ÉCOLE IONIQUE
propres inlérôts, on s’appliquerait à se ménager un corps sain et un esprit droit, deux grands éléments de bonheur, et si, en même temps, on avait véritablement à cœur de mener une vie irréprochable, on s’imposerait pour règle de ne jamais faire.soi-même ce qu’on blâme dans les autres. »
Peu de temps après la mort de Thalès, Anaximène, par une espèce de progrès dans l’abstraction, substitua à l’eau, comme principe générateur des choses, un élément plus subtil et moins grossier, et prétendit que l’air raréûé ou condensé produit la terre, que de la terre naissent le ciel et les astres, enfin, que l’esprit n’est qu'un souffle étbéré.
Avant Anaximène, Phérécyde avait fait intervenir l’action de l’air dans la production des choses ; mais l’élément premier était pour lui la terre, peu à peu dégagée du chaos primitif avec l’aide du temps,
Cicéron assure que ce philosophe, tout en développant sa physique grossière, enseignait l’éternité des âmes, et d’anciens historien? rapportent que, comme devait le faire plus tard Descartes, il voyait dans les animaux de simples machines.
Si l’air est plus pur que l’eau, plus pure elle-même que la terre, il semble que le feu est plus pur que tous ces éléments et a en soi quelque chose de vivant qu’ils n’oirt point. Aussi est-ce à l’élément igné qu’Iléraclite prétendit tout ramener, expliquant comment le feu anime tout et détruit tout, si bien que toutes choses, sans cesse
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en lutte les unes avec les autres, sont dans un écoulement perpétuel. D’après ce philosophe demeuré illuslre, le monde extérieur n’est qu’une illusion; mais il y a une raison suprême, émanation la plus pure de la substance ignée, qui rayonne à travers le vain tourbillon des phénomènes et nous permet de saisir l’universel.
Allligé de voir que tout passe et que rien ne subsiste véritablement, Uéraclite gémissait et pleurait. Aussi est il célèbre par son humeur mélancolique qu’il poussa, ce semble, jusqu’à la misanthropie. Mais peut-être était-il de ces misanthropes qui se dégoûtent de l’homme par amour de l’humanité ; peut-être haïssaitil l’homme bien moins qu’il ne le plaignait : « Qu’est-ce que l’homme? disail-il, son savoir n’esl qu’igiiorancc, sa grandeur que bassesse, sa force qn’inlirmilé. son plaisir que douleur. » Du moins, dans ses tristesses, il avait conservé ce sens de la vertu civique qui est un des caractères du génie grec. C’est de lui cette parole : « Les peuples doivent combattre pour leurs lois comme pour
leurs murailles. »
Unissant ce que ses prédécesseùrs avaient plus ou moins divisé, Ernpédocle d’Agrigente expliqua tout par lesquatre éléments; mais il s’éleva à la notion d’une unité supérieure d’où ces éléments dérivent et où ils doivent rentrer. Cette unité supérieure, c’est l’Amour, « père de la félicité et de l’innocence, »> qui originairement contenait, n en son immense sphère, » toutes choses fondues les unes dans les autres. Par l’effet d’un inexorable destin, l’heure vint où la discorde démembra ce grand corps et fit sortir de l’unité la multiplici'.é des éléments qui
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composeiitcelunivers. Il reste à revenir delà nmllipUcité à l’uiiilc, du règne de la discorde au règne de rarnour. Actuellement, discorde et amour, bien et mal sont mêlés en tout ; les sens sont les organes de la discorde, et la raison est l’organe de l’amour. Or la raison enseigne à l’homme comment il peut arriver à s’identifier avec son premier principe et à s’affranchir de la loi qui veut que, par des transmigrations successives, nous passions sans cesse d’une existence S une autre. Il s’agit de se purifier de toute haine, de se persuader bien que, sortis d’une tige commune, tous les êtres sont parents les uns des autres, de s’abstenir, comme d’un crime, de l’effusion du sang de toute créature vivante, et enfin d’obéir aux génies, « ministres de l’amour, » qui sont tes liens du grand Tout et qui nous avertissent de nous sauver en bien aimant.
Le généreux myslicisme d’Empédocle le distingue des autres philosophes de l’école ionienne. 11 s’inspira de la religion grecque qui, dans certains de ses mystères, annonçait, dès les premiers temps, que « l’Amour ou Eros fut le premier et est toujours le plus puissant des dieux, » et il mit à profit les doctrines de l’école italique dont on va maintenant parler.