HENRI DE G AND
et une âme spirituelle. Et il fera preuve à la fois d'audace et de logique, en disant que l'existence humaine est une agglutination de irois existences partielles (Cf. 272). Ceci nous amène à la
3° Psychologie du docteur solennel. — a) Sur la nature de l'homme, sa thèse la plus originale est celle de la forma corporeitatis, existant à côté de l'âme, et nécessaire à ses yeux, pour assurer aux générateurs d'une part, à Dieu d'autre part, une intervention efficace dans la production de l'être humain ^), C'est la seule exception admise par le docteur solennel au principe de S. Tiiomas de l'unité de la forme. Mais elle suffit pour différencier la métaphysique des deux philosophes. L'unité de la forme n'est plus qu'un fait plus ou moins général dans la nature (Cf. p. 284).
h) La connaissance. Une fois de plus nous voyons apparaître la fausse notion des species impressœ (p. 280). Henri introduit un substitut de l'objet dans le fonctionnement de la sensation ; mais, dans la genèse de la connaissance intellectuelle, il rejette les species comme un rouage inutile. Pourquoi ] Parce que l'espèce sensible, dit-il, " transformée » par l'intellect actif, suffit à déterminer l'entendement. Henri n'a pas compris le problème de Tidéation. Sa théorie du phantasma spiritualisé (p. 283) mène à la ruine du spiritualisme scolastique.
Dans plus d'une thèse de psychologie, Henri de Gand se pénètre d'augustinisme et se fait l'écho de traditions du xii^ s. C'est ainsi que la mémoire intellectuelle reçoit chez lui une place importante, à côté de l'intelligence et de la volonté. Avec l'évêque d'Hippone, le docteur solennel tient que les facultés de l'âme ne sont pas réellement distinctes. Enfin et surtout, le début de la Somme théologique contient une paraphrase brillante et originale de la théorie de l'exemplarisme. En effet, sur l'enseignement augustinien traditionnel
1) Henri invoque d'autres arguments, notamment la nécessité d'expliquer l'incorruptibilité du corps de Notre Seigneur Jésus-Christ dans l'intervalle de sa mort et de sa résurrection, et son identité pendant sa vie et après sa mise au tombeau. Voir notre Hist. de la phil. scol., etc., pp. 111 et suiv.
(p. 265), Flenri greffe une bizarre théorie de YiUionination spéciale, qui nous ramène cà D. Gundissalinus et à G. d'Auvergne, les commentateurs chrétiens du mysticisme arabe. Pour que nous puissions, dit-il, saisir le rapport transcendantal des essences intelligibles et des idées divines, Dieu doit octroyer k nos intelligences un surcroît de lumière. En d'autres termes. la puissance cognitive serait incapable de ce - retour synthétique r si, outre l'iiabilitation générale que lui donne le concours divin '), un rayon divin spécial n'hypertrophiait son acuité native, imprégnant l'intelligence d'une sereine clarté. ^)
c) La volonté est la plus noble de nos facultés ; elle est hiérarchiquement supérieure à l'intelligence. Par cette thèse, dans laquelle toute influence augustinienne n'est pas étrangère (p. 142), Henri de Gand se sépare de S. Thomas et inaugure le •• volontarisme médiéval « que nous retrouvons chez D. Scot et G. d'Occam. ^) Lin des arguments du philosophe gantois est le mode même suivant lequel la volonté se dépense : tandis que l'intelligence est passive avant d'être active (p. 282), la volonté est simpliciter acfica, et l'exercice de son opération n'est subordonné à aucune détermination intrinsèque du dehors. Dans la volition libre — à laquelle LIenri consacre de fines analyses — tout comme dans la volition nécessaire, la présentation du bien, soit partiel soit complet, n'est que la condition sine qua non, non la cause même partielle de la mise en œuvre de la volonté.
Mais la nécessité d'une présentation objective par la raison montre assez dans quel sens il est permis de dire, avec certains historiens modernes, que le volontarisme médiéval est une afiSrmation du primat du vouloir, tandis que l'intellectualisme est une proclamation du primat de la raison théo-
1) Ce que Henri de Gaad appelle, avec S. Boiiaventiire, VilUiniiiiatio generalis. — '*•') «S. TheoL, I, 2, n" 11. V. les développements de cette théorie op. cit. — ') Cette thèse trouve son application en morale, où le docteur solennel fait résider Y ohienWow formelle de la béatitude dans l'amour de Dieu et non dans la connaissance (S. Thomas).