‹ Histoire de la philosophieChapitre 40 sur 54 · PROGRÈS DE LA DOCTRINE NEOPLATONIQÛE · texte numérisé non relu

PROGRÈS DE LA DOCTRINE NEOPLATONIQÛE

Suivant la biographie de Plotin , écrite par Porphyre, aucun de ses nombreux disciples ne se distinguait plus qu'Amélius et Porphyre lui-même. Nous savons trop peu du premier pour que nous puissions apprécier son action philosophique ; nous devons y au contraire , donner quel* que attention au dernier , qui a incontestablement le plus contribué à la propagation de la doctrine de Plotin.

Porphyre, Syrien de naissance, s'appelait Malchus, dans la langue de son pays ; il traduisit lui-même son nom en grec. Il naquit à Batanée, Tan 233 de J.-G. Il eut pour maître de grammaire, et de rhétorique surtout , Longin, qui rinstruisit aussi dans la philosophie néoplatonique. Il vint à Rome , dans sa trentième année , auprès de Plotin. Il opposa d'abord à sa doctrine les opinions qu'il s'était formées auparavant sur le sens de la théorie des idées platoniques ; mais réfuté par Amélius , son condisciple , à l'invitation de Plotin , il s'attache toujours plus étroitement aux doctrines de son maître , chez lequel il passa six années, à Rome. Un accès de mélancolie, qui faillit le faire mourir de ses propres mains , fut dissipé par un voyage en Sicile , où il resta jusqu'à la mort de Plotin. Il revint ensuite à Rome où il se distingua par son éloquence, et où il semble être resté jusqu'à sa mort , qui eut lieu dans un âge avancé (1).

(i) Eunap.j V. Porphr^ Porph.^y. Plot, i, 2, 3, 7, ti, 12,

Poffpbyc^sçiQ^t |i||i-fn4me fiu-de9$(Hi^ dePlptia, lpi^ii*îl f^jfipijJLe qi4* 4gé fie quatre -TingMÎs msty il n'* 4|?roftvé qu'une fpi^ )arém»ipDa¥epDieu»|andiB qi|0 PQrpl^yrp iV Vjsiît ^pro^yée pliiaUnr^ fois pendant les siji ans de leur vie commune ( 1) . Quelle foi n^ dey^iHl donc p4|4 «çeppder à son maître^ puisqu'il put si long-temps s'en rapportera lui sans avoir connu le fait qui servait de fondement à toute sa doctrine! 11 seml^lp s'être adonné tput entier à celle-ci ; tant qu'il vécut , elle trouva en lui le plus ferme appui. Il coordonna 2 édita les Ennéades de Plotin, composa une vieclogieusedece philosophe, expliqua sa doctrine, en fit ^^ ré?W^|é, à V^»^gp 4p I'j^cpIp (?). il çhçrcka de plus à fçrjiÇpr certains pqipt^, fi mettre en lijinièrq çert^in^ ?Wfrçs fjui ^Y#at éip inoins rPïP^rqués ju^qwe-lfi. J^e premier d^çes tr^Y^u:^ était 39n^ dpMte dirigé çontfç les c}irétipns; ç>§|; )à ^w'i\ Içi^ accusait d'f^YQir ?^Uéré la dpçtripç (jilClifi^d tandis que )ç Çhp^t luirinéi^ff ^W^\% été rega^rdé par PJpljn cppi^e nn sage éRinenï(3). Il §e prppp^a un §iutre]^»|i ^^m ie^ explications dçsécfitgdciP^lQ» çîd'A- ' f istQlç, oi^Yfage qui traitait de T^ocord d§ h phijp§pphie do qç^ dea^ gTf nd$ i^aUr^dq ^aphiJD^Qpljie qn'pn peqt tirer dé30^^cles, d'Hoipèrf, pt qiji çQ|i;ipreï)ait ^i^ç l^jstpirç dP 1«^ philosopUi(^, l^istqif^ qiÛpPHvjiit ^tre prpprçinçmdcîsMnée. à pxppflier, çpw up jq^r prqpfcf §(yi 4çÇile^ to^eslçs i"^ cherches philosophique^ ^p^ériçsp^s (4), et pl(^^içuv$ autres traités do^( ^1 fioqs r^P ^^^f^ ponr ppi^ypir ^pprpndre ^ connaître le c^^^ci^r^ dç s£^ philo^opt^iç. V^dDca^tion pr^tQire dç Pofphjrç, mi ^iv^it f^^q^ h\pji pç^i^ spn

(i). V. f/of., ;8,

(i) n[o^^piou <i; |^*Qi{ fè ifois^at fry^(9^ Nous çiteix>i)« 4'aprè^ rédition de FqgerpiUef*

(3) Qii s^it ceci par so^ wvr^g^ Q^ tS$ »x. X^i^a^ vlWw*«^ Euseb,^ dem, ev.j III^ 6, p. i34, ec?. ÇoJon.^ iG^SS,

(4) Ce n'est pas .sans raison que Ton regarde la vie de Cylha^ gore comme uuo partiç 4e cette histoire*

DOctRiiifi niopt itomQtîft • SIS

tempd^simpUmentetd'une manière conn$e,pfitcontribuer à procurer à la philosophie de son maître des amis et des sectateurs.

Mais quelque nombreux et important serrices qu'il ait dû rendre à son partie il ne put cependant lui acquérir un assentiment durable. La corne d'abondance de son érudi« tion, la douceur de son style , sont convenablement élevées; mais on ne manque pas non plus d'ajouter qu'il n'a pas été conséquent dans ses doctrines (1). Nous ne pouvons pas nous en prendre à quelques différences de méthode qui auraient facilement pu se glisser dans sa manière oratoire» mais qui n'auraient pas donné à cent qui suivaient son école le scandale de la snperficialité et de l'imprécision de sa manière scientifique de professer; une autre raison plus grave et plus générale dut les portera cette plainte contre un maître respecté. Nous ne le jugeons de la sorte que parce que nous remarquons qu'il a été irrésolu entre la théurgie et la philosophie, ne rejetant pas tout-à-fait , il est vrai j la première , mais hésitant à lui accorder une très haute valeur (2) . Plotin put bien avoir aussi pensé quelque chose de semblable; mais, dans ses traités philosophiques, qui avaient moins pour objet la vie de son siècle que les questions générales de la science, il n'eut aucune occasion de s'expliquer d'une manière positive sur ce point; on put donc le laisser faire. Porphyre, au contraire, engagea un rude combat contre les opinions deaon siècle et de son école, puisqu'il osa sans détour élever la philosophie au-dessus cks superstitions du polythéisme populaire. Il est nécessaire de faire à ce sujet

(0 E nap.y V. Porph. vers la fin. IloXXàç yo3v toTç ih irpoirtirpacyfiaTCUfAitvotç pt^coiç 5cupcaç Ivovriaç xaxf).<7rf, ircp^ wv oîne ItfYe frcpév Tc doÇaCctv , t) Stc 'irpoVuv ^rcpa Ho^aacir. Euseb,, pr. ev. TV, lo; JambL, ap, Stob\y ecL I, p. 866, sur un cas particulier, jugent aussi de même.

(i) Jugust,^ de cîv. D,y X, 9. Ut videas eum inter vitium sacrilegœ curiositatis et philosophice prqfessionem senterUù's aUemantibus Jluctuare*

616 LITRE XIII. <:H)kPITR£ 11/

quelques remarques pour l'histoire de la philosophie néch platonique.

Dans les propositions auxquelles Porphyre réduit brièvement la doctrine de son école, ressort d'une manière toute particulière la distinction du corporel et de Tincorporel. L'incorporel domine le corporel et se trouve par' conséquent présent partout , quant à sa force , quoique pas dans l'espace; l'être corporel ne peut pas l'empêcher d'être présent aux corps qu'il veut pénétrer (1). L'âme a donc aussi la faculté de s'étendre partout ; elle est d'une force infinie , et chacune de ses parties , lorsqu'elle est pure de tout mélange avec la matière , peut tout , est présente partout (2). Il est évident que ces propositions tendent à la vertu magique que Plotin avait aussi attribuée au monde spirituel sur le monde corporel. L'efficacité naturelle des forces corporelles lui parait , au contraire , quelque chose d'entièrement subordonné. L'action à distance est expressément appelée la seule action essentielle. Tout ce qui opère sur autre chose ne le fait pas par approche et par contact ; mais aussi ce qui agit par approche et par contact ne se sert qu'accessoirement de la proximité (3). Avec une telle idée , Porphyre ne pouvait guère manquer de se payer d'un grand nombre d'opinions superstitieuses; on diit croire qu'il ne l'admettait qu'en faveur de ces opinions ; aussi trouvons-nous plusieurs choses qui seraient propres à nous confirmer dans cette conjecture. C'est particulièrement la doctrine des démons, qui rentre

(i) De occasionibus («e wp^ç rà voïjTà àyopf/ae'), 2, 3,25. Qu^ TTpoç T^ dtffdS/xarov rb xa9' caurb ri tou acojutaroç ê^iro^c^et ûiro— araoïq 'irpoç to p} ctvac, ottou (BovAerat xat b>ç S'cXei. Ib,j 26.

(a) Ap, Siob. ecl.y I, p. 822 s. Arcctpo^oifMç yàp vi rriç ^v^^ç

(fi\>9iç, ' — Tou Tu^fOvToç f/ipoMç TPOVTa ^vafthov , otov 9W|uiaTb»y

xcSoiptù'n*

(3) Jpe occas>y 6. Ou icav rb 'irotouv éîç »XX« tnké.dtt xac ày^

-Trotcê*' àXXot xac toc icfXaffec xae ày^ t« 'rrorovvTa xarà orDjut^s^xoç t^

DOCTRINE NÉOPLATONIQUIS. 517

dans cet ordre d'idées. Ils sont représentés comme des êtres aériens qui n'ont aucune forme déterminée et qui sont par conséquent invisibles ; les bons démons dominent Tair, mais les mauvais en sont dominés ; ils ont besoin d'alimens, ils ne sont pas non plus éternels. Gomme nous ne sommes pas libres de tout pâtir , nous devons même chercher à nous rendre les mauvais démons favorables par des sacrifices. Une action nécromantique est possible aussi sur les âmes des morts errant encore autour de leur corps abandonné (1) ; mais si nous ej^aminons de plus près ces doctrines de Porphyre, nous ne leur trouvons aucune liaison étroite avec la philosophie. Il ne les prend que comme des opinions du peuple auxquelles il n'ose pas refuser sa croyance. Sa philosophie n'est même pas très portée pour le cuite des dieux vulgaires ; il rejette le sacrifice des animaux ; il honore un Dieu suprême et pur ; il veut un culte qui ne consiste qu'en paroles et en pen* sées. Ce n'est qu'après avoir posé le précepte moral d'honorer le divin à la façon de notre pays (2), qu'il aborde la doctrine d'autres dieux que le Dieu suprême , non seulement de dieux supra-sensibles, mais encore de dieux sensibles , dont les démons et d'autres subdivisions de rÊtre suprême font partie. Au culte des dieux, dans le monde sensible, se rattache d'abord l'opinion de la néces. site d'un culte divin qui allume le feu des autels, quoique aucun animal ne doive être immolé à ces dieux (3).

Nous trouvons la raison pour laquelle Porphyre était peu porté à la superstition de son siècle , dans la direction morale de sa philosophie. Elle se rattache, pour lui comme pour son maître , au respect pour la force de la raison ,

(i) De ahsL^ II, 38, Sg, 4i, 4^? ^l* Porphyre regarde avec Plotin toute notre vie dans le corps comme un enchantement.

Ib., I, 28.

(2) Ad Marcellam.y i8; />e occas.y 27, l'incrédulité est mise au nombre des péchés.

(3) Deaht.y 11,34^36, 38.

518 UTBB XUI. CHA.PITHB II.

qui s'élève au-dessus de la puissance de la nature et audessus même des actions magiques des dëmons. A la vëritéy la chair a quelque pouvoir sur nous ; mais si le mal est en nous , nous ne devons pas en accuser la chair , mais notre àme. Nous attribuons souvent , il est vrai , le mal en nous aux démons. Le plus grand mal surtout qu*ils puissent nous faire I cest de nous suggérer de fausses idées sur les dieux (1) ; mais IVspi it du philosophe sait cependant s'élever au-dessus de tous ces éiats passifs; il n'a pas besoin de la divination, parce qu'il est éloigné de toutes les choses pour lesquelles des présages pourraient être utiles. La sagesse n'est pas soumise à la fortune; la philosophie , qui ne nous affranchit pas des impressions passives, ne vaut rien^ pas plus que la médecine qui ne guérit pas les nialadies(2).Nousdevon8 nous défaire, à peu près comme d'un vêtement extérieur, non seulement des actions extérieures qui sei'vent à nous approprier les biens corporels, mais aussi de ce vêtement intérieur des désirs qui se rapportent à de semblables choses , afin d'acquérir par là te repos et la véritable paix de l'âme (3). Il tourne donc tous ses efforts vers la pratique morale qui doit nous affranchir des dispositions passives de Tâme; il les considère comme les tyrans les plus terribles et les plus impies, dont il faudrait nous délivrer, au préjudice même de tout notre corps (i). Comme nous ne pouvons pas nous affranchir tout-à-fait du corps , nous devons cependant restreindre nos déairs y autant que possible ; nous deviendrons par là le plus possible semblables aux dieux. Il rejette aussi le meurtre dea animaux et l'usage des viandes, sans doute par dea saison» de jisstice <t de piété (5), mais surtout

(i) Ib.y 4^; ad Marc. f i2, 21, a4, ^9*

(2) AdMarc.y 3i; de ahsU^ II, 5a.

(3) De abstf \, 3i.

(4) Jd Marc., 34. ''""^

(5) De abst.f lU; ly S; ig^ %Q. Les a nimaux sont nos pareo»

pour nêéê pGttét à là tempérance. Nàrus séfionà encot-é plu» seiâblabléd^ à Dieu si Botis pouvionsr aù^si mëi)agéf les p(aAt6^ et si bous poiirioQS nous en passer pour nous nerttrrJr (I). Il allègue à scf^ èo^tpatriertèfr Pekèmple- des Jiiïta, qiti s'absticnnertt au moins de mfànget de la chai^ des Vietftfres; thais les Égjrptien** , )ès plus sages deé hommes , sont encore plus dignes d*éIoge; ils sont persuadés de lëtir fjârefnté atèe t^trsléi anîmaut , et n'étr tcténrC àiiçun ; ilé û^t, àù càittMté, une éorte de culte pôui' leéiihagei des âAiîùaax, cotnme imitation dvt dlVifi. H ési évident qu'il attitquàic , pût bette dlréerïoii ascétique , les uâageé dé 1* rdrgiori puMiqt^e dé son p^js. Il chércïié seulement à lés dîscttïftef ëii répféètetf f à'nt le etflte actuel comme une dégénéra tioYi. Il tSt trè^ décidéinent potir l'opinion que Tcrtr s'était *r*s éïôigrté àlôV^ dé Tàïiiiqué iùtiocencé, de là pureté de là vie* ^ui distinguait! ï'âge d*di*. Les géinératïôtïs dé* cet hui'eùi' tétrfps lie se rioùï^rîsâaié^nt jpas de chair, ne ttiàitfnt pohlt â'àii?h!i^tii ; noXis devons les iinitér ^ côtome ^ fait Pytha^oi'è (2y.

Porphyre est doftc rndi'sgosé païf <ife' point de' vue môràl côntt-e lesi usàge^ dé^ là réli^gion dé ^on pày^. àa tendance à tiii côftiihe^^ïte âiréd tè t)ieu .4upréme né fèri détoùriie pas fr^oiil^ La philosophie, qui dfoît nous élever au Supréirié, né petit le faire t(uê par Va raison et étf s'élevànt aû-de^u^ d'elle; à peine arrive-t-ôù* à ià perception de Diëù i^ar jïùé irîé sfainté (i). Il n*ést pas feesoîh de fui offrît rîétt dé ihàtériël ; éàf tout ééqui est matériel est iiiipùt; ftvitlë |5aff6ie, ûuffé pensée, si élïe est empreinte de quèl'cjtie dhose cfùî tîei^nè àxijL éiàU passifs dé Tespril, ne lui contient, rie jietft lé réiYdi^e à\i fé représenter. N'bus ne déVbÛs dfôii'd pds pht\'ér de luf^ présence des profanés,

et sont accessibles à la doulem> La fausse opiuion que les ani*maux n'auraient aucune raison est rapportée à notre égoïsme.

Ci) Hr.,^.

(2) Ib., II, a6, 27 j m, 271 JV, a.

dans une assemblée publique ; nous devons plutôt rhonorer par un silence pur et par une pensée pure , et le contempler dans l'indépendance et l'activité de notre âme. Nousne pouvons adresser notre prière et nos hymnes qu'aux dieux supra-sensibles (1). Avec ces idées. Porphyre ne pouvait manquer de trouver très secondaire toute cérémonie du culte public.

Mais comme il ne put s'empêcher, avec la façon de penser de son école, d'examiner les formes les plus diverses du c ulte , formes auxquelles on tenait infiniment dans leur rapport avec la divination , la magie et autres arts trompeurs, il dut rencontrer aussi un grand nombre de contradictions^ en partie dans cette superstition mémej mais plus encore entre cette superstition et le culte philosophique religieux de son école. L'intérêt philosophique, excité par Plotin, était encore trop vif en lui pour qu^l pût se décider autrement qu'en sa faveur contre la superstition de son siècle. Il chercha bien à se la concilier ; il n'osait pas la rejeter ouvertement; mais il ne put contenir son doute sur la justesse de ses suppositions. Il éclata dans ses lettres au prophète égyptien Anébus, dans une série de questions sur lesquelles il désire obtenir des éclaircissemens certains. Porphyre est choqué que des dieux doivent être pris pour des étoiles qui ont un corps enflammé , quand cependant leur force doit être indivisible et illimitée ; mais il est plus scandalisé encore qu'ils soient conçus comme soumis au pâtir , lorsqu'on veut apaiser leur ço|,ère , les faire apparaître, les contraindre par des menaces. Comment peuton dire que les uns sont bienfaisans . d'autres malveillans? A quoi peut-on distinguer la présence d'un Dieu, de celle d'un ange oud'unarchange^ d'un démon, d'un archonte ou d'une âme ? car on raconte la même chose de tous ces phénomènes. Les différentes espèces de divinations ne sont pour lui qu'autant d'énigmes, puisqu'il ne peut pas croire

(i) DeahsU^ II, 34; ad Murô.y ï5.

DOCTRIKE NÉOPLATONIQUE. 52 1

que les Dieux doivent s'abaisser pour le service des hommes, à des choses aussi vaines que la divination. Il trouve incroyable que les dieux doivent être attirés par les sacri* fices d'animaux, quand les prêtres s'abstiennent eux-mêmes de se nourrir de chair ; qu'effrayés par des menaces insensées de bouleverser le ciel , de révéler les mystères d'Isis et d'autres choses semblables, ils doivent se prêter à des arts théurgiques et se montrer complaisanspour les exorcistes, au point même de commettre l'injustice. Que peuvent les mots dépourvus de sens et barbares qui sont employés dans les formules de conjuration ? Pourquoi tou& ces arts sont-ils appliqués à des choses si peu importantes, telles que la vente et l'achat , la conclusion d'un mariage et pour retrouver un esclave qui s'est enfui? Cela ne semble pas être la voie du bonheur. Porphyre finit l'exposition de ses doutes en disant qu'il conjecture que les Égyptiens , en général , pourraient bien être dans Terreur sur l'essence divine et sur le véritable . moyen de parvenir à s'unir à elle. Il donne à entendre que ce pourraient n'être que de vaines représentations des hommes , des illusions produites par des jongleurs ou de mauvais génies, mais non par de véritables apparitions des dieux ou de. bons génies qui nous portent à ces arts théurgiques (1). .

C'étaient , dans le fait , des doutes courageux que Porphyre avait osé exprimer dans un tel siècle , lui , faisant partie d'une telle école. Il mit par là en péril toute sa réputation et toute la considération dont il jouissait dans son école. Ces doutes ne pouvaient pas ne pas avoir été professés par lui ; on nous les donne comme un épanchement de sa vieillesse, lorsqu'il pouvait déjà commencera remarquer que la superstition à laquelle il s'était adonné auparavant, qu'il avait favorisée, tendait à franchir toutes les bornes. Lorsqu'il songea à réprimer les extravagances

(i) Epist. adAneb.hes raisons que. Tiedemann (Esprit delà phil. spéculative, p. 454) a alléguées contre Tauthenticit^ de cette lettre sont très insignifiantes. ,

6ii LtYRfi Xtn. GHÀPItttâ It.

qii'etlé âtsit fait ilâttre , H s'exagëfà bieaciédtl]^ Tnâpré^t sion que pouvaie/it produire ces doutes. Il élisté un éct'it qni B'est pft^ côfiçti ààTis adresse , ti*ès estime deà ti^opplatonicieAâ y Aîttibùé mérh« ^ti |5ias eéfèbi*e dtseipfé dé Potpbyfe , à JËirfbliqtie , et dont te but tï'ést paâ sèùtèirrene dé réfiHèf les utotites dé Pbf phytfe, tnâis encofé dé dbhnét un fort âp()iil , paf Tapparénce rf'un enchaînénietic scientifique et stii^ttrùt d'uil paierait à'ctdrd àtêd léB pt*indpeâ dé réeôlé iléopktoniqM, à là èupefstitiôil pateline dânsf totité son ëteftdûe; é'ëst !a i^épotlsé du doeteui' Abamnidà à la letttis dé thorph^i-é à AhëbUs (f ) ; ëifé dé/teûâ pré^(|(lé toutes léë pf b(it|u^s tlfétif giqû^s ; ditinatoif é^ et lAagfiqûés, et cbertâhé à leé éohciller àrée les pi'ihcipes dé Féeaté néôpiatonîqué stlr lé culte d'ùii Dieu suprême et p\tt , des di^ux ëlôigtiés dé tout mal. I3h Adà aHificéé ordinaires qu'il emploie et qui est àssutëment d'une àpt^ticàtioii ifèrs éténdtié, cblisiste à faille Voit* cfiie tdiitféS le^ objectidbs qui ataiént été diii^igëes Côtitré les Vertus àiei'vfeïlfeuses de la thëtii'giie tt tohtté iës idées deà choses divines que semble snpposet la thëurgié, ilé i^eposàiéht cjùe sur Jes idées et déâ rai§6tinétiieiis dé rènténdénient , qui ti'ôht aucutie valeur felàiiVèmètit à Wtittfittdti dû diVih. On voit clairement , p^ll* ks déductit>âs de Ce nëaplsltdhféieii y le dafigér dé 1 application de Cepi*incipe, Si èltë est faite safis retenue et sans la distiiictioh cotiVènàblé. tl né Véxit pas convénii* t[ti'il soit iïécessàlï^è d'étal)!!^ dés ëai'aétérës distinctifs eiitfé âéi cliéak et deë démolis et à'àixit^i êtres d^éspède sùt^érf etrfé , ^[ùôiqil'il lié ^ui^sé hàturëRémënt

(i) La suppoéttidn de TkônÉ. Gàlé^ fui a ptblté ce% écrit sous le tiU^ ; De n^stetiis Mg^fOieruinf et de plusieurs ^ulref^ après lui, que Jamblique en est l'auteur^ repose sur de faillies raisons. Proclus le regardait comme ud ouvrage de Jamblique; ce qui dans le fait prouve peu. Les raisons contraires alléguées pâi'Meltiéi^ofe^ôf^t^àtl sans tbm ( dàrhhteûl iôc. itg. Ovhih^., vol. ft, p. Sa i. ). mai hoiSà idâUtejf ^émadé l\iiiâ\ié éSi d^oà contemporain de Jamblique.

DOGTRlNl! NSOPLATÔNIQtJB. 52S

pas s'abstenir d'en donner. Si Porphyre avait reproche à la théurgie de supposer que les dieux seraient dans un état d'obéissance passive, relativement aux pratiqués théurgiques, son adversaire lui réplique qu'il fait ici une distinction entre le passif et le libre dans l'application» qui ne convient pas aux êtres supérieurs, bien qu'elle soit fréquemment employée en parlant des choses divines. Il donne , au contraire , une extension telle à la doctrine de Tunion mystique de notre âme avec le bien, que nôtre union mystique avec tous les êtres supérieurs en est là conséquence; lexistence de ces êtres n*a donc pas besoin de preuve, puisque nous la connaissons iibmédiatément (1). Les dieux ne sont pas seulement dans le eiet^ mais partout , et se communiquent ainsi au thénr^, l'instruisent de leur essence et du culte qui leur convient. Les mystères du culte divin et letir sens caché sont ràp* portés à cette communication supérieure, qui à passé d'Hermès aux prêtres et de ceux-ci aux sages de la Grèce (2). C'est là le fondement de l'enthousiasme sacré, dans lequel l'homme ne vit plus de la vie animale , plus de la vie de l'homme, comme le prouvent une infinité d'etemples. Ceux qui sont ravis de cet enthousiasme sont Insensibles à l'aetion du feu, aux plaies qu'on leur fait avec desépéés, des haches ou des lances; l'impraticable leur offre une voie sûre ; ils marchent à travers le fen et l'eau (3). La réunion au divin tient essentiellement à ce que l'âme séparée du corps est impassible. Une fois même qu'elle redescend

(i) De mjrster, MgypL^ I, 3. Movoet^wç Sk oûruv {se, wv Axi-

^i' aç ^irpoo^ tîffnxùipsf acr&eç. L'eipérience de okaqoe jour &it mieux voir que fimt principe la yifnié de sa yrééictîao* It., III, 3.

(a) B.il, I, n, ai.

(3) ib., m, 3, 4.

dans le corps , elle ne souffre pas, non plus que ses pen* sées (Xoyot) , qui sont des idées. Nous sommes en elle réuni» avec les dieux. Aucune pensée humaine ne peut exprimer ce commerce intérieur entre le Dieu et Tâme qui Thonore* Celui qui accomplit l'œuvre divine n'est point différent de. ce à quoi il s'applique , de Dieu; il n'y a pas de diffé* rence entre l'appelant et l'appelé, le commandant et le commandé, entre le supérieur et l'inférieur (1). Ce néoplatonicien parle absolument comme les philosophes indiens. Tous les doutes que Porphyre avait élevés en parlant de ridée que l'homme , comme inférieur , ne peut avoir aucun pouvoir sur les dieux supérieurs , sont donc naturellement dissipés par là. Les dieux ne sont point rabaissés jusqu'à nous; mais ils nous élèvent jusqu'à eux. L'amour qui tient tout uni, nous lie avec eux; là, point de pâtir, ni en eux, ni en nous. Les noms sacrés des. dieux et les autres symboles qui sont en usage n'ont que la vertu de nous élever. Dans cette œuvre , c'est une nécessité divine y nullement différente de l'amour divin qui opère, que le bien se révèle à tout homme bon. Ils agissent comme la prière qui nous élève aux dieux. Si des choses même corporelles sont alors employées suivant des rites sacrés, cela n'a lieu que parce que ces choses ne sont pas simplement corporelles , en elles sont aussi les idées , la mesure intellectuelle et une affinité avec le divin. On doit se rappeler que le Premier n'est pas séparé du Dernier, que l'immatériel est par conséquent aussi présent au matériel d'une manière immatérielle ; d'où il résulte qu'il y a une matière pure et divine , que les dieux

. (i) /A., I, lo; III, 3; IV, 3. IIoXù ^ owv xpcT-rrov ïtrct to vuve Xeyo/icvov, to juiv} it cvovricoacwç v) ^coyopoTqroç âtroTcXeToOat toc tw 3'côSv iffya, ioaretp ^ . rct yvpi^OL cccoOcv cvepyeTaOac, TOturoryjTi ^ tat vmatt xac o/jtoXoyca.rô irôcv epyov èv ôturorç xocropOouTGai* Kàv ftlv ouv xoXouv 5 xaXouficvov ■qêirtToérrov ^ lircOarro/ACVov 3 xpcTrrov v? ^cTpov Aac-. pû/iev , TYïv Twv ycvcVeoiv cire ri twv ^ewv dcycyyï>T« fiyaWt fiCToycpofj^v

7W^ CVOVTJOTÏJTa, . . , .

DOCTRtlïÈ NÉOPLAtONIQtiE. '525

^ sont ]^féparée pour leur servir d'habitation convenable. Il faut croire la doctrine mystérieuse, que les dieux nous ont transmis une matière que choisit la théurgie pour bâtir le temple y pour faire des statues , pour le sacrifice et pour d'autres saintes pratiques , afin de porter les dieux à se révéler à nous (1).

On voit déjà dans ces propositions que l'auteur de ces mystères tâche de s élever à la hauteur pure d'un culte rationnel ; mais que pour ne rien retirer de leur prix aux pratiques de la théurgie et aux opinions du peuple , il est sans cesse ramené à une manière de voir moins pure , à une superstition très grossière. C'est précisément ce mélange de vrai et de faux qui fait la confusion de cet écrity ainsi qu'on peut le voir dans un grand nombre d'expressions encore beaucoup plus décisives. Là tendance de l'auteur à élever tout ce qu'il y a de religieux à un culte pur ou divin , sans qu'aucune représentation îndigne s'y rattache, se fait en général remarquer en ce que les œuvres de la religion y sont représentées comme -quelque chose de purement humain , par quoi les hommes cherchent seulement à s'élever à ce divin, sans qu il y ait là pâtir ou même agir de la part des dieux , car ils doivent rester dans l'immuable perfection de Téternité. IL^auteur tient si fortement à cette opinion qu'il améliore même la doctrine de Plotin en un point, puisqu'il admet que l'Un n'a pas fait sortir de son sein la raison formatrice du monde , mais que le Premier, dieu et roi , s'est

(i) Ib,f I, iHy lAf i5; y, a3. EXXo^irce Totvuvxarâc roûrov tov Tiyw xac roTç la^arotç xà irpurcvrat xa( irapcorcv ouXoiç roTç èvuXocç TOC âiiXa. My] ^v2 rcç ^oufia^CTo», tàv xac uXvjv rcvà xoOapocv xai 5c(av

fTvac Xfyu^. n«i9fa9at ^ ^fpi roTç àiroppiQTocç Xoyotç, wç

Ttoà Stà TC0V f<axo(pi«^ d'cocfjiatre^uXis T(ç ex B'fwv icoLpaè(S orat» Aurv] dviiroii 9U(ji^^ç larcv aùroCç ixctvocç roTç ^c^ouffcv. Oûxoûy xotV -^ rriç TOcouTvjç yjkfiÇ Byjaiat ôcvfytcpce roùç B'eoùç iir^ tviv ïiâfavtv xa\ irpoxoe- XcTrae cùOeuç irpbç xarakmitv^ X^^^ ^^ aÙTov; irapoytvopsvovc xoet tc-^

j|t6 utms Km. caAnrms ii«

fol|;iifë los-méne de l'Un ( 1 ) . Qsand doue îl est ^estioii de la colère des dieux ocMitre noas et de son edoocissemenCy on Teal dire simplenieoi que notre aTevglement à noos détourner d^eax et notre faculté de retourner à eiix sont des dons de leur étemelle bonté (2). C'est déjà tout autre chose quand on convient que les dieux, par participation aux peines de leurs serviteurs et par amour pour leurs oréaturesy accordent à ceux qui le méritent de s'élever jusqu'à eux (3)« 11 ne veut pas reconnaître que les démons soient corporels; il «Rapplique d*une manière remar* quable lorsqu'il veut faire voir que les dieux sensibles, les astres, ne doivent pas être conçus comme des êtres corporels ; qu'ils ne sont pas contenus dans des corps, mais qu'au contraire ils les contiennent; que le corps céleste, éthéré, a beaucoup d'affinité avec l'essence incorporelle des dieux ; que les astres sont jusqu'à un certain point incorporels, puisque la forme divine y prédomine; car assurément on ne peut se dissimuler qu'il y a des dieux Corporels, puisque les livres hermétiques traitent aussi de dieux éthérés et empiriques. Il avoue donc cependant à la fini et sans détour, qu'il y a des dieux matériels et des dieux immatériels, et qu'il faut faire aussi des sacrifices matériels aux premiers (4), Une fois arrivé là , il ne pourra plus résister à la superstition qui le presse. 11 nous raconte des prodiges sur les apparitions merveilleuses des dieux, des démons , des héros et des âmes, des anges, des archanges et des archontes, du cortège dlflërent que chacune de ces puissances supérieures mène avec elle suivant son rang, des dons corporels et spirituels qui Sont la conséquence de ces apparitions pour ceux qui les évoquent y des génies méchants et vengeurs qu'il faut

(0 A., TIII, S. Air^ A vov Uç t«6tou l «M^

(a) rt., I» i3.

(3) Ib., IV, I,

(4) là., I, i6, 17. r^tnw Ttvi ifff^i^mm. V, i4; ▼*

du vr^i; mm si Vçn fait 4e^ f4Ht;Q$ dfins la diéiirgî?, alors jjç§ sippariMQpa fsm^f^ pt, tr9mp(9li^9 ont lieu a^8» (1). Dg^ufeli^p^çm; $ft tl^éuFgi^ est im art i elle ne peut par

eQïj§éfl[ïj.em wanqw^ 4^ prémunir «m«^i conir« le» «r^s uaeçqiiifts jçt fam: de mém^ wtur^» H n'approuve dpnc p^a tçutç e^p^fie de m^gie e( de divination $ il fnut raveî>ir à Ift iraJitjon antiqw et primiûv^ du divin» il feilt

p%r cpnséqyço» pon^pvf r Iç^ f^noifinnes fnrmolQSi diissenifel)§^ 4trfi inîn^fiilUgibl«s, il fani; g^ pré^f^rrer de Tamour d^^ Grçc^PQurii^ npuye«^ii(é; l^i^ harb^r^^ son^ plus Gon- 9t^9i9 ^t par ç^t^ ri^MPQ plvi^ %imQ9 dea dieux ( mais les ^è\A^ çgypûf^n^ eq^-mêin^^ n onl& pas q^nservé »ana mél^ng^ 1^9 «ntique/s traditions dana louiez leurâ parties, et pg^r qn^lqn^g nn^ de eea parties la manière dfs Chal- 4,im^ P»t préférable à l#»ra usages (2),

Qn n^ § étonnerait pas qu'il eut é|é reproché à eet autf yj^ d« Si étf^ éfi^rté» dans les opérations thëurgiques qu^l r^^OIHPI^nd^, du onUe pur quil avait d'ailleurs élevé si haut ; car il nous rappelle la noblesse de notre nature et W^iV^ m^itipilf h^ (PnU^ pur diA dienx purs pauvrait bien convenir à celui qui s'est uni aux dieux dans la faculté suprà-cosmiq^e ^ mais ce qui convient à de tels hommes ne peut pas être converti en précepte pour tous les

hommes. Il n'e^ donné quç rsirçmwç à ^^ s«ul pu à queU cjwç§ n«\^ d'aUeindre. 4 u«^ t^llç h^vî^r , ^\ Ton ne peut

pus tov^Qii^rs ^pproi^b^r d& é prè^ des dieia immatériels. Ck| n% parvient d^ r^ie à cette pureté du culte qu'en pa»« sant par les degrés infiérieuFs de la théurgie; il faut commencer, suivant lart des prêtres, par honorer les dieux matériels, car autrement on ne peut pas arriver aux dieux immatériels. Nous avons besoin, dans ce corps impur, des biens corporels que les dieux immatériels , séparés de tout

(;) L^ S0et. U çst presique toute renipHe de pareille» cbosçt* (2) jb.^ m, la, î^6i YI, 4— 7î VU, i. «*w ^ iïknw ^in

5^8 LtVitE Xllt. CHAPITRE n.

ce qui est corporel , ne peuvent nous procurer. Pour participer à ces biens, nous devons nous adresser aux dieux corporels qui veulent aussi être honorés par des sacrifices corporels et des rits sensibles (1). Ce philosophe a donc trouvé une toute autre voie que Ploûn pour arriver à Funion avec Tétre suprême. La théurgie est pour lui l'unique et véritable voie de la félicité (2). Nous ne pouvons pas laisser sans honneur aucun des dieux inférieurs, non plus qu'aucune des puissances qui forment leur suite. Les démons surveillent attentivement les saints mystères, parce que ces mystères contiennent primitivement le lien de tout Tordre du monde (8) ; mais nous pouvons par ce moyen parvenir à la véritable union avec Dieu. Il est dit expressément que la philosophie ne peut pas nous procurer ce bien, que la pensée n'est pas même nécessaire pour cela, car les signes sacrés font aussi leur effet sans notre pensée. Nos pensées sont impuissantes à nous feire apparaître les dieux, car Tinférienr n'a aucun empire sur le supérieur; les symboles divins ont seuls cette vertu , parce qu'ils sont de nature divine (4).

Nous avons dû entrer dans les pensées qui composent

(i) /o., V, 4^* Karà St rrr\f twv ttpitùv rtjfvifîv c^^coôac ^^ptj twv \îpwçytm âiro rdw uXo(fei>v, ou yàp ov aXkiùç cire roùç àokoxjç yri^oiro vi àvà6a«iç. /^., 20. Ov ie? 3i To tvtért fi6hç xai h^\ icapayivoficvov iic\ Tw xùitt Tv]ç (cparcje^ç T0VTO |Uio(vèv âTrs^afveiv'irpbç airavraç ôvO/x^irouç, dtXX' ohSk wpoç Toî»^ âp;^f*cvouç t^ç ^coupycaç 'KotuoQat owr^;fpT9fAa xoevov, 01»^ ivpbç ro\àÇ laawvraç hi outip. Ka^ yocp outoc Ô!fici>9)iém»ç atùita" mtSîi irocoûvrat Tnv iiri^Aciov t^ç ôacoin^Toç.

(3) Ib,, V, 2IJ VI, 7.

(4) l^^'t II, II. OxiSz yàp ri evvota awaizrtt roTç BcoXç toi»ç 3coupyouç " cicct Tc êxcoXuc toÙç J^ecopïjrcxcSç ytXoffoyoûvraç ^X^tv tÎîv 3'£oupyexiv evc»<7(v irpbç touç Btovç; vûv ^ oiix ï^^t to ye oXkîÔ^ç ouroç, oXA' i Twv ?pyci>v Twv âppYjTwv xa« ûwcp Tradov voy^^iv B'eoirpcircoç cvcpyoupev«v TtXcffioupyca ri tc twv vooujuttvwv toTç 5€oîç fi^votç ov/if^Xwv à(pQty- TfttM ^vapitç bT(9i79c Tvjv J&foupytxYjv cvw<T£V. — — — KotV yàp fii voovvTWV avToc TOC owGififiaToc a^' éocuTwv i^p^ t^ ohtTov fpyov* ^

toOCTRINE NEOPLÀTONIQtîÉ. 529r

le fond de cet écrit , parce qu'elles font très bien voir la direction que l'école néo- platonique commença à suivre depuis Porphyre. Elle mit Porphyre dans l'ombre, pour faire briller d'un éclat d'autant plus vif son disciple Jamblique. La biographie passablement longue de ce philosophe par Ëunape nous apprend peu de chose de ses rapports extérieurs. Nous voyons seulement qu'il était originaire de Chalcis, dans la Célésyrie; il passa, à ce qull parait du moins, la majeure partie de sa vie en Orient, où il réunit autour de lui un grand nombre de disciples , et mourut sous le règne du grand Constantin (1). Ceux de ses ouvrages .que nous possédons encore, composés dans le dessein de réhabiliter la philosophie de Pythagore , ne sont pas propres à étendre sa renommée. Nous n^y voyons que la décadence croissante de la littérature , une grande facilité de croyance et une grande loquacité. Peut-être sont-ils pris pour la plupart d'ouvrages plus anciens. Ses contemporains mêmes blâment la négligence de sa manière décrire, et nous ne pouvons trouver meilleur, sous aucun rapport, ce qu'il présente en fait de pensées comme lui étant propre. Ces pensées ne lui appartiennent pas, ce sont des traditions usées. Et cependant Jamblique jouissait de la plus haute considération dans son école; il la dut incontestablement à son accord avec la foi au merveilleux qui distingue l'esprit de son époque. On raconte de lui les choses les plus étranges. Il passait pour s'être élevé , dans la prière, plus de dix coudées au-dessus de terre', rayonnant d'une lumière jaunâtre ; et quoiqu'il déclarât que ces récits étaient faux, on voyait bien dans ses expressions que ces fables ne lui déplaisaient pas trop (2). Ses disciples racontaient comment il leur avait fait apparaître dans le bain les démons de deux sources (3).

(i) Eiinap., v. JambL; v. Mdes.^ p. 875 Suid.^ s. v. lafH

(2) Eunap.y y.Jambl, ûç hyih aifanHaaiç vfta; oûx ?v o^a^ocç*

i30 tiVftti XItt. CttAl>ITRfi tt.

Les renseignemens qui nous ont été fournis sur les déviations de sa doctrine par rapport à la philosophie des néoplatoniciens antérieurs, s'accordent avec ces traditions sur sa vie. De même que Fauteur des mystères égyptiens, il ne voulait pas convenir avec Plotin que la raison n'est pas impassible dans notre âme; car autrement nous, ne pourrions pécher, puisque nous suivrions avec liberté les représentations sensibles ; autrement rien ne nous empêcherait de jouir d'un bonheur plus parfait (1), Il faisait donc remarquer notre faiblesse dans cette vie sensible, et par cette raison cherchait pour nous le secours puissant d'une force supérieure. 11 la trouvait dans les âmes qui sont descendues sans trouble dans ce monde pour assurer aux choses de ce monde salut, purification et perfection (2); mais il ne bornait certainement pas à cela les secours que nous devons attendre pour notre salut. Dans son ouvrage sur les statues des dieux, il soutient qu'elles ont une vertu résultant de la présence divine dont elles sont remplies , qu'elles soient du reste tombées du ciel ou qu'elles aient été faites de main d'homme (3) . Il n'est guère possible, même avec la meilleure volonté, de croire que cet homme, qui fut cependant estimé de son école à l'égal de Platon (4), nait pas eu recours aux moyens peu droits auxquels la haine de parti, l'exagération et l'effort ambitieux pour briller à la tête d'un parti, ont coutume de conduire. Comme l'auteur des mystères égyptiens, il semble avoir justifié les arts théurgiques par la considération que la force divine s'étend à tout. Les dieux, enseignait-il, sont tou-

(i) ProcL in Tim,, V, p. 34i; Stoh. eçL, I, p. 884.

(2) Stob.ecL, I, p. 906—910. ri ^ yàp {se. y^njxr,) k^\ exwTTjpfof Ttoà xaB^prrtt xott TcXeeoTîjTi twv TYj^g jcarcauda %pavTov TrowTrat TtoLt tÎjv xa6o5ov.

(3) PlotybibLcod,, 21 5.

(4) Outre Eunape, Tempereur Julien et Proclus en parlent

avec le plus grand éloge.

t>HlLOSOPHIE ÎTEOPLiTONlQtC. 531

jours en nous, mais nous ne sommes pas toujours en eux, et, lorsqu'on parle de la naissance des dieux , cela signifie seulement qu'ils sont nés pour nous (1). Il faut remarquer que la philosophie de Platon , quoiqu'il en eût commenté des dialogues (2), lui semble inférieure à la doctrine de Pythagore, dont il cherchait à remettre en • honneur toutes les parties. Aussi trouve-t-on chez lui la tendance à tout ordonner suivant des nombres sacrés ; il donne surtout, en nombre précis, toute une armée de dieux qui sont divisés en différentes classes ; il s'efforce de reconstruire un système de théologiepolythéistique(3). C'est ainsi que la philosophie des Grecs revint insensiblement à la théologie, dont elle avait reçu sa première impulsion.

Après la mort de Jamblique, le zèle de l'école néoplatonique à esquisser un système de théurgie païenne semble s'être un peu ralenti. On pouvait croire avoir fait en cela tout ce qu'il est possible de faire. Les temps étaient aussi Tenus alors où la vie pauvre de Tancienne cité de la religion chrétienne avait changé. Le grand Constantin et ses successeurs immédiats favorisèrent le christianisme qu'ils avaient embrassé , et cherchèrent par des lois à étouffer ou à circonscrire les usages païens et la magie. Eunape , néoplatonicien, qui a écrit la vie des hommes les plus distingués de son école jusqu'au temps de Théodose, observe qu'EdésùiSy un des principaux disciples de Jamblique , qui se chargea de son école, mais qui était d'ailleurs trop inférieur à son maître, ne fit cependant aucune œuvre divine,

• (i) Procl.y in Tim.j ï, p. 44> 45-

^2) Une preuve que cette époque n'avait plus assez de force pour dominer l'ancienne littérature, c'est que Jamblique indiquait dix dialogues de Platon dans lesquels toute sa philosophie serait contenue^ et (ju'il en disait autant du Parménide et du Timée du même auteur, en quoi Proclus était de son avis. ProcL, in Tim,j l, p. 5; in Alcib. pr.^p. 11, Creiiz, (3) ProcL^ in Tini.j 11^ p. 94; V, p. 299*

Siî LIVRB Xltl. CHAPifRE tt.

sanft doute parce quilles tint cachées, par la raison qu^on juge, en gçnéral, convenable de ne communiquer la sagesse profonde qu'après une longue préparation (1). Après que Julien, Tàmi zélé des néoplatoniciens et de la religion nationale, fut monté sur le trône, cette contrainte cessa sans doute , et la libre expression des croyances différentes fut aussi tolérée sous les empereurs chrétiens suivans jusqu'à Théodose; mais nous ne trouvons, malgré cela, pendant long-temps , aucun philosophe distingué qui ait pu exciter un nouveau zèle pour la doctrine toujours dominante encore. Il semble, envoyant la série de biographies qu'Eunape a données, assurément sans connaître clairement l'esprit de ce siècle , sans pouvoir non plus donner une idée un peu saillante de ses contemporains , que la tendance nouvelle aux formes oratoires , qui savait alors pousser quelques fruits tardifs, fit rétrograder la philosophie ; mais cette tendance révèle quelque chose d'un peu plus général encore, savoir la direction pratique qui avait prévalu insensiblement dans Técole néoplatonique. Les doctrines d'un Plotin, d'un Porphyre, étaient trop scolastiques, trop contemplatives, trop ascétiques pour qu'elles eussent pu satisfaire un siècle où la civilisation , la science et tout le genre de vie des anciens peuples devaient entrer en lutte avec le christianisme. On dut s'apercevoir que ce combat devait avoir lieu avec d autres armes que celles de la philosophie et de l'érudition seules. Les arts théurgiques , qui étaient alors en vogue, purent faire illusion pendant quelque temps; ils ne devaient pas non plus s'en tenir à la doctrine et à des jongleries secrètes; mais ils devaient pénétrer dans la grande vie, dans la vie politique , si l'on fondait sur eux l'espoir de quelques con-. séquences fortes. L'influence que les divinations et la nécromancie exercèrent sur la vie de Julien est une chose remarquable sous ce rapport; mais à cet égard , il y avait

(i) V. Mdes.y p. 37, Comm,

PHILOSOPHIE INEOPLATONIQUE. 533

des hommes coraraQ Chrysanthe y successeur d'Edésius, qui recherchait de bonne foi les lois de la divination , mais moins utilement que Maxime ^ qui sortait de la même école, homme d'un caractère violent, qui, à ce qu'on raconte , méprisait , par la grandeur de sa nature , les preuves en paroles , mais les donnait en miracle et savait arracher des signes favorables pour l'avenir (1). Aussi Julien fut-il plus coulent de ce mailre que de l'autre; mais si la doctrine de l'école dut pénétrer ainsi dans la vie politique, les prodiges et les prédictions ne furent qu'un des moyens de porter les hommes à la foi et à l'action ; l'éloquence politique fut d'un usage beaucoup plus général pour atteindre ce but. Elle trouvait également son applicaton dans la justification des pratiques païennes (2) et dans les attaques contre les doctrines chrétiennes (3). A. cette nouvelle ardeur pour l'éloquence se rattachent aussi les efforts des païens pour conserver leur littérature en général ; elle semblait aux philosophes le moyen de maintenir pures les manifestations divines et de les exposer dignement. Tous ces efforts attestent l'amour des Grecs et des Romains pour leurs mœurs patriotiques et pour la célébrité de leur cité et de leur peuple, qu'ils voyaient menacés par la religion nouvelle (4). On voit clairement la manière dont une autre direction dut être donnée en peu de temps dans tous ces points à l'école néoplatonique , c'est-à-dire une direction pratique qui se révèle dans Julien par le combat de la vie solitaire , dans l'éloge de la philosophie cynique et même de la philosophie stoïque. Il cherche à renouer tous les fils de l'ancienne culture philosophique,

(i) Eunap.y v. Maximî, p. 89; v. Ckrysanth,, p. 191.

(a) Le discoure de Libanius ûfrïp twv ttçZv.

(3) De là aussi rappUcatiou des chrétiens d'alors peur se distinguer dans l'art oratoire.

^ (4) Les ouvrages et la vie de l'empereur Julien en offrent plusieurs preuves; je renvoie à ce sujet à l'ouvrage de Néander sur l'empereur Julien et sou siècle.

i34 LIVRE Xin. CHAPITRE 111.

pour les opposer dans leur parfait accord à une religion étrangère et intolérante.

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