée philosophique aux pressentimens religieux de l'antiquité. Çt là même où régnait l'espoir d'une révélation future plus parfaite^ on ne la concevait que de la manière antique, c'est-à-dire comme une révélation nationale , avec r<etpur de l'ancien éclat et de l'ancienne domination du peuple. La philosçpbie ancienne, les sen timens anciens n'avaient pas encore appris à répudier Tantique nationalité comme principe de philosophie et de sentiment* Cependant ce besoin était une préparation au christianisme. Le développement de la philosophie dans laquelle s'exprima cette préparation approchait plus du but de cette période» tel que nous l'avons fait coiinaitre précédemment, que le développement de la philosophie grécoromaine; aussi la première dura-t-elle plus que la s<y conde* Par spn combat contre le christianisme» la philosophie ancienne devint donc une philosophie véritablement païenne ; mais» sous cçtte forme même» elle fut obligée de rendre homipàge à la vérilé de la tendance chrétienne» puisqu'elle se convertit dans le fait en une ca ricature du christianisme. Cependant elle réunit de bonne heure tous les mouvemens philosophiques qui étaient ré suites de la fin des anciens peuples; et déjà • au commencement du troisième siècle, elle avait acquis une prépondérance décisive sur toutes les autres espèces de

'40 LIVRE Xll. CUAPITRB I.

ipliilosophies. A cette époque, la littérature romaine était déjà tombée, et naturellement aussiavecelle^la philosophie gréco-romaine. Plus la cité romaine perdait de son caractère romain, plus en général pouvait prendre de crédit Topinion que c'était dans la haute antiquité qu'il fallait chercher la fleur des peuples et la véritable révélation. Cependant les Romains ne pouvaient pas naturellement incliner aussi facilement à cetteopinion, puisque leur prospérité était trop récente , et que les récits de son origine avaient pris un caractère trop historique pour qu'ils dussent se payer de rêveries mythiques. Tout ce qui restait de force des anciens peuples ne se défendait donc plus que par opposition à la religion chrétienne.

Nous avons suffisamment fait connaître les circonstances parmi lesquelles se développa la vie philosophique de ^ la période que nous avons devant nous. Il ne sera donc pas difficile de trouver, pour notre exposition, une division qui nous semble d'accord avec les faits. Au commencement du troisième siècle après J.-G. , il s'opère, dans la période qui nous occupe, un phénomène très remarquable. L'opposition entre l'esprit romain et l'esprit oriental, et celle entre les différentes écoles philosophiques grecques, se représente à cette époque. Stoïciens et épicuriens, sceptiques et cyniques , et tous autres de quelque nom qu'on veuille les appeler, ne donnent dès maintenant presque aucun signe de vie ; [seulement la philosophie aristotélique et la platonique sont toujours estimées et sont le plus souvent traitées comme des doctrines homogènes , en sorte que l'on ne remarque de prédilection pour l'uneou l'autre école que tantôt par-ci, tantôt par-là, et quelquefois aussi dans la polémique. Cette opposition n'a cependant qu'une importance secondaire ; à la place de la rivalité des différentes écoles de philosophie , se présente, au contraire, celle du paganisme et du christianisme ; et quand le paganisme s'arme péniblement de toute la puissance de la civilisation philosophique ancienuei autant qu'elle lai paraît utile pour combattre le

CONSIDERATIONS GÉNÉRALES SUR TOdtE LA PERIODE. 41

christianisme, et que la philosophie ancienne se relève, il ne faut pas se dissimuler l'importance exagérée de ce der* nier effort. Elle fait entendre sa voix avec force, avec une ardeur de jeunesse toute naturelle, il est' vrai; ardeur qu'on reconnaît à un perfectionnement plus profond de la philosophie, qui donnait un enchaînement plus ferme, en appliquant un sens large aux résultats isolés et sans enchaînement logique de la philosophie gréco-orientale précédente. Mais c'était plutôt là le Vol d'une fantaisie courageuse qui peignait en beau le passé et l'importance de la philosophie , que la vue réfléchie de l'essence de la philosophie ancienne; c'était plutôt une convulsion qu'une véritable force qui poussa à ce développement de la philosophie néoplatonicienne, et qui s'abîma aussitôt dans la subtilité sophistique et dans la superstition.

Cette période se divise donc en deux grandes époques , dont la première se subdivise en deux parties essentiellement différentes , mais contemporaines , l'histoire de la philosophie gréco-romaine et l'histoire de la philosophie gréco-orientale. Presque à la même époque , la philoso* phie grecque se répand à l'orient et à l'occident. Cependant nous nous occuperons d'abord de la philosophie gréco-romaine, tant parce quelle se rapproche très fort, quant au caractère, de la philosophie grecque antérieure^ que parce qu'elle meurt aussi plus tôt que la philosophie gréco-orientale , qui n'est à cette époque que la préparation au développement plus brillant de sa direction dans l'école néoplatonicienne. Confondre ces deux directions dans la philosophie du temps suivant, serait méconnaître la différence de leur caractère et de leurimportance. La philosophie gréco-romaine , pour la caractériser d'un seul mot, pourrait être définie : un éclectisme savant aVec prédominance de l'inclination pour la pratique. La philosophie gréco-orientale affecte à la vérité l'érudition, mais elle est bien éloignée du sens historique qui chercheà saisir les différences; le point de vue mystique qui la domine tend à attirer tout ce qui n'est pas décidément cofi-

42 UTAE XU' tS^APITM I.

traire dans cette îndéterminabilité de circon^criptiQm yiébuleuses. La philosophie gréco-romaine nous révèle donc la chute de Tesprit philosopbique| du côté par lequel s'ossifiaient en lui, comme dans un corps courbé sous le poids des anS| tous les membres de sa vie passée» Toutes les doc* trinessechangent pour elle, tantôt plus» tantôt moin^, en formules arides, en une lettre morte. La philosophie gréçoorientale, au contraire, nous présente l'iinage d'une dissolution insensible des formes compactes de la culture intellectuelle , d'une fermentation indéterminée , que nous avons comparée au passage d'un corps vivant j» rétat de pourriture et de corruption.

Pour ce qui est de l'exécution des détails dans les divisions indiquées, la première nous occupera particiilièrep ment sous le point de vue de son défaut de mouvement et de progrès. La philosophie gréco-romaine ne laisse guère apercevoir que la forme morte de l'érudition, et par cette riiison notre histoire devra , bien nialgré nous , presque prendre la forme d'une histoire littéraire ; car U pltis souvent nous n'aurons qu'à faire voir comment la philosophie grecque se propagea chez les Romains, quelle y fut l'inconstance de sa fortune , et comment elle se prêta en quelque sorte au caractère des Romains , sans cependant acquérir pour cela un développement plus étendu. La plupart des écrivains philosophes qui appartiennent à cette partie de notre histoire ^ont perdus ; nous pe trouvons sur eux que des documens sans liaison» quelquefois nous n'en pouvons guère dire que le nom 9 ou peu de chose de plus concernant leur destinée externe* Nous ne savons d'un grand nombre qu'ils appartenaient à telle ou telle secte, que parce qu'ils jouèrent en outre un rôle dans l'histQire pleine d'intérêt de leur temps. 4ussi les hommes dont les écrits philosophiques nous sppt restés ont dû cette faveur du sort, quelquefois moins à la grande Influence qu'ils exercèrent sur la philosophie de leur temps, qu'à l'importance qu'on attachait à leurs ouvrages sous le point de vue de la littérature romaine, des scien*

CONSIDÉRATIOmS eibiftAIJBS SUE TOUTE LA FKaiODl. 4t

ces particqlières, des mours ou de rhî$toire contemporaine. Cependant nous ne pourrons pas les omettre cornplçtçnienty parce qu'ils ont contribué à la propagation d^ la pbîlo3pphie^ à la manière doQ( elle a été transniise aux temps suivans ^t à Tinfluence qu'elle a exercée 9ur les sciences particulières et snr la Tîe, De pins i cette partie de noire histoire se divise en une multitude de deuils^ puisque, comnie on Va remarqué , les écoles particulières se propagèrent sans exercer les unes sur les antres nne influence Tiyifiantet 11 en fur de cette époque à peu près comm^ dans les premiers temps de la philosophie |repqne^ pjji ]^^ différentes écoles se développèrent paraiîèlement sans s*entendre ; seulement, les raisons de ces

phénomènes semblables furent différentes suivant les

temps» Car» dans f ancien temps, c*était la fougue juyémle d«i forces , Ui défaut de point de vue général Wr le dpmaipe entier de la scienee et celui de moyens propres à en donner une intelligence facile ; mais maint^enant p'est le défaut de force d'invention qui tient àiyi^f» les é^olesr 1^ conscience de ce défaut apparaît de }a manière la plus décisive dans Técole sceptique^ dont le plus grand art consista à mettre en opposition les différentes opinions des écpleSf et à soumettre leurs preuves à nne unité de mesure traditionnelle, sans se mettre le moim du moiide ep peine de la vérité propre à Tune

et II Tantre opinion* he mode de philosopher de cette

ée(sle est très clairement celui de réruditioi»; c'est pourquoi no^s croyons a^ssi convenable de terminer la première partie de la première époque par l'exposilUm des doctrines de cette école, pour passer ensuite à la philosophie gréco-orientale. Pas d*opposition plus

/brte que celle entre les sceptiques et les préçiirseurs

dea néoplatoniciens. Ms premier*» ehcrphent à opposer

les nnes ^W^ autres, aussi directement que possible , les difBérentes opinions des philosophes, puisqu'ils s'attachent presque exclusivement à des contradictions dans la fonniç iB^tériçHr^ ou dans les mots, çt qu'ils cherchent en-

44 LIVK£ XII. CHAPITRE I.

core à subtiliser. Les seconds, au contraire, voulaient fondre ensemble les opinions les plus antipathiques, puisqu'ils s'efforçaient de pénétrer jusque leur idée mère, jusqu'à leur sens le plus profond , et émoussaient ainsi souvent les pointes des contradictions. Les premiers laissent subsister les anciennes pratiques de l'idolâtrie, parce que leur entière absence d'opinion semble les avoir portés à suivre dans la vie extérieure la manière de penser ordinaire; mais ce n'est justement que l'extérieur delà religion qu'ils conservent ; ils n'entendent pas faire par là une exception à la philosophie. Ceux-ci, au contraire, se jettent avec le plus grand zèle dans la religion; ils attachent à ses pratiques une plus grande importance , mais au fond ils en changent le sens, et déposent dans toute forme religieuse, ayant un caractère développé, son point de vue philosophique général. Quand les sceptiques de ce 4;emps rejettent la philosophie ancienne, leur intention n'est cependant pas de rejeter par là toute la civilisation des siècles 'passés, mais ils n'en veulent prendre que ce qui sert à la vie pratique, les arts utiles; la philosophie gréco-orientale, au contraire , fait peu de cas de ces arts et n'estime que la philosophie et la science des anciens , qu'elle élève au-dessus des opinions ordinaires de la vie. C est ainsi qu'à cette époque l'antique civilisatipn se décompose en ses différens élémens: on ne la possède plus que dans ses directions particulières isolées; onne^saitni comprendre ni s'approprier lenchainement de ses parties. Mais dans ce développement de la philosophie grécoromaine, nous pourrons encore distinguer deux côtés, suivant que l'un ou l'autre élément qui s'y trouvent mêlés, la tradition savante ou la tendance pratique, a la prépondérance sur l'autre. L'influence de l'esprit s'annonce à nous de la manière la plus sensible, par la prépondérance du sens pratique ; elle s'exprime particulièrement dans l'inclination pour la doctrine stoïque, avec laquelle l'école cynique a de grands rapports de consanguinité. Par la raison précisément que cet esprit romain pénètre

CONSIDERATIONS GENER ALBS SUR tÔttfe LA PERIOM. AS

Viveinent le commencement de notre période, mais qu'il languit ensuite de plus en plus et finit par mourir, nous aurons à considérer d abord ce côté de la philosophie gréco-romaine. Le caractère romain n'a pas, an contraire, une part aussi décisive dans la domination de la philosophie traditionnelle savante; c'est pourquoi cette philosophie ne se rencontre pas aussi exclusivement dans les montrées où domine l'élément romain ; les Orientaux y mettent aussi du leur. C'est précisément cette parue que nous pouvons le moins suivre et discerner. L'issue de cette direction doit se chercher dans l'école sceptique, comme on l'a déjà dit.

. Mais si , dans la seconde partie de notre première section , nous avons à considérer à sa première apparition et SOU3 son aspect fragmentaire, la philosophie grécoorientale , tant qu'elle marche de front avec la philosophie gréco-romaine, nous ne pourrons pas nous dispenser, d'entrer encore une fois dans le domaine ténébreux des doctrines orientales. Car les Orientaux ne s'étant pas simplement montrés capables d'apprendre la philosophie comme les Romains, mais y ayant eux-mêmes ajouté quelque chose de nouveau , nous devons en rechercher rorigine* A supposer, comme le veulent quelques uns , que les Orientaux, uniquement excités par les Grecs, se soient fait une doctrine philosophique ; soit au contraire qu'ils soient eux-mêmes parvenus à une opinion de ce genre ; soit enfin , comme d'autres Taffirment, que tout ee qu'on a donné pour la philosophie des Orientaux en porte mal à propos le nom, toujours est-il qu'on ne peut nier, rapt iculièrement depuis que les nouvelles recherches ont jeté quelques lumières sur l'Inde, qu'il n*y 9Ài parmi les Orientaux une doctrine qui peut toutaussi bien prétendre au nom de philosophie que les doctrines de Démocrite ou d'Épicure, par exemple. Et il est très vraisemblable que cette espèce de doctrine philosophique avait déjà commencé à se développer à l'époque où IVsprit or^9Mil pomioença à ex^cer une iipfiuence sur )a

46 Limi XII. cHAFitM I.

philosophie grecque , et qu'elle donna une impulston, quoique peuUétre pas immédiate, à la philosophie grëco* orientale. Noua noua trouTons donc dana la fâcheuse po* aition ^ relativement à la philosophie orientale, de ne potH Toir ni là tirer de ses premières sources, ni puiser noa documens de traditions étrangères suffisantes. Au moiiia ai nous pouvions , suivant des données certaineai faire connaître la cauae de l'alliance de cette philosophie avee la philosophie grecque 1 Mais tout ici est dana la mèmt obscurité où nous nous trouvons en général quand i} nous arrive de noua représenter le développement hialo^ rique de Tantiquitë orientale, quant à sa vie intérieure. Nous aurions donc volontiers désiré qu'il nous eût été libre d'omettre complètement cette partie de notre ott« vrage , ou de l'abandonner entièrement à des mains étran» gères. Mais le premier parti ne pouvait être priS| tant à cause des autres qu'à cause de nous : ce n'aurait été là qu'une puérilité^ nous aurions été comparables à Tenfant qui, lorsqu'il entrevoit quelque chose à la faveur d'une lu* mière incertaine, saisi de crainte, ferme les yeux pour ne pas voir* Quant au second parti, il ne nous a pas été poasible de le prendre, parce que les travaux des Oriimta« listes sur la philosophie orientale, jusqu'ici, ou n'ont produit qu'une masse de matériaux informes, ou n'oni abouti qu'à des ouvrages exécutés avec trop peu de criti« que dana l'emploi des matériaux qui leur tombaient 8oa$ la main , pour que nous puissions compter avec une par« faite sécurité sur leurs recherches. La plupart travaillant sur des données fournies par une tradition incertaine , ou ne mettant que des fragmens. de l'histoire loua un jour plus clair, on dirait qu'ils apprennent à tenir d*nn# main novice la règle d'un système historique clah», telle que nous la voyons dans l'histoire de l'Occident. 11 n6 noua reste donc qu'à recueillir nos propres forces pour donner une exposition aussi fidèle que possible de ce qui, dans la pensée orientale, s'est efforcé de prendre une ^mt philosophique. Ce sera donc , dans notre faistoirt

CONdlBÉRATIOMÂ AtflfiàAiBâ SUR TOOtE LA PIERIODI. 4t

<lo lâ philosophie grecque, comme une intercalation que pourra passer quiconque croit aToirpar lui-même une connaissance sufTisaiile de la pensée orientale et de Tin*' fltteMe qu'elle a pd eiercer sur la philosophie grecque. Lé reste de la seconde partie de notre section sera facile à ditisér , quoique renehstnement n'en puisse pas ton* jotirs être itidiqué avec une parfaite lucidité, à cause des Ifaditions fragmentaires qui pourraient bien encore avoir lent raison dans une duite interrompue d^ëyénemens. Il se divise de lui-méniie, suivant nous, en detix parties, sui» tant qu'il s'agit défaire voir, d'un càté, Tinfluencede là philosophie grecque parmi les Orientaux formés à la manière grecque ; 6t d'un autre cdté , comment les Greci furent influencés parla philosophie orientale et comment lettr philosophie prit tine antre direction. Ces deux par<» ties Semblent se présenter séparément dans le temps ; du ittoins nous trouvons chtt les Orientaux qui avaient reçu la culture grecque, tine inclination prononcée pourcett6 espèee de mélange de façons de penser qui nous occupe ici , avant qne pareille chose se présente chet les Grecs; oe qui pourrait àilssi fârùmir un argument par analogie en faveur de Yopiûion , que les Orientant purs avaient Aéjà auparavant une culture philosophique semblable.

LHnclhiation des Grecs pour la façon de penser orientale nous conduit donc à notre seconde section , elle en «91 la ttansitiôn naturelle. Car nous trouvons dans cette deuxième section l'élément oriental et l'élément grec si mêlés, que le tout qui en tésnUe prétend extérieurement an caractère absolument grée» Mous aurons à remarquer un enchaînement plus suivi que dans la première ; aussi eat-elle plus féconde en documens historiques et en pen*sées philosophiques, oxk du moins en tentatives pour placer aons un nouveau jour les problèmes de la philosophie; Les sources de l'histoire, tant externe qu'interne , de la philosophie de eette époque sont aussi plus abondantes; car la philosophie des Grées reprit alors , en rentrant éAM 1* toif du développenMiit^ «ne péaiHon plusimpor*»

48 t.iVJ\Ê Xit. CttAMîA» i*

tante et plus saillante ; elle eut à rendre un combat qUi, k cette époque, agitait le monde; elle dut chercher à se montrer le digue adversaire du christianisme. Lacon-. science de cette nécessité , la tentative de mettre sous un jour favorable la religion des peuples anciens , Teffort fait pour satisfaire » au moyen de l'ancienne civilisation , le besoin religieux qui se faisait alors généralement sentir, la chaleur que le sentiment religieux communiquait aux travaux philosophiques, tout cela anima et forti&a quelque temps récole néoplatonicienne. Dans son histoire, nous verrons donc sans doute Tancienne philosophie dans une sorte de contact tel avec le christianisme et la littérature chrétienne , qu'il pourrait sembler douteux s'il ne vaudrait pas mieux dès ce moment considérer l'histoire de la philosophie ancienne et de la philosophie chrétienne, en même temps que de traiter chacpne séparément comme nous l'avons fait. Cependant plusieurs raisons, qui ont bien leur poids, nous confirment dans notre résolution. D*abord le désir d'exposer de suite, et par là le plus purement possible, l'influence des idées chrétiennes sur la philosophie ; ensuite la considération que cependant la prise en considération du christianisme par la philosophie néo* platonicienne n'est purement qu'extérieure, qu'elle ne s'en approprie que ce qui semble déjà se trouver dans Tantaîque esprit grec, romain et oriental, qu'elle n'en attaque que ce qui est à la surface du phénomène,, l'humilité de sa forme, qui était opposée à l'orgueil et à l'éclat de l'ancienne civilisation , sans se doJPiter du sens profond que recouvre cette forme sans apparence. Enfin, ce qui nous détermine également, c'est que cependant le premier développement de l'é* cole néoplatonicienne jusqu'à Plotin semble presque n'a* voir fait aucune attentionau christianisme, mais seulement en avoir éprouvé l'influence qui étaitle résultat du mouvement générai des esprits dans le sens religieux ; et que la propagation de toute l'école néoplatonicienne dépend de ce premier développement. On peut dire avec beaucoup .^Uis ^'assurance que les con^mencemens de la pbiloaophî^

CONâlDÉBATIOnS cilfiRALSS SUR TOUTE LA PEBIODX/ 49

néoplatonicienne ont plutôt influé sur la philosophie chré tienne , que les commencemens de la philosophie chrétienne sur la philosophie néoplatonicienne. Nousn'aurons donc , dans l'histoire de notre deuxième section , aucune occasion d^abord de supposer quelque chose de la philosophie chrétienne; on se borne alors à faire connaissance avec le phénomène extérieur du christianisme^ à la ma* nière dont il se répand, et à ce qu'on peut réclamer sur un point ou sur un autre. Mais il était dans la nature des choses que le christianisme^ avec ses opinions et ses tendances, exerçât, par la suite des temps, son influence sur la philosophie. L'étendue de cette influence sur la vie des anciens peuples, en général , devait être suivie de l'éten-* due de son influence sur la philosophie ; et comme cette lumière augmentait de plus en plus, elle dut enfin faire disparaître toute la philosophie païenne. Nous nepouvoni donc pas être étonnés que le néoplatonisme se soit de plus en plus affaibli par l'action continue du christianisme, et que la nature même des disputes qui eurent lieu au scia de réglise chrétienne, disputes que favorisait une dialecti^ que formelle qui se perdait dans de* subtiles questions, n ait contribué à ce que dans l'école néoplatonicienne on s'appliquât , plus qu'on ne l'avait jamais fait , à l'étude des ouvragées d'Aristote.

Avant d'entrer dans les détails, nous avons encore quelque chose à dire en général sur la propagation de la philosophie à cette époque. Pendant toute la seconde période, Athènes fat le siège principal de la philosophie. A la vérité, durant cette même période, des ramauxdesécolesphiloso* phiques s'étendirent quelquefois dans d'autres citésgrecques, particulièrement vers la fin.Lorsqu'ensuitelaphiio* Sophie étaitdéjàenseignée dansbeaucoup d'endroits en Asio et en Egypte, quelques uns des principaux philosophes al« lèrent à Rome, à Rhodes , à Alexandrie, pour y établir le centre de leur action philosophique; mais cependant l'an* cienne réputation d'Athènes, d'être le siège de la philoso* phie , n'était pgint encore entièrement passée. £lle ne fu( IY0 ' ^

50 uTiB XII. cttAtmfi I.

ébranlée jusque dans ses fondemens qu'à Tépoque qui lions occupe, quoique rancienne tradiiioa de eetle renonmiée attirât toujours à Athènes des maîtres et des disciples en philosophie , et qu'une Tie nouvelle fût ainsi rendue de temps en temps à Vécole d'Athènes. Les rapports ej^térienrs avaient naturellement en eela la plus f^nde influence , parce que les mobiles externe» que les hotvuiiea puissAns mettent en jeu y que ces mobiles soienl bons ou mauyaia, agissent avec d'autant plus de loree que la yie intense eat 'plus faible. Cependant ces mobiles ne peuvent domiMr, et moins encore vivifier la philosophie; seulement ils trouvent prise çà et là sur sa forme extérieure, et il se forme un résultat moy^a qui tient des mokttles intôroes et des mobiles externes. L'esquisse générale de la période qui se présente devant nous ne sera peut-^tre pas sans q[uelque intérêt.

Trois cités particulièrement jouent un ràle important dans l'enseignement de la propagation de la philosophie à cette époque , Athènes, Home et Alexandrie. Chacune d'elles a vu sa fortune inconstante. D'abord Athènes, au commencement de cette période, fut abattue par la conquête qu'en fil Sylla. Ce qui semble avoir beaucoup contribué à faire déserter Athènes par les maîtres les plus célèbres alors en philosophie, qui transférèrent le «iége de leurs écoles à Rome, à Alexandrie et à Rhodes, ainsi que nous Favons dit du stoïcien Posidonius et des académiciens Philon et Antiochus. Depuis que les prineifttux Roiaains voulurent avoir à leur suite des philbsc^phes grecs,. depuis /surtout qu'il se fut établi des écoles de philosophie par toute TAsie^rMineure, l'Egypte, l'Afrique romaine et r£wxope, Athènes dut perdre une grande partie de Timportance qu'elle avait eae pour l'enseignem^Bt de la philf^sopkie. 11 y avait à celte époque des écoles de philosophie dont la réputation dépassa quelquefois ceiUe d'Athè^esu C'est ainsi qu'elle n'avait à montrer aucun stoKcien de renom, tandis que la secte stoîque avait son siège pdncipal àRho- |lesi ou Posidonius, et plus tard son difioiple Jasou; ensei-

C<J]fSIDÉRATIQjr^ ^tsii^ALVS ftlE XpVT» LA t^BftlODK. ^1

gWfi^(l), ^ Romains jettyoyèrent ^«Ique temps ^iir je^inesae à Marseille , daLW Jes Gaules^ pou^ ^ ^mer à l'4I^WWçe etih ph^l^^sophiç (i). Çep€»4^i Amènes

A^ i^M» Prôwpaï de^ mt^ i^lf^opkiqmh «f Jl^ liflu <>ù

45ef pJ^ilo|S4;^phiq^^ Cç^t ^ flm'a# t^w^ 4e fiiqéff^)^^, Aofm»^* l'yole d'%jici^^e .«çMas P*ièd« # P^rop (^), J^^ca. 4émie #o^s AijMÎA^iV .^ jsoi^ sqb iiyfer^ Afi^ te (4), ^ un iiev ^Ims ^ri i'.wo^ fmn^P^W^ ^«? /Çra^W^ <5). jÇef^^4m twtes ç^s ^<;(^^#Qffit))teAt^r/B V9a4^s Ffir^.ce temps à Athènes ; à la vérité, il y a .tWJWW^rslipîWiGo^p de m$ifP^ ef. de ^i^^es, m^mi^m^»mfiw^lus

^ ^^3S 4fm^ «r««M¥îJW?le ^^ .écoles 4'A*è»es (»^) . tes «WBfiWIur^ 4# f^mef ^^e 91e ^^wifei^ |]ya^ l^^r.w^çip 4%P /f^FW^Wes.. 91^ Ifl^siçHW Ad^icyp monX^ ^uf l^ ff/^ ^ )fif fOih^^i^ ^ -Ifis 9kiif>s9plf^ i^'A^him^ <H^ent aussi 4e^r pm i4f5 lia ^béralJAç a^'il je^ei:ça W généi^l^v^s Aes ^a^^ms. ^ gr^»4 »9A9Vi:e «W^r^t ,4^ pr^n* ; j^ Ibiida a^ssi mp i^bjykMJti^e à Ubé^s {!). ^^^ si^ce^ii^ ,

^OTfi^m .f r^tç ^ftWWWe A^pifale ,d^ ftci^nc^. f^^ j^a^è- 4;^ l^fiW^ç^ 4fiSffl?AMe^^çrh4t^i(^et4e{i4iiX9^.

(;i) Sù^ab.^ IV, ^. 290^ ^rf. faucfiru (3) C/c. £irfAV., XÏ.II, ij Defin.,\^ i.

V, -8^ £»4l.9 ^^ JPJuL^. SnU^ -a, ^^iii jnalipiîopos Aihs-

(5) Cio. ad àw., I, 3; XB, 16; XVI, 2^; Pfijoff., I, j.

(6) Nous savons quelque cbase de §eml)la]!>le deTéco^e ^'Épicui:e. Ofe. €kd cUv.y XIJI, i. On yoît par là gue les Romains ex^rç^iept déjà aiç)arayant une infiuence sur le sort des écoles dej^UilowpUie.

(7) Pàusan., f, i8.

52 i-itRt: X!t. c^kPttMié

phie de leur choix (1), règlement qui fut mainteiiti âOtiS les empereurs suivans, et qui avait une force légale (2). Il y eut donc un établissement consacré eiipressément à renseignement de la philosophie , où les quatre sectes principales, celles des platoniciens, des péripatéliciens , des stoïciens et des épicuriens, avaient chacune deux maîtres qui recevaient un salaire de leurs élèves , indépendamment du traitement considérable affecté à leurs chaires (3). Mous dirons mieux en sa place Tinfluence des circonstances qui suivirent et de l'esprit du temps sur cet établissement , quand nous aurons jeté un coup d'œil sur Rome et Alexandrie.

Le mélange de la pensée grecque avec la pensée romaine et orientale dut naturellement exercer la plus grande influence sur cette décadence des écoles d'Athènes, que nous avons déjà remarquée. Rome et Alexandrie devinrent ainsi quelque temps les deux villes où la philosophie fut le plus cultivée et avec le plus dasuccès. Rome, devenue le centre de la domination du monde , attira de toutes parts dans son sein des maîtres de philosophie. Cependant il ne s'y forma pas, à proprement parler, une école de philosophie ; mais il n'y eut presque aucun philosophe de renom qui ne fût entraîné à Rome par quelque circonstance et qui n'y répandît la semence de sa doctrine. Si , au commencement de notre période , la chose n eut pas lieu plus en grand, ce fut la faute du temps. A la vérité, le goût des Romains pour la littérature grecque» qui tenait presque indissolublement à la philosophie, et qui mettait tout homme bien élevé dans une sorte de

( i) Capitol. Ant. PiuSj c. 1 1; Philostr. v. Soph.y II, 2^ 20; Dio Cass,, LXXI, 3i.

(2) Eunap. v. Soph,^ I, p. i38, éd. CommeL

(3) Le traitement était de 10,000 drachmes; la rétribution ne semble pas avoir été fixée d'une manière constante. Luc, Hermoty 9; Eunuch.y 2,3; Eunap,^ \, \., pe parleht que de ^ix professeurs de philosophia

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