VI, 7, Q
(^5) IV, 3, i8.
454 tITRS XIÎI. CHAPITRE ï.
qui existe entre celui qui apprend et celui qui sait ^1);
cependant ces atténuations sont exprimées par des caractères qui nous font voir que Plotin ne faisait pas grand èas de )â pensée scientifique. Comment la dialectique doitelle niaîAfénîr les différences et lés alliances , s'il lui' est défendu de faire usage des propositions ou desjùgèniens 'irpoTaaiç) (2) ? Nous ne parvenons pas à la véritable connaissance, parce que nous régardons la science comme une Quite de théorèmes et de jugemens , ce qui né doit' pas même être la science d^cî-ba», l^i science terrestre ou du monde (3).' ta preuve est encore beaucoup plusinuliléà la science que le jugement (4). Là soûîllùré s'^attache mènfc à cette pensée' intellectuelle de se rapporter au sensible éxtérîeui*,' ôii au sensible qui procède de là raison (S)'; aussi ce sensible' ne prômef-il qu'une opinion , ' une persuasion , utie scîeiîco du sensible ; c'est-à-dîrë des images , mais non de la vérité (é). Il représente le temporel, mais le temporel lie doit pas nous révéler quelque cbose'de-
pe7v ypQviQ7tv xat Xoyov à).>30^ xa^ t^jyj^avovra vou tou ovtcç ; ouocoç yàp 0 AoytQojuicvoç -~ — tS jjlovÔcxvovtc eîç yvwatv. ZvjTcryàp \uAm o XoyeCojuievoç, oTrcp r^^ c^^cov ypovtfioç. Coinparez I, 3, 5. ^poJeatv ^K ircp*t TO ov , vouv ^ irepc toc îirexctva toû ovtoç.
-Cd)%3,4,5;8,a. ' • •
(3) Y , 8^4» AXX' %\i£t^ ctç ouveccv oùx -îXôofiicv , oTe xat Totç cTrtoTjfîjaaç d'ewpifjfjttfra' xoct 9Uf/(popYjo-(v vEVopcïxa/iey TrpoTawwv cTviii. Tb ol oû^ c4 Tarç ivVdiidèé tîct^T^'fA«eç. ' ' '
(4) Y> 4 JL^t^n une infinité d'autres endroits,
(5) V, 3, I, 2. To £V flWT^ ( JC T^ ^^X?) XoytC^picvov rrapà twv ex T^ç àtb0ifio'eb>ç ^oevTaorjuiata>v Tcapdexftjue^wv tÎjv îinxpftf«V ^or^vfttvdy xat ouvdtj^ x(3t> - ^toetpouv ^ xat t5v ex to\> vbu to»T«v l^p^ oîov Toîiç
TUTTOUÇ.
(6) V, 3, 6. Kat 'jOL^ ri ^v avayx)? £v vw , i ^ icetOà> cv ^;f^. — ^'~* ctrtt 5k IvTaûOa ytytvriiuQoL , iroXtv au xat èv ^X? ^*'6w T<va yevccOat Çi^Toîlfjiev , oTov èv ctxovi to apxt'CM'Kov BetùptTy iBéXovnç, /^., 9> 7-
PHILOSOPHIE KKOPLATOinQtm? 455
tcrnel ; le temps veut, au con traire, cacher dans sa dispersion l'essence permanente de réteinité (1).
Plolin admet cependant , comme nous l'avons déjà donné à entendre précédemment, une science que nous pouvons posséder ici-bas^ non une science des images, mais de la vérité; consistant non pas dans des propositions et des mots, mais dans Tunion avec des objets véritables (irpayfiotTa, ovra) (2). Cette science est du ressort d'une faculté plus élevée que la pensée intellectuelle. Plotin désigne justement cette faculté parle nom de raison ou de pensée rationnelle (vorVeç). C'est à elle qu'appartient la connaissance supérieure de soi-même, qu'il faut distinguer de la connaissance de soi-même par l'entendement , lors* que celui-ci pense sa pensée; elle est la connaissance que la raison possède sur sa propre essence et dans laquelle elle connaît qu'elle-même est la vérité et l'essence de l'homme (3). Cette connaissance n'est pas acquise par preuve, ni par intermédiaire, pas de telle sorte que'les objets restent en dehors de ce qui connaît; mais de telle sorte, au contraire, qu'il n'y a plus aucune différence entre ce qui connaît et ce qui est connu ; c'est un regard delà raison en elfe-inême. Nous n'apercevons pas la raison, mais la raison s'aperçoit; on ne peut parvenir d'une autre manière à sa connaissance. Celui qui la connaît sait ce qu'est la vérité supra-sensible (4).
Nous avons déjà trouvé précédemment dans Phi Ion ce regard de la raison en elle-même. Numénius avait aussi enseigné quelque chose d'analogue touchant l'union de
(4) V, 3, 3, 8, 5, I. Il est remarquable que dans ce dernier passage un èo^âZtt^ est attribuée au vouç, de même qu'un regard est appelé un aîoOavcoOai icapovroç. V, 3, 4. Ce qui peut faire voir combien le langage de Plotin est peu sûr. Comp. sur la contemplation du bien, I, 6^ y.
rame avec la raison ; mais Plotin renchérit sur ses prédécesseurs. Cette pensée rationnelle pure ne lui suffit pas. 11 y a quelque chose de plus élevé encore que la raison» ce dont elle dérive , et que Plotin appelle ordinairement le Premier, ou TUn , ou le Bien ; son ..éle le pousse à la contemplation de ce bien ; et , en comparaison de cette contemplation^ la pensée rationnelle et le regard de la raison perdent leur prix. 11 lui semble que ce n'est pas assez que la raison, dans l'intuition de soi-même, où la raison est en face de la raison, soit une seule et même chose avec ce qui est perçu ; il craint qu'il n'y ait encore là ua mouvement secret , une différence de ce qui perçoit et de ce qui est perçu , comme des idées intelligibles qui semblent être essentielles au monde des idées de Platon. Notre pensée rationnelle s'appuie sur des idées et sur des dcûnitions d'idées ; mais Plotin est bien éloigné d'y voir avec Platon le véritable fondement de la connaissance parfaite ; les idées ont trop de rapport avec la pensée intellectuelle et sensible , ce qui fait qu'il conseille de se réfugier dans Tordre des connaissances auxquelles les idées sont étrangères. L'âme, à ce qu'il croit, appréhende d'une manière insensée de ne rien avoir et de ne rien savoir ; si elle sort de la forme et de l'idée , cette crainte la porte à ne s attacher qu'au sensible ( 1) ; mais elle doit se résoudre à renoncer à toute idée et à toute connaissance, si elle veut parvenir au Premier; car l'Un est une force insaisissable (2) ; nous devrions nous affranchir de
(i) YI, 9, 3. A XX fjTcv ijf*îv yvtôdtç cWwtv iTrepccJo/Mieviiî , oaw S^ otv tlç «vci^cov "n ^x^ "? ' tÇa^uvarouffa TrepcXa^erv Stèt rh fiyi hpi- 2!^ta9a( xai oTov ruTTOuoOat vith TroixiXou tou Turrouvroç, i^oktoBaivtt xae yoSeTrat, firi ou^v tyri' $to xoé/xvii cv rdiç rotoxiTOtç xa« dcffjicveaç xaTaSatvec TToXXoxtç aTTOTriTUTouça àirb iravTcdy fAcj^ptç àv tiç attjOvjTov v}xo( b orrcpeb) b>7irep ÔEV(x?raDC|icv>j . J'ai dû adopter quelques corrections nécessaires proposées à la marge de l'édition de Baie, et en (aire fl'uutrfîspar conjecture. VI, 7, 32. Àg^ç^î Si rb «vft^cov.
(a) y 9 .5, i3, 14. Où5ky>w(7cv, Q\iSk -^atv e;fOf*cv aùtow. /^., 4i
I, VI, a, 17 sr, 8, 8, 9, 5,6.
PHILOSOPHIE NKOPLATONIQUE. 4/) 7
la diversité des pensées, diversité qui ne nous conduit ^u'au sensible, ainsi que de tout discours^; car ce qui domine tout est aussi au-dessus du langage et de la raison la plus digne. Nous sommes en contradiction avec nousmêmes si nous en disons quelque chose ; il ne peut être acquis que par une vue immédiate , que par la présence , qui est meilleure que la science , car toute science est multiplicité, et non la véritable unité à laquelle seule compète le bien (1). Si quelqu'un parvient à cette contemplation , il dédaigne la pensée pure qu'ilaimait autrefois , parce que cette pensée n'était cependant qu'un mouvement (2). La pensée et la science sont par conséquent réduites ainsi à n'être qu'un moyen , puisqu elles ne doivent servir qu'à nous conduire à l'intuition de l'Un. Plotin *se demande pourquoi donc il s'oublie néanmoins dans les mots et dans les théories, sur cette contemplation et sur cet objet de contemplation ; mais il trouve que c'est nécessaire pour exciter de parole en parole la contemplation, comme lorsqu'on montre à quelqu'un son chemin. L'instruction ne va que jusqu'à la route, jusqu'au chemin; mais la contemplation elle-même est l'œuvre de celui qui veut voir. Excité par ces discours, on peut atteindre la vision; alors on voit que Ton ne peut pas la rendre; on n'essaie pas de rendre ce qui nous arrive. Plotin ne tarde pas aussi long-temps que Philon à promettre cette vision. Il suffit de vouloir contempler, car le Premier, le principe fondamental de toutes choses est près de nous tous , il n'est, éloigné de personne; il suffit seulement de rejeter ce qui nous en sépare , ce qui nous accable et nous empêche de nous élever. Nous devons nous dépouiller de tout ce
(1) VI, g, 4 ''*• Tivtrai Sk vj dcTroptœ fjiaX((7Ta, on fxr,Sk xarot cirtarvifxnv Y) GWtmç exetvou, fi^nSt xarà voTjfftv 9 w(77rsp rà àXXa vor/Ta, àXXà xaroe Tropouffcoy liçtaToixinç Ttpîirrova xtX.
(2) Ib.f 7, 00 in. OiÎtw SiaxtiTat totî, wo-tc xat rav vocTv xaro— ' ypovcrv ( vuig. ci)? xac Tou voe w xara^of tjv ) , 0 tov aXXov ;^povov risirot- Ç«TO, ort To voccv xtvïjffcç rtqri'j.
'458 Liviis xni. chapitre i.
qui est étranger et nous avancer solitairement vers lui. Quand nous serons entièrement redevenuS comme nous étions, lorsque nous nous sommes séparés de lui, nous l'apercevrons; ce n'est pas là notre œuvre; mais le bien s'aperçoit lui-même danâ notre raison ; celle-ci est une matière qui s'ofTre en spectacle à ce qui est vu (1).
On parvient ainsi réellement au terme extrême de la mystique (2) , dans laquelle nous ne devons pas entrer plus avant qu'il n*est nécessaire. Cependant nous devons dire encore quelque chose des visions mystiques de Plotin. 11 assure qu'il a souvent joui de l'ineffable intuition du divin, qu'il a été en parfaite union avec lui (3) ; il décrit ces états comme un enthousiasme , comme une inspiration d'Apolloii ou des Muses , comme une ivresse de l'ânie (4) . L'âmê alors ne vit j^lûs , mais elle est élevée au-dessus de la vie ; elle ne pense pas , elle est au-dessus de la pensée; elle n'est plus âme, plus raison, mais elle est devenue ce quelle voit, et en quoi il n'y a ni vie , ni pensée ; elle est libre de toute forme , de la science propre comme de toute forme rationnelle,
(i) Ib., 6, 7; IV, 4, 2; V, 3, 3; VI, 7, 16. BXéirwv ^ a{m5f
fttrà ffxûtéç , -ïcapà Toti iovroç Ixcnta %at toSto xopieCo/itvoç xtX. /&., 8» 19* Ao/iA^atveW Tiç ouv ex twv erpijfArvQov • avocxivvjQeeç >irj»oç cxcrvo ixcTyo awTo xac d'càaerae xaè aurbç owjf oaov J^eXci tlittXv ^va^r/oç. — — — Où^ àv rokfjLYi<ftit riç i$èw £T( to wç otivcS»? Xtyetv. /^., 9^ 4- AAXà AeyofAfv xoLt ypayofAtv icéfiTÇQVTtç eiç airrb Xai àvayeÇpovTCç ex twv Aoywv etç TGV Xoyov ctcc ttîv ^cav , î^<77rcp ô3bv ^ecxvÙvtcç tw T£ 3"£aaa59otc |3ou~ Xo^cvû)' fAEj^pt yàp^Tnç o$o\j xat triç iropetaç 17 5t5a$tç> 17 5è 3f£«aurov cpyov TiSio Toû t$eh jSe^ouXyjpcyo*;. — — Où yàp Sii antortv oû^evoç
cxeTvo , xat ttocvtwv ^ , wjtc irapbv ( vulg. Trotpùv ) jyrîî troepeTvac.
Orav ouTwç tyy) , coç cTj^cv , otc vjXGc octt aOrou , 'ïfc duvarac t^ECv , wç •Tct^xev èxcTvoç ^earoç fTvae.
(2) I, 6j 8. AXXà raura iravra â^eîvott ^c7 xaj /*^ pXerrccv , oXX' oeov |:/.u<7avra o\|/«v aXXïjv âXXaÇaaGat xae àvcycrpaj , ■JJv f^et /uiiv -îraç, ^pwvrar ^ okiyoi,
(4) V, 3, i4, 8, 10; VI, 7, 35, 9, II.
PHILOSOPHIE NEOPLÀTONIQtris; 459
de tout ce qui est connaissable par la raison , de tout autre bien que du Premier. Quand elle se soustrait aux choses présenles, le Premier lui apparaît alors subitement, rien n*est entre elle et lui, elle ne forme plus avec lui deux choses 9 mais une seule (1). Ce n'est pas là proprement une •vue, mais on est devenu un autre (2); on se voit devenu un dieu, ou plutôt, pas devenu, mais étant et s'apparaissant alors comhne tel ; car jamais nous ne sommes séparés de Dieu, lors même que la nature du corps nous a attirés à elle ; nous respirons l'Un , et nous restons ce qu'il nous ofTre; jamais il ne se retire de nous, il reste, au contraire, toujours présent à nous (H). Nous possédons Tun quand même nous ne le disons pas (4).
On peut s'étonnei* que Plotin se soit arrêté si long-temps à de semblables discours et à beaucoup d'autres pareils sur la vue de l'Un comme sur une chose dont on ne peut parler sans perdre sa peine , parce qu'on ne peut le faire en connaissance de cause (5). Il aurait dû, d'après sa doctrine, nous inviter seulement à exciter en nous le regard , après quoi nous aurions rejeté tout ce qui est étranger , tout ce qui nous enlace et nous trouble , après quoi nous serions rentrés dans notre ancien état. Il pouvait décrire cette simpli-
(l) VI, 'jy 35. Ato ou^ xtverrœi vi ^jnijft) totc> 5ti janiîf Ixccvo, oû^l ^^vyyi Toivuv 9 orc jung^ Cv) iycTvo , ^àlèi ûitip xh CtIv ou^ vouç , Sri fKti^ yoc»9 QfiotoudBou yoip jc?, voc? ^ ou^ txc?vOf orc ou($c vocT (vocrraî)* Plotin naturellement n'est pas toujours fidèle à ces propositions, VI, 9, 19.
(a) Ib,^ 34. 1 Joîiffa Sk cv ouT^ i^ctitpvnç yocvcvroc, fjtcrotSù yàtp oùAv, obf in 5uo, ôtXX' îv afifftù. V, 3, 17.
(3) VI, 9, 1 o. Tojfa St oytSk ^trat Xcxrcov — -^ ôXX' oTov oXXoç yryofACvoç xai oux aÙTOç. /&•, n*
^4) VI, 9, 9. (^xiSï "jÇbipîç t^pev , cl xac irapc^irtffovffoc ri utafAOLTOÇ
^ffi; Tp6ç auTV)v riix&ç cTXxuffcv , aXX' ev 'Trvco/icv xai 9a>Ço|uic9oe , ou dov-*
Toç, eTra dcTToaTavroi; èxccvou , oeXX aei ^opr^youvroç , Sîuç «v v] , Sirep
ïffTt- — Tcov ycvo/utcvov, jiaXXov ^e ovra, avotf oevévToe fji^v -Hti. —
fication, comme il le fait en beaucoup d'autres cas (1); mais lorsqu'il sort de là et qu'il veut s'expliquer positivement sur la vision et sur Tidentifi cation avec l'Un, il ne peut échapper au péril de se contredire ; ces contradictions sont surtout frappantes quand il parle de l'inconstance de notre vision , quoiqu'il eût promis ailleurs à l'âme un repos parfait, dans son union avec l'Un (2). Quand l'âme est parvenue à la contemplation de l'Un , elle croit bien cependant toujours ne pas posséder encore ce qu'elle cherchait, parce qu'elle ne se trouve pas différente de ce qu'elle pense , ce qui fait que souvent elle descend volontiers au sensible (3); c'est là une étrange folie de l'âme ^ au milieu de sasagesse la plus accomplie. Plotin ne semble pas avoir toujours regardé Tâme contemplative comme aussi folle; mais alors il lui reconnaît bien une autre imperfection. A la question pourquoi l'âme qui s'est élevée à la vision , n'y reste pas , il ne trouve d'autre réponse si ce n'est qu'elle n'a pas pu se dégager encore parfaitement des régions inférieures. Le corporel , avec .lequel elle est encore en rapport, l'empêche de jouir d'une intuition fixe, non interrompue , et il ne nous laisse que l'espoir qu*il en sera un jour autrement. Il ne veut cependant pas convenir que l'âme voyante soit empêchée de rester au sein de TUn : il se résout plutàt à diviser 1 ame (4). On voit le peu de liai-
(l)I, 6,^;V,3, 17. nSç o«v TOVTO ycvotTo; a^cXc irayroe.
V, 8, 115 VI, 9, II. ^rjyri povou irpbç futovov. MovoûoOat. —
— — To ^ f owç ovx *ïv BtQifxa j deXXoE SXKoç rpoicoç tou iiûv , txarctciç xa< airXfidacç xac ticiSoctç ourou xae f^ftatç irpoç œprtv»
(a) V,8, iij VI,9, 11.
(3) VI, g, 3. Ka« àcjutcvvj xaraSoccvcc iroXXoxtç. — — Kotô' èaturyjv Si "h ^l^i;^ oTov iStiv iQtkn fiovinv , hpS>ca rta ouvcevac xac ev otjaa 9 r^ \v ctvac o(UT&> oùx otcrai iru f^fciv , 0 C^ire?, orc rb vooujutevov ftrt crcpov
(4) ^I> 9» 10. IIwç ouv ot» ixivtt txtï; vi oTc y.-i^to iÇsXrîXyôev oXbJç; tarât Sk ors xoù rb avvtyïç tarât rriç 3'caç oùxerc èvojçXoujuitvw ow^tpiiav tvo^fXyjcrtv tou (7c^|uiaT0Ç. Kart Si to évpaxbç où rb cvo}^Xou|cacvov , dt/.Xot tb oXXo*
>»HlL6S0Pttl£ NEOPtATONiQtË. 461
Son qii*il y a entre toutes ces assertions. Certainement la vue ou Tiniuition n'est pas parfaite encore tant qu'elle n'a pas encore atteint une parfaite sécurité. Si nous pouvons regarder l'aspiration de Plotin à ce qu'il y a de plus élevé comme digne d'éloge, nous devons cependant confesser qu'il rabaisse l'intuition de Dieu , puisqu'il le laisse esclave pour l'approprier à notre condition imparfaite.
Nous devons faire connaître encore quelques contradictions dans lesquelles Plotin s'enveloppe sur cette matière, parce qu'elles trahissent, jusqu'à un certain point, l'inclination de rentrer dans le chemin de la science. Dans sa parfaite identification avec l'Un , l'âme ne peut naturellement plus avoir aucune conscience d'elle-même ; car elle doit être absolument une seule et même chose avec l'Un; c'est ce que Plotin énonce clairement lorsqu'il trouve que la conscience compète à la raison seulement, mais non à l'Un , et qu'il veut par conséquent que nous devions nous oublier complètement nous-mêmes dans la perception de rUn; mais il pense cependant que si quelqu'un se connaît lui-même, il saura aussi d'où il vient , et que si quelqu'un connaît Dieu , il doit aussi connaître ce que Dieu confère aux choses , et doit par conséquent se connaître aussi luimême, puisqu'il est une des choses auxquelles Dieu a octroyé ses bienfaits (1). Ces idées inclinent par le fait à la doctrine platonique suivant laquelle le bien doit être reconnu par nous dans la diversité des idées et dans la raison , et sa connaissance embrasser celle de la raison et des idées; mais ce penchant est plus prononcé encore dans d'autres propositions de Plotin. Il pense que l'âme
(i; V, 3, 7, 6, 5; ^I, 9, 7'A>voyiaavTa ^ mt aûtov cv t^ 5cy
èxcivou ycvw6a«. O ^c fiû(9a>v eoéurov, elSrtatt xai oTrodcv. Dans
l'uiiioii de l'âme avec le vouç, la conscience de Tâme persiste. IV, 4> 2» E^Ç Tg vouv èXGouJa n'>fA0«7Tue xat ôpfxosOcroa i^vcoTae , oux dt7ro).Xu/Ji£V7j , ùîKk €V itjTtv ap^ci) xae Sio ; owtwç oyv c^ouaa oux av ^ctoc- 6aXXoc , àXX' cj^oj av «TpcicTwç kpo; voyî7(V , ôpoy r^ouffçc tv)V ovvgtfçO»?-^
462 LIVRE Xllt. CHÀPITtlE t.
aperçoit la nature du bien par la raison, car la raison ne recèle pas le bien à la manière d'un corps, c'est-à-dire de telle sorte que ses rayons ne puissent pas pénétrer (!) ; et comme la raison n'est pas à ses yeux une unité simple^ une unité semblable sous ce rapporta l'Un, il se trouve obligé de reconnaître que nous pouvons voir Dieu dans ou par la multiplicité du monda rationnel (2). Ceci ne s'accorde assurément pas avec Topinion que Dieu ne jpeut être saisi que par une parfaite identification avec «on être indistinct; mais on ne peut non pluarçgardei; celte assertion que comme une détéren.ce pçur le point de yuç scientifique des choses dont s'écartait la tendance propre de la doctrine platonique. < , :
Nous nous trouvons par là conduit à Texamen du rapport de la doctrine de Plotin sui* la vue de ÏVa avep sa doctrine sur les principes suprêmes de t putes choses. PIotin trouva dans la doctrine des philosophes antérie^urs qui avaient suivi une direction analogue ^ qu'il faut distinguer trois principes de toute existence. Il sont indiqués dans Philon, compris d'une autre manière parPlutarque, proclamés positivement par Numénius; aussi Plotin s'y rattaçhet-il ; sa manière de déterminer ces trois principes lui semble cependant propre ^3). La distinction entre Vâme et la raison y comme deux êtres différens, avait déjà été reconnue depuis long-temps y ainsi que la subordination de
(1) IV, 4) 4' Ex£r ^Iv ouv TÔiyaOciv 5«à vou pp^, oî» yàp arityrraïc
(2) V, 8, I. Ettcc^v) ^a^ev tIv tv ^icf. tou voïîtoû xo^/uiov yc^tvriuivov xac TX> TOU ôXviO (voy xaravo^aavra xa)Xoç , toÛxûv SxjyiattjQçu xai rôv TOUTOU noLTtpa, xac Tov CTrexetva voûv e\ç evvoiav (3aXÀfoOac xtX.
(3) Nous ne pensons pas qiiM ait été le premier à félablir. ^ car nous l'avons déjà trouvée dans Apulée, et il semble qu'elle appartient à l'école d'Amuionius Saccas , parce qu'elle ne souleva aucune opposition contre elle. Plotin lui a seulemeat dooné une for/ne plus déteriuiaée.
PHlLdSOPHlE NÉOPtATONIQOE. 463
ràineà laraison ; mais on ne pouvait guère tarder as apercevoirqueTiçlée de la raison en) portait encore trop d'intuitiy'nét dans le sens ordinaire 4u mot, pour qu'elle p&tsatisfaire comme la plus haute idée, une philosophie qui aspirait à s'élever au-dessus de toute intuuivitéde la pensée, à une iiHuitiontoute mystique. Nous avons déjà pu observer dans Pbilon les tendances qui amènent ce résultat, lors- . qu'il, présentie l'être comme complètement, dépourvu de qualités, et dont on ne peut rien dire dans |e sens propre. Cependant Philon ne s'était pas opposé expressément à ce que Ton appelât Tétre la raison , quoiqu'il ne voul&t pas que Toti attribuât, dans le sens strict , les idées de l'unité et de l'un , même du bien , au Dieu suprême. On retrouve cette même tendance dans les doctrines de Plotin^ quoiqu'il énonce ses propositions tout difréremment. Aussi l'âme fait-elle partie, suivant lui, de la suprême trinité des principes ; ajussi est-elle soumise à la raison ; mais la raison ji'est pas le principe suprême ; il la subordonne à un. principe supérieur qu'il appelle tantôt le Premier, ou Être primitif, tantôt l'Un, tantôt le Bien. Il l'appelle aussi ce qui est au-dessus de l'Être; car l'Être, pour lui, se réduit à une idée accessoire dç la raison, et ne forme que le second degré dans l'enchaînement des idées supérieures avec la raison (1).
Il y a quelques points saillans à remarquer dans cet en* chainement des principes. Quand Plolin attribue l'être à laraison^ on -peut demander s'il ne compte pas ces degrés comme deux principes et pourquoi^ par conséquent.
. (i) V, I, 10 i/î.. Tb circxccva ovtoç to cv. — — Eorc & e^c^^ç to ^ xaV vovç* Tpc-nî Si -h tî; 4*^^ yuacç. I, 7» i> 8, 2; II, 9, i. OO Totvvv àtî èy' trcpoç cêp^àç tfvat , otXXà toûto ( se, to àyaôov ) irpocngaouACvouç , cTra toûv [iat aùrb xac rb vooûv ( Creuzer; vulg, vouv ) irpctfTMç , «Tra Jnijfrjv jWToe voiiv ' oun? yocp TotÇiç xarà y^^cv , pi^îre «Xcloi TouTcov TiôcjQac tv TU voijTO) , /Arixc cXaTTCi) . Ee T£ ycK^ cXaTTCi) , n «LuvYiv xac voOv TocÙTOv ^riaov9(V| ^ voùv xac to irpwTOV* âXX otc crspo;
464 tiviiK 5cin. ctUl»lTR£ té
il n'admet pas quatre principes. On peut repondre a cela que les deux ne font réellement qu'un pour lui, que la raison et Têtre véritable, ou ce qui est connaissable par la raison, le su prà sensible , ne font point deux choses distinctes; ce qui pense, \s^ raison, et ce qui est pensé, le supra-sensible, TÊtre véritable, sont réunis d'une manière indiscernable dans la pensée pure et parfaite. Iln*en est pas de la pensée et de l'objet dans la pensée pure comme de la représentation et de Tobjet dans le sensible ; ils ne diffèrent point Tun de Tàutre , la raison est, au contraire, Tobjet même (1). On pourrait croire qu'il pensait que la différence ne consiste que dans la manière de concevoir, et que la raison n est appelée l'être qu'autant que rétre pense, de même que la raison ne veut dire Tétre qu'autant qi^elle est pensée ; mais il semble avoir été empêché de s'abandonner entièrement à cette opinion par une autre réflexion que nous ferons bientôt connaître avec plus de précision. Nous ferons seulement remarquer de plus qu'il ne pouvait guère admettre, par une autre raison encore , l'opinion que le supra-sensible ou ce qui est connaissable par la raison n'appartienne qu'au second degré. Du reste , il avait admis expressément que les trois principes suprêmes étaient supra-sensibles ou connaissablés par la raison (2). Il est donc indubitable que l'on ne doit pas attendre de lui une exposition plus précise de sa doctrine.
Mais qu'est-ce qui peut Tavoir porté à ne pas donner la
P ■ ■ ' ' ■ l«— ■■■■I .1 I II I II. I I .B^— — ^— — ^ ■ I II——
(i) V, 1, 4» O fiiiv ouv vouç, xaroL rh voc7v v^t^raç, rb ov, tI êlk
Sv T« vo€to6a« Tw vw $tSov To voeTv xa^ to etvat. — A fiht yàp
cxeTvoe , xac auwtrocp^^ee xac oûx àitokti'Kst âXXijXa , àXXà ^o ovra roZro rb ev ojuou vouç xoù 'hv xac vooviv xai vooufxevov , b fait vooûç xara rb vocTv, Tb 5k ov xarà rb vooupi€vov. Ib,y 4» ^* Effrr fàv oZv xat aurbç vovjrov, otXXàe xa^e vowv. — — — - Noyç 5yi xat^v raûrov ' oi> yotp twv irpayjuta- Tcôv b voOç , cj^TTsp Yi aiG^ctç xcùv aèaOyjTâv ?rpoovTCi>y , àXX' axtrb; vouç Ta icpayfxaTa.
(2) II, 9> '• Mw irXeccj rourwv TjOraOat €v -^ rrirrw ? jwc îXiTTw. V. plos haut,
PBlIiOSOPHIENEOPLATONIQtE. 46S
première place à la raison et au supra-sensible pur, dans ce qu'il appelle encore cependant le supra-sensible? On peut observer qu'en ce point sa doctrine s'appuie aussi sur celle de Platon , qui avait mis le bien au-dessus de l'être , et la vérité au-dessus de la science et de la raison ; mais , dans le fait cependant, il se sert plutôt de la doctrine platoniqu qu'il ne la suit; car le but de Platon n'était que de faire voir la liaison de la science et de l'être en une cause , parce que ces deux choses se présentent comme différentes dans le devenir, dans lequel nous les saisissons (I) ; roai^it ne songeait pas à y trouver autre chose que l'union de ces deux élémens en une unité véritable et parfaite , que Pk>tin avait déjà placée au second degré des principes suprasensibles (2) . Cet accord apparent de la doctrine de Plotin avec celle de Platon , malgré la différence réelle des opinions, a conduit Plotin à plusieurs confusions qui ne lui permettent pas d'adopter la doctrine développée antérieurement sur le rapport de la raison et de l'être véritable. C'est à quoi se rattachent les preuves par lesquelles il cherche à établir que l'on ne peut s'en ten:h* k^ la raison , mais qu'il faut admettre quelque chose de plus élevé , parce qu'on ne peut regarder la raison comme tmfté' pure, mais qu'il est nécessaire de lui attribuer dualit^'èt nécessité; car il confond presque toujours dans la mMtiplicité, la raison pensant intellectuellement (vouç Xoyct^ofttvoç ) avec la raison dans la pensée pure , pensée qui , d*après l'observation faite précédemment, est la même chose que Têtre véritable , et se fonde alors sur les ravisons
(i) SF. p*rt, p. a8 6 s.
(a) V, 3, 5. Ttïv Spa oXigOccay oh^ trfyw Stt cTvae y otXX' l 'kiytt , tqÛto xat ecvat • Ëv âpa ovre» voûç xac t^ voyjrov xa( to ov ' xac irpwrov ov TOÎÎTo xat Sh xa« TcpwTOç vouç Ta ovra t-^tùv , jl&ocXXov Si ô aùroç tùiç
ou9cv« : — Ee oîv èvcpycca ( se, h voûç ) xa« ri oi»'7«a aurou hip^
yttay cv xae towtov t^ ïv€pyti<f ov cciq , cv ft rv «vEpysta rh ôv xat rh
VOÏÎTOV , h OjKX IT^WTOC UtQ^I ^ yOVÇ , VW<JtÇ7 TQ V0>7T0V. //^,, G; III, 2,
491 UTRB Xnié CHAPXtM 1.
pUtoi^iqueâ Gonnuea qui tendent à faire Toîr qu'il est në- QC^aire d'udmetlre quelque chose de plus élevé que cette pensée investigatrice (1). Il dit que, lorsque la raison pçn^ pieu , elle ne devient pas plus Dieu qu'elle ne devient mouy^iaent qusnd elle pense le mouvement; il affiroae mén^Q» tout-à-fail contrairement à sa doctrine préeédentiS sur l'unité du sujet pensant et de l'objet pense, quf celui-ci doit être avant celui-là (2) , et il en trouve le B^otif en ce qee la raison est beaucoup de choses dans sa Mpfé^ ; car si elle ne posait sa pensée que comme son exist9nc# , ^He ne penserait pas l'un , mais elle le serait seuleça^nt (6). On peut bien croire qu'avec cette fatisse n^anière d'enrUager la raison , contraire à ses propres prQpo|i^ona« il ne lui est pas difficile de prouver que çi^tte raison 9e peut dtre ce qu'il y a de plus élevé ; car il lu) ^Tait inéme imaginé un grand nombre d'imperfectiops qui traient à Tidëe d'une pensée comprise dans e d^>;c^lpppeB^nl ; mais ses preqvéd ne sont cependant que trè:si^Si|i$santes, puisqu'une fiiit aucun usage décisif de ces
Pr4iV£^^4^k''^P^i^^*^^'^^^^^'^^^^®'^g^'^^^^' que sur ce que Toif nç pçut s'«u tenir à on tel être composé, comme lui parait é^r^ la raison ; car tout ce qu| renferme en soi une m^Uipliicité a besoin de quelque chose , c'est-à-dire des élëmeQs.dent il ae.cpmpose (4) ; ce qui fait qu'il n'y a que
(0 ^> ^> '0« H yàp èvcpyet ( se, h voûç ), aXXo x«{ SXko. — ^
A<TTofvt>v rh voow rrcpov xac crepov Xa&n» xat to voou/uvov ) xaToryooypivdv ( toMk vowjMvov ? ) îîv , ifotxiXov ttyat , vj oux tijTon voïjffcç oùrou 9
ôXXà âi'SiÇ xoà oidv circE^ ptiwt. Koà yàp ùSj iroôoç rtç xac i
yvâffc; ivTt xa< oTov ÇijTTfîtravToç cupiatç. /A., Ç, I, 2j VI, 7, 37. î^ai rh f ç 4^XoTi iiSoyav wtïv xoà oTov C^iTcTv a«T9ÎI 'W o«^flOf xa& à6r^ xac
(a) Ib., V, 9, 7.
(3) VI, 2, 6. H ik âwMoe «irut roS ^poyjfMec aeût^ leoXXa, fva voijoç • eàv yàp fv yavf , oûx èvouofv , âXX' f «rriv îJA} Ixt^o.
(4) VI, 9, 6. nS» ai iroXi» Mt^i ^ îv Wct'ç. V, 4, I. T^ âl f*i
llJo «inqu^l il ne manque riw$ e( qui pui^^e être eooaidéré comin^ aatisf^isant pqnr UrAi^gn.YoiU U preuve priooîjf^l^j quoiqu'il n*ep dédaiguepAs d'^^re^, m^\^ qui aoQt WÇore moins fortes* Nous eu tirons UQç preuve qui jouissait d'une grande autorité dans Tpcple uép-piatojgiqu«9 ^t qui avait pour l>ut d'étabUr qiie upus devuu^ mettre l'Uu ^ud^sus de tput, puisque chaque chose u existe qu'à U (Sopditiou d'être une (1), preuve qui ppuvfiit évidemment s'appliquer à l'être. Nous devons observer en général que Plptin y voulant mettre quelque cbpse d^ parË^^it à la tète
de toutes les chos^, il ne ppuvait pas manquer d^ 1® poser cpmme unité ; qu*il UQ devait cependant p<^s moin^ y reconn^dtre aussi la multiplicité i puisqu'il avait aperçu que la multiplicité de^ pensée3 n'e&çlut pas autrement leur perfection dans le rationnel que dans le cpirporel (2). Si nous ne trouvons pas ses preuves plus fortes en faveur de quelque chose de plus élevé que la raison ^ nous ne pouvons pas nous empêcher de pensai* > çommf nous lavons d^à dit , que l'idée de la raison n'était eiic^ure pour lui que trop intuitive i trop peu mystique* pour la placer en tête de sa doctrine. Nous sommes confirmé dan^ cette conjecture par un grand nombre de propositions de ses traités, dans lesquelles il tend toiyours à pares toiiloequi peut être dit du Suprême et Premier. Puisque nous ne devons pas penser le Premier comme raison , nous devons naturellement aussi lui refuser toute pensée rationnelle et toute perception y tant de lui-même que des autres choses , quoique Plotîn ne veuille pas que l'ignorance puisse lui être attribuée , parce que l'ignorance n'a lieu qu'autant que l'Un ne sait pas T Autre. L'Un étant avec luimême , n'a pas besoin de se penser, quoiqu'on ne doive pas lui attribuer la simultanéité d'existence avec lui-méme« parce qu'autrement il y aurait déjà multiplicité en lui (3).
(0 yh 9, 1.
(a) VI, 5, 10.
468 UTAÊ XnU CHÀPlTllB 1.
Plotin s'efforce ainsi de prouver Funité pure de Ttln. Quoiqu'il mette TUn au nombre des objets de la connaissance rationnelle pure , il n'oublie cependant pas qu'il ne doit pas en faire partie dans le sens propre du mot , mais seulement par rapport à la raison (1). Le vouloir^ de même que la pensée, doit lui être refusé, parce que, n'ayant besoin de rien, il ne peut rien désirer (2). Il n'est pas énergie , mais il est au-dessus de Ténergie ; le vivre ne lui convient pas. On ne peut lui attribuer aucun être, aucun quelque chose, aucune substance, aucun des genres, ou des catégories les plus générales de l'être (3). Plotin ne manque pas de formules qui attribuent à l'Un des déterminations contradictoires, et rendent ainsi impossible d'en dire quoi que ce soit. L'Un n'est pas toutes les choses, autrement il ne serait pas leur principe ; il peut néanmoins'être conçu comme tout, parce qu'il est partout ; mais, comme il n'est aussi nulle part, il n'est point tout non plus (4) ; il est l'être et n'est pas Têtre, n'étant ni en xHûuvement ni en repos; ni la liberté, ni la nécessité ne lui oonviennent (ô). Si donc Plotin serapproche beaucoup , dans ces propositions, des bases de l'exposition de Philon, il est à remarquer qu'il permet, en général, ainsi que celui-ci , déparier de l'être en termes qui ne
Titri^tMç Tuà vviawç ' ri yàp vo^mc towTov ; oO rocvw , ore ftri
ycvw^xce , ou^ voc? coeurov , ceyvo(a vtpi oeurbv f^rai * "h yàp ayvotai ercpov ovToç yévcTou , oTov ^dcTCpov deyvo^ J^arcpov. To ^ povov oiÎTe t« ytvctfoxcc , OVTC Ti f^ee , o àyvocr. Ëv & Bv oiivbv aûr^ ox» ^eTrac vo^^cwç covTOv* £irc^ ov^ rh ouvcTvac iu içpoaa'Krttv , ?va Tnpfnç rh ev ' ôXXà xoù rb vocrv tat rb ouvtrvac ( ouveTvac ? ) âapatptTv xaî iourov voijacv xoii Tc5y âXXcjv.
(i) V, 6, 2. O -jcpoç juicv TGV voûv voy^Tov ïffTaty xa9' êouTO St
OUTC VOOUV OVTC VOV}TOV X\jpt<ûÇ toTOlt*
(3) V, 3, 12; VI, a, 3, 9, lo, 8, i8, 9, 3.
15) V, 9, l'f yi, 8, 8, 9, p, 3.
PHILOSOPHIE néoplatoniqub; 469
conviennent point, attendu que TUn est quelque chose d'ineffable (]). Ce ne sont donc proprement que queU ques épithètes qu'il s'interdit soigneusement de lui attribuer, parce qu'il veut les approprier exclusivement à d'autres de ses principes , telle que la pensée (2) et la vie ; il en est d'autres, au contraire, qu'on peut lui attribuer avec moins d'inconvéniens. C'est ainsi qu'il lui reconnaît une certaine volonté (3). Il prend moins de détour pour lui attribuer l'énergie et l'appeler sa propre efficacité (4); et quand une fois il est sur cette voie, il peut aller jusqu'à reconnaître Tamour dans l'Un , l'amour de lui-même, et à le trouver aimable et beau , et même à dire de lui qu'il est devenu , non pas , il est vrai , au gré d'un autre, mais comme il l'a voulu lui-même (â). Puis donc qu'il se permet de parler du principe suprême, plutôt figurément que d'une manière vraie , nous devons trouver difficile de déterminer les limites de l'expression figurée et de l'expression vraie. D'un câté, s'il voulait affirmer sa proposition , que ce principe est ineffable et inconcevable , nous devrions tenir pour figurées toutes ses expressions sur rUn; mais, d'un autre côté, quand nous voyons qu'il cherche dans ses preuves , par conséquent dans un procédé scientifique, à fixer plusieurs de ses expressions, ou qu'il eu tire même des preuves , nous ne pouvons fairei autrcmentque dépenser qu'il y attachait un sens propre. Trois déterminations de cette espèce peuvent particulièrement présenter du doute , parce qu'il y revient sans
Tou 9 TowTa àv irtpl outoû ^irofjiev. Katrot ot>^v àv cupotpr» ttiçtTv oOj^ oT-e XŒT ocÛTcû , aX\ obSk Trept* œÙtoû , Tcovra y«p cxctWj xaî rà xaA« xat rà acfxvà uarrpa. /A., i3.
(a) Ce qui fait qu'il dit simplement, VI, 8, 18 : Tov o7ov tv
ivî vouv ou V9UV ovra*
(3) VI, 8, i3, 21.
(4) Vï, 8, i6, i8.
(5) VI, 8, i5 in. C'est le contraire, VI, 7, 42.
470 UVRS Xni. CBAPITBS I.
cesse dans un grand nombre de détails scientifiques. Ces trois déterminations sont que le Dieu suprême est bon, et quil est le Premier, ou le principe primitif (ofpj^vi) tt surtout rUn. On peut voir qu'il éthit incertain entré les deux sortes d'acceptions dont nous tenons de parler^ re* làtivement à ces trois idées, et il ne sera peut-être pas sans intérêt de voir comment il s'exprime à ce sujet.
Pourcequiregàrded'abordrtdéedn bien, ilasansdonte fort à cœur de n'y rien ajouter après Platon^ de trouver le Suprême exprimé dans cet auteur ; mais nous dev<ms cependant remarquer qu'^ ne veut pas acicorder que le premier principe soit le bien, en ce sens que le biien soit dit dt lui, en ce sébs qu'une existence lui soit attribuée par 16, en ce sens encore que le fe puisse être dit de lui comme lé quelque autre chose que le bien. 11 lui refuse donc ia fa* Culte de dire ou de penser : je suis le bien, parce qu'U est lt)in de dir^ ou de piénser , et qu'il ne devient pas seulement bon par la pensée. Ces doutes ne sont cependant tirés que dû vice de nos langues et de notre pensée, et il avoue que le Suprême possède le bien et peut s'appeler le bien en uii certain sens qui ne peut absolument pas être exprimé (!). Une -chose bien plus remarquable encore, pair rapport à là valeur de l'idée , c'est que Plotin ne voulait pas reconiiiaitfe que le Dieu Suprême fïit beau [2). Ceitt opinion surprend d'autant plus qu'on sait l'étroite liaison que les àiiciens trouvaient entre le bon et le beau , et que Plotin lui-lnéme prenait quelquefois le bon et le beau pour identique (3)^ mais il s'exprime encore plus ouvertement sur le caractère de sa pensée , quand il rappelle à ce sujet que Tidée du bien ne peut être conçue sans rapport à quelque autre chose , et que , dans son penchant à rendre l'idée de Dieu indépendante de toute relation , il