‹ Histoire de la philosophie médiévale (volume 2)Chapitre 13 sur 149 · PÉRIODE POST-VÉDIQUE · texte numérisé non relu

PÉRIODE POST-VÉDIQUE

Enfin, comme la connaissance supérieure de Brahman ne s'obtient pas par les sens, mais par une révélation intérieure, le système du Vedânta mène au mysticisme le plus extrême ').

18. Le Nyâya. — Le Nyâya, fondé par Gotama et encore aujourd'hui populaire dans l'Inde, est avant tout un système de dialectique. Il offre un résumé des diverses règles qui régissent nos actes de connaissance ; elles sont traitées sous 16 padârtha's ou catégories : preuve, objet à prouver, doute, etc.

La connaissance de ces règles suffit pour affranchir l'âme de la métempsycose et lui procurer le bonheur immortel. Cette immortalité est-elle personnelle, et se réalise-t-elle en Dieu ? Le Nyâya ne résout pas ce problème.

19. Le Vaiçeshikam. — Cette doctrine, fondée par Kanâda, est à la fois une classification métaphysique des choses en six catégories (substance, qualité, action, le commun, la différence, et l'inhérence), et un essai d'explication atomistique du monde matériel.

En effet, parmi les choses différentes (5™« catégorie), il compte les atomes de la terre, de l'eau, de la lumière et de l'air. Le monde naît de la combinaison de ces diverses particules simples et indivisibles.

20. Le Sânkhyam. — Le Sânkhyam est une métaphysique athéiste, dont les vues originales s'écartent souvent du Veda et du Vedânta.

Kapila, son fondateur, tout comme les autres philosophes, assigne à la connaissance philosophique des choses un pouvoir libérateur ; elle seule peut nous soustraire au processus de la renaissance des âmes.

Le premier principe de l'univers est un indéterminé, la nature, cause universelle, inintelligente et fatale. Elle engendre l'intelligence (contradiction). Celle-ci s'individualise dans le moi primitif, et de ce moi conscient jaillissent les organes de la connaissance, et les éléments primaires et secondaires. Ainsi naissent tous les êtres de l'univers, les dieux, les hommes, les choses inférieures.

A côté de ce rouage cosmique, Kapila fait une place indépendante à l'âme, c'est-à-dire au principe qui demeure selon lui dans toute réalité vivante de l'univers. Immortelle, indépendante de tout autre principe, l'âme est réellement multipliée dans les êtres (opposition avec le

J) Sur le mysticisme, voir p. 1. VHistoire de la philosophie médiévale.

18 LIVRE I. LA PHILOSOPHIE DE l'iNDE ET DE LA CHINE.

Vedânta). Consciente et intelligente par elle-même, elle est sans volonté, sans activité, pm'e lumière, et ne fait qu'illuminer le corps auquel elle est unie. Connaître la nature de son âme, et sa distinction d'avec le corps, c'est atteindre la perfection. Arrivée à ces sommets, l'âme persiste dans un état d'impassibilité et d'inactivité ; elle n'a plus besoin de revenir au corps, car elle est au terme. Dès cette vie, elle reste indifférente au mouvement des choses qui l'entourent, dans la certitude qu'elle sera soustraite à la loi de la transmigration.

Kapila ne dit pas en quoi consiste l'immortalité de l'âme, quand, après la mort de l'homme, elle n'est plus condamnée à renaître, mais à rentrer dans la conscience et la passivité absolue. Elle ne va point se résoudre en Brahman,puisqu'elle est élevée au-dessus de Brahman; car Brahman, personnifié comme dieu, est lui-même condamné, comme les autres êtres, à s'affranchir de la métempsycose; il n'est plus qu'une vulgaire incarnation mythologique qui n'a rien de commun avec la divinité panthéistique du Veda. .

21. Le Yog'uisme. — Le Yoguisme de Patanjali est une doctrine surtout pratique, qui rétablit au sommet du monde métaphysique la divinité absolue niée par Kapila. Ce qui caractérise le Yoguisme, c'est son mysticisme. Jamais, dans aucune philosophie, le thème mystique de l'union de l'homme avec Dieu, et de l'absorption de la personnalité humaine dans l'Infini n'a enfanté des élucubrations aussi extravagantes. Nous tendons vers l'Infini et nous ne pouvons mieux y tendre que par la répétition murmurée et la méditation de son mystérieux symbole, la syllabe om.

excessif dans son panthéisme, le génie indien devait être sans mesure dans son mysticisme.

22. Deuxième groupe : Systèmes hétérodoxes. — A côté de ces systèmes orthodoxes, les théories hétérodoxes pullulent comme l'ivraie dans une terre trop riche ; plusieurs ne font qu'adapter la doctrine des Vedas à la religion de Çiva et au culte de Vishnu ^). Parmi les autres, voici les principales :

lo La doctrine des Cârvâkcis, les matérialistes de l'Inde. Leur doc-

1) Vishnu est dans le Rigveda un dieu du soleil ; Çiva (élément) n'est originairement qu'une dénomination euphémislique de Bnclra, dieu de la foudre, redouté entre tous. Ces deux dieux ont gagné dans le temps postvédique une grande popularité, et le Vedânta postérieur n'a pas trouvé au

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