LA PHILOSOPHIE FRANÇAISE AU X1X« SIÈCLE
Tout ce qui n'est pas susceptible de vérification expérimentale doit être rigoureusement exclu de la science.
La seconde conception du positivisme, c'est la classification et la coordination des sciences. Cette théorie consiste à aller du simple au composé. A la base sont les mathématiques; puis l'astronomie, la physique, la chimie, la biologie et la sociologie. Telles sont les six sciences fondamentales, dont chacune forme un degré nécessaire à celle qui la suit. La science de la société est impossible sans la science de la vie; celle-ci sans la chimie; la chimie à son tour suppose la physique, qui suppose elle-même l'astronomie et les mathématiques. L'histoire justifie également cet ordre donné par la logique. On voit que les théories positivistes se ramènent surtout à des vues de méthode et de classification. Il n'y a pas à demander une métaphysique à cette école, qui en nie expressément la possibilité. Sa psychologie est une partie de la physiologie. Sa morale n'ofi^re aucune originalité : elle repousse la doctrine de l'intérêt personifel et, comme l'école écossaise, elle fait surtout ressortir le rôle du sentiment, qu'elle désigne du nom barbare d'altruisme. Ajoutons que dans une seconde période de sa vie, appelée période subjective, M. Comte était arrivé à une conception religieuse et à un véritable culte dont l'humanité est l'objet* (Voy. plus haut. Problème religieux.) Cette partie de sa philosophie a été répudiée par le plus important de ses disciples, M. Littré, qui a publié une édition complète des œuvres de Comte. La plus importante est le Cou7*s de philosophie positive (Paris, 1839).
Conclusion. — En résumé, la première moitié du xix* siècle €st marquée par une réaction contre le xvni* siècle; la seconde moitié, par un retour au sensualisme de Condillac et à la méthode critique de Kant. Kant avait nié la possibilité de la métaphysique comme science; Fichte, Schelling, Hegel, ramènent toute la philosophie à la métaphysique, partent de Tidée même de l'absolu et professent l'idéalisme le plus hardi. En Angleterre, l'école écossaise oppose aux négations de D. Hume les principes du sens commun. En France, de Maistre, de Bonald, Lamennais, luttent contre l'esprit <ie liberté, compromis par les excès de la Révolution française : ils refusent à la raison le pouvoir de découvrir la vérité, et au critérium cartésien de l'évidence substituent l'autorité de la tradition religieuse et sociale. Les philosophes de l'école spiritualiste, Maine de Biran, Victor Cousin, Th. Jouffroy, opposent au sensualisme de Condillac une philosophie psychologique dont le point de départ
est la conscience que le moi prend de lui-mèaie. Les socialistes Saint-Simon, Fourier, Pierre Leroux, mêlent au sensualisme uoe sorte de mysticisme social.
La seconde moitié du xix* siècle est surtout dominée par l'inflaeD^ d'Aug. Comte, dont nous venons d'exposer les doctrines. II eut d'abord peu de disciples; mais le progrès constant des sciences pi> sîtives donna une autorité croissante à sa philosophie, qui troura en France d'ailleurs de brillants auxiliaires dans deux écrivains d'un rare talent, M. Taine et M. Renan. En Angleterre, le positivisme s'associa avec l'esprit psychologique traditionnel dans ce pays. Stuart Mill renouvelle la doctrine de David Hume et, avec Alexandre Bain, fonde ï école de l' association. Enfin, Herbert Spencer, dépassant de beaucoup les timides traditions de la philosophie de Comte, crée, sous le nom de philosophie de révolution, une vaste synthèse qui, à part son caractère scientifique, ne diffère pas beaucoup de la philosophie de Schelling et de Spinoza.
A côté de l'influence du positivisme, il faut signaler encore comme un des traits caractéristiques de notre époque le retour du criticisme kantien, représenté surtout en France par M. Renouvier, e( qui parait avoir aujourd'hui la plus large part dans l'enseignement philosophique de l'Allemagne.
Enfin, de son côté l'école spiritualiste française, résistant à Tenvahissement du positivisme et du criticisme, maintient la traditioD du spiritualisme leibnizien, essaye de le rajeunir et de le renoure 1er, soit en y introduisant quelques-unes des plus hautes idées de l'Allemagne moderne, soit en l'associant au progrès des sciences, soit enfin en s'inspirant de l'esprit critique de notre siècle et en s'efl'orçant de serrer de plus près les problèmes et les difficultés. Elle représente ce que l'on peut appeler en philosophie le principe conservateur ; mais en s'ouvrant à tous les progrès, en accueillant tous les fait^ nouveaux et en maintenant de la manière la plus tenot le' principe cartésien de la liberté d'examen et de l'autorité suprême de l'évidence.