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ÉCOLE ITALIQUE

aussitôt levés et lorsque chacun avait adressé sa prière aux dieux, on faisait de la musique pour se réveiller l’esprit et se rasséréner le cœur; ensuite, on étudiait; après l’étude, on allait dans les bois, dans les temples, et on se procurait tous les spectacles propres à toucher et à élever l’âme. L’heure du repas venue, on se rassemblait autour de tables servies de fruits, de miel, de pain et d’eau ; puis, on se récréait par des exercices gymnastiques, ou bien on conférait ensemble. Une fois reposés, on se remettait à l’étude jusqu’au soir. On couronnait la journée par des libations et par des lectures, et avant de s’endormir chacun se recueillait pour faire son examen de conscience. L’institut de Pytliagore était, comme on le voit, un véritable monastère philosophique.

Mais la création de l’illustre philosophe finit par porter ombrage à l’aristocratie de Crotone. Elle traita Pythagore comme un révolutionnaire dangereux, elle ameuta contre lui tous les égoïsmes, et, sans pitié pour sa vieillesse, elle le contraignit à fuir. Il alla, errant de ville en ville, jusqu’au moment où sa mort imposa silence à l’envie qui le calomniait et exalta l’admiration de ses sectateurs qui le vénérèrent comme un Dieu. De là l’espèce de légende qui se fit autour de ce grand nom. On racontait qu’au moment où Pylhagore venait de naître, une auréole de feu parut sur son berceau, qu’il enchantait les animaux par une influence magique, qu’il pbssédait le don de prédire l’avenir.

D’autre part, on a imputé à Pythagore diverses feintes auxquelles il aurait eu recours pour assurer le succès de sa mission philosophique et philanthropique. Ainsi,

après s’être caché quelque temps à tous les yeux, il so serait ensuite montré pâle et défait, disant qu’il revenait des enfers et débitant sur ce qui s’y passe des fables accommodées à ses doctrines; il aurait aussi, pour appuyersa théorie delà transmigration, énuméré etdécrit les différents corps où avaitsuccessivementhabité son âme. Mais est-ce bien exact? Il en coûte d’attribuer ces tromperies à l’homme qui enseigna une morale éminemment pure où la plus rigoureuse sincérité était toujours prescrite, et de telles prétentions cadrent mal avec la modestie du penseur qui, trouvant trop orgueilleux le litre de sage, antérieurement adopté, créa et prit le nom plus humble de philosophe, ou ami de la sagesse.

11 est vrai qu’on a voulu justifier la conduite attribuée à Pythagore. On se prévaut de ce vieux prétexte que les peuples sont des enfants qu’il faut tromper pour les réformer. Mais réformer ainsi n’aboutit le plus souvent qu’à corrompre. D’ailleurs, qui est traité en en fant le demeure, qui est traité en homme le devient. Raisonner comme on le fait, c’est amnistier tous les imposteurs illustres ; c’est innocenter toutes les superstitions; c’est faire de l’immoralité le grand moyen de moraliser les hommes; c’est, au nom de la morale, tuer la morale.

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