‹ Histoire de la philosophieChapitre 31 sur 54 · ESPRIT ORIENTAL PARMI LES GRECS. A · texte numérisé non relu

ESPRIT ORIENTAL PARMI LES GRECS. A

qui ordonne tout, la provideace qui gouTeme tout, et des puissances subordonnées qui prennent soin de tous les peuples, ont différens noms et reçoivent des honneurs divers > suivant les lois, chez les différens peuples. Il n'y a pas de Dieux barbares ni de Dieux grecs ^ de Dieux méridionaux ni de Dieux septentrionaux, mais tous les peuples honorent les donateurs célestes, les bienfaiteurs du genre humain (1). On voit donc bien par là qu'il pouvait ne pas setttir trop fortement le fondement certain de la partie légale du culte du peuplé grec ; d'autant moins que , pins il dut remarquer de choses dans les idées et dans les usages de ce peuple, qu'il dot bien vite regarder comme des superstitions, moins il put s'aveugler sur l'accord et la dissidence des opinions de son peuple concernant la nature et le culte des Dieux. 11 y a,, pour l'opinion sur les Dieux , trois directeurs et précepteurs, le poëte, le législateur et le philosophe : tous trois admettent des Dieux , mais ils sont loin d'être d'accord sur leur nombre, leur nature et leur puissance. Les directeurs les moins sûrs de cette opinion sont les poètes^ ils sont très trompeurs. Qui peut admettre comme vraies leuifs images poétiques? Qui accorde à la discorde et à la prière, à la peur et à la crainte les honneu>rs divins (2)? Plutarque estime davantage les législateurs; ils paraissent être, avec les poêles^ comme les anciens théologiens (3), qu'il appelle les plus anciens philosophes (4) ; mais ils ne peuvent cependant pas passer aussi pour directeurs certains, puisque les philosophes sont nécessaires pour les contredire à beaucoup d'égards (6). 11 ne reste donc sans doute qu'à abandonner à la philoso<phie la décision du véritable culte ; à elle doit appartenir la véritable interprétation des cérémonies et des fêtes que

(ï) De Is. et Os.'j 67.

(2) Amat.^ 18; de Stoic. rep,, 38.

i?^) De clef, or., 48 in.

(4) De aninu, procr. , 33.

(5) Amat.y 1. 1.

les lois ont prescrites; celles-ci mêmes doivent lui être renvoyées comme à l'institutrice de la vérité (1); mais il distingue à ce sujet une philosophie qui ne s'occupe que des causes physiques médiates , et lui rapporte tout ce qui concerne le corporel seulement; mais il soustrait à sa compétence la cause divine qu'il renvoie à la philosophie platonique. Ainsi les anciens théologiens et les physiciens sont opposés les uns ^nx autres ; les premiers ne s'occu* pent pas des causes médiates ; corporelles y ou causes secondes; les seconds ne s'occupeât pas de la cause suprême dont tout dépend. Le véritable philosophe ne doit pas moins donner son attention à Torigin^ divine de toutes choses qu'aux causes physiques par lesquelles Dieu agit dans ce monde (2) il supposait ces deux causes dans une liaison si intime^ qu'il pouvait les concevoir concurremment dans un seul et même effet ; car les causes physiques produisent à la vérité un effet, mais cet. effet a cependant pour but d'exécuter ou d'indiquer en même temps quelque plan divin, qui doit servir à la théorie scientifique de la nature avec la divination et tout ce qui est regardé comme un prodige par la foi populaire (3). Nous trouvons en général que le rôle pris par Plutarque a pour but une conciliation entre la philosophie et la croyance

(i) De Js, et Os, y 68 in. Atb 5i7 fioXcara irpoç TowTà Xoyov ex y«- Xoffo^iaç fAU9T«yuyov dcvaXatSovraç Ô9(uç 4(aevoc?(76a( ruv Xfye|uiv«M xa: jpttfttiA ReaaTov * îv« juitî iJ^Tç , â xotXuç eê vojuioe irip\ ràçôuacaç

(a) De def. orac,^ 4^. KoOoXou yàp , cS; ^/ii , liSoirao^^ç ytvctffwç otîréoç c^ouoifjç , oé fi^v 9^po^pa troXoicoc J^coXoyoc xa^ iron^ral r^ xpccrrovi fAOvn Tw vouv irpoo^ccv f (XovTo — — — oî ^ vccSrcpoc TOUTwv xac yutftxoc irpooTotyopcuéficvoi touvocvtcou Ixtcvoiç t^ç xotX^ç iteà Mai/ç &iroirXa- YtfititTtç OLp)fiç 9 iv 9wfAa9( xttt TrdOco'c aAifiocTbiv irXi^yarç tc xat fÂivaSo- Xouç xac xpaacae rtOevrou rh 9u|uiirav* oOcv a|i^repo(ç ô X^eç èv^rÀc roy irpukOiQxovT^ç iorri , roiç ph fo ^c^ ov x«'( u^' ov , to7ç Je to c^ uiv xac it' Zv àyvoufffv "S iratfdoXcciroviriv*

(3) Fita PericL^ 6.

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da peuple. Cette position intermédiaire ne lui permet de s'abandonner entièrement ni à Tune ni à l'autre ; il ne peut en effet s'abandonner complèlement à la philosophie, par les raisons que nous avons déjà dites; il ne peut pas non plus se livrer à la foi populaire , parce qu'elle est entachée de superstition. Il cherche un moyen raisonnable d'échapper à cette position gênante entre deux choses de différente nature , et c'est là précisément ce qui donne à sa position ce caractère d'indécision.*

Cest ce qui est d'aulant plus sensible qiie Ton pénètre plus avant dans les opinions religieuses de IHutarque. On pourrait croire, d'après ce que nous venons de voir, quil s'en réfère, pour la religion , à la doctrine de Platon et d'Aristote , sur les causes premières et secondes. Cette doctrine est peu compatible avec la distinction des bons et des mauvais démons, et avec l'idée même de la nature des démons, qui en fait des âmes revêtues d'air, et qui doivent révéler l'avenir aux hommes (1) ; mais , ce qui est plus important^ c'est que cette doctrine ne tendait pas absolument à fortifier le peuple dans ses croyances au merveilleux , pour lesquelles Plntarque a évidemment un penchant très prononcé. Il ne veut pas seulement observer l'origine divine de toutes choses , mais il veut la reconnaître à côté- de Tariginc naturelle , <Bomme si elles avaient chacpneim sens spécial et une essence différente; il veut aussi faire voir, à câté de l'influence médiate de Dieu , une influence immédiate surnaturelle* Quand il décrit l'allégresse de cœur qu'éprouvent dans les temples et les jours de fêtes religieuses les hommes véritablement pieux et affranchis de superstition , il la rapporte à l'opinion et à la bonne espérance que le Dieu y est présent , qu'il se fait alors sentir à nous d'une manière toute particulière , et qu'il accepte avec bonté les honneurs qu'on lui rend ; il doit accorder à l'homme de bien des messages , des

(i) De def. or,^ 38j cf. degcn. Socr.y ao, îi3.

414 hlVRE Xll' COAPÎTRB vu,

oracles^ des songea et des auspices (1). Tout ea ne pre» nant pas sed opinions populaires dans le sens très strict, tout en ayant: de l'inclination à lenr attribuer un sens philosophique^ il les favorisait néanmoins dans le sens vulgaire , auquel même il s'attachait à certains égards» Il ne se contente pas, comme Platon et Àristoie , de rapporter à des causes puremeni naturelles et dont la libre activité de la raison e»t le fondement, tous le^ développemens cosmiques ; mais il admet en outre uui^ troisiè^^ «^pèee de causes, une activité divine daoA l'espr il; humain, tel que le signe 4émonique de Socrate. La raisoQ supérieure conduit râm^ bien faite, aai^s bruit, en la touchant par la pensée ; mais Tàme est entraînée et se laisse conduire. Partçut retentit la parole des d^jppns ;. cependant çeax-Jà seuls qui l'entendent ont lesprit en repos ^et Vàme tranquille (2). I44»us ^Yom à. deiapiaQder ,fMt Pi^mç tontes sortes de biens, mais surtout 4e aov^ iaid^r à .1^ connaître, autant qqe la chose est pos^bte à. rhotm^a^ (S),. Il représente 4 dans une l^U^ ilviage» Wiim» de Vhpmme comm^. un organe de OieU|. qui doit tendre uniquie** ment k rendra aUBsi pure». q:«e:yasslb}«:.Iea pensées que Di^ adépoaéea <ea ell9. Il n'e»^ pas p€«isiMe qne «et organe soit tout-à*f^t pur; to4i insiarument r Poulie ânbstanp^ qui reçoit d'un a4li/r^ son phénomène , y met.tou«jours du âien> et. ne peui par coiiaéqufaupns; rendre pu^ ren»iSYit toute la natfture de Taulré ehose; ainsi rien n'est plu3 piH>pre que la lune à servir d*organe au soleil , et

(i) Non posse suav, vivi sec. Epie. y 21. aJ(X' o?rou /i«Xt<7Ta ^oÇçî?^» xat 3tavo£?Tat itapeTvat tov J^cov , cxcT fxaktarcx. XuTraç xat yoSou;

xp«MV*t^«û^ponvov'ltfrtv Iv raTç ioprat^y àXXà xai tkit\ç ayaffh xat ^oÇa

i%fin. Ilcpirovrcç àyye'Xouç, y^fjiaç xa? cvuTrvta xat o!a>vouç. (a) De genio Socr.y *o.

(3) De Is. et Os.^ i lAi. ^"^

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