ÉCOLE ATOMISTIQUE H
sensation et pensée, ces « fantômes corporels» qui sont les idées: £ï<?w)a. Mais alors comment expliquer les idées qui ont pour objet la divinité? De la môme manière. « Nos idées sur les dieux, dit Démocrite, sont, elles aussi, les fantômes de certains êtres semblables à nous, quoique plus grands que nous, » qui habitent les airs et auxquels notre ignorance des causes naturelles prêle mensongèrement une puissance souveraine. Le sage n’est pas dupe de la crédulité des foules ; il prend plaisir à voir la nature s’expliquer elle-même; il songe à jouir de la vie en se recueillant à l’abri de toute sollicitude, et, par l’égalité d’humeur, il se rend aussi heureux que possible.
Les anciensracontent que Démocrite, en môme temps qu’il alla dans la grande Grèce où Leucippe enseignait, parcourut l’Egypte, la Perse et les Indes. Ces pérégrinations l’ayant ruiné, les Abdéritains, ses compatriotes, jugèrent, àson retour, qu’il était un insensé et voulurent le frapper d’interdiction. Alors Démocrite leur lut publiquement un de ses livres. Les Abdéritains furent saisis d’admiration, et passant, comme c’est l’humeur des foules, d’un excès à l’autre, ils lui votèrent une pension, ils lui élevèrent des statues, ils le mirent à la tête de la ville.
On sait que ce philosophe avait aux lèvres un perpétuel sourire. Il riait de l’humanité pour ne pas pleurer sur elle à la façon d’Héraclite, et là où celui-ci trouvait matière à la pitié, il ne trouvait de place que pour la moquerie. C’est que la vue de nos maux le frappait moins que celle de notre sottise. Toutes choses lui semblaient trop vaines pour les prendre au sérieux et
en même temps trop plaisantes pour ne pas les * ®
en gaieté. Moins généreux que le plaintif Héracliie, Démocrite riait ; mais son rire éluil le pleur fie goïsme.
C’est l’honneur de Démocrite d’avoir ébauché dans l’antiquité l’œuvre de la science, en entreprenant de tou ramener au mouvement. Son tort consista à ne rien voir au delà.
De même que lui, Anaxagore deClazoraène entreprit d’expliquer les phénomènes naturels par des rapproche menls successifs d’éléments qu’il appelait homœomét tes ou parties similaires de la matière universelle. Mais, à ses yeux, aucune de ces parties n’est simple; chacune est, dans des proportions différentes, un mélange de toutes choses divisible à l’infini. Il appuyait cette doctrine sur le principe suivant : « Tout vient de tout et les contraires naissent des contraires. » Ne faut-il pas en effet que, plus ou moins, il y ait de tout dans tout ? Si, par exemple, en mangeant du pain et en buvant de l’eau « on nourrit à la fois toutes les parties du corps, sang, os, chair, muscles, nerfs, veines, cheveux, » ne faut-il pas qu’il y ait dans l’eau et dans le pain du sang que le sang s’agrège, des molécules d’os que les os s’agrègent, en un mot des parties similaires correspondant à chaque partie de notre corps? Ainsi, de même que Pascal montrera plus tard dans un ciron un monde de cirons et fera apparaître l’immensité de l’univers dans « un raccourci d’atome, » Anaxagore nous montre dans une goutte d’eau, d’une part, une mul-