‹ Histoire de la philosophie, les problèmes et les e̋colesChapitre 47 sur 66 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Vie et écrits d*Aristote* — Caractère de sa phllo- -sophle* — Aristote naquit en 384 à StagjTC, colonie grecque de la Thrace. Son père Nicomaque était médecin du roi de Macédoine Amyntas. Dans sa dix-huitième année, il vint à Athènes (367), et pendant vingt ans il resta le disciple de Platon. On rapporte que Platon avait peu de sympathie pour Aristote, auquel il reprochait son esprit caustique et le soin qu'il prenait de sa personne. Sans tenir compte d'anecdotes d'une authenticité douteuse, il est vraisemblable que le maître pressentit dans son disciple un adversaire. En 343, Philippe conGa à Aristote l'éducation de son fils Alexandre. Platon n'avait pas été heureux dans ses voyages en Sicile : les Denys n'avaient pas goûté ses plans de réformes politiques. Aristote a eu da gloire d'avoir pour disciple l'un des plus grands hommes de l'antiquité. Alexandre, jusqu'au meurtre de Callisthène, resta son ami. Il lui donnait de l'argent pour acheter des livres; du fond de l'Asie, il lui envoyait des exemplaires de plantes et d'animaux rares. C'est un peu avant le départ d'Alexandre pour l'Asie qu'Aristote revint à Athènes (334). 11 y ouvrit une école dans le Lycée, gymnase consacré à Apollon Auxsio;. Il avait l'habitude d'enseigner en se promenant dans les allées du Lycée; d'où vint à son école le nom d'école péripatéticienne (des promeneurs). Après la mort d'Alexandre il y eut à Athènes une réaction contre les Macédoniens. Aristote fut accusé d'impiété, et pour se soustraire k cette accusation il se retira à Chalcis, où il mourut dans sa soixantetroisième année (322).

L'œuvre d' Aristote est considérable, elle forme une véritable encyclopédie du savoir humain au iv® siècle avant Jésus-Christ.

H 8*occupe d'abord des lois générales de la pensée et des procédés que sait Tesprit pour atteindre la vérité. Ses écrits sur la logique ont été réunis sous le titre d'Organon; les principaux sont les Catégories, \q% Premiers et les Seconds Analytiques, les Topiques, etc. 11 passe à Tétude de la nature, avec le de Cœlo, la Météorologie, la Physique, Après le monde inorganique il trouve devant lui le monde de la vie ; il écrit un traité des Plantes, une Histoire des animaux, un livre sur la Génération; il fonde Tanatomie et la physiologie comparées, et dans cette science délicate des êtres vivants il fait preuve d'un esprit d'observation

et d*uii génie créateur qu'admirent encore les savants modernes. Il arrive à rhomme et à la pensée ; il écrit le repl M'u^^ç (de TAme), et de courts traités tur la Sensation, sur la Mémoire, sur le Sommeil, etc. 11 étudie les manifestations de Factivité humaine et leurs lois dans la Rhétorique, dans la Poétique, dans la Morale à Nicomaque, dans la Politique. Enfin les traités sur la philosophie première (irpuTT} eiXovooîa) comprennent la science des causes, des principes qui dominent toute la yie de la nature : ils furent réunis par les commentateurs en un seul ouvrage, et placés & la suite de la Physique, xà \uxàL xà çuvtxi; de là vient le nom de Métaphysique, qui désormais désigna la science des causes premières.

Pour comprendre la philosophie d'Aristote," il ne faut point oublier qu'il est tout à la fois le disciple et l'adversaire de Platon. En combattant son maître il le continue.

Pour Platon, ce qu'il y a de réel, ce n*est pas l'individu, ce sont les idées auxquelles il participe. La science nous détache du monde sensible pour nou» transporter dans le monde des réalités intelligibles. Quand nous allons de Socrate k l'homme, de l'homme à l'animal, de Tanimal & l'Être, est-il vrai que nous nous rapprochions de l'existence véritable? Aristote rejette la théorie des Idées séparées. Elles n'expliquent ni Texistence ni la connaissance du monde qui nous entoure. Comment ce qui est sans rapport avec ce monde pourrait-il le rendre réel ou intelligible? L'Idée transcendante ne peut être un principe de mouvement ici-bas, et nous ne saurions la découvrir où elle n'est pas. U monde des Idées ne fait donc que doubler inutilement le monde sensible. Ajoutez que l'Idée ayant une existence séparée, distincte de celle des individu» auxquels elle se communique, il faut admettre, pour expliquer ce qu'il y a de commun entre l'Idée de l'homme, par exemple, et les hommes individuels, un nouveau principe, dont l'homme en soi (auToivOpoiiroç) et les hommes participent également, et ainsi de suite & l'infini; c'est l'argument du troisième homme (TptTo<; avOpcairo;).

Aristote soutient contre Platon que seul l'individuel existe substantiellement. Expliquer Socrate, ce n'est pas le ramener à des qualités générales, comme aux seuls éléments réels qui le constituent. Ces qualités n'existent au contraire que par les hommes qui le^ possèdent ; en elles-mêmes elles ne sont que de vaines abstractions. Le général est immanent (evuTcàp^ov) à Tindividuel, il n'est que par lui, qu'en lui. Comprendre les choses, ce n'est pas se détacher du monde sensible, combiner des idées selon leurs rapports rationnels. La vérité n'est pas en dehors de notre monde ; elle est sous nos yeux, dans les faits qui nous entourent; le premier moment de la science est l'expérience, l'observation des phénomènes. C'est dtf sensible que nous devons dégager Tîntelligible : èv toTç stSs^t toT;

œIoOtj'uoTç zol voTjxà eortv.

Mais ce n'est pas à dire qu'Aristote soit un empirique, au sens ordinaire de ce mot. U est resté le disciple de Platon. Les concepts ne sont pas pour lui des mots, de pures abstractions de rinlelligence (nominalisme) ; ils répondent à ce qui est ; ils n'ont pas, il

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