CONCLUSION
pour les êtres. Sa profondeur tient à ce qu'elle exige le plus parfait accomplissement de Tessence et qu'elle ne se laisse point détourner par les troubles de la vie de l'idée qu'elle est accessible. Mais elle ne sait nous promettre ce degré suprême, cette perfection de notre existence qu'en affirmant le néant de toutes les perturbations de cette vie, le néant de la vie dle-même, parce que les troubles doivent être nécessaires à la vie. Ce qu'elle nous promet n'est pas tant d'atteindre notre fin, notre vie parfaite, que d'être affranchis de ce qui offusque notre essence et qui nous empêche de voir que notre essence est accomplie de toute éternité; sa science est la connaissance claire du néant de notre vie.
Dans le fait, ces opinions, les grecques et les orientales, sont distinctes. Le Grec espère atteindre tout ce qui est accessil^e à la force limitée de l'homme, tant dans la vie politique que dans la science , par une activité noble et vive, par l'énergie de sa raison. 11 trouve dans cette activité même la jouissance et le bien qu'il peut acquérir. Mais un dernier but de son travail, qui contentât parfaitement le désir dô la raison» il ne pouvait se le pi;omettre. Une activité ne le conduit jamais qu'à une autre; dans ee monde auquel nous appartenons une fois pour toujours, la nécessité de la circonscription et de la coxitingence est toujours mêlée à la liberté de la raison. Ce que le Grec espère acquérir n'est qu'une harmonie des élémens opposés de sa vie, au nombre desquels est nécessairement aussi la mutabilité, le matériel et la privation. Lorsqu'il se prononce de la manière la plus décidée, c'est qu'il ne croit trouver notre fin, qu'il faut cependant poser une fois, que dans la plus grande exaltation de la vie, exaltation qui doit cependant redescendre aux degrés inférieurs, parce que le changement est nécessaire, L'Oriental cherche une autre fin qu'il regarde comme accessible; mais c'est une fin qui est. déjà atteinte, à proprement parler ; car l'essence des choses est éternelle; illimitée et. ti^syiiquiUe comme elle est^ nous devons seu-
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lement ne pas nous laisser troubler par les pliëiiOHièfies ûuif^ifians de la vie. Noas devons reconquérir le repos qui noas a iti ravi, je ne sais de qnelle manière , par notre faute y par l'apparence des circonstanees où nous BOUS sommes trouvés ^ où des émanations lion essen-* tidles descendent gradnellement de Dîen. Livrés à ce repos, noils devons voir Tessence de'Dien et jooir de sa félicité dans une union mystique avec lui.
Quelque différentes que soient ces doctrines, eHes s'accordent cependant en un point. Elles regardent la vie comme quelque chose qui doit nécessairement être imparfait, qui ne peut par conséquent pas être un moyen parfait d'atteindre le parfait.
Noas avons déjà remarqué qu'il ne leur aurait pas été impossible de concilier ces vues opposées, si Von eût su en tirer le vrai et en rejeter le faux, comme chose qui ne leur était point essentielle. Mais qu'auraitril fallu pour cela ? 11 aurait fallu quitter le préjugé des Grecs, que la forme nécessaire de cette vie cosmique ne nous permet pas d'atteindre jamais la fin dernière de raccom» plissement 9 la vie véritablement heureuse. Ils menaient une vie de combat ; plus ils aspiraient à la jouissance du présoit, plus ils en ressentaient la nécessité, le besoin. La paix avec les hommes et avec Dieu ne pouvait être leur partage; ils ne pouvaient pas l'espérer. Ils voyaient dans les étrangers des barbares, des ennemis on des esclaves; s'ils se dépouillèrent insensiblement de ce préjugé, ce ne fut cependant qu'en perdant leur vie nationale et leur propre liberté. Ils voyaitmt dans les dieux des puissances jalouses et limitantes; et, quoique leurs philoso» phes surmontassent par la science cette vue sombre, quoiqu'ils reconnussent un dieu suprême qui est bon et ne peut que faire le bien; le sentiment du mal dans lequel ils voyaient leur vie enveloppée les obligeait cependant a renoncer à l'espérance du mieux ; la oonfusioù des phénomènes dans lesquels nous nous trouvons leur sembla trop grande pour qu'il leur lût possibUf de s'en Mtif er ,
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et ils eroyaient être soomis à des puissmees supérieures qui ne participaient pas du bien. Leurs doctrines se ressentirent de ces persuasions, de ce défaut d'èspéràilce qui ne nous permet pas d^pprocher du bien. Celui qui voudra les employer telles qu'elles sont n'en pourt*a tirer aucune consolation suffisante pour )a vie. Elles tendent à embrasser la vie dans sa' vérité , mais elles sont préjudiciables à sa vérité, puisqu'elles n'entendent pas sanctifier la vie comme moyen pour parvenir au bien suprême , fc Dieu. Il faut cependant leur reconnaître le mérite d'avoir cherché à nous rapprocher de la vérité de la vie , de ne pas nous avoir présenté, comme les Orientaux, ractivité de notre raison seulement comihe une apparence ou comme quelque chose de dépourvu d'essence. Mais d'un autre c6té, les Orientaux ont sur les Grecs l'avantage de nous promettre un entier affranchissement du mal i à la condition de renoncer complètement à la vie, d'en reconnaître du moins le parfait néant pour nous, et de nous plonger ainsi dans Tétemel repos de notre essenee ou de notre principe. Le préjugé des Orientaux ne leur permet pas de reconnaître la vie dans sa vérité , comme le développement de notre essence y comme emportant en soi ou produisant le repos et la félicité; ils n'ont jamais devant lesyeux.qu'iih eâté delà vie., sa fragilité sensible.
Si l'on recherche la cause iponr laquelle les Grecs et les Orientaux se firent cette idée de la vie, on pourra remarquer que c'est une chose qui d'ordinaire nous étonne peu , si les hommes ne peuvent se faire une idée plus coneolante delà vie. Nous avons coutume de nous tranquilliser , quand quelqu'un s'efforce seulement de gagner quelque chose sur la vie , lorsqu'il espère avancer insensiblement, ne dàt^il pas voir de fin à son travail , ni oser l'espérer. C'est ainsi que la jeunesse vit volontiers au jour le jour. Abandonnée aux phénomènes qui sont nouveaux pour elle, qui l'attirent, elle peut s'en contenter.Si elle par- . vient insensiblement à acquérir plus de conscience d'elleménvsy nous trouvons déjà louable qu'elle ne ch^cdie pus
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à saisir les phénomènes simplement dans la jouissance sensible , mais qu'elle aspire à se les former en une jouissance intellectuelle durable, à les ordonner harmoniquement, et à les admettre comme quelque chose de beau, en y faisant pénétrer ou en y reconnaissant le sceau de rintelligence. Nous pouvons comparer la manière dont les Grecs envisageaient le monde et la vie à [cette humeur de la jeunesse; la fantaisie vit encore plus en elle que lentendement. Nous ne nous arrêtons pas à regret à cette impulsion récente de la vie, quoiqu'elle ait quelque chose de léger qui se contente de trouver et d'atteindre le bon dans le beau.Mais quelque innocente que nous la trouvions, toutes ces images de la vie , toutes ces ombres passagères du vrai devaient un jour être soumises à l'examen y et l'on dut croire apercevoir que tout ce qui promet durée disparait néanmoins dans le sein de Toubli, et Ton dut s'écrier alors : tout est vanité ! U est rare pourtant que ce soit là le sentiment de la jeunesse, qui ne souffre pas ^ excepté dans quelques momens de courte durée, mais c'est le sentiment ordinaire de^la vieillesse plaintive. Eiles'attache à elle-même.» se retire de Texterne; elle espère trouver à l'intérieur le repos de ses fatigues sans profit. La philosopliie orientale peut être comparée à ces pensées de la vieillesse. Les deux points de vue sontfaux à certains égards, mais cependant excusables; nous pourrions les regarder comme des façons de sentir et de penser par lesquelles nous sommes obligés de passer avant de pouvoir arriver au véritable point de vue de la vie et du monde.
Pourquoi donc les excuser .>^ Nous pardonnons à la jeunesse sa vie fougueuse > parce qu'il est d une nature forte de saisir le présent et ce qui s'offre à elle , quel qu'il soit, et de se l'approprier ; parce qu'elle est destinée plutàt à entretenir la raison dans son progrès, par le mouvement et l'exercice, qu'à la régler d'après un plan suivi. Cette excuse ne peut cependant pas être prise du prétendu bonheur de la jeunesse, mais seulement, de sa position difficile. Le tourment d'une nature jitvénilement vi-