CHAPITRE iPREMIER
LE PROBLÈME RELIGIEUX DANS l'aNTIQUITÉ ET AU
MOTEN AGE
S'il est vrai d'une manière générale que toute philosophie est sortie de la mythologie, cela est surtout vrai du problème philoso- 3hique que l'on peut appeler le problème religieux, c'est-à-dire îelui qui porte sur l'existence et sur les attributs de Dieu. Ce problème est né manifestement des réflexions suggérées à la pensée lumaine par les croyances populaires qui sont le fond de toute reigion. Logiquement, l'histoire de la religion devrait ici précéder ['histoire de la philosophie. Nous ne remonterons pas si haut. Nous iignalerons seulement très rapidement les premières conceptions religieuses des Grecs, telles que nous les pouvons entrevoir dans eurs plus anciens poètes, dans la Théogonie d'Hésiode et dans les 30èmes homériques.
La théologie grecque. — Les poètes : Hésiode et Homère. — Hésiode nous enseigne que le monde est sorti du Chaos par la vertu de TAmour.
Tout au commencement fut le Chaos ; puis ensuite la terre aux larges seins, t>ase solide de tout, et toujours, le ténébreux Tartare au plus profond de la terre lux larges voies, et TÂmour, le plus beau d'entre les dieux immortels, qui sou-
1. Le terme do théodicée a été contesté ;oinme ne signiflant au propre dans Leibniz, ifuira employé le premier dans le livre qui porte ce nom, que la Justice de Dieu (BsoO 5(xT)) ou la /uatifie€Uwn de Dieu : c'est done lartout un traité sur la Providence. Mais ce mot, par extension, a fini par signifier toute la partie de la métaphysique qui traite de Dieu. C'est la loi de la Vie des mots (voir sur ce sujet l'ingénieux écrit de H. Darmesteter) d'étendre sans cesse la signification des mots, en piui-
sant de la partie au tout. Le mot théodicée est court, et il remplace avantageusement l'ancien terme de théologie naturelle, qui se compose de deux termes, dont le premier est équivoque. An reste, la Théodicée de Leibnk traite en réalité de toutes les questions qui concernent Dieu. 11 n'y est pas seulement question de la Justice, mais de la bonté, de la puissance, de la liberté divine, de la création, et même de l'existence de Dieu. C'est donc au fond on traité complet de théologie aatorsUe.
lage les membres de tous les dieux et de tous les hommes... Du Qiioi i l'Erèbe et la Nuit noire naquirent, et de la Nuit elle-même naquit Yî&si le Jour qu'elle engendra, ayant conçu unie d'amour & TÉrèbe... etc. (TVgjâ Y. 116 et suivants, trad. de Renouvier, Manuel de philosophie ancienne^ t i,f2
On retrouve la même théogonie dans le mythe des oiseaux, uj porté par Aristophane dans la comédie de ce nom (Owcoux, v.i91
Telle parait avoir été la plus ancienne théologie des Grecs, ass conforme d*aîlleurs à ce que nous savons de la théologie phâ cienne par le témoignage de Sanchoniathon {Eusèbe, d'après Phik de Byblos, Prœpar, Evang,, 1. I, c. vi; voyez Renouvier, p.® C'est, on le voit, une sorte de naturalisme panthéistique, oùto sort du Chaos par la vertu des forces qu'il contient en germe, i qui le transforment.
Dans la théologie d'Homère se manifestent un tout autre espi un tout autre caractère. Cette cosmogonie panthéiste et natunlis se transforme en un anthropomorphisme qui se rapproche^ théisme. Jupiter est le suprême ordonnateur (uTcaxoç jxiîtrrwp). lldi pose et dirige tout. Toutes les forces de l'univers se rangent s« son autorité. Au sommet de l'empire des dieux, Jupiter appai* seul, idéal de suprême puissance et d'intelligence absolue. II pf^ side l'assemblée des dieux, et il communique avec les hommes. 1 est le père d'Ati, la déesse qui égare les coupables; du Repentir.ip rachète les fautes; de la Plainte, « vengeresse des opprimés»! est le protecteur des droits sur lesquels reposent les rapports^ hommes. Dieu suprême du serment et de la famille, il veilles* l'enceinte des habitations ; il est le patron des hôtes et des sf pliants, et même des mendiants. (Jules Gircurd, du Sentiment é gieux chez les Grecs, p. 71-72.)
Malgré les grandes idées mêlées à la poésie d'Homère et dlf siode, la religion des Grecs ne s'est pas beaucoup élevée au-desas de la mythologie ; elle n'est jamais devenue complètement ce ^ nous appelons une religion. Trois choses, en effet, caractérisentn* religion : 1® un révélateur; 2* un livre sacré ; 3' une métaphysHp* et une morale. En Grèce, il n'y a pas de révélateur ; aucun hoflu»* ne s'est présenté et n'a été accepté comme \m intermédiaire ^ «t privilégié entre Dieu et l'homme. Il n'y a pas eu un Manoa,i^ Zoroastre, unBoudha. De même il n'y a pas eu de livres sacrés, t* que le Zend-Avesta, le Véda, le Coran, etc. Enûn il n'y a pas w* théologie, c'est-à-dire de doctrine métaphysique et morale ^ loppée par un sacerdoce savant et placée au-dessus du libre ^ jnen des individus. En Grèce, les théologiens sont les poètes : ^
uls développent les idées religieuses et morales contenues dans s croyances populaires. Cependant quelques tentatives d'organi* ktion religieuse ont été essayées et nous donnent Fidée de ce qui irait pu devenir la religion grecque. Les mystères d'Orphée ou téme le pythagorisme sont des essais de ce genre. (Y. le Sentû ent religieux chez les Grecs, de M. Jules Girard.) Rien de tout cela 'a abouti, et la religion grecque est restée une religion d'imaginaon, dont les philosophes et les poètes ont été les métaphysiciens t les moralistes. Voyons donc les idées religieuses des poètes se évelopper par la philosophie.
La cosmogonie des premiers philosophes grecs* - École lonlemoie* — Xénophane.— Critique du polyhélsme* — Le panthéisme de Xénophane* — Sceptlisme religieux* — Les Sophistes* — La première philoophie des Grecs, celle de Técole dlonie, fut une cosmogonie avant e devenir une théologie. Elle fut, sous une forme abstraite et cientifique, la traduction de la cosmogonie mythologique. Aristote attache la doctrine de Thaïes, que tout vient de l'humide, à ce ieux mythe qui fait de TOcéan « le père des dieux et des hommes ». (Arist., Métaphys., 1, 3.) Cependant la cosmogonie de Thaïes, latérialiste en apparence, était animée d'un sentiment panthéistiue. Il disait que tout est plein de Dieu, iràv-ua izX-ZipTi 6itav (Arist., de .nim.y I, 5). Il attribuait aussi une âme à Taimant (Arist., I, 2, 05 a 19).
Le premier penseur qui ait élevé la conception de Dieu à la hau- ^ur philosophique, soit en combattant des superstitions populaires, )it en déterminant les caractères propres et les attributs de la dinité, est Xénophane, le fondateur de Técole éléatique. Xénophane lillait l'anthropomorphisme poljrthéiste. Il disait que les hommes at fait leurs dieux à leur image.
Les nègres se les représentent noirs et avec le nez épaté ; les Thraces avec i8 yeux bleus et une chevelure rouge. Si les bœufs et les chevaux savaient undre, ils représenteraient les dieux sous forme de chevaux et de bœufs, .énoph., Frag. 6 et 7; Cicéron, de Nat. deorum^ I, 24.)
Homère et Hésiode ont attribué aux dieux tout ce qui est déshojrant chez les hommes, le vol et Fadultère. (Cicéron, de Natura \cyrum, I, 24.)
Xénophane, selon Aristote {de Xenoph., 3), démontrait Tunité de ieu a priori : « Si Dieu est ce quUl y a de plus puissant, il doit re un ; car s'il était deux ou plusieurs, il ne serait pas ce qu'il y
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a de plus puissant, puisqu^il ne pourrait pas tout ce qu*U Youdrali Il démontrait de la même manière Téternité de Dieu. Enfin, il li reconnaissait le plus haut des attributs, rintelligence : « Sn iatigue, disait-il, il dirige tout par la puissance de l'esprit : kkk ir^voto v6ou (ppevt icdcvca xpa$a(vcc. » (Fragm. 3.) Cependant on peots demander encore si ces paroles doivent être entendues dans le ses du théisme ou du panthéisme (Y. Cousin, Fragments phUm^ quesj art. Xénophane). Aristote nous dit que Xénophane sékni ridée de Tunité divine en contemplant le ciel tout entier : slcnvâ^ oupavov àico6Xé({/a<;. [Met,, I, 5.) Il semble bien aussi que ceeoM Tunivers que s'applique cette belle pensée : « Tout entier il tiA: tout entier il conçoit; tout entier il entend : oSXoc ôp?, ooXoçoiik ouXoc Te x'àxo^t, » (Prag. 2.)
Ce n'est donc pas Xénophane, c'est Anaxagore qui a séparé k premier Fesprit de la matière et placé l'intelligence àrori^e^ choses. C'est ce qui résulte de ce passage d'Aristote :
Que Tordre et la beauté qui existent dans les choses ou qui s'y prodoi*^ {dent pour cause la terre ou quelque autre élément de cette espèce, c^^ quin^est guère vraisemblable... Attribuer ces admirables effets aubaard^ à la fortune était trop peu raisonnable. Aussi quand ua homme ^toà^l que, de même que dans les animaux, il y avait dans la nature une iûlàl^ cause de l'arrangement et de Tordre universel, cet homme parut jouir di s raison au prix des divagations de ses devanciers (olov v^^uv i^^vp'^ 'kiyovxaç Toùc icpdTcpov). Or nous savons , k n'en pouvoir douter, qu'Axux*^ s'attacha à cette opinion. {Métaph., I, 3.)
Voici les textes qui nous restent d'Anaxagore et qui témoigifl' de la doctrine précédente.
Au commencement, toutes choses étaient ensemble infinies quant au iioiik<; et à la petitesse... L'intelligence a ordonné toutes choses en les séparant:^ icivxâi xp^(>>>'va ^v... NoCç icdcvta 6ic«6fffiT)9C *. (Diog. L., U, 6.) — Vint^i^ est indépendante {(xùxoxpàTi\<i) ; elle n'est mêlée à aucune autre chose; eUe '^ tout entière en elle-même, {louvoç aÙTÔç Içp'éauToG lort. — Elle est ce (p». a de plus subtil, de plus pur, t6 Xeict^toetov, xà xaOatpc&raxov. (Fraga-^' Elle a une puissance souveraine sur toutes choses : Ecrx^ci niyivca; ^ voCç xpaxiti ; enfin elle a un savoir illimité : iccpl icivroç Tffx*^ "Sï^* ^ l^ pliCr 271 a 30).
Avec les Sophistes commence le scepticisme en matière de ^ gion. Protagoras disait :
Je ne sais rien des dieux, ni s'ils sont ni s'ils ne sont pas : oûO' «iK c(^ ^^^ oOx clff{ (D.L., IX, 51.) Thrasymaque passe pour avoir élevé des doutes sir
1. Le §eul mot de ScC)cd9[iK\9C signifie à la fois racto de séparer {Zià) et l'acte (Tor^ ( «d^iXàM»).
providence divine. Il disait que les dieux ne s'occupaient pas des affaires hur uaines : 8ti ol Oéoi oùy^ ôpûvi xà. àvOpumva.
Enfin on attribue à Gritias, un des trente tyrans, élève des Sophistes et de Socrate, un passage où, comme les philosophes du ivin^ siècle, il attribuait aux législateurs Tinvention des dieux.
Au commencement, dit-il, les hommes vivaient sans lois et sans ordre omme les animaux. On établit des lois pénales ; mais comme ces lois n'atta^ ;uaient que les crimes commis au grand jour, il est survenu un homme habile t ingénieux qui, voulant prévenir les délits cachés, se mit à parler des dieux mmortels et à leur assigner le ciel pour demeure. (Sextus Emp., Adversus Mahematicoe^ IX, 54.)
Le théisme philosophique. — Socrate» — Les eau- »es finales. — La Providence. — L'impiété des Sophistes iuscita un défenseur des idées morales et religieuses. Malgré les ;ermes que nous avons recueillis dans les philosophies antérieures, ^ea germes sont encore trop faibles et trop confus pour que nous le soyons pas autorisés à voir dans Socrate le vrai fondateur du théisme philosophique, le premier qui ait eu Tidée de la persoa :ialité divine et qui ait trouvé la preuve de l'existence de Dieu i^onnue dans TÉcole sous le nom de preuve des causes finales. D'une part le Discours de Socrate dans le Phédon de Platon, d'autre part dans Xénophon le double entretien de Socrate avec Ëuthydème ;t Aristodème, contiennent l'exposé le plus net des doctrines que lous venons de mentionner. Socrate s'était d'abord, comme les philosophes antérieurs, occupé de physique et de cosmogonie ; mais 1 n'avait pu se contenter de leurs explications. Il ne fut pas même satisfait d'Anaxagore, qui n'avait introduit l'intelligence dans son système que pour ne pas s'en servir. Socrate, au contraire, conçut 'univers comme le produit d'une cause morale, d'une volonté bien- 'aisante. Il ne disait pas que les phénomènes se produisent parce [ue cela est nécessaire , mais parce que cela est bon. Tel est le ^ésumé du Discours de Socrate dans Platon {Phédon, 96, 199). Xéno- )hon nous le montre aussi, mais sous une forme plus populaire, iéveloppant k Aristodème {Mémor., I, 4) les heureuses combinaiions du corps humain et l'enchaînement harmonieux des causes ;t des effets, des moyens et des fins. Il ne voit pas seulement dans a nature les traces d'une intelligence ; il y trouve la preuve d'une puissance bienfaisante pleine de sollicitude pour les hommes (IV, 3). 3 croit à la présence constante et à l'action infaillible de cette 3ui6sance dans l'univers ; il croit qu^elle a les regards ouverts sur es hommes, et qu'elle connaît le secret de leurs pensées et de leurs
'^.^^W-îFCH^'^y*
sentiments (I, 1). Il reconnaît donc, non seulement Texistenceè Dieu, mais celle de la Providence, et non seulement de cette Pro^ dence universelle qui veille sur Tensemble de Funivers, mais dek Providence particulière qui s'intéresse au sort des individus, l recommandait la prière, et voulait que Ton n'en usât que ponrk bien de son âme, et non pour les biens temporels. En se plaçantM point de vue philosophique, on peut dire que Socrate a élé k révélateur du Dieu de l'Occident. Tandis que l'Orient tout entier. la Judée exceptée, adorait la nature sous le nom de Dieu; taoi que la religion grecque, sous la forme anthropomorphique, ïï'ëà encore qu'une religion de la nature, Socrate fit connaître lepreiokr le Dieu moral, celui qui a été depuis reconnu et adoré de toutesb nations civilisées.
La doctrine religieuse de Platon : l'Idée du Bleif la vie de Dieu* — Preuves de Fexistence de INe» La Providence. — Le mal; roptimisme. — Les idâs
de Socrate furent développées par Platon d'une manière beaucosf plus ample et sous une forme plus scientifique. C'est avec luiqtf commence véritablement l'histoire delà théodicée. Onpeuldift à la vérité, que sa philosophie tout entière, à savoir la théorie (iff Idées, n'est autre chose qu'une théodicée.
Que faut-il entendre par idée (ISia, eTBoç) dans la doctrine if Platon ? C'est l'élément général et essentiel de toutes choses : c'es ce qu'il y a de fixe et de permanent en elles. Mais l'idée n'est p? seulement supérieure aux individus par la quantité, comme Ym^ plusieurs, mais encore par la qualité. Elle n'est pas seulement lef néral, elle est Y idéal, (Voy. notre Es%ai sur la dialectique dePl(A^ p. 249.) A la vérité, il a souvent confondu ces deux points de rue: ce qui a donné lieu à Aristote de ne voir dans sa théorie qu'un tiss d'abstractions. Mais l'esprit du platonisme tout entier dépose coflti? cette interprétation. La mesure de Têtre pour Platon n'est |* seulement dans la généralité et l'extension du concept : elleesl^ même temps et surtout dans la perfection. En efi'et, entre 1^ difiPérentes idées, quelles sont celles que Platon place au preo»^ rang, et dont il accorde partout l'existence sans hésiter et avec!» plus entière conviction ? Ce sont les idées de ce qu'il y a de P^ parfait, les idées du juste, du beau et du bien.
Il y a donc quelque chose de beau, de bien et de grand par soi-ffléoe. ' Pour moi, je ne trouve rien de si évident que Texistence du beau et duli^ {Phédon; 77, 4.) — Dirons-nous que la justice est quelque chose ou qu'cflcfl'*
en ? Nous le dirons assurément. N'qu dirons-nous pas autant du beau et du len?(PAAion, 65,7.)
En un mot, toutes les idées que nous marquons dans le discours, ^8 c€Lractères de l'existence, ne font pour Platon Tobjet d'aucun oute. 11 en est de même, quoiqu'il les place au second rang, des lées mathématiques, Tégalité, les nombres, la mesure, tout ce qui ans les choses sensibles est principe d'ordre et d'harmonie. Enfin, lais avec plus d*hésitation, Platon admet les idées des choses ensibles, c'estrà-dire le principe essentiel de chaque genre et de haque espèce, telles que l'idée de l'homme [Parm.^ 130), l'idée lu feu (Timée, 51 c) ou même l'idée du monde sensible en généal, qu'il appelle le vivant en soi, tô aûx(5?;o»ov.
Maintenant ces types idéaux fondements de la réalité visible et ensible seraient-ils, comme on l'a dit, des modes sans substance, »u ne se rattachent-ils pas eux-mêmes à une idée supérieure, qui i&t précisément l'idée de Dieu? Les textes sont décisifs, et il n'est MIS permis de séparer les Idées et Dieu. Que dit en effet Platon [ans la République? « Tous les êtres. intelligibles tiennent du Bien eur être et leur essence : tô eTvat xal xiqv ouj(av aÙToT; irpotetvai {Réf., VI, .09 6.) N'est-ce pas dire que les idées ont leur substance dans 'idée du bien, qui n'est autre que Dieu lui-même ? C'est ce qui résulte incore de cet autre passage de la République :
Aux dernières limites du monde intellectuel est Tidée du Bien (-h IS<« '^oô dya* où), idée que Ton aperçoit avec peine, mais que Ton ne peut apercevoir sans onclure qu^elIe est la cause de tout ce qu*ii y a de beau et de bon (icivTuv pOôÂv Tc xxl xaXûv alTCsv) ; que dans le monde intelligible c*est elle qui proluit directement la vérité et Tintelligence : àTcrfitiac^ tc xzl vouv irotpxoxoH^* VII, 517 D.)
Dira-t-on que ce que Platon appelle l'Idée du Bien n'est pas Dieu ui-même? Mais que serait-ce donc? Et quel autre principe que )ieu peut être la source de la vérité et de l'intelligence, la cause le tout ce qu'il y a de beau et de bon dans les choses?
Considérons cette idéCr ditril encore, comme le principe de la science ; et [uelque belles que soient les sciences et la vérité, tiens pour certain que Idée du bien en est distincte et les surpasse en beauté. (Rép., VI, 508 E.)
C'est encore le même principe qui dans Platon est l'objet, non seulement de la dialectique, mais de l'amour. L'amour poursuit le deau comme la science poursuit le vrai, et la vertu le bien. L'amour s'élève du corps aux esprits, de la beauté des formes à la beauté des sentiments, des beaux sentiments aux belles connaissances, jusqu'à ce qu'il atteigne le beau tel qu'il est en soi.
0 mon cher Socrate, s*écrie dans le Banqtiet Tétrangère de MaDtinée,ttfi peut seul donner du prix a la vie, c^est le spectacle de la beauté éternelle. Qri» ne serait pas la destinée d'un mortel à qui il serait donné de contempierk beau sans mélange, dans sa pureté et simplicité, non pas revêtu de éâ ou de couleurs destinées ft périr, à qui il serait donné de voir face à lace, ê» sa forme unique, la beauté divine? {Banquet , 210 sqq.]
Enfin ce Dieu, terme sapréme de la dialectique et de Tamoiir, est un Dieu vivant; ce n'est pas une entité logique sans consdeo» et sans personnalité.
Eh quoil nous persuadera-t-on facilement, dit Platon dans le SophiiU,(^ dans la réalité le mouvement, la vie, Tàme, Tintelligence, ne contienk pas à rôtre absolu, que cet être ne vit ni ne pense, et qa*il demeure m» bile et immuable sans avoir part à l'auguste et sainte intelligence? (Sophé. 248 £.)
En même temps que Platon s*élève à Dieu spontanément park mouvement ascensionnel de la dialectique et de Tamour, il cheitiie aussi à rétablir par le raisonnement, et c'est à lui que commeff^ l'histoire de ce qu'on appelle les preuves de l'existence de Dieu*-
i^ Preuve par la cause efficiente. — « Tout ce qui naît, «»^ YsvojjLivov [Timée, 37 B) procède nécessairement d'une cause. li cause et ce qui produit est la même chose. Ce qui produit précè* par nature [ii-^zl-zai xarà «puatv), et ce qui est produit vientàlasuifc [PhiL, 7.) Il y a donc une puissance (8'jvap.tç) capable de faire q« les choses deviennent ce qu'elles n'étaient pas auparavant:^'
|*7j 'irp(5Tepov oucriv uTctpov Y-YvejOai [Sophiste^ 205 6). 2^ Ce qui est dans Veffet est idéalement dans la cause.
Ne dirons-nous pas que notre corps a une âme ? — Oui. — D'où 1'*^'^ prise, mon cher Protarque, si le corps de Tunivers lui-même n'était pas vàBf — Il ne peut y avoir de sagesse et d'intelligence là où il n'y a pas df Ainsi tu diras qu'il y a dans Jupiter, en qualité de cause, une âme royale.'^ intelligence royale. (Philèàe, 30.)
3** Preuve par la cause motrice. — Platon, avant Aristote, déjà prouvé Dieu par le mouvement; c'est l'objet d'une très démonstration dans le dixième livre des Ims. Il est vrai quedaost^ passage, il s'agit plutôt de l'Ame du monde que de Dieu; mais celte âme du monde est produite par Dieu.
« 11 y a deux sortes de substances : celles qui peuvent communiquer^ mouvement à d'autres, mais qui n'ont jamais la force de se mouvoir eS^ mêmes, et celles qui se meuvent eUes-mèmes et aiissi d'autres substance^^ La substance qui se meut soi-même est donc la cause du mouyeme&t p0|| celles qui ne se meuvent pas elles-mêmes. « Tout ce qui appartient àl^