‹ Histoire de la philosophie, les problèmes et les e̋colesChapitre 61 sur 66 · LA PHILOSOPHIE FRANÇAISE AU XIX« SIÈCLE · texte numérisé non relu

LA PHILOSOPHIE FRANÇAISE AU XIX« SIÈCLE

peut-être la synthèse la plus vaste qui ait été tentée en France au Tcix^ siècle. Mais elle resta une tentative individuelle et isolée, et, malgré sa valeur, n^obtint aucun adepte. A Tinverse de Técole psychologique, il part de l'Être en général, et il pose comme un Tait primordial la coexistence des deux formes de TEtre : Tlnfini et le Fini, lesquels ne peuvent se déduire Fun de Tautre. Dieu et l'univers sont indémontrables. Le but de la philosophie n'est pas de les prouver, mais de les connaître. Dieu ou la substance est constituée par trois propriétés fondamentales, qui sont chacune l^Être tout entier et se distinguent cependant les unes des autres : de sorte que le dogme du Dieu en trois personnes est philosophiquement vrai. Il disait comme Platon qu'il y a en Dieu un principe de distinction, qui lui permet d'être à la fois un et multiple. Lamennais essaye de déduire a priori les trois propriétés essentielles de Dieu. Pour être, dit-il, il faut pouvoir être : de là la Puissance. En outre, il faut être ceci ou cela, avoir une forme, en un mot être intelligible. Mais, dans l'absolu, l'intelligible ne se distingue pas de l'Intelligence. Enfin il faut un principe d'union, qui est l'amour. La Puissance est le Père ; l'Intelligence, engendrée par la Puissance, est le Fils ; l'Amour est l'Esprit. La création est la réalisation hors de Dieu des idées divines. Elle n'est ni une émanation ni une création ex nikilo. La création est une participation. Dieu tire tous les êtres de sa substance, et on ne peut pas supposer qu'il puisse y avoir quelque chose hors de la substance ; mais ce n'est pas une émanation nécessaire. C'est un acte libre de la volonté. Dans Tunivers créé, il faut distinguer la matière et les corps. La matière n'est que la limite : c'est le principe divin de distinction réalisé extérieurement. Tout ce qui est positif dans les corps est esprit. Mais l'esprit, par cela seul qu'il est créé, est limité. Ce qui n'est que simple distinction devient dans la réalité un véritable obstacle. La matière n'est cependant pas un non-être : c'est une réalité effective incompréhensible en soi, et qui ne nous est révélée que comme limite de l'esprit ; c'est pourquoi tout être créé est à la fois esprit et matière. 11 n'y a que Dieu qui soit absolument immatériel. De même que l'univers représente Dieu : 1® par la substance, qui est l'esprit, 2® par la limite, qui est la matière, il le représente encore par sa triple personnalité. Les trois personnes divines sont manifestées psychologiquement dans l'homme et physiquement dans les trois propriétés de l'électricité, de la lumière et de la chaleur. Elles se retrouvent à toUs les degrés de l'être d'abord sous les formes les plus enveloppées, puis sous des formes de plus en plus riches,

allant toujours du simple au composé. Lamennais a donc appliqué à la philosophie de la nature le principe de révolution, et par là sa philosophie se rapproche de celle de Schelling.

Auguste Comte (1 708-1 857), fondateur de récde positiviste* — La doctrine d'Auguste Comte, issue à la fois des sciences mathématiques et positives et du saint-simonisme, est une combinaison d*empirisme et de socialisme, où le point de vue scientifique Ta emporté de plus en plus sur le point de vue socialiste. Il y a dans le positivisme, comme dans toute doctrine philosophique, deux parties : une pa7*s destruens et une pars construens. Làpm destruens consiste à nier toute métaphysique, toute recherche de causes premières ou de causes Anales. Les deux bouts des choses nous sont inaccessibles. Le milieu seul nous appartient. Ces insolubles questions n'ont pas fait un pas depuis le premier jour. U positivisme répudie toutes les hypothèses métaphysiques. U n'accepte pas plus l'athéisme que le panthéisme. L'athée est un théologien. Il n'accepte pas non plus le panthéisme, qui n'est qu'une forne de l'athéisme. Le conflit entre la transcendance et rimmaneDce touche à sa fin. La transcendance, c'est la théologie ou la JDétftphysique expliquant l'univers par les causes qui sont hors de lui. L'immanence , c'est la science expliquant l'univers par les causes qui sont en lui.

Dans sa partie dogmatique ou pars construens, le positifisme ne se compose guère que de deux idées : i^ une certaine conceptioQ historicpie ; 2® une certaine coordination des sciences.

La conception historique est que l'esprit passe nécessairemeot par trois états : l'état théologique, l'état métaphysique, l'état posili/. Dans le premier état, l'humanité explique les phénomènes de la obture par des causes surnaturelles, par des interventions personnelles ou volontaires, par des prodiges, par des miracles, etc. DansU seconde période, aux causes surnaturelles et anthropomorphiques on substitue des causes abstraites, occultes, des entités scolashques, des abstractions réalisées, et on interprète la nature apnmt on cherche à la construire subjectivement. Dans le troisième état, on se contente de constater des liaisons de phénomènes pa^^ob9e^ vation, de les provoquer par l'expérimentation, de manière à liff chaque fait à ses conditions antécédentes. C'est cette méthode fp^ a fondé la science moderne, et qui doit remplacer la métaphysique- A mesure qu'une question devient susceptible d'expérimentation, elle passe du domaine métaphysique dans le domaine positu*

Page 1