‹ Histoire de la philosophieChapitre 48 sur 54 · CONCLUSION. S^T · texte numérisé non relu

CONCLUSION. S^T

goureuse y la mobilité de Tappropriation et de l'exercice supposent que les obstacles à la raison sont encore nom« breux et grands à cet âge. La jeunesse ne peut que se renfermer dans le cercle de sa vie à venir, elle ne peut que faire usage de ses organes et apprendre à les maîtriser. Le nombre et la grandeur des obstacles peuvent seuls l'excuser de ne pas penser à les vaincre tous ensemble , ou du moins à ne pas prendre une position sûre entre eux tous. Mais nous avons aussi la même indulgence pour la vieillesse, lorsque réfléchissant sur son œuvre passée, elle ne trouve pas grand'chose de fait , lorsque supposant la grandeur des obstacles qui surviennent de nouveau et de toute part, elle commence à craindre cependant que toute sa peine pour se rendre maîtresse de lexterne, ou du moins pour se mettre en paix avec lui, ne soit inutile. C'est dans les deux cas la grandeur des obstacles qui étouffe en tout et en grand l'espérance de la vie. £n général , le point de vue de l'antiquité , de la jeunesse de l'humanité , dans laquelle un âge de renoncement extérieur et de retraite intérieure succède à une jeunesse fougueuse; c'est que dans le vif sentiment des obstacles du mal^ l'on ne peut acquérir en cette vie une confiance , qui nous promette le triomphe de tout mal , à la condition du travail , du développement de notre raison , et de l'assistance divine.

Les néoplatoniciens étaient encore placés à ce point de vue. Pour en sortir, il aurait fallu sentir en soi l'esprit d'une vie nouvelle , diriger ses regards , ses espérances vers l'avenir. Le passé n'était pas entièrement à rejeter, mais on* devait y voir une grande erreur; il fallut le vaincre dans l'humilité et dans les espérances du christianisme. Les néoplatoniciens ne travaillèrent pas dans cet esprit. Ils rendent au contraire hommage à l'antiquité. Leur regard se porte en arrière; ils cherchent dans les temps les plus reculés la sagesse qui doit féconder leur esprit. S'efforçaint donc d'embrasser tout ce que la sagesse des temps antérieurs avait trouva, tantôt ils sont. attirés au point de vue gracieux de la vie des Grecs, tantôt ils IV. 37

se laissenl aller au renoncement fatigué de la vie des Orientais^ s efforçant de se concentrer en eux-mêmes» mais ils ne peuvent affermir aucun de ces deux points de vue. On trouvera naturel que , vivant d*une vie retirée , et tous appliqués à la contemplation intérieure de la raison, ils aient eu d'abord une espérance bien forte d'arriver à un parfait repos, et de se contenter de Tintuition du bien, ainsi qu'il arriva à Plotin , mais que plus t^rd aussi cette espérance ae soit affaiblie , et que Ton commence à remarquer qu'un parfait divorce entre la raison et Textérieur ne peut leur réussir, que les limites de l'existence finie se présentent à eux comme infranchissables. Alors ils renoncent à la fin suprême ; alors il ne trouvent encore de eonsolations qu'en se considérant comme des membres subordonnés d'une série qui soutient cependant un rapport ineffable avec le Suprême.

Nous avons dà nous attacher , dans ces considérations, au sentiment qui s'exprime dans l'ancienne philosophie , et cherche à se produire, afin de voir comment les pensées dee philosophes s'y sont trouvées soumises de plusieurs manières. Mais nous n'ignorons pas cependant qu'un autre élément pénètre encore le développement de la philosophie, ou, si Ton aime mieux, constitue l'essence propre du développement philosophique. Car ce n'est pas ici le lien de décider des opinions divergentes sur ce point. Mais nous nous occupons de la forme de la pensée scientiâque. Elle a un pouvoir coactif , une force persuasive ; elle parvient insensiblement, néanmoins, à la conscience^ à travers beaucoup d'obstacles. Quoique pas toujours victorieuse, cependant 9 avec le temps, elle agrandit et eonsolide de plus en plus des conquêtes. C'est là le progrès régulier de la philosophie. Mais c est un progrès qui reçoit sa matière du sentiment , de la direction de l'esprit , de toute la vie du philosophe , qui peut aussi être troublé quand la forme de la pensée philosophique, voulant se dégager, ne peut trouver dans le sentiment du philosophe aucune matière convenable. Ces deux éléments

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