‹ Histoire de la philosophieChapitre 41 sur 54 · FIN DE L\ PHILOSOPHIE NÉOPLATONIQUE · texte numérisé non relu

FIN DE L\ PHILOSOPHIE NÉOPLATONIQUE

Cette direction de la philosophie néoplatonique vers la vie politique ne pouvait pas durer long-temps; elle n'était pas dans sa nature; elle n'y avait été entraînée que par les circonstances; mais elles changèrent bientàt. Dans la vie pratique, cette philosophie ne suffisait pas au christianisme; elle ne pouvait trouver sa véritable tâche que dans le maintien de l'antique érudition, de lart et de la culture scientifique. Quand donc le christianisme se fut tout-à-fait rendu maître de la vie politique , depuis Théodose-le-Grand , la philosophie néoplatonique devint entièrement une affaire d'école; son activité pratique disparut, ou se concentra dans la vie privée. Le caractère théurgique que récole néoplatonique avait pris, surtout depuis les temps de Jamblique^ elle le garda jusqu'à sa fin ; mais il s*y mêla un procédé scolastiqûe dans le développement des propositions scientifiques , par lequel Timportance de la culture scientifique est reconnue à côté de la théurgie. Dès qu'une fois le christianisme eut en général triomphé des usages du paganisme, on ne les retrouve plus en honneur que partiellement dans deux classes de la société; savoir, aux deux extrémités de la culture intellectuelle, dans la classe la plus basse [pagani) et dans la plus élevée. Dans la première, qui ne participe» eu général, au développement qu'après toutes les autres, rattachement à l'antique, l'habitude, l'incompréhensibilité de tout ce qui est nouveau pour elle, et la défiance qu'elle conçoit contre tout ce qui lui vient de plus haut, tout cela fut cause qu'elle resta opiniâtrement attachée aux superstitions

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du culte païen. Chez les hommes de la classe supérieure, au contraire, ce qui agissait c'était la conscience du prix de la culture scientifique et artistique qu'ils avaient reçue de leurs ancêtres , mais qui devait rétrograder en face du christianisme. Ils ne pouvaient pas abandonner ces biens pour une religion qui, bien qu*elle ne s'en montrât pas ennemie au fond, y paraissait néanmoins hostile dans sa forme d'alors. Ces deux classes de ceux qui tenaient encore au paganisme étaient très opposées entre elles dans leur vie intellectuelle; un seul lien les tenaient unies, les pratiques de la théurgie et la superstition qui était née avec elles.

Nous ne pouvons suivre avec une certitude historique la transformation de la doctrine néoplatonique en une forme proprement scolastique jusqu*à ses premiers commencemeiis ; mais il n'est pas invraisemblable qu'elle eût particulièrement lieu à Athènes où le caractère scolastique de l'antique manière grecque se conserva le plus long-temps et où il avait poussé les plus profondes racines. On iguore la manière dont lecole athénienne des néoplatoniciens s'unit à l'école précédemment examinée de Jamblique, qui avait eu son siège principal en Asie. Nous savons seulement qu'au commencement du cinquième siècle, un Athénien nommé -P/w/ar^Mc, fils deNestorius, avait à Athènes une école très fréquentée, et qui fut alors remplacé par son disciple Syrien (1). Nous connaissons mieux ce Syrien d'Alexandrie par un commentaire qu'il composa sur la métaphysique d'Aristote(2). Nous voyons par ce commentaire que sa doctrine portait le caractère d'une forme scolastique réglée. Quand il explique les propositions d'Aristote, il ne manque pas de rattacher à chacune d'elles ce que son école soutient , au contraire, comme théorème.

(i) Marinij v. Frocli^ la.

(2) Nous n'avons sous les yeux que la traduction latine de Jérôme Bagoliaus, livr. a, la et i3, les seuls qui aient é\é im-* primés jusqu'ici. Le texte grec existe encore en muiu$critt

de réfuter les raisonnemens d'Aristote qui lui paraissent faux d'après son point de vue, et d'appuyer, au contraire, sa doctrine sur des principes. Il part de Tidée que le principe de contradiction , pris en ce sens que le même ne peut pas être en même temps affirmé et nié du même, vaut universellement cdmme principe; mais que, pris dans un autre sens dans lequel il poserait comme vraie , soit l'affirmation , soit la négation d'une proposition , il n'a de validité que pour les choses qui existent , qui peuvent être sues , mais non pour ce qui dépasse la parole et la science , car ceci n'est susceptible ni d'affirmation ni de négation t parce que tout discours en serait faux (1). On voit que cette explication attribue à l'intervention de la pensée, ce qui est indispensable à l'école, une plus grande importance que ne lui en avait reconnu Plotin. Telle est donc aussi la raison pour laquelle Syrien attache un grand prix aux ouvrages et à la philosophie d'Aristote, prenant uniquement à tâche de faire voir que le respect pour ce philosophe ne doit pas nous conduire à révoquer en doigte les doctrines des pythagoriciens et de Platon sur les principes suprêmes qu'Aristote a combattus avec ardeur. C'est pour cette raison qu'il veut réfuter pour les plus faibles de ses disciples les principes d'Aristote (2). Du reste , cet ouvrage de Syrien n'a pas grand' chose de remarquable ; ce sont , en général^ les thèses de son école qu'il expose et qu'il défend par les distinctions accoutu* mées contre les attaques d'Aristote.

Le disciple et le successeur de ce philosophe , Proclus , sur la vie et la doctrine duquel nous avons des renseignemens plus précis , mérite plus d'attention. Sa vie a été écrite par son disciple fidèle , Marinas , qui le présente comme un modèle accompli , non seulement des vertus politiques ; mais aussi des vertus philosophiques et théur-

(i) In metaph., Il, foi. i3 b.

{2) Jb^y XII, proœni^y p. 4ï « s.

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