ECOLE ATOMISTIQUE
liplicité incommensurable de guulles d’eau qui en renferment d’autres et encore d’autres sans fin, d’autre part, des parties similaires de tout ce qui est, enveloppant elles aussi l’infini. «Dans chaque chose, dit-il, on retrouve la multitude des éléments, et en soi tout est grand et petit. »
Par cela même qu’à l’encontre de Leucippe et de Démocrite, il ne reconnaît dans la matière aucun élément absolument indivisible, Anaxagore est conduit à s’élever au-dessus du point de vue de ces philosophes et à concevoir « une intelligence essentiellement simple et indépendante, répandue dans l’espace immense du monde dont elle est l’âme, existant seule et par ellemême, dégageant l’harmonie du chaos, se prêtant à ce que les êtres participent d’elle plus ou moins, présidant au cours du soleil, aux révolutions des astres, aux combinaisons de l’air et de l’éther, enfin, mouvant et ordonnant ce qui devait être, ce qui a été, ce qui est, ce qui sera. »
Aristote a dit : « Lorsque Anaxagore parut, déclarant qu’il y avait dans la nature une intelligence qui est la cause de l’harmonie de l’univers, il sembla que cet homme seul avait conservé la raison au milieu des folies de ses devanciers. » Mais en même temps qu’il loue ainsi le philosophe de Clazoraène, Aristote regrette que cette intelligence supérieure à la matière ne fut pour lui qu’un pis aller : « Anaxagore, dit-il, ne produit l’intelligence sur la scène que quand il est en peine pour expliquer ceci ou cela. » C’est ce qu’on a beaucoup imité depuis, faisant intervenir sans cesse le « deu$ ex machina» toutes les fois qu’on était au bout de sa science.
H4 UISTOIKE DE LA PUILOSOPÜIE ANCIENNE
Anaxagore était né de parents riches et illustres. II abandonna son patrimoine pour philosopher etsemontra toujours très-peu soucieux de ses affaires. Ses amis le pressaient un jour d’y mettre ordre : « Mes amis, leur répondit-il, vous me demandez l’impossible. Comment parUgerais-je mon temps entre le soin de ma fortune et celui demes études, moi qui préfère une goptte de sagesse à des tonnes de richesses? Il était éloigné d’Athènes lorsqu’on lui apprit qu’on venait de l’y condamner à mort par contumace. Il ne s’en émut point et se contenta de dire : « Il y a bien longtemps que la nature a prononcé contre mes juges aussi bien que contre moi un arrêt de mort. » Retiré à Lampsaque, il s’écriait souvent, en levant les mains au ciel, qu’il voudrait bien revoir sa patrie. Aussi, au momentdesa mort, on lui demanda s’il ne voulait pas que ses restes fussent transportés dans son pays : « A quoi bon maintenant, dit Anaxagore, le chemin qui mène à l’autre monde n’eslil pas partout le môme? » C’est sur l’inculpation d’athéisme que ce philosophe avait été condamné à mort. Ainsi les Athéniens accusèrent comme niant toute divinité l’homme de la Grèce qui possédait sur Dieules notions les plus pures. Ses doctrines avaient le tort d’être opposées à la religion dominante ; donc il était athée. « Vous ne croyez pas ce que nous croyons, par conséquent vous ne croyez à rien.» Ainsi raisonnent les hommes. Cette illusion, que l’histoire nous montre si commune, n’est-elle pas une raison de plus pour que les sociétés laissent chacun en pleine possession du droit naturel de croire ou de ne pas croire?