LA PHILOSOPHIE ANTÉ-SOGRATIQUE
ménide, en réduisant à Tabsurdô les prétendues affirmations du sens commun. Il part des concepts mêmes de la pluralité et du mouvement pour en démontrer Timpossibilité.
Toute sa dialectique repose sur la notion de l'infini. Pouf aller d*un point k un autre, un corps doit parcourir d* abord la moitié de cet espace ; mais il a dû parcourir d*abord la moitié de cette moitié ; le môme raisonnement peut s'appliquer indéfiniment. Donc pour aller d'un point à un autre un corps devrait parcourir des espaces en nombre infini ; or l'infini ne peut être parcouru en un temps donné. L'argument d'Achille et de la tortue n'est qu'une forme nouvelle de l'argument qui précède. Donnons à la tortue 20 pas d'avance, et supposons que la tortue fait 1 pas pendant qu'Achille en fait 20. Quand Achille aura fait 20 pas, la tortue aura fait 1 pas; pendant le temps qu'Achille emploiera & parcourir ce pas, la tortue fera ^ de pas, puis ^hf ^tc. ; Achille ne rattrapera donc jamais la tortue. Zenon disait encore : la flèche ne se meut ui dans l'espace où elle est ni dans l'espace où elle n*est pas. La flèche qui semble voler est donc en repos à chaque instant de son vol.
L'école d'Élée a exercé la plus grande influence sur le développement de la philosophie anté-socratique. Ëmpédocle, les Atomistes, Anaxagore, accordent à Parménide que l'Être véritable est éternel, impérissable. De là une conception nouvelle de la vie de la nature. De rhylozoïsme qui admet que Tètre se modifie, s'accroît, on passe à une théorie mécaniste, selon laquelle le changement se ramène à la combinaison et à la séparation d'éléments dont rien n'altère le nombre ni la qualité. La philosophie des Ëléates est ainsi comme le pivot sur lequel tourne la première philosophie grecque.
Les Xouveanx Physicîlens. — Heraclite. — Heraclite professe encore Thylozoïsme ; mais ce qui l'intéresse, c'est moins la substance des choses que le devenir, le changement. A ce titre, il forme antithèse avec Parménide, dont il est le contemporain. Empédocle, les Atomistes, Anaxagore, cherchent h concilier le paradoxe de l'être immobile avec le paradoxe de Tétre toujours en fuite. On est donc autorisé à séparer HéracliCe des vieux philosophes de la substance, et à le placer au début du mouvement philo* sophique dont il est l'un des promoteurs.
D'une illustre famille d'Éphèse, Heraclite, qui ttorissait vers la 69« olympiade (504-500), prit part aux luttes politiques, combattit la démocratie. Il dédaignait set plus illustres devanciers (attaques contre Pythagore, Xénophane), et s'ex* primait avec une obscurité qui le tît surnommer l'obscur, 6 oxotsivcSç. U compara lui-même ses discours aux paroles sans sourire, sans ornement, d'une sibylle inspirée. U eut une école nombreuse qui durait encore au temps d'Aristote. Le plus connu de ces HéracUtéens est Cratyle, qui fut l'un des maîtres de Platon. {Met., I, 6.) Platon fait cependant un portrait satirique de ces HéracUtéens, qui parodiaient les allures enthousiastes, les énigmes et l'orgueil du maître. {Théét,, 119.)
Tout se meut, tout 6*écoule, irivTa jJs'ï, tout devient tout, tout est tout. Le jour et la nuit, le sommeil et la veille, la jeunesse et k vieillesse, sont mêmes choses. L'argile dont les choses sont faites est toujours pétrie en des formes nouvelles. Le monde ressemble! une boisson mélangée qui a besoin d^ètre remuée constamment poor ne pas se décomposer. Rien n'est, tout devient. Si tout change el n^existe que par ce changement même, tout renferme en soi ce qui le nie, tout est en même temps que soi son contraire. La loi di devenir revient à la loi de Tidentité des contraires. Tout naît df cette lutte : ic^Xefxo^ ^zaxr^p '7càvTb>v. Mais cette lutte des contraire n'est pas un désordre, le jeu de Jupiter n'est pas un jeu de hasard Heraclite est un Grec : ce qu'il cherche dans ce rapprochement violent des contraires, c'est l'harmonie. Les contraires procédât d'un seul et même être qui, en toutes choses, s'engendre lui-mèK et maintient l'unité du tout dans la lutte des parties.
« Les âmes barbares ne savent pas que le bien et le mal se réunisBentcs* même effet, comme se combinent dans l'harmonie de l'arc et de la lyre dtf actions opposées. » Cette harmonie c'est la loi divine, lajustice, la destinée. <!/ soleil ne franchira pas ses limites, sinon les Érynnies, auxiliaires de Hài «auront le trouver. » Cette loi, c'est aussi la sagesse, le Logo», xb ^uvdv, ce qal y a de commun, d'universel. La métaphysique pour Heraclite ne se sépare p« de la physique. Si tout devient, c'est que tout est feu. « Le monde n'a été ok par aucun des dieux ni par aucun des hommes ; mais il a toujours été, il t^ et il sera un feu éternellement vivant, s'allumant et s'éteignant selon la lou* La loi du devenir est comme réalisée dans la nature de l'élément premier, de la substance universelle. « Heraclite est le premier qui ait affirmé énergiq*ment, d'une part la vitalité absolue de la nature, la transformation iooûsaiî' des substances, la mutabilité et l'instabilité* de tout ce qui est indiTiând; d'autre part l'uniformité immuable des rapports généraux, l'existence d'ov loi raisonnable, absolue, qui régit le cours de toute la nature. » (Zeller, tr. frt. H, p. 188.)
Doctrines de combinaisons. — Empédoele. — U» Atomistes. — Anaxag^ore : le Noûc. — Empédocle eâ un des types les plus curieux parmi ces vieux philosophes. Il ^ poète, orateur politique, prophète et purificateur; il fait des mincies, ressuscite une femme, arrête la peste, et parcourt les mes d*Agrigente « ceint de bandelettes et de vertes couronnes, adoit comme un dieu ». Empédocle emprunte aux Pythagoriciens leun conceptions morales et religieuses (métempsycose, — purifications. — interdiction des sacrifices sanglants). Sa cosmologie est un essai de conciliation entre Parménide et Heraclite. Il admet un cerUi» nombre de substances incréées , impérissables, et il ramène toet changement à la séparation et à la combinaison de ces substance