ÉCOLE CYNIQUE ET ÉCOLE CYRÉNAÏQUE
ce bien, le seul qui ne saurait nous être enlevé, c’est le plaisir d’avoir fait une bonne action. »
Un jour, Antisthène vit entrer dans son école un jeune homme dont on lui dit que c’était un faux monnayeur chassé de Sinope où son père était banquier. Ne voulant pas d’un tel disciple, le professeur rebuta le nouveau venu. Celui-ci s’obstina à rester. Hors de lui, Antisthène voulut frapper cet importun : « Frappe, lui fut-il répondu, tu ne trouveras point de hâton assez dur pour m’éloigner de toi tant que tu parleras. » Ce disciple qu’il fallut bien accepter était Diogène.
Diogène avait emmené à sa suite un esclave nommé Ménade. Cet unique esclave s’étant échappé d’auprès de lui, on conseillait à Diogène de le faire poursuivre : «Ne serait-il pas ridicule, répliqua-t-il, que Ménade pût vivre sans Diogène et que Diogène ne pût vivre sans Ménade?» Le nouvel élève d’Antisthène commençait déjà l’apprentissage de ce détachement qu’il devait pousser si loin. Bientôt il prit le manteau, la besace et le bâton, qui étaient devenus en quelque sorte l’emblème de la corporation d’ascètes que formait l’école cynique. 11 vivait de ce qu’il rencontrait et se couchait là où il se trouvait. Pourtant il avait gardé un meuble, un seul : c’était une écuelle. Ayant aperçu un jour un enfant qui buvait dans le creux de sa main : « Eh quoi 1 s’écria-t-il , j’ai encore du superflu , » et il cassa son écuelle. Toutes ces singularités ne pouvaient manquer de lui attirer des railleries : « On se moque de toi, Diogène», lui dit quelqu’un. « Pour moi, répliqua-t-il, je ne me sens pas moqué. » Et avide
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d’apprendre à tout sipporter, répétant sans cesse que Hubilnde répand de la doncenr jusque dans le mépris de la volupté, U s’imposait plus d’austérités que ne le fit jamais aucun cénobite. On le voyait, en hiver, embrasser des stati'.es de neige, en été, se rouler dans des sables brûlants; un rien lui suffisait pour vivre, et il faisait d’un tonneau sa cellule. C’est là qu’un jour Alexandre le Grand vint le voir, avec une cour brillante à sa suite. Le cynique, couché alors au soleil, se souleva à moitié, et fixa le monarque sans proférer un seul mot. « Que puis-je faire en ta faveur? o lui dit enfin le conquérant redouté. « Te retirer de devant mon soleil, » répondit Diogène.
Diogène est le type légendaire du cynique ; il voulut faire de sa vie une philosophie vivante et mêla tant d’excès à sa sagesse et tant de sagesse à ses excès qu’il mérita d’être appelé un Socrate en délire. « J’exagère, disait-il, j’en conviens; mais, en cela, je ressemble aux maîtres de chant qui forcent le ton pour y ramener leurs élèves.» Ce qu’il se piquait d’enseigner par ses exemples, c’était l’art de mépriser la fortune et d’assujettir les passions, en un mot, l’art de se vaincre. Cet art vaut bien celui de vaincre le monde, et on s'explique que le fils de Philippe ait pu dire : « Si je n’étais Alexandre, je voudrais être Diogène. »
Aristippe disait de Diogène : « S’il savait faire la cour aux princes, il ne se contenterait pas de légumes. U Mais Diogène disait beaucoup plus sagement ;
Si Aristippe savait se contenter de légumes, il ne s’abaisserait pas à faire la cour aux princes. »