‹ Histoire de la philosophieChapitre 32 sur 41 · ARISTOTE · texte numérisé non relu

ARISTOTE

et il enseigne que la matière se résout dans la forme, la cause efficiente dans la cause finale.

La nature ne nous offre que des substances qui, ne se suffisant pas à elles-mêmes, ont une existence purement virtuelle et qui, toujours perfectibles, sont toujours imparfaites. Cette immense hiérarchie d’existences virtuelles suppose une existence pleine et achevée, principe et fin des mouvements de tous les êtres. L’univers, mû par le désir, est suspendu à cet Être qui, réalisant en lui toutes les puiss mces de l'être, est l’Acte parfait, la Pensée pure toute pénétrée de la pleine connaissance (Pelle- môme : ü vdïjo-tç voij<Tfwç Nd/j^eç. Ainsi, c’est la Pensée souveraine qui est la source do toute activité. ,

Aristote, isolant cette Pensée souveraine, qui est Dieu môme, dans une éternelle contemplation de sa grandeur solitaire, semble méconnaître toute action providentielle. A l’entendre, tout dans l’univers subit l’attraction de Dieu l’éternel moteur, et pourtant Dieu ne s’occupe pas de l’univers.

Aussi ce grand philosophe n’ouvre-t-il pas aux hommes le vaste horizon de l’immortalité. Il enferme toute notre destinée dans celte minute que dure la vie, et ne reconnaît rien d’éternel que la raison qui éclaire les hommes et qui leur survit parce qu’elle est un rayon- ' nement de la pure pensée.

Cela ne l’empêche pas de priser par-dessus tout la science des mœurs. Il affirme le libre arbitre de l’homme, que Platon, ramenant la vertu au savoir, semblait méconnaître ; il montre comment l’habitude, dont la sage mise en œuvre est le tout de l’éducation.

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convertit les peines da bon vouloir en penchants de p!»js en plus naturels ; il donne d'excellents préceptes sur la prudence, la tempérance, la justice, la libéralité, la douceur, le courage, l’amilié; enfin, il subordonne le droit positif au droit naturel et enseigne que la loi seule doit régner parce qu’elle est « rinlelligence sans la passion, l’homme moins la bête. »

Toutefois, Aristote voit trop exclusivement dans la morale l’art d'être heureux, et il paraît plutôt nous fournir les résultats d’une savante expérience que nous exposer une théorie approfondie des vertus humaines.

Il définit la vertu a une moyenne entre les passions. » .Mais, avec cette théorie, tout vice qui n’est pas excessif ne peulril pas se donner pour vertu ? toute vertu incomplète ne peut-elle pas justifier sa tiédeur? On objectera que le milieu recommandé c’est le milieu de l’homme bien constitué. Mais tout ceci ne reste-t-il pas bien indéfini? Où et àquels signes reconnaîtrez-vous ce sage imaginaire ? S’il est certains signes qui vous le désignent, où donc puisez-vous l’idée de ces signes ? N’eslce point en une certaine idée du bien qui, plus ou moins obscurcie, plus ou moins mélangée, est dans votre raison et dans toute raison humaine, et que détermine le sentiment de la personnalité ? Gardons-nous de convertir en une simple question de mesure ce qui est avant tout une question de principe.

Il manque à Aristote quelque chose de cet enthousiasme moral qui animait Platon, de même qu’il manque à Platon, quelque chose de ce bon sens profond qui dirigeait Aristote.

Dans la politique, Aristote se garde de sacrifier l’in-

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