LE THOMISME AU XV S
faire rentrer dans la bonne voie quelque frère prêcheur, dont la défection faisait scandale. C'est ainsi que le statut du chapitre général de Bologne de 1315 coïncide avec un blâme infligé la même année par le chapitre provincial d'Aretium au frère Ubertus Guidi ^). De même, le chapitre général de Brives, en 1346, ne réitère l'obligation de suivre S. Thomas, que parce que plusieurs Dominicains, à Paris et ailleurs, s'étaient laissé entraîner dans le mouvement antithomiste des partisans d'Occam (Chap. III, § 3)^).
341. Le thomisme au XV^ s. Capreolus. — Parmi les Dominicains du XV® s. qui défendirent avec éclat le drapeau du thomisme, Capreolus est le plus connu. Jean Capreolus, né vers 1380 à Rodez, où il reçut sa première instruction et apprit à aimer S. Thomas, acheva ses études à Paris (vers 1409), se rendit ensuite à Toulouse, et finalement à Rodez jusqu'à sa mort en 1444. C'est au couvent de Rodez qu'il termina (vers 1432) le monumental ouvrage Libri Defensionum qui lai valut le titre de Princeps thomistarwn ^). L'unique but qu'il poursuit — c'est lui-même qui parle — est de reproduire et de mettre en valeur les opinions de S. Thomas, et de les défendre contre les objections '* d'Aureolus, de Scot, de Durand, de Jean de la Rive, de Henri de Gand, de Warron, d'Adam et d'autres adversaires de S. Thomas ".^) Aussi le traité de Capreolus constitue un répertoire documenté de la doctrine thomiste, mise en regard du scotisme et de l'occamisme, et on peut dire une encyclopédie des controverses scolastiques des deux derniers siècles. Malheureusement, l'œuvre de Capreolus est déjà marquée au coin de certains défauts de méthode de la scolastique décadente ^).
1) Chart. n, 173 et 174. — 2) ïbid., 59J et 592. — a) Pègues, La biographie de Jean Capreolus (R. Thom , juillet 1899). — '^) Proœmmm. Cf. Pègues, op. cit., 327. — ^) Les œuvres complètes de Capreolus ont été éditées en 1483, 1514,1519. Une nouvelle édition est sous presse. Commencée parle P. Bonnet, des Oblats de Marie, elle est continuée par an dominicain, le P. Pègues, qui annonce la prochaine apparition d'un premier volume (R. ï'7îomis^e,mars99).
868 LIVRE m. LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE.
Denys le Chartreux, dont nous parlerons plus loin, mérite, lui aussi, d'être cité parmi les thomistes du xv"" s.