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CHAPITRE II

La métaphysique est la science des premiers principes et des premières causes. (Aristote, Met,, 1. I, ch. n.) Elle s'élève jusqu'aux principes qui n'ont pas de principe avant eux et jusqu'à la cause ou aux causes qui n'ont plus de cause. (Voy. notre Traité élém, de PhiL, p. 776.) Quelles que soient d'ailleurs leurs théories particulières, les philosophes qui ont prétendu ramener i'univers à ses principes d'existence, ont dû rendre compte de l'unité et de la diversité que nous révèle l'observation des phénomènes. Le mul-

tiple et Tua, le passif et Tactif, la perfection et la limite semblent se mêler dans le monde, objet de notre pensé^.. De lÀ Thypclhése d'un principe passif et multiple, la matière, d'un principe de mouvement et d'unité, l'âme, et la nécessité d'expliquer la communication et l'action réciproque de ces deux principes, dont l'union panil contradictoire. Sans doute, des philosophes quelques-uns suppriment la matière, d'autres l'âme, mais ils n'en ont pas moins à expliquer par leurs principes le dualisme apparent que semble imposer le spectacle des choses. Nous pouvons donc, toutes réseir» &ites, étudier les divers systèmes métaphysiques, en considérant la solution qu'ils ont donnée aux problèmes de la matière, de Tàme, et de la communication des substances.

Hylozolsme des premiers phOosophes* — Atomlsme de Oémocrite* — On chercherait vainement chez les premiers philosophes grecs, à l'exception toutefois de Démocriteet des Atomistes, une conception nette et distincte de la matière telle que nous l'entendons. Ces philosophes considèrent tout, selon Texpression d'Aristote, iv GXi^c s?08i, « au point de vue de la matière »i mais leur concept de la matière est encore confus et enveloppé. Les éléments qu'ils prennent pour principes constitutifs du monde physique, participent du matériel et du spirituel; le mode, suivant lequel ces éléments se combinent, n'est, chez la plupart, quoiquea dise Ritter (Voir son Histoire de la philosophie grecque)^ lA proprement dynamique ni expressément mécanique.

Prenez par exemple Thaïes, le premier philosophe ionien. Selon lui, la substance des choses est l'eau ou, d*une façon plus générale, l'élément humide. (Arist., Met., I, ui, 983 b 20.) Mais cet élément n'est pas purement matériel, il a une âme, «J'^x'i^ (^ An., 1, ^^ 411 a 7); il n'est pas non plus proprement spirituel, car cette àme est comme une puissance vague d'attraction et de mouvement, analogue à l'aimanf. {Ibid., I, n, 4Ô5 a 19.) La conception de Thaïes est donc ua'^hylozoïsme assez confus. Il en est de même de Tin^ d'Anàximandre, de l'air d'Anaximène. Anaximmes aéra deumstsr tuiL,, esseque immensum, et infinittim, et semper m motu. (Cic»<K A/at. deorum, I, 10.)

La conception d'Heraclite est plus originale. Ge n'est pas qu'il dépasse le point de vue purement physique où s'étaient placés sei prédécesseurs : c'est une erreur historique des plus graves que dt le présenter, ainsi que le fait Lassalle {Dig philosophie Herad^^ des Dunkeln, 2 vol. in-8^, Berlin, 1858), comme un précurseur de

Hegel. Le principe universel de Tètre est le feu toujours vivant qui -s'allume et s'éteint suivant un rythme déterminé : ic^p àsCCc^ov, hné* |jLftvoV (tkp({> xûct àico966vvu(jLevov |iiTp<|». (Fr. 27.) Le feu se change en tout, et tout se change en feu. (Fr. 49.) Le feu est non pas sans doute une existence sensible déterminée, mais le fonds commun, la substance de toutes les existences sensibles.

Il semble au premier abord qu'avec le pythagorisme le principe •d'explication des choses devienne décidément spirituel; mais le nombre pythagoricien doit être considéré comme un élément (oxoi^stov) (Arist-, Jfét., 1, V, 985 b 28), comme la substance, la matière dont les choses sont faites. Les nombres se divisent en impairs (iciptoaa), pairs (âpTcâc) et en pairs-impairs (diprtoitipKraae). L'impair est identifié avec le limité, le pair avec l'illimité. La formule ': Tout est nombre, équivaut donc à la suivante : Tout est formé de choses limitantes ou illimitées et de choses à là fois illimitées et limitantes :

•àvày^a xà èévroc ttfjiev mYza -fj Tc&patvovra fi fiicecpot, 1} irspaivovxà zz xal

îlTcetpa. {Fragm, de Philol,, fr. 3.) Ces éléments opposés se trouvent onis dans le nombre. Le nombre est donc un principe d'unité, une harmonie. La seule différence qui sépare les Pythagoriciens des philosophes ioniens, c'est qu'ils cherchent l'essence de la matière non dans un principe matériel unique et plus ou moins subtil ou plus ou moins dense, mais dans le nombre, principe plus abstrait, •conçu comme étant la synthèse, l'harmonie des deux éléments opposés, le limité et l'illimité.

Parménide s'attaque à l'idée vulgaire de la matière, de la multiplicité et du mouvement. L'Être seul existe, l'Être un, immobile, pleine toujours semblable à lui-même (v. 60). Parménide l'assimile, non par une simple comparaison poétique, mais par une identification très réelle, à une sphère (v. 103-104). La matière et la pen^ sée ne sont pas distinguées, elles rentrent dans le concept général de l'Être (v. 39-40). Cependant la pmlosophie éléatique marque dans l'histoire des théories de la matière un moment important. £lle distingue les phénomènes, formes éphémères, de l'élément substantiel et permanent. Nous allons voir les philosophes postérieurs reprendre les principes éléatiques, pour en tirer des conséquences nouvelles.

Empédocle admet avec Parménide que la naissance et la destruction sont de pures apparences (v. Ii3sq.). Ce qui nous apparaît comme une naissance (<?•><"<;) n'est qu'un mélange d'éléments {h"Ïk) ; ce que nous regardons comme un anéantissement (t*X«uxi5) n'est qu'une séparation (SiàXXccîtç) (v. 98, sq.). Les éléments primor-

diaux, les (3iC<^fxata des choses sont au nombre de quatre : l'eau, Tair, la terre et le feu. Comment s'opère le mélange ? Les particules d'un eorps se détachent du groupe auquel elles sont associées, pour pénétrer dans les pores (ic6poi) d'un autre corps. Il n'y a pas formation d'une substance nouvelle, mais déplacement des particules élémentaires. Quant à l'action exercée à distance par un cw^ sur un autre, elle s'explique par ce qu'Ëmpédocle appelle lesénunations (àico^^SosC) : des particules infiniment petites et inWsibles^ détachent du corps et pénètrent dans les pores de l'autre (t. 337 . Cette action se produit d'autant plus facilement qu'il y a entre le$ deux corps plus de ressemblance : il y a une affinité, une amitif entre les choses qui se ressemblent. (Arist., de Gen, et Corr,, 1, 8.*

Anaxagôre, comme Empédocle, ramène la naissance et la mort à une union et à une séparation (fr. 17) ; mais les substances premières ((jicépfxacTa), selon lui, sont en nombre infini. Ces irdp^ ne sont pap indéterminés, comme les atomes de Démocrite;il3* présentent une variété qualitative indéfinie et une parfaite déte^ mination (fr. 3). Un os, par exemple, est composé de petits osq» se sont rapprochés et combinés. (Lucrèce, I, 834, sq.) Aristote appelle les éléments semblables, dont la combinaison forme les différents corps, des homéoméries, Ta ôjioiofi.epT). [De Gen, et Corr.j \, I. 314 a 18).

Ce sont les atomistes Leucippe et Démocrite qui donnent la formule la plus nette de la théorie matérialiste que nous présente la philosophie. Ils accordent aux Éléates que le mouvement et le devenir sont impossibles sans le non-étre ; mais au lieu de concloit de cette proposition Timpossibilité du mouvement et du devenir, ils en déduisent la réalité du non*ètre. Le non-étre existe au méo? titre que l'être. L'être, que les atomistes assimilent, commet Éléates, au plein, to wX^ipÊ^, se compose d'atomes, c'est-^-dire df particules indivisibles , qualitativement indéterminées , étemelles. en nombre infini, séparées par le non-étre ou le vide, xô xâvov. Coma* cause du mouvement de la matière, Empédocle et Anaxagorc avaient invoqué l'un des forces mythiques, l'amour et la haine» l'autre l'action de l'intelligence. Pour Démocrite, la cause du mouvement ne doit pas être cherchée dans une force extérieure aai atomes. (Arist. de Cœlo, III, 2.) La cause dW mouvement est dans le mouvement précédent, et ainsi de suite à l'infini. Le mouveme» se produit non au hasard, mais suivant des lois déterminées ^ nécessaires : ou8èv XP'ÎP'* p-^c^j^ y^Y^®*^"'» àXXà. uivra èx X<5']fou'rt*^' 6iï'àvà-pcr<ç. (Fr. 41.) Ainsi tout se ramène aux atomes et au mouv**

«nent : le mode de groupement et de combinaison des atomes, les qualités primaires, c'est-À-dire retendue et la pesanteur, voilà ce . qui constitue Tessence des choses. Quant aux qualités secondaires {chaud, froid, saveur, odeur), elles viennent non de la réalité même, mais de Timpression qu elle produit sur la sensibilité humaine^ La théorie atomistique de la matière est le terme auquel aboutit la .philosophie anté-socratique. Avec Démocrite la pensée grecque arrive enfin à une conception claire et distincte de la matière. Elle formule nettement les grands principes qui de plus en plus domi- .nent la physique moderne : Tindestructibilité de la matière et la -conservation de la force ; rien ne vient de rien, rien ne retourne à rien (Lucrèce) ; la réduction de tous les phénomènes à un fait unique, le mouvement; le règne, dans le monde phénoménal» des lois mécaniques. C'est la gloire de Démocrite d*avoir posé avec cette netteté les principes de ce qu'on pourrait appeler la philosophie de Tapparence.

Platon : obscurités de sa théorie de la matière. —

Avec Socrate commence une réaction contre le matérialisme des Physiciens.

' Saas jamais disserter sur la physique, dit rhistorien du matérialismei Lange,

ISocrate a pourtant, au fond, tracé à cette science la Toie dans laquelle elle de- Tait marcher plus tard avec une si persévérante ténacité I... W part de l'homme

^ pour expliquer le monde, non des lois de la nature pour expliquer Thomme*..

I ' 11 suppose, par conséquent, dans les phénomènes de la nature, la môme oppo-

I sition entre les pensées et les actes, entre le plan et Texécution matérielle, -que nous rencontrons dans notre propre conscience. On voit ici combien, en réalité, Aristote était encore socratique avec son opposition de la forme et de

i la matière, avec la prédominance qu'il accorde aux causes finales. (Trad. fr., t. I, p. 57.)

La théorie de la matière dans Platon a donné lieu h bien des dis- <îu8sions. Qu'est-ce que la matière? Y a-t-il jmôme^à proprement parler une matière, une réalité hétérogène et irréductible aux idées, et dont le rapport avec les idées constituerait le monde ?

Dans le Timée Platon semble admettre Texistence d'une matière étemelle (le mot uXt, n'est pas employé chez lui en ce sens), c'està-dire d*un quelque chose indéterminé, fondement du devenir (èxsTvo èv (j> yW^^*^*') î sorte de réceptacle de la génération (ità(n)ç •yevéjeox; uitoSo^^ïî), et qui en est comme la nourrice (olov xiôijvr)); espèce difficile à concevoir et obscure (^«Xsicov xal àfi.i>op6v eT8oc) {Timée, 49 a) ; élément qui gît au fond de toute chose naturelle ; pâte dont elle est faite (iy-îi-aYsTov ^ip «pj«t i:avcl xeï'uat) ; principe dont

18 HISTOl^RE DE LA PHILOSOPHIE

tout est formé et qui par lui-même n*a pas de forme ni de qualité» déterminées, qui n^est accessible ni à la pensée comme Tidée, nia la sensation comme le sensible [Timée, 52), que nous nous représentons seulement à travers un brouillard et comme dans une sorte de rêve (icpoc o l^ iml\ ôvetpottoXoûfxsv^Aiitovtsc). Platon appelle eaooR peCte 'matière le lieu , x^P^> xoito^. Tel est le principe obscoTt b matière primitive qui, selon le Timée, s'oppose à Hdée comme n» réalité différente et irréductible, et qui par son ôcmcours avec elle forme le monde.

Faut-il regarder ce dualisme du Timée comme la pensée dffnlère de Platon t ne faut-il pas plutôt demander le dernier mot de Platon au Parménide et au Sophiste^ où Ton trouve un effort poor surmonter le dualisme? Si la matière est éternelle, si sa substance demeure sous tous les changements, comment dire que Têtre n'appartient qu'à ridée? La matière, d'après le Timée même, n'est connue ni par la pensée ni par la sensation ; or, pour Platon, Tidtelligible est la mesure du réel ; ce qui n'est un objet ni pour k pensée ni pour la sensation n'est pas. Si, en outre, le sensible pa^ tieipe de l'être et du non-être, et si tout l'être lui vient dos idées, ne faut-il pas admettre un principe négatif, un non-être qui le discerne des idées? Attribuerons-nous donc à Platon un idéalisme subjectif? Ne verrons-nous rien de plus dans la matière quW représentation confuse du monde des idées dans l'esprit individuel? Sans parler des autres arguments qu'on pourrait opposer cette solution du problème, elle emporte une sorte de contre-seï^ historique en prêtant à Platon des idées qu'on ne voit guère apparaître que dans les temps modernes.

Voici la solution que propose Zeller :

Si le principe général de Texistence sensible n'est ni un suhstratum matériel ni une simple apparence, produit de la représentation subjectire, qu'esta donc? Platon lui-même nous le dit , et Aristote confirme ce que dit Platon :)f fondement de toute existence matérielle c'est riUimité (djf-reeipov], pensé i»b comme prédicat, mais comme sujet, c^est-à-dire l'Ulimitation ; c'est le ^ et le petit, qu'il ne faut pas désigner comme substance matérielle; c'est |^ pL^ ^v» le non-ôtre; l'espace vide comme condition de la séparation et<k^ divisibilité. A la place d'une matière éternelle, nous devons donc poser j^ simple fbrme de la matérialité, la forme de l'existence dans l'espace et ^ mouvement, et quand le Timée parle d'une matière dans un mouvement»^ trèye avant la formation du monde, cela signifie seulement que la séparttiî^ etie devenir sont les formes essentielles de toute existence sensible. U^^ nant, d'une part, Platon veut que ces formes soient considérées comme qael4^ chose d'objectif, comme données dans le phénomène sensible lui-m^D^ non pas seulement dans notre représentation; mais, d'autre part, il oep^ sous aucun rapport attribuer à la matière une réalité propre, une «ahstaatlalité : car toute réalité pour lui est dans les idées ; il ne reste plus qu'à coQ^

LA MATIËRB 719

dérer la matière comme ta négation de la réaKté donnée dans Tidée» comme le non-étre de Tidée, dans lequel celle-ci ne peut pénétrer sans que sou unité se perde dans la pluralité , son immobilité dans le flot du devenir, sa détermination dans la possibilité indéfinie du plus ou du moins, son identité avec ellemême dans la contradiction intérieure, son être absolu daoa un mélange de l'être et du non-^tre. (ZeUer, édit ail., II, 1, p. 619-620.)

A coup sûr cette solution est sujette à bien des difflcultée, elle semble donner Tétre au non-étre , faire penser ce qui ne peut être pensé ; mais ces difficultés sont celles du platonisme lui-même.

Quoi qu'il en soit, on voit la différence radicale qui sépare le pomt de vue de Platon de celui du matérialisme anté-socratique. Démocrite, vidant la réalité de toute forme et de toute détermination qualitative, la réduisait à la matière. Platon porte son attention sur la forme, sur la qualité, qu*il isole de la matière et qu*il réalise et substantiiie dans Tidée. La matière, la quantité, Tespace qui, pour Démocrite, étaient le tout de la réalité, ne sont, pour Platon» que le non-être, que le fond obscur, indéterminé, qui git au fond de l'existence sensible.

Aristate : la matière ^ puissance Indéterminée ^ n*exlste pas en dehors de toute forme. — Aristote unit par un lien étroit la matière et la forme que Platon avait isolées l'une de l'autre, en réalisant celle-ci dans un monde supérieur et transcendant à celle-là. Pour Platon forme et matière sont dans le rapport de la réalité au non-étre. Pour Aristote, ce sont deux termes corrélatifs, dont l'union constitue Têtre. U n'existe donc pas, dans le monde réel et concret, de matière absolue, vide de toute forme et de toute qualité.

« 'HjJieîç 6i çapLsv jiiv eîvat tCvx CXt.v tGv 9(n>{xiT0i>v twv ato^tûv , àXkà tatjTt^v oO )^u)piTC^v, àXX'icl fUT*èi^acvTt(&9f(AC i% -f.ç yC^vcToti xà xatXoOpitva aTOi^cca : Nous disons bien qu'il y a une matière dans les corps, objet des sensations ; mais elle n'y est jumais séparée ; elle n'existe jamais sans une des formes contraires (chaud, froid, lourd, léger) dont natt ce que Ton appelle les éléments. » (De Gen.et Corrupt., Il, 1.) Par elle-même et indépendamment de la forme la matière n'existe pas : xà S'uXixàv oùUvoxt xaO'auTÔ Xcxt^ov {Met., 1035); par elle* même elle est inconnaissable, iy'Mùaxo<i xsO'aôrfjV (1036 a 8) ; elle n'a ni qualité, ni quantité, ni rien de ce qui constitue l'être : \iytù S'CXt^v f\ xo^'aOr^t^ \t.i^xt Ti, \i.i{tt itdffov, [li^xi dfXXo iiT,8iv \éftxoii oTç ûpivrai xb 6v. {Met., 1029 a 20.)

Ce n'est donc que par une abstraction qu'on peut séparer la matière de la forme. Qu'est-elle considérée ainsi en elle-même et d'une façon tout abstraite? Tout être ou objet individuel, avant d*étre, pouvait être ce qu'il est ou son contraire; avant d'être ceci plutôt que cela, il pouvait être indifféremment ceci ou cela*

C'est précisément cette puissance indéterminée d'où sortent les contraires, qui est la matière : sort 8*^ jxlv uXt^ Ô'jvïja'.;, to IWm ÊvueXé^^Êta. {De An., II, 412 a 6,) Sujet de tout changement, condition de tout devenir [Phys., I, 490 a 31, sq.), elle est incréée [t^ vTjToi;) ; et comme tout ce qui périt se résout en elle (si; toûto ào-ïnt i'ffyxcov), elle est impérissable (açOap-coc). {Phys., I, 192 a 28.) Ufenl distinguer cette matière première (icpwxTi GXt^) qui, sans qualité, at térieure aux éléments mêmes et à leurs difiFérences, échappe à nos prises, de la matière dernière (v>X7i èa^^àTTj-tStoç-olxsCa Ixiorou), prête à recevoir telle ou telle forme, comme le marbre ou l'airain est minière par rapport à la statue.

Le passage de la puissance à Tacte, ou de la matière à la forme, se fait, dans la réalité, par un intermédiaire, le mouvement

Le mouvement, dit M. Ravaisson, est le non-être dans Tètre, le non-éln passant à Tacte. Ce n^est plus le rapport logique de Texclusion réciproque de$ deux termes (comme chez Platon); c'est un intermédiaire réel où ils sont lié» ensemble comme les deux moments d'une même existence, et où l'un denent l'autre. Le mouvement n'est ni l'être ni le non-être, ni Pacte ni la puissanct. ou plutôt il est l'un et l'autre à la fois; il est le point indivisible où colnddeol les opposés , et où une expérience attentive peut en surprendre le raifort intime. (Ravaiss., Met. d'Ar., I, 395.)

Le mouvement est un acte imparfait : itaaa x(vr,<Ttc àreXi;;. Il n'a pas sa fin en lui-même, mais tend à sa fin, laquelle est la perfection. La perfection, c'est-à-dire Fétre véritable, n'est donc pas dans U matière ni dans le passage de la matière à la forhie, elle est dans la forme même, terme du mouvement. La matière est une imperfection, ou plutôt peut-être une perfection latente, possible, qui n'a pas été encore réalisée par le mouvement.

Aristote s'oppose à la fois à Platon et aux Physiciens de rionie, mais en les combattant il cherche à les concilier. La matière n'est pas un pur néant, elle ne se confond pas avec la privation ni avec Fespace, elle est déjà une réalité : c'est en ce sens que les Ioniens ont dit vrai. Mais elle est une réalité inférieure, potentielle, qu'on ne peut isoler, qui ne se suffît pas à elle-même, et ici c'est Platon qui a raison.

Matértalisme des Éptcurtens et des Stoïciens. -

Après Aristote, le matérialisme, sous des formes diverses, semble de nouveau triompher.

L'école même d' Aristote abandonne peu à peu Tidée caractéristique de h métaphysique, l'acte pur de la pensée absolue. L'épicurisme retrancbc toute

idëe d'action et de puissance, et réduit tout à une matière inerte. Le stoïcisme fait redesc^idre dans .la matière la pensée, dans la puissance!* action, et la métaphysique dans une physique nouvelle. (Ravaiss., Met, d*Ar., t. II, p. 26.)

Épicure, sauf quelques points de détail, emprunta à Démocrite son explication âtomistique du monde. Il n'existe que des corps : To Tcâv èorl <jtji[L% (D. L., X, 39). Les corps sont formés de particules élémentaires, d'atomes indivisibles (D. L., X, 56), immuables (X, 54), dont les propriétés essentielles sont la grandeur, la figure, le poids. Les atomes (en nombre infini) sont séparés par le vide, qui seul rend possible le mouvement. (D. L., X, 42, 44); ils sont indépendants les

uns des autres (àitaOeK, Plut., Adv, Colot», 8 ; «xpi-Tcrou; xa? àoufAiraôsTc,

ibid.f 10) ; ils ne peuvent avoir d'autres rapports que ceux qui résultent des hasards du choc et du mouvement. Us ont une pesemteur naturelle en vertu de laquelle ils tombent éternellement dans la .même direction et avec la môme vitesse. (D. L., X, 43.) Mais, et c'est ici qu 'Épicure se sépare de Démocrite, il faut encore, pour expliquer la rencontre des atomes, leur attribuer un pouvoir de s^écarter de la ligne droite, et de s'en écarter, sans raison, en tel point indéterminé deTespace et du temps. (Lucr., II, 221.) Cette •déviation, cette déclinaison des atomes est si faible que nos sens ne peuvent la percevoir, mais elle est nécessaire et suffisante pour expliquer la formation des mondes. (Lucr., II, 243.) L'univers, une fois constitué par la rencontre fortuite des atomes, est régi ipar des lois inflexibles, nécessaires. Tout s'explique mécaniquement par la rencontre des atomes, sans qu'il soit besoin de faire intervenir l'intelligence et la finalité.

Pour les Stoïciens, comme pour les Épicuriens, c'est un axiome que tout ce qui est réel est corporel : Sv-ua y^p [Aova xà ffio^xa^a xaXouaiv. (Plut., Adv. St,, 30.) Le corps, c'est l'étendue, ce qui a trois dimensions : <rw[jLa 8'èaTt to xpi^^tôc 8iaaTax6v (D. L., VII, 135). Non seulement Pâme humaine et Dieu, ou la Providence qui pénètre l'univers de raison et d'harmonie, sont des corps, mais encore toutes les déterminations qui distinguent les choses les unes des autres le sont également. La qualité (Trot(5xT,c) s'explique par l'action d'un souffle, d'un esprit igné, qui du centre de chaque chose se répand dans toute la masse, et de la périphérie revenant au centre l'embrasse, la contient ((Tuv£)rtt) et fait l'unité, la sympathie de ses éléments : ^ ttokJtt.c ■l<Tz\ icveûjxa àvuicrcpsoov E«p'kaux(5. Et il ne s'agit pas seulement ici des propriétés physiques, mais des qualités morales ; les vertus et les vices sont des corps, c'est-à-dire qu'ils résultent de l'activité de l'âme, et celle-ci de la tension de l'esprit igné qui est l'âme même.

J. HiST. DE LA PHIL. . 46

Placet nostris, quod bonum est, esse corpus, quia guod bonum&i facit : quidquid facit, corpus est,,. Sapientiam bonum esse dicunt: sequitur, ut necesse sit illam corporalem quoque dicere, (Sén., Ef. 117, 2.)

Ce qu*il y a de remarquable, c^est que ce matérialisme n'est pas, pour les Stoïciens, le point de départ d'une e}q)lication mécaniste de la vie universelle. Ils sont dynamistes, et peu de philosophes odI fait un plus grand usage des causes finales. Le corps n*a pas seulement les propriétés mathématiques que lui reconnsdssent les Épicuriens. Il y a en toutes chose deux principes étroitement unis, un principe passif, qui est la matière, un principe actif, qui est la force ou la cause.

Dicunt, ut sets, Stoici nostri, duo ésse in rerum natura, ex quibus omnia /te»f, causant et maieriam. Materia jacet iners, res ad omnia parata, cestatwû é nemo moveat. Causa autem, id est ratio, materiam format et quocumquevià versai, ex illa varia opéra producit. Esse débet ergo unde aliquid fiât, deindei (fuo fiât. Hoc causa est, illud materia, (Sén., Ép, 65, 2.)

Ainsi la matière et la force sont les deux éléments indissolubles qui constituent chaque être. L'élément passif ou matériel est la sui^ stance du corps (oùjia), ce par quoi il existe (D. L., VII, 150) ; l'élément actif ou la force en est la qualité, la manière d'être (iroiô^.;;. La force ne fait avec la matière qu'un seul et même être ; elle se meut en elle et avec elle; elle est donc conmie un germe, une semence, qui en contient à l'avance et en développe successivemenl. selon les lois de la raison, toutes les déterminations : Xo^o; ortf fjLaxix(5ç. (D. L., VII, 136.) Cette force qui informe la matière, et qui renferme en elle la raison de tous les changements du corps est le feu, non pas le feu grossier que nos sens nous révèlent, etqw détruit tout loin de rien produire, mais un feu éthéré, qui engendre toutes choses avec une science et un art consommés : itjo xr/;*»^' ôûci> pa8(Çov si; y^vêjiv. (D. L., VII, 156.) Le mondedes Stoïciensne^t pas, comme celui d'Épicure, composé de parties indépendantes ei sans action mutuelle, tout y est lié, au contraire ; une même force, une même raison le parcourt, en fait un tout continu et sympatliJ' que : irav duvetée, (rj|jnra6é;. Ainsi tout est corps, mais il n'en fautjpî^ moins distinguer la matière et la force. Ce n'est pas à dire que '^ dualisme soit le dernier mot du système. Le principe de tout ce qui est, c'est le feu primitif et divin ; tous les autres éléments ne sont que ses métamorphoses ; la matière est son relâchement, ^ dégradation. Si tout vient du feu divin, tout doit y retourner; noir* univers n'est qu'un épisode périodique de la vie divine.

Néo-Platonlsine ; réaefloii contre le matérialisine. — Avec les Néo-Pythagoriciens et les Néo-Platoniciens commence une nouvelle réaction contre le matérialisme. Cette doctrine, qui prétend tout expliquer avec ce qu'on peut voir et toucher, ne pouvait convenir à des esprits élevés à l'école de Platon, et animés déjà par le sou|Qe du «entiment religieux venu de TOrient. Dans la trinité deTlotin, la première hypostase, l'Un, d'une absolue simplicité, ne peut rien contenir d'analogue à la matière. Mais déjà dans l'intelligence il y a pluralité.

S'il y a plusieurs idées , il est de nécessité (iviyxi^) qu'il y ait en elles quelque chose de commun, et aussi quelque chose de propre par quoi elles dilTërent Vune de l'autre. Ce quelque chose de propre (T8iov), cette différence qui les spécifie est forme {v-op^h). Mais qui dit forme dit quelque chose qui reçoit la forme (<l Bi \Lopfi\j laxi xotl tô {lop^ou^jLsvov), quelque chose à quoi est relative la différence (iccpl 5 i^ Siacpopi). Or c'est la matière qui reçoit la forme (ivxivipx xatl OXt\ "fi r^ pLopç-i^v 6«xo|Afyn xal à«l tô 6içoxe(|ji€vov). (Plotin, Ennéad-, II, iv, 4.)

D'ailleurs notre monde sensH)le est l'image du monde intelligible, or il est composé de matière et de forme, donc il doit y avoir là-haut aussi de la matière : xàxsT Set (JXt)v eTvai (ibid.). Mais il ne faut pas concevoir la matière dans le NoîSç, d'après l'analogie de ce que nous appelons matière ici-bas. La matière intelligible est complètement informée et animée par le principe supérieur, la matière sensible résiste à la forme ; la première est un être, la seconde un non-être, la première est éternelle comme l'idée, la seconde soumise à un perpétuel devenir.

Lors même que la matière des corps, dit Plotin , devient une chose déterminée, elle n'est ni vivante, ni pensante ; elle est morte malgré sa beauté empruntée {àXkà vExpôv xexo9{jL7){livov). Au contraire, la matière intelligible a une réalité véritable, elle est vivante et pensante : -^ Oeia uXt^ X(x6o0it9c ta ôpi^ov auT+jV ÎJwV fa)ptff{iivT\v xal vospàv Ij^et. {Ennéad., H, iv, 5.)

Il semble dès lors qu'il n'y ait là qu'un rapprochement de mots ; mais ce rapprochement n'est pas sans raison : déjà avec la seconde hypostase commence cette procession, qui de plus en plus s'éloigne de l'unité absolue et ne trouve son terme dernier que dans la

matière*

Ce qui est concentré dans le monde intelligible se divise et se disperse dans le monde sensible : l'unité devient pluralité, l'harmonie lutte et opposition, Téternité temps et succession. La raison de cette existence inférieure, c'est la matière. Plotin reprend les idées de Platon.

La matière est le substratum général qui persiste sous les transformations.

des éléments les tms dans les autres (6ico6oxA» ôitoxciftcvov) {Enn,, II, it, 6).Bi( est sans forme, absolument indéterminée, sans aucune qualité (i-o'.o;) {ifM.U Par elle-même elle ne possède même pas la grandeur, qui ne lui appar&ot qu'autant que le concept de grandeur se réalise en elle (ibid.) ; elle est, conoe dans le Timée, l'espace prêt k tout recevoir. U ne faut donc pas dire qu'elle eit corps (iffcôixaTOt;), carie corps lui eat postérieur (Ctfrcpov) et suppose la syntbèi' (fftiveeTov) d'une matière et d'une forme {Enn,, III, vi, 7). Elle n'est rien derH elle est la simple possibilité de l'être; par elle-même elle est la pri^ationé! tout, l'occasion pour autre chose d'apparaître en elle (èpv^fiCx i:ivtuv ousx, mai Yt^vEtat jiâv altCa àXXoi; toO çaCvioSat) (Enn., III, vi, 15).

En un mot, elle est le non-être (diXT^Oivwc (i4\ ôv), ce qui manque de toute réalité, ce dont le bien est absent, et c'est en ce sens que Plotin rappelle k mal, icpÛTOv xaxdv (Enn», I, vm, 3). (Voir Zeller, tom. V, 2« édit., p. 486.)

Il faut reconnaître que cette définition de la matière n en donoe pas une idée positive et qu'on a du mal à entendre ce rien qui ^ quelque chose.

Renaissance des sciences. — Le problème de b matière de nouveau posé. — Atomlsme dé Gassendi. — Au moyen &ge, on se borne à reprendre les idées (k Platon et, surtout celles d*Aristote sur la distinction de la matière H de la forme. Signalons cependant une exception : en 1348, àPam Nicolas d'Autrecour était condamné pour avoir dit que « dans le phénomènes de la nature il n'y a pas autre chose que le mou^ ment des atomes s'unissant ou se séparant. » (Prantl, ^escA. i^ Log,, IV, p. 2.) Cest seulement à partir du xvi' siècle que la renaissance des études scientifiques, puis les grandes 'Bécouvertes ^ Copernic et de Galilée ramènent Tattention sur les problèmes cosmologiques et par suite sur Tessençe de la matière. Le sentirort* de la vie universelle inspire d'abord un panthéisme poétiqnee^ assez vague.

L*infime variété des formes, dit Braiio, bous lesquelles la matière nous ipp^ ratt, elle ne les emprunte pas & un autre être, elle ne les reçoit pas du dehtf^ mais elle les tire d'elle-même, elle les fait sortir de son propre sein. Elle d«^' pas ce prope nihil à quoi certains philosophes ont voulu la réduire; efi? n'est pas une puissance nue, pure, vide, sans efiicacité, sans perfection et stfï action... Elle ressemble plutôt à Taccouchéc qui, par ses eCTorts connilsi^ pousse l'enfant hors de son sein... La matière n'existe pas sans les foroK^ bien au contraire, elle les contient toutes, et en développant ce qu'elle porten elle-même de voilé, elle est en réalité toute la nature et la mère des Tirant^ (Cité par Lange, UisL du mater,, tr. fr., 1. 1»', p. 215.)

A côté du panthéisme, nous voyons reparaître latomisme. Ed^ tous les philosophes de Tantiquilé Bacon met au premier M Démocrite.

- 11 juge f< que cette philosophie, qui a écarté Dieu du système du moodeii^

reconnaissant pour cause des choses particulières que la seule nécessité sans rintervention des causes finales, a beaucoup plus de solidité et a pénétré plus avant dans la nature que celles de Platon et d*Aristote ». {De Dig, et Aug., se. m, 4.) 11 ne veut pas « se perdre dans les atomes, dont Texistence suppose le vide et une matière immuable (deux hypothèses absolument fausses {N. 0., il, 8) ; mais il cherche le principe des formes dans «< les particules véritables de la matière, telles qu'on les trouve dans la nature ». {Ibid,) ,

G*est un philosophe français Gassendi qui a renouvelé chez les modernes la conception atomiste de Tunivers. « Parmi tous les systèmes de lantiquité, il choisit avec un jugement sûr celui qui répondait le plus complètement aux tendances empiriques des temps modernes » (Lange). La réh6J)ilitation d*Épicure « mérite d*étre rangée parmi les tentatives les plus originales de cette époque ». (/(/.) Dans son ouvrage intitulé : Exercitationes paradoxicas contra Aristotelem (1624-1645), dont il brûla cinq livres sur le conseil de ses amis, Gassendi attaque Aristote, défend le système d'Épicure. Par le sommaire des livres perdus nous voyons qu'il adoptait le système de Copernic et la théorie de l'immensité du monde telfe que nous l'expose Lucrèce. En 1643, il commença sa polémique contre Descartes par la publication de ses Disquisitiones anticartesianx. C'est de 1646 à 1653 que datent la plupart de ses écrits sur Épicure, ainsi que l'exposé de ses propres doctrines. Pour lui, l'univers est un tout coordonné, dont les éléments constitutifs sont les atomes, qui sont eux-mêmes des déterminations du principe permanent, indestructible, qui est la matière. Aucun corps ne vient de rien. Les atomes , identiques quant à la substance , diffèrent quant à la forme. La naissance et la disparition des choses ne sont qu'une réunion et une séparation des atomes. A rencontre des matérialistes français du xvin* siècle, Gassendi ne déduit pas l'athéisme des principes de son système. Dieu est le créateur de la matière.

Descartes : l'essence de la matière est rétendue* — llécanisme géométrique. — « 11 est très évident que tout ce qui est vrai est quelque chose , la vérité étant une même chose avec l'être, et j'ai déjà amplement démontré que toutes les choses que je connais clairement et distinctement sont vraies. >» (5" Médit,) Descartes applique cette méthode à la matière pour en déterminer l'essence. Il s'agit, pour lui, de faire de l'idée de matière, telle qu'elle se trouve en notre pensée, une critique qui la dégage de toutes les obscurités, de tous les apports sensibles, et la fasse apparaître dans ce qu'elle a de clair et distinct. (^' Médit.)

Dans un objet matériel quelconque, un morceau de cire par

exemple, il y a une multitude confuse de propriétés yarîables, intables même y qui éveillent dans le sujet pensant autant de percep- ' tions plus ou moins obscures. De ce morceau de cire on dira qui a telle ou telle couleur, telle ou telle forme , telle ou telle savw. Ces dénominations expriment-elles Tessence de la maUère? En aucune façon. Approchez du feu le morceau de cire , couleur, odw saveur, tout s'évanouit pour laisser place à une masse étendor molle et flexible, dont on dit cependant encore que c'est de ladrt {2* Médit.) Par suite, toutes les qualités secondes, dont le vul^ fait autant de propriétés de la matière, dépendent des circonstanctf extérieures et de la sensibilité du sujet, plutôt qu'elles ne god^ tuent véritablement Tobjet matériel. Tout ce que nous pouvoe demander aux sens , c'est l'indication de ce qui dans lobjet notf est utile ou nuisible.

Il suffira que nous remarquions seulement que tout ce que nous apcrceToa» par Fentremise de nos sens se rapporte à Tétroite union qu*a Vàme «tkI? corps, et que nous connaissons ordinairement par leur moyen ce en <pioi ^ corps du dehors nous peuvent ou profiter ou nuire , mais non pas quelle tu leur nature. Car après cette réflexion nous quitterons sans peine tous le3 ^ jugés qui ne sont fondés que sur nos sens, et ne nous servirons quedf*^ entendement pour en déterminer la nature, parce que c*est en lui seul que ^ premières notions ou idées , qui sont comme les semences des Térités ^ nous sommes capables de connaître, se trouvent naturellement. {Princa^*^ PhiL, II, 3 ; cf. ff« Méd.)

Toutes les qualités secondes ne sont donc pas des réalités; ell« n'offrent aucune prise à l'entendement, et il n'y a de réel que « qui est aperçu clairement par l'esprit.

La seule propriété essentielle et fondamentale qui persiçlc a travers toutes les modifications, et dont l'esprit puisse avoir u« connaissance claire et distincte, c'est l'étendue ou extension en longueur, largeur et profondeur.

J'imagine distinctement cette quantité, que les philosophes appellent vulp»rement la quantité continue, ou bien Texteusion en longueur, largeur et p^ fondeur, qui est en cette quantité, ou plutôt en la chose à qui on TattribiK- ** plus, je puis nombrer en elle plusieurs diverses parties et attribuer à chacun' de ces parties toutes sortes de grandeurs, de figures, de situations, de moi^ ments ; et enfin je puis assigner à chacun de ces mouvements toutes sortes durées. Et je ne connais pas seulement ces choses avec distinction, '^'^^'^ les considère ainsi en général ; mais aussi, pour peu que j*y applique mon ajj^ tion, je viens à connaître une infinité de particularités touchant les nomfl^ les figures, les mouvements, et autres choses semblables, dont la vérité se paraître avec tant d'évidence et s'accorde si bien avec ma nature, que, lonVj je commence à les découvrir, il ne me semble pas que j'apprenne nefl^ nouveau, mais plutôt que je me ressouviens de ce que je savais déjà wp**" vant. (5« Médit.)

Ainsi donc, parmi toutes les qualités que le vulgaire attribue k la ^[natière, une seule, indépendante de la sensation et aperçue clairement par Fesprity lui est essentielle, et possède une réalité objective, c'est l'étendue :

La nature de la matière ou du corps pris eu général ne consiste pas en ce qu*il est une chose dure, ou pesante , ou colorée , ou qui touche nos sens en •quelque façon, mais en ce qu*il est une substance étendue en longueur, largeur *et profondeur. (Princ.de la PhiL, II, 4.)

Le corps, dontTessence est l'étendue, n'est pas différent de l'espace où il est contenu.

Après avoir examiné cette pierre» nous trouverons que la véritable idée qui nous fait concevoir qu'elle est un corps consiste en cela seul que nous apercevons distinctement qu'elle est une substance étendue en longueur, largeur

-et profondeur : or cela même est compris en Tidée que nous avons de Tespace, non seulement de celui qui est plein -de corps, mais encore de celui qu'on

•appelle vide. (Prtnc. de iaPAt/., II| il.)'

De ce que l'espace et le corps sont identiques, il résulte d'ailleurs qu'il n'y a pas de vide :

Pour ce qui est du vide au sens que les philosophes prennent ce mot, k

savoir pour un espace où il n*y a point de substance, il est évident qu'il

n'y a point d^espace en IMnivers qui soit tel, parce que l'extension de Tespace

•ou du lieu intérieur n'est point différente de l'extension du corps. [llid,,

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