PÉRIODE POST-VÉDIQUE OU SANSCRITE
(depuis 500 avant J.-C.)
16. Les systèmes de la période sanscrite. — Des théories contenues en germe dans les Upanishad's jaillissent une série de systèmes dont les uns sont orthodoxes, c'est-à-dire conformes à l'esprit des livres védiques, les autres hétérodoxes ou schismatiques.
Les systèmes orthodoxes sont au nombre de six : la Mîmânsâ, le Vedânta, le Nyâya, le Vaiçeshikam, le Sâïîkhyam, le Yoga.
Parmi les systèmes hétérodoxes, les principaux sont la doctrine des Cârvâka's, celle de Jina, et le Buddhisme.
17. Premier g'roupe : systèmes orthodoxes. — La Mîmânsâ et le Vedânta. — Ces deux systèmes seuls sont orthodoxes dans le sens rigoureux du mot. Ils se réduisent à une systématisation de deux conceptions du Veda.
16 LIVRE I. LA PHILOSOPHIE DE l'i^DE ET DE LA CHINE,
La Mîmânsâ ne se rapporte qu'à la pratique religieuse et n'a pas de portée spéculative.
Le Vedânta, beaucoup plus intéressant (étymologiquement, la conclusion des Vedas), est une synthèse théologico- philosophique construite sur les données du Veda ').
L'identité de Brahman et de l'âme est l'idée fondamentale du Vedânta. Le soi-même, ou l'âme, ce que la conscience réfléchie nous révèle comme le tréfonds de notre être, n'est pas un fragment divin, mais la substance éternelle et indivisible de Dieu. Ce Dieu paraît multiplié dans les phénomènes du monde sensible ; le vulgaire lui décerne des attributs divers, mais ce sont là des noms illusoires, nécessaires aux pratiques religieuses, parce qu'ils représentent Brahman (l'âtman) comme un objet d'adoration; leur connaissance n'engendre que la science inférieure (aparâ vidyâ). En réalité, Brahman est sans attributs, et dès lors inconnaissable ; nous ne le saisissons que comme négation de toute chose connaissable.La preuve de l'incognoscibilité de ce Brahman informe, c'est qu'il est le fonds intime, le soi-même (antar-âtman) de tout; dès lors, dans un acte de connaissance, il est nécessairement sujet connaissant et ne saurait être sujet connu. En même temps que la science supérieure (para vidyâ) nous élève à cette notion du Brahman, elle nous donne la conscience que nous sommes nous-même cette réalité sans attributs, infinie, une.
La cosmologie, l'eschatologie, la psychologie, la morale ne sont que des applications de ces principes. La science inférieure nous montre comment Brahman se répand dans le monde empirique, devenant tour à tour âme cosmique, âme particulière. Dieu personnel, phénomène naturel; la science supérieure nous apprend que toutes ces représentations sont des illusions innées, que le monde empirique n'est pas, et que tout se confond en l'unité de Brahman.
Dans ces limites, la science inférieure, empiriste, admet la réalité des phénomènes ; la science supérieure, idéaliste, nie le phénomène ; le but de la vie est la délivrance ou la connaissance supérieure de notre identité substantielle avec Brahman. Aussi longtemps que l'homme n'a pu se hisser à la conscience de cette transcendance, il est soumis à la dure loi de la transmigration, de la métempsycose.
D'autre part, cette simple perception suffit à le libérer; elle rend toute règle de conduite inutile à l'obtention de la fin. C'est l'indififérentisme pratique le plus absolu.
1) Deussen, Das System des Vedânta et Die Sntra's des Vedânta (une traduction de l'ouvrage fondamental de l'école du Vedânta).