IV. Sô
54& uVRÊXnt. CHAPITRE m.
férieur est en rapport avec le supérieur , moyennant un nombre infini de degrés; car dans la hiérarchie des dieux il y a aussi des degrés inférieurs et supérieurs, en sorte que leur série semble presque indispensable, et que la série des démons se rattache alors à celle des dieux ^ et occupe le milieu dans TuniTcrs, tenant le tout en rapport sans changement^ série qui est formée de plusieurs espèces de degrés (1). Proelus insiste sans doute sur ce que le& degrés des choses doivent cependant être établis d'une manière idéale , et il blâme en conséquence ceux qui regardaient les âmes comme des démons expatriés, parce que Tessence ne peut être changée par le changement de la qualité (2) . Mais cette tentative d'arriver à une division idéale, il ne Texécute cependant pas d'une manière logique; car il pense que les démons suprêmes pourraient très bien être appelés des dieux à cause de leur grande ressemblance avec eux, et en général le premier dans chaque ordre porte la forme de Tordre supérieur (3). Ce n est que de cette manière qu'il croît pouvoir obtenir la liaison avec enchaînement du supérieur avec l'inférieur dans tout l'univers (4). La confusion des idées augmente encore dans cette doctrine par le fait que la raison première est, pour Proclus, un dieu tout aussi bien que le démon suprême (5) ; d'où nous pourrions penser que la raison et le démouiqae étaient pour lui la même chose , si la division que nous avons donnée des démons n'était pas opposée à cette opinion (6). Dans le fait , sa doctrine des démons n'est qu'une intercalation dans la division
(i) InAicib., pr. 21, 22, p. 6^ s.
(a) Ib,, 21, p. 'jo,
(3) Ib., 22, p. «ji. Ûç yàp xaB' SXw K^oLt naariç ra^ièoç rh irpw- TiTTov oa^tt TV2V «pb laUTou ptop^^iv* Ib,^ 56, p. 1^8.
(4) Inst, theoLy 21, m, 112.
(5) 1 12; in Alcih,, pr, 22, p. 71. Koei yàp voSç h irpwrtffroç «vr^- Ocv 5coç.
(6) In Alcib,^ pr. 22*
1?IN DB LÀ PHitOâOPftiB NÉopLATONIQtJS; fi4?
Scientifique des émanations divines qu'il avait reçues de Plotin ; la foi de son école le poussa à cela , de concert avec les mythes de Platon. La preuve qu'il n'a pas fait beaucoup d'efforls pour concilier ce dogmU avec le reste de sa doctrine y c'est que tout son art logique n'est qu'un déguisement de l'arbitraire de ses conceptions. Cet art ne l'empêche point de confondre les idées leâ plus importantes de sa doctrine. D'après Tordre rationnel de son système, les dieux ne devaient être ni raison ni âme ; tout dieu est suprà-substantiel^ suprà-rationnel et au-dessus de la vie (1) ; mais ensuite il est aussi parlé d'une taisoti qui né doit pas même être encore la raison suprême incommunicable , mais dont cependant les âmes des dieux participent (2) .
Avec ces expressions indéterminées^ qui inclinent tantôt dans un sens tantôt dans un autre, il est sans doute difficile de deviner le véritable dessein de cette doctrine; mais lin point nous semble cependant certain, c'est que Proclus tend fceaucoup plus que Plotin à peindre la destinée de l'homme et celle de la raison en lui comme misérable , et ayant besoin de secours. Nous avons vu que la raison ne peut nous unir à Dieu ni par la pensée ni par une autre énergie ; elle n'est pas non plus voisine de l'Un, séparée qu'elle en est par un grand nombre de dieux d'ordres difTérens. Plotin , dans son sens élevé et hardi, en représentant la raison dans sa plus haute dignité, comme si, exempte de tout pâtir, elle pouvait contempler parfaitement l'Un, en attribuant exclusivement cette raison à l'homme et à l'âme , quoique pas assurément sans tomber dans beaucoup d'erreurs, grâce à la tendance de la doctrine de l'émanation, fournit pi^r là même à Proclus , qui s'empara de ces erreurs , l'occasion de mettre en contradiction la doctrine de Plotin.
(i) Inst. theoLj ii5.
(a) I Alcib.j pr. 19, p. 65.
Ce philosophe ayait réduit sa doctrine à la définition stricte entre le corporel et l'incorporel; il crut en conséquence pouvoir affirmer que la raison et Tâme sont absolument impassibles à regard du corps. Aussi, Produs maintient cette opposition stricte j| il cherche même à la déterminer d'une manière assez rationnelle en faisant consister le caractère propre de l'incorporel en ce qu'il peut se replier sur lui-même y réfléchir ; ce qui ne convient point au corporel , attendu qu'il a des parties qui sont distinctes (1) . Il fonde là-dessus la preuve de Timmortalité de l'àme, faisant voir que tout être qui a la faculté de revenir sur lui-même, dût-il -être uni à quelque autre chose , à un corps , ne peut cependant lui être uni que d'une manière divisible , car l'activité réflexive lui reste comme une activité qui est indépendante de ce avec quoi il est uni, parce qu'elle ne se rapporte pas à ce qui est uni (2). Mais il reconnaît ici cependant que l'àme participe du corporel, qui doit naturellement avoir sa réaction sur l'âme. L'âme est donc mue, à la vérité, quant à son essence , par eUe-même , mais participant du corps, elle a aussi certaine part de mouvement par autre chose (*3) . Il est donc naturel que le sort de l'âme ne lui ait pas paru tout à fait indépendant de Texleme. Proclus s'oppose, à la vérité, à ceux qui rendent notre bonheur dépendant des biens extérieurs, car ce serait en quelque sorte comme si quelqu'un voulait affirmer que les états
(i) Inst. theol.j i5. IIôcv to irpbç loturo iircaTocirrtxbv âorwparov iffTtv* ow3lv yàp Twv Cbifxaxwv irpbç cofUTo ireyuxtv imazptftn xtA. Ib.y 83.
(a) Ib,, 82. Ilav àffdjftaroy irpoç êourb Imcrptircixw ïv, vn akkuv ftfTcxoficvov x^P^^^Ç nert^trat * ti yàp à/tapifjxwç , 19 cvcpyeta wtov wx ?<7Tac x«>P«^ Tou peréxovToç, tùvmp ou* i5 oûaca' ce Sk towto, oux circorpt^cc irpb couto. Ib,, 171, 186, 187, 189;
(3) In Alcib.^ pr. 76, p. 226. Kar' owacotv yh yàp lortv cwtoxi- ÏÏ2T0Ç i ^'W)^ , xQtvwrn9a7(x Sk Tw cvftau ftfTcoxe irwç r^ç ércpo*
FIN DE LÀ PHILOSOPHIE NEOPLÂTONlQUt. 549
de Tombre ont une influence sur le bien-être du corps(l); il est vrai qu'il dit aussi que le matériel n'a aucune force (2): mais il ne prétend pas nier par là que notre âme soit impassible. Il contredit expressément la doctrine de Plotin et de ses disciples sur ce point; il l'accuse de n'être pas une juste interprétation des propositions de Platon. Comment l'âme faillirait-elle , pécherait-elle et pourrait' elle de nouveau s'élever au divin, si elle, et sa raison , et la liberté de sa volonté ne participaient pas au pâtir du corps , si elle n*était pas dans le temporel et ne s'enveloppait pas de vétemens matériels qu'elle dépouillerait ensuite après certaines périodes de temps (3) ? Il ne peut donc pas non plus penser avec Plotin que l'âme qui descend dans le cosmique, n'y descende pas tout à fait (4), comme si sa raison pouvait toujours rester avec les dieux. Cette doctrine est étroitement unie à sa théologie. Il conçoit les âmes si intimement liées entre elles dans leur vie cosmique que les péchés de l'une passent à l'autre , et que les fils participent aux fautes des pères , les sujets à cellesdes souverains, parce quetoutle monde constitue une unité vivante dans laquelle se forment des unités vivantes plus petites, des familles, des peuples, et se composent entre elles de telle sorte qu'il est juste aussi que les membres particuliers de ces unités supportent la peine en commun (5). Il pense , comme la philosophie védanta ,
(i) Ib,f 35, p. 107.
(îi) Ib., 58, p. 164.
(3) Ib., 48, ySj p. 227. OvTf au cxc/vouç ( se. <x?colcSofttOa roùç Xoyooç), offoc fACpoç fiiv cT^ai ttîç Srtiaç oWaç Xtyouffi riv >jn/)^v, SfAOCOV Sk tS oXm to ftipoç xotc àù TcXctov, Tbv Si B-opûSov cTvac xae roc iroidvi irtpi TO ÇSov. Jn Tint, y V, p. 34ii f'nst. theoi.y 190, 198 —
(4) Inst. theoi.y 211. Ceci était un point contesté dans les derniers temps de la philosophie néoplatonique. V. Creuzer fidl. 1.
(5) Dubi't, circaproi^id.j 9, p. 168 s., ed, Cons»
que 1 amerevct plusieurs enveloppes, les unes plus fines, les autres plus grossières, dont elle peut se dépouiller. insensiblemen): et successive^lent , et que ce processus de la vie de Tâme a lieu dans des périodes déterminées , que plus rame s'élève plus elle s'est affranchie de ses enveloppes extérieures (1). L'âme doit conquérir son affranchissement non seulement par sa propre activité, mais encore par le secours des démons (2). Ainsi donc l'âme , dans la doctrine de ProcloSi reçoit une tout autre position que eelle qui lui avait été assignée par la doctrine de Plotin ; elle semble plus imparfaite et avoir plus besoin de secours.
Il ne faut pas méconnaître qu'il y a là progrès versl'exr périence. Mais il y a aussi accord avec les thèses générales de la théorie de l'émanation et avec les opinions théologiques de Proelus. Nous observons en général que la doctrine de Proelus trahit Finclination à faire prédominer l'idée d'âme sur celle de raison, tandis que la doctrine de Plotin tendait au contraire à faire rentrer l'idée d ame dans celle de raison. Ce penchant se révèle dans la définition de l'incorporel par l'activité réflexive, dont la conséquence est que toutes Les choses qui sont dans l'activité réâexive doivent être conçues comme d'autant plus imparfaites qu'elles étaient plus près du commencepient ; et comme d'autant plus parfaites au contraire qu'elles Bont plus près de la fin (3) . C'est une conséquence naturelle de la doctiûne du départ et du retour des choses. Mais il résulte de là l'hypothèse que toutes les choses incorporelles se 4éveloppent progressivement; ce qui ne pouvait cependant pas être attribué, dans la réalité , suivant toutes les idée^ néoplatonjques^ à la raison pure.
(i) In Alcîb.^ pr, 48; inst. theoLy aog.
(a) Jn Alcib.^ pr, 89, p. a8o s.
(3) InsL theoLf 37. navrcAvréav xor' CTrtcrrpo^v û^cffra^rwcov rà wpwTa ârcXcoTcpa twv JwTcpwv xaj t« ievTipa xwv eÇîç; t« SkïoYarai TtXeeoTocTa.