FIN DE LÀ PHILOSOPHIE NEOPLÀTONIQUE
mais seulement à Tâme. Nous trouverions cette pensée de Proclus très digne d'être prise en considération s'il l'avait développée et si elle n'était pas en contradiction avec d'autres tendances de la doctrine de l'émanation.
La direction essentielle de la théorie de l'émanation lui sert on ne peut plus pour indiquer à tout écoulement son idée déterminée ou son degré d'existence. C'est un principe de Proclus, que tout ce qui est produit doit avoir une ressemblance déterminée avec ce qui produit , sans qu'il puisse lui être égal; en tant qu'il a àe la ressemblance avec ce qui produit , il reste dans ce qui produit; mais en tant qu'il en diffère, il sort de lui (1 ). On ne peut trouver de raison pourquoi ou comment ce qui est produit doit changer cette ressemblance naturelle et essentielle et cette dissemblance. Nous ne pouvons par conséquent regarder ce qu'il dit de la sortie des choses de leur principe et de leur retour dans ce principe, dont les écrits de Proclus sont remplis, que comme quelque chose hors de propos ; et quand il affirme que tout être tend à son principe, nous trouvons cela d'accord avec les autres opinions de son école , mais nous ne pouvons le concilier en aucune façon avec son assertion que chaque chose , autant qu'elle le peut, est une même chose avec son principe et reste en lui (2). Aussi, malgré les nombreuses suppositions arbitraires de cette philosophie sur le monde des idées, elle n» pem; paryenii* à conquérir <un passage M cç iponde idéal à la coi^iingenge du inonde sen»bl^.
Mais le point par lequel Pradcis s'écarte le fius de Plotin tient à cela. Il ne peut pas admettre dans ses principes un véritable et parfait retour de ce qui est produit; il ne connaît pas Tintuition de l'Un, qui servait de pivot à toute la doctrine de Plotin. Il tient fortement au contraire au principe de l'émanation, que tout ce qui est in- -
■ ^ .-y—-— 11^ i lin I I I I I H I ■ I ■ I 'I I II I ■
(i) Inst. tiepl,, aS, 3o.
(a) iJ., 3i.
450 ^^^^^ *^"- CHAPITRE m. ^
que 1 ame reTét plusieurs enveloppes , If / élevé que
les autres plus grossières, dont elle/ I / il est par-
sensiblement et successivement , o^ f t ^ cslîon d'un
vie de l'âme a lieu dans des ^:f^ ' Aement que
plus rame s'élève plus elle s'e' ^^^ ' nermédiaire,
. '-•^„^«« fi\ T'amPfî^^ y ^ • iiaire, car sa
pes extérieures (l). L.ame r ., ^ .^ ,^, ,
sèment non seulement pa^^ ; . v /
par le secours des démo | r ." i ' être suprême que
doctrine de Proclus , 'J { ; « .
celle qui lui avait ér; : ' ! .a.tement d accord avec
elle semble plus : : ' ^ ""an'^e^le encore en elle
. ' • • .emeiit, que nous ne pouvons secours. > . , . ,11.*
Ti A.»fr«v<ir ' • ' »vec sa doctrine. Il dit que tout Une tau t par ^ . ^
' • ^^ Mo; V * -st participable (3). D'où ilsuitnaïupenenee. Jttai ■ '^ r . \^ . ui A I ^ 1 tliéor*' • * ®®^ parfaitement inconnaissable. A la
1 7 .s dieux sont aussi inconnaissables en eux-
^ " j .ffables à cause de leur union suprà-cosmique, trine de * . 1 j-
.,. , , , j que nous connaissons est un être , mais iedi-
, , au-dessus de l'être ; toutefois nous pouvons aussi de PI - J. J . •
. ^itre les autres dieux , en vertu de ce qui participe
. ^; mais comme rien né participe du Premier, nous
cuvons pas même le connaître d'une manière mé-
Mte (4). Il distingue donc comme trois degrés subordon-
^ : ce de quoi rien ne peut participer, ce qui est parti-
(i) Ib,^ 38. Ka\ irSffa Intarpotph ita tSv oùtSv 9 ^1* wv toù yi irpooSoç, inù ycnp Si' ôfxoconjToç ixartpa ycvrrai , rb juiW afitoùnç céiro rmo^ irpocXObv mec hvéarpomrGu àfdmaç irpbç oôro ' ri yàp hfiotoTnç afie^oç h Ib.y i3a.
(2) In jélcib.y pr. 19, p.. 63.
(3) InsL theol.y 116. nàç j^cV? fiiSexroç iarc wXiv tou wpç. h Fiat, theoly III, 7, p. i33.
(4) InsL theol»9 128. Ilav to S'cTov aurb fji^v ità rtjv yjrepufftov cv««v ctppvirév iart xae ayvcjvTOv iraore to7ç ^curepoiç* âirb ftrwv ficTcj^oVTwv Xtjirrov lare xac yvcaorrov. Aib fnovov to irpwTov irovri^Sç ayv6>9roy , arc ô^'Ocxrov Sv. Ilaaa yàp 19 Aà Xoyou yvôcrrç twv ovtwv loTj x«e Iv ToTç pvacv ^et rb rtîç àXyjôcjaç xaTaXyjimxov jitX.
FIN DE LA PHILOâOPHIS NEOPLÀTONIQUE. 553
^ -e qui participe (1) , et il ne reconnaît pas seu-
? ^^>^ ^mme non participable| mais aussi une raison
^ ^^, ^^^ ersonne ne peut participer, deux choses
^. %^ "^^^ * degré suprême dans leur espèce (2).
'^y^ *" éi^ %^ ^v^ 'e suprême au-dessus de tout rap-
^-'/^ %^ *^h^ *■ ici (3). Nous n'aurions rien à op-
^, '^^^^ '^-V 'Vl, ' 3clus dans le sens de la théorie
r '"'^^ '^.' X '*^ '• o devait pas faire naître différen-
'- "^i^ ^ uans une seule et même unité; car
de vue de la ressemblance et de la dis- -5 émanations et des choses émanées, le côié leur qui n'est point exprimé dans Tinférieur .ans doute être regardé comme quelque chose de ^n-intermédiaire, en sorte que tout supérieur ne serait pas parlicipable sous certain rapport pour son inférieur. Mais il n'envisage pas sous ce point de vue l'idée du nonpar ticipable; pour lui, rUn, la raison suprême et l'être suprême sont plutôt absolument imparticipables ; il veut que l'on reconnaisse, dans ce qu'il y a de plus élevé dans chacun des ordres supérieurs, un manque de rapport total. Mais ce manque de rapport est incompatible avec son opinion que tout ce qui produit doit avoir de la ressemblance avec ce qui en est produit. Proclus lui-même émet d'ailleurs le principe que ce qui est fait doit nécessairement participer desa cause, parce qu'il en tient son essence (4). Suivant le principe que tout est connu par ce qui lui ressemble , il accorde quelquefois aussi que nous pairtici-
(2) Ib.9 166; in Alcih.ypr, 19, *p. 65.
(3) Inst. theoLf 28. Tb ^iv yàp âjuicôexTov fiova^oç î^^ Xoyov wç êouTou ^v xae oux aXXou xaH^vjpiQurvov Tb>v pcrc^ovTwvânoyew^ ràfnré- ^(oOac juvajutcva.—* Tb'j^ fAfTcjfopevoviravTtvbç yevofjievovûy' ov/xeWj^rrar, Tivbçyevojùiwov âcurtpov core Touirôéatô/xo/caç wapovroçxat irovraày èaurou TrXyîpw^ovToç ' to ^hyoLp h Ivîov £v toTç âXXocç oôx tlartv. Ib,, 23, 1 16.
(4) Inst. theoLy 28. AXkâ y^v avay«9 rbamaTovrou «ÎTcoujuifrc-
s 52 LIYRB XlII. CHAPITRE III.
fërieur n'est en rapport avec ce qu'il y a de plus élevé que par les êtres intermédiaires au moyen desquels il est parvenu à Texistence. Quand bien roéme il est question d'un retour des choses, cela veut donc dire simplement que tout ce qui procède d'un être supérieur par intermédiaire, ne peut y retourner que par cet intermédiaire^ car sa ressemblance n'est qu'une ressemblance médiate (1). Les hommes ne communiquent donc avec Tètre suprême que par les démons (2).
Jusque-là sa doctrine est parfaitement d'accord avec ses principes généraux. Mais il se manifeste encore en elle un autre principe de mouvemeut, que nous ne pouTons trouver en harmonie avec sa doctrine. 11 dit que tout dieu y excepté TUn, est participable (3). Doù il suit naturellement que Fun est parfaitement inconnaissable. A la vérité, les autres dieux sont aussi inconnaissables en euxmêmes et ineffables à cause de leur union suprà-cosmique, car tout ce que nous connaissons est un être , mais le divin est au-dessus de l'être ; toutefois nous pouvons aussi connaître les autres dieux , en vertu de ce qui participe d'eux ; mais comme rien ne participe du Premier , nous ne pouvons pas même le connaître d'une manière médiate (4) . Il distingue donc comme trois degrés subordonnés : ce de quoi rien ne peut participer, ce qui est parti-
(i) Ib.j 38. Ka\ irSéva lircorpo^ <î(« tSv oûtSv , ^i «v xa« ri "irpoo^oç. EircV yo^ it' hitoiorriroç cxorcpa ycvmec , rh fth afUatù^ àiro revoç irpocXO^ wtt hrttfrpairrai àftimfç irp^c ocûro * 19 yoep hfiotornç ocficffoç ?v Ib.y i3a.
(2) In Jlcib.y pr. 19, p. 63.
(3) Inst, theoLy 116. nàç 5t^ç ficdcxroç iari wXiv toS tvoç. In, Plat. theoL, III, 7, p. i33.
(4) InsL theoLf 128. I15v to 3c7ov «Oto fth iià tyjv uircfouaiov îvtù^tv aipfffir^ lort xai ayvuvrw icafft to7ç ^curcpocç * âirl Sk twv ficTC)^oVT«i>v Xyjirrov lart xaà yvwffTov. Atb fiovov to irpSirov iravTcXSç ûej/vtù9TW y ôfrc ôfuOcxTov ISv. ïlaaoi yàp ri ^toi Xoyou yyucreç tcov ^vrtov lorrl xae îv to7ç ovaev l^ee ro rriç àhfitiaç xarcîkri'irctxw mtX.
FIN DE LA PHILOâOPHIS NEOPLÀTONIQUE. 553
cipable et ce qui participe (1), et il- ne reconnaît pas seulement rUn comme non pariicipable| mais aussi une raison et un être dont personne ne peut participer, deux choses qui sont comme le degré suprême dans leur espèce (2) . I^a tendance à élever le suprême au-dessus de tout rapport se révèle évidemment ici (3). Nous n aurions rien à opposer à cette division de Proclus dans le sens de la théorie de l'émanation, si elle ne devait pas faire naître différentes faces distinctes dans une seule et même unité ; car d'après son point de vue de la ressemblance et de la dissemblance des émanations et des choses émanées, le câté du supérieur qui n'est point exprimé dans Tinférieur doit sans doute être regardé comme quelque chose de non-intermédiaire, en sorte que tout supérieur ne serait pas parlicipable sous certain rapport pour son inférieur. Mais il n'envisage pas sous ce point de vue Tidée du nonparticipable; pour lui, TUn , la raison suprême et Fêlre suprême sont plutôt absolument imparlicipables ; il veut que Ton reconnaisse, dans ce qu'il y a de plus élevé dans chacun des ordres supérieurs, un manque de rapport total. Mais ce manque de rapport est incompatible avec son opinion que tout ce qui produit doit avoir de la ressemblance avec ce qui en est produit. Proclus lui-même émet d'ailleurs le principe que ce qui est fait doit nécessairement participer de sa cause, parce qu'il en tient son essence (4). Suivant le principe que tout est connu par ce qui lui ressemble, il accorde quelquefois aussi que nous pdrtici-
(a) Ib,9 i66; in Alcib.^pr, 19, *p. 65.
(3) Instn theol.p a3. To fàv yotp â^6exrov /AovaJbç £;^ov Xoyov wç courou ]^ xai oux âXXou xoec i^rypvjuévov rwv pert^ovTuvâTtoyew^ ràficre-
TivbçycvofMvov ètvrtpw îari rovirôéat ôfto/caç icapo'Jroçxai irovraôe^ eaurou 'irXy^pcoaavToç' to fjilvyocp h Ivjov h to?ç âXXoiç oiix c^rcv. Ib., 23, 116.
(4) Inst. theoLy 28. AXka (triv av«yxî9Vo'a«Ti«Tl)VTov «mcujuirrc- )f€cv, wç ixtrSfy f^^ov rîîv ouffcov.
£5i ZJVE]^ un. CHAPITRE Ilf.
pons de la raispp par la raison et dp Premier par VHn f qui habite en no^Sf en quelque sort^ par la 4eur de notre (essence au moyen de }i^uel}jç i^ous tenons princip^lem^Ht au divin (1).
Cette distinction entre ce dont rien i^e participe et ce dont participe autre chose ^ert évidemmei^t ^ aUme^ter la pensée mystique , qu^ Proclus avait à Cfl^iir* Il ne lui suffisait pas d'affe^'inir Topinion de Plpûn conceriiant Tintuitio^ çQprÀ-sensjible de TUn;. eette intuition lui semble encore trop re88emt)ler à la pensée rationnelle. 11 veut au contraire (Bnûèreipen^ soustraire à no^ yeux qb qu'il y a de plus élevé dans to^t ordre de l'/esistence^ Le placer dans une région dont nous ne pouvons pas appro* cher, sans oser cepeadani nous ôter l'espoir d'y atteindre mystiquement au moyen des êtres inlermédiaires dofit sa philosophie païenne recommande le çuUe. Il reconnaît donc une révélation mystique du dieu premier^ au moyen des dieux inférieurs (2). Ses recommandations de la foi, de la vérité et^eTamoury qui se rapportent aux attributs suivansdu divin, la bonté, la sagesse et la beauté, sont donc conséquens à cette doctrine (3). Par l'amyour, quil exalte partieulièrement, tout être inférieur doit être uni au supérieur. Proclus penee à la vérité que le suprà-sen-
(l) In jâ/ciff., pr^ %%j p. 24? • O^ yoi^ voZ'^t^xixpyiM yccrqt rov d^ p)}(ilvov voov ou^ ;fal tou irpcar^v ^ vap ov «racriy 99 yviîatç , xqLXÇf. xq cv xae oTov âvOoç t^ç ouo'caç i7|uic5y, xa9 ô xac juioXc^ra rôS 3'et6> ouvairr»-
(a) TheoL Plat,, III, 14. Kac yàp eu rpcTç aurat Tpt^^cç fiuortxwç CTroyye'XXova't ttjv tou irpearou d'coi) xq^'t â|uic9^Tov irocVTfXwç o^va»arov ceèrcocv. !Nous uecroyons pas oécessaii^e d'expliquer la doctiioe de Produis sur les trais trinilés, doctrine qui, te rattachant aux idées platoniques, a été coosidérablemeni amplifiée. £lie îalt partie de l'apparat de savoir de notre philosophe, mais elle ne touche point l'essentiel de sa doctrine.
(3) /(&., I, a4, a5; in Jlcib.f pr. x£, p. 5i; un peu différemment rAeo/. Plat. III^ II, p. i3g,
FIN DE LA PHILOSOPHIE TïÉOPLATONIQUE. 555
sible, qui n'est connaissable que par la raison , n'a pas besoin de Finteryention de l'amour , à cause de son union ineffable (1); mais cette pensée ne lui Tient cependant que d'une manière passagère ^ puisque dans un autre endroit, il lui oppose l'assurance plus générale que les dieux se*« raient aussi liés par l'amour à la beauté supra-sensible » de même que les démons ayec les dieux et les âmes avec les démons (2).
Nous ne pouvons voir dans ces divergences de Proclus l'ancien enseignement de l'école néoplatonique qu'une continuation des mouvemens qui s'étaient insensiblement répandus dès le temps de Jamblique. Ils tendent tous au mysticisme de la doctrine , et se rattachent à la superstition théurgique du paganisme, qui commence maintenant à s'énoncer en entreprises moins téméraires et à passer de la vie publique dans la vie privée, où elle se retire. La conséquence naturelle de cet état d^ choses, c'est que les mouvemens mystiques se renferment davantage dans la vie spirituelle, et i^ traduisent en foi et en amour. L'élément scientifique de la doctrine néoplatonique disparait au contraire de plus en plus. Nous avons dû remarquer à la vérité que l'école néoplatonique athénienne se distinguait par la tendance à donner à ses doctrines un ferme enchaînement , en suivant les formes de la preuve; mais nous n'avons pu nous dissimuler non plus que cette élégance extérieure ne répondait guère à la valeur interne des pensées, que le fond et la forme menacent sans cesse de se séparer. C^est là la dissolution des temps; c'est un signe que les formes de l'école, qui n'étaient qu'apprises, n'étaient pas sorties du développement de leur vie intérieure.
Si Ton peut dire de Plotin qu'il a exercé une influence considérable sur la philosophie de 1 époque suivante ,
(i) Ih Alcib,,pr. i6y p. 53.
556 LIYRB XIII. CHAPITRE 111.
non seulement sur la philosophie païenne, mais encore sur la chrétienne 9 on ne peut en dire autant de Proclus. La philosophie chrétienne avait déjà perdu de son temps la première fraîcheur de sa force ascendante; sa doctrine ne pouvait faire impression que sur quelques unes des excroissances mystiques de cette philosophie chrétienne. Son influence sur la philosophie païenne ne pouvait,, en tout cas , être grande, quoique le respect dont il jouissait dans son école fût porié très haut. Car cette école, ainsi qu'on Ta déjà remarqué , était alors restreinte à une petite sphère d'action et réduite à la condition d'un parti qui se meurt. C est ainsi qu'elle se présente dans tous les documens que nous avons sur elle ; ils sont remplis de traits d'une louange exagérée et d'une envie secrète, qui sont ordinaires aux partisans des sectes particulières (1). Nous voyons par là que l'école n'avait fait qu'un faible progrès parmi des hommes qui ne pouvaient pas complètement gagner la confiance de leur parti. Les traditions sur ces hommes ne sontjpas du reste sans lacunes. Parmi eux sont : Marinas^ Isidore et .Zénodote , trois disciples de Proclus, qui paraissent avoir été quelque temps chacun à la tète de l'école, plutôt par nécessité que de leur plein gré, afin que l'école platonique ne £&t pas sans maître. Ils purent même avoir conscience de la faiblesse de leur philosophie qu'ils n'estimaient pas d'ailleurs au-dessus de tout , car la superstition des pratiques magiques et de la religion païenne était à leurs yeux préférable à la philosophie, dont ils ne déploraient la vieillesse que parce
(i) Gomp. ?hot. bihl. cod. i8i, 242, et les articles de Suidas qui se rapportent à cette époque de l'école néoplatonique. Tout cela est sans doute pris de la vie d'Isidore par Damascius; mais on y peut bien reconnaître le caractère de l'école. Photius juge avec raison cod, 181, p. 212 Hœsch. iravT6»v f Saouç èÇoecpei toTç
Xoyotç vak xpccrrovç in xar' âvôpcoirwv yv(ytv 5ceaSci yeyovtvat oùx
cffrev OTOU fit] «aOrî^wTo V «x«<rr«u tGv :^OEr)fMeÇofttW lài Mticrvîpùv fjÇecv xtX.
FIN DE Li ]>âlt080PHIK NBOPLilLfOlUQÙÉ. tà1
qu'elle est une préparation humaine à quelque chose de supérieur (1). S'ils ne se chargeaient que malgré eu% de renseignement , il faut en chercher aussi une raison dans le péril qui était attaché au professorat d'être persécuté par les chrétiens ; la vie de Proclus et beaucoup d'autres documens ne permettent pas d'en douter.
Si ces philosophes ont laissé quelques ouvrages, rien ne nous en est parvenu. Nods n'en savons guère que ce que nous en a transmis un de leurs disciples , Damascius de Damas ^ qui nous a donné dans sa biographie d'Isidore des renseignemens sur les rapports des derniers néoplatoniciens, et qui fut même quelque temps à la tête de l'école néoplatonique (2). Nous voyons par les extraits de cette biographie commentie.plus ridicule amour du merveilleux régnait dans cette école , comment l'esprit de superstition s'en rendit maître. Nous possédons encore de Damascius un ouvrage contenant des doutes et des solutions sur les premiers principes (3) et qui nous fait voir comment la subtilité philosophique s'unissait à la superstition pour favoriser le mysticisme le plus pernicieux. Nous retrouvons aussi dans cet écrit le caractère de l'école athénienne, la tendance à tourner dans des raisonnemens sans fin, seulement pour faire voir que tous ces raisonnemens sont impuissans à nous donner une détermination certaine des premiers principes des choses. Le premier principe de toute chose est ineffable pour Damascius, il ne peut être rendu dans aucune pensée déterminée. Nous ne pouvons pas l'appeler la cause ^ le
(i) Gomp. les expressions d'Isidore dans Phot, bibL cod.^ 2k42, p. 568.
(a) Ceci est conclu de son surnom ^ca^o^^oç.
(3) Publié par J. Kopp, Francf.-sur-le-Mein, 1826. La continuation du commentaire de Proclus sur le Parménide, qui est attribuée à Damascius, ne lui appartient pas, du moins sous sa forme actuelle. V . Kopp dans la préface, sur ce qui n'est pas encore imprimé.
ni pour la philosophie , ni pour leur religion (1). Mais ils purent avoir nourri des espérances trompées ! C'en était fait de tout espoir à ces choses terrestres. Avec eux, si la philosophie païenne ne descendit pas entièrement dans le tombeau , elle ne laissa cependant plus de trace pour Thistoire. ,
On ne peut détourner les regards de cette fin tragique de la philosophie ancienne, sans se sentir assailli d'une multitude de pensées. Quelle destinée pour des doctrines autrefois si prospères , si pleines de confiance , et qui se croyaient tant d'avenir ! Que n'avaient-elles pas promis aux hommes! science, sagesse, bonheur, ordre rationnel de la vie, tout devait en être la conséquence; Tintuiaon devait en sortir. Aujourd'hui plus d'espoir! Elles se trouvent à bout, elles n'ont plus qu'à mourir! Est-ce donc à dire que ces doctrines soient perdues parmi les hommes? Non, les ouvrages de Platon, d'Aristote sont encore lus avec soin ; on connaissait bien encore ce que les stoïciens avaient indiqué sur la pensée scientifique, sur la force d'âme. Mais quand on réfléchissait aux pensées des anciens, on sentait par-ci, par-là, leur force persuasive, sans cependant pouvoir s'en rapporter à eux avec une parfaite confiance, car aussitôt se présentaient d autres pensées assez puissantes, sinon pour ébranler les précédentes, du moins pour les couvrir d'un nuage C'est ainsi que nous voyons contradictions sur contradictions chez les philosophes de cette époque. 11 devint évident que ce n'était ni l'abondance des pensées, ni la culture formelle de l'esprit, ni l'habileié dans l'art de raisonner, qui donnaient à la raison sa sécurité. Tout cela ne put garantir la philosophie d'alors de la superstition la plus grossière. Où est donc maintenant la civilisation que l'ancienne philosophie avait promise à l'homme? Il est permis de croire que l'orgueil des philosophes , qui avait été porté
(i) Agath.y 11^ 3o s., p. 67 s., ed. Par*, de là Suid,^ s. v. (
FIN DE LA PHILOSOPHIB NBOPLATONIQUE. o6*l
si haut y dût être rabaissé par un tel résultat. Il est à remarquer , cependant , que la philosophie plus modeste d'un Socrate, d*un Âristote, eut le sort de ses compagnes.
Si nous reportons nos r^ards sur les philosophes du dernier siècle , nous trouverons bien en eux une certaine indigence» une certaine* étroitesse de pensée , mais qui leur pesa moins que la richesse même. DanaTécol^ platonique j la recherche philosophique avait y ainsi que nous rayons vu , porté presque exclusivement sur la théologie^, ou, poumons servir d'une expression nouvelle , sur les idées les plus élevées de la métaphysique ; à c6té de ces idées furent affermies les idées plus générales, et les formes de la recherche logique , qui devaient servir comme de moyen. La physique, au contraire, et l'éthique sont le plus souvent réduites à des accessoires du. plus mince intérêt. La raison n'en est pas difficile à apercevoir. Nous avons cependant du reconnaître que ces branches de la philosophie avaient été beaucoup moins bien cultivées par l'ancienne philosophie que la logique. Elles étaient d^autaut moins à Tabri de Tinfluence d'une nouvelle façon de penser. La physique, en particulier , était fondée^sor une série d'analogies imparfaites , qui ne se fondaient que sur une expérience très incomplète; ce qui pouvait avoir quelque valeur scientifique, avait été recueilli dans les sciences expérimentales que l'on cultivait alors , parallèle»ent.à la philosophie , quoique faiblement. L'éthique, au oon-' traire , tournant à la politique aux plus beaux temps de la philosophie, ne pouvait pas avoir d'importance aune époque où le sentiment politique des anciens, peuples était mort, où l'importance de la forme sociale de Tancîenne éducation était perdue ; il ne lui restait donc que le champ des recommandations pour la vie privée. Miab comme on cherchait une vie commune daus une société religieuse , il dut aussi se former une tendanceà d'autres formes morales 9 x® qui ne devait cependant paa encore aller jusqu'à s'e^^primer en une idée sciontifiqmœent