II. — ECOLE ITALIQUE
L’école italique est ainsi nommée parce que son chef, Pylhagore, enseigna en Italie et y recruta plusieursdeses nombreux disciples, parmi lesquels les plus connus sont Alcméon, Timée, Archytas, Philolaüs, Epicharme et les deux législateurs Zaleucus et Charondas. Elle serait mieux nommée l’école orientaliste, car elle fut en quelque sorte l’expression hellénique de la sagesse égyptienne, dont s’inspira Pythagore.
Tandis que les physiciens de l’école ionique tendaient à tout dériver de tels ou tels éléments sensibles, les Pythagoriciens, plus occupés du permanent que du changeant, expliquèrent les choses par leurs éléments logiques et substituèrent à la recherche de la matière des phénomènes la recherche de leurs lois. Ils crurent trouver ces lois dans des combinaisons numériques et furent ainsi conduits à ramener la philosophie aux mathématiques.
D’après ces philosophes, qui, conformément au génie grec, voient partout mesure et harmonie, tous les rapports des objets peuvent être exprimés par des
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LCOLE ITALIQUE
nombres qu’il convient de regarder, sinon comme la substance, du moins comme les principes régulateurs des choses. Partant de là, ils expliquent toutes leurs idées au moyen de construciions arithmétiques ou géométriques. Ainsi, ils représentent le principe des choses par l’unité d’où tous les nombres s’engendrent; ils disent que l’âme est « un nombre qui se meut; » ils font du carré parfiit le symbole de la justice qui est « la réciprocité dans le droit; » ils analysent les éléments de cette « musique des mondes que ne savent pas saisir nos sens grossiers; ils assimilent Dieu à une « sphère infinie dont le centre est partout et la circonférence nulle part », et ils considèrent lés hommes comme des « cylindres fragiles qui roulent çà et là, se heurtant et se brisant les uns contre les autres. »
Cette façon de tout concevoir est ingénieuse et quelquefois sublime; mais, ne voit-on pas ce qu’elle a d’insuffisant et d’artificiel? D’une part, les Pythagoriciens, au lieu de pénétrer dans l’intime, dans le vif des choses, s’en tiennent assez généralement à circonscrire leurs limites et à marquer leurs contours ; d’autre part, ils sont maintes fois conduits à modifier les données de la réalité pour les accommoder aux symétries numériques dont a besoin leur système.
Toutefois le Pythagorisme est une doctrine de grande élévation, et on s’explique en partie que Leibniz y ait cru trouver « la plus pure substance de la sagesse des anciens. » En effet, si, au delà des symboles, on pénètre les idées dont ils ne sont que le vêtement, on démêlera, à côté d’opinions singulières, des enseignements admirables, Les Pythagoriciens, proclamant
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l’harmonie des mondes où tout marche dans un concerl sublime, disent que le vrai nom de cet univers est beauté, « cosmos » ; ils reconnaissent un Dieu suprême, foyer de chaleur et de vie qui anime et pénètre tout, Jupiter souverain auquel ils subordonnent tous les dieux du Panthéon grec ; ils admettent l’existence de génies qui interviennent dans les rêves et influent sur les destinées humaines; ils considèrent l’homme comme « un abrégé de l’univers » tenant à Dieu parla raison, aux animaux et aux plantes par sa sensibilité et par sa puissance végétative, nutritive et reproductive, et enfin à la terre par un premier fond de substance inerte ; ils prescriventl’empire sur soi-même, la tempérance, la bonne foi, l'a justice, le désintéressement; ils recommandent de scruter journellement sa propre conduite, et de tendre la main, avant de se coucher, à ceux qu’on pourrait avoir offensés, au lieu de s’endormir sur sa colère ; ils veulent que nous nous assurions toujours l’appui d’un ami « qui soit un autre nous-même, et avec qui tout nous soit commun », si bien que, devenus une âme en deux corps, nous soyons, à l’exemple de Damon et de Pylhias, capables, l’un pour l’autre, de tous les dévouements; ils proposent comme but de l’activité humaine « le triomphe de l’unité sur la diversité », c’e^l-à-dirodu bien sur le mal, et « la ressemblance avec Dieu » ; ils estiment que cette vie, épreuve ou châtiment, doit être supportée avec résignation, et que le suicide, étant une désertion, est un crtme ; enfin, ils affirment que tout homme, vicieux ou méchant, est réservé à des transmigrations en harmonie avec sa conduite : l’âme du débauché, une fois mort, passera dans