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Les plus célèbres sont Nicolas d'Autrecoui't, Jean de Mirecourt, Aegidius de Medonta. ^)
350. Nicolas d'Autrecourt. — Le bruyant Nicolas d'Autrecouht fut Tâme d'un mouvement aiitiscolastique à Paris, au milieu du xiv« s. En 1340, alors qu'il était maître es arts et qu'il n'avait franchi que le baccalauréat eu théologie, il fut cité par Benoît XII devant la curie romaine, avec six autres étudiants en théologie ^), j)our répondre de diverses erreurs doctrinales. Lui seul fut sévèrement frappé, ce qui prouve le rôle prépondérant qu'il a joué dans cette agitation doctrinale. En effet, six ans plus tard, la curie condamna une série de propositions de Nicolas d'Autrecourt, prononça sa déchéance de la maîtrise es arts et lui interdit de devenir maître en théologie. La condamnation est antérieure au mois de mai 1346, et c'est le 20 mai que Clément Yl, effrayé des ravages causés par ces doctrines perverses, écrit à l'Université de Paris la lettre citée plus haut. Nicolas renia ses erreurs en 1347 ^).
Nous apprenons par les condamnations de Nicolas d'Autrecourt, qu'il écrivit neuf lettres contre un de ses contradicteurs, Bkknard d'Arezzo, et un libelle dont on ne connaît que les premiers mots : Exigif orclo exsecutionis. Parmi les propositions traduites devant la curie romaine, plusieurs montrent à l'évidence que leur présomptueux auteur visait à en imposer à l'Université de Paris. Il laissait entendre qu'il était inspiré de Dieu, et qu'il était chargé de régénérer la science ^).
Les allures sophistiques de l'occamiste logicien apparaissent dans la méthode de discussion dont il use vis-à-vis de son adversaire. Lui-même nous en avertit dans une des cédules relatives à son procès : Quand maître Bernard et moi, dit-il, engagions une discussion, nous déterminions de commun accord un pre-
l) D'ordre purement théologique sont les " opmiones phantasticae „ de Richard de Lincolx, à qui Benoît XI [I interdit renseignement, et qui ne reçut qu'en 1343, du papj Clément Vf la permission de lire à Paris les Sentences — les théoi'ies de JeaiV Guvox, condamnées en 13i3 (Ckart. [I, 54-1 et 622) ; celles du minorité DE?fis Foullecuat (I33i et t3()9), d'un certain Sfmon DE Brossa? vers 1351). de Jean de la (Chaleur, de Nicolas de Espernaco, de Jean de Montesono ( CharL lit, 48S). — 2) Jean le Servite. Elfe de Courson, GuiDo DE Veeli, Pierre de Monteregali, Henri l'Anglais. — -) Chart., II, 505. — ^) Ibid., pp. 580 et 581.
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mier principe, universellement accepté, et qui devait servir de fil conducteur dans l'échange de nos arguments. Ce premier principe est le principe de contradiction énoncé par Aristote au IV^ 1. de la métaphysique. ') Ceci posé, Nicolas mettait en avant, à laide de subtilités dialectiques, une foule de théories antiscolastiquos. Elles sont jetées pêle-mêle dans les cédules de son procès, mais nous pouvons reconstituer le lien logique qui enchaîne un certain nombre entre elles, grâce à une réponse faite aux deux premières lettres de N. d'Autrecourt. Elle a pour auteur, non pas Bernard — qui ne semble pas avoir été de première force en philosophie — mais un certain maître Gilles ^). Puisque le principe de contradiction — ainsi raisonnait Nicolas — est le seul principe certain et évident par lui-même, il suit qu'une vérité n'est certaine que si elle est réduite à cotte affirmation primordiale de l'esprit. La certitude ne comporte pas de degré, elle existe ou elle n'existe pas^). Or, pour qu'une vérité puisse être ramenée au principe de contradiction, il faut que l'afitécédent et le conséquent, et, en dernière analyse, que le prédicat et le sujet de la proposition certaine soient identiques. Nicolas abusait de cette considération pour enfermer l'intelligence dans l'étau du subjectivisme : il lui interdisait, en effet, de passer de la connaissance d'une chose à celle d'une autre chose, sous prétexte qu'une chose, autre par hypothèse, ne pourrait être identifiée à la première et que, dès lors, le jugement qui attribuerait un prédicat à un sujet différent de ce prédicat ne serait pas réductible au principe de con-
1) " Quando magister Bernardus predictiis et ego debuissemus disputare, concordavimus ad invicem disputando conferre de primo consensu omnium principio, posito a philosopho IIII» Meiaphisice, quod est : " Iinpossihile est aliquid eidem rei inesse et non inesse .., ioqiiendo de gradu evidentie qui est in lumine naturali strietissimus. Istis suppositis dixi in predictis epistolis. eo (sic) quod taies conciusiones nec implicite continebant contradictionem nec explicite. „ Plus loin, il ramène ce premier principe au principe d'identité : " Item, quod hoc est primum principium et non aliud : si aliquid est, aliquid est. „ p. 583 (53). — -) Le document est publié par Hauréau, Nof. et extr. de man. lat. de hibl. nation. T. XXXIV. 2e P., p. '^U (1895). - ) Chart., II, p. 576 (9).
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tradiction ^). D'où il suit que le principe de causalité n'a pas de valeur ^), et que lobservation de nos actes psychiques ne permet pas d'affirmer l'existence de facultés "^), ni les perceptions sensibles, celle d'un monde extérieur ^j. L'existence de substances en dehors de nous est indémontrable ; car conclure de la présence de phénomènes à celle d'un fonds permanent qui les soutient, c'eat inférer d'une chose à l'autre : procédé condamné par la logique '''). Alors Nicolas raille Aristote, en disant qu'il y a cà peine une ou deux certitudes dans sa philosophie^). Le savoir humain, pour lui, se réduit à un faisceau de connaissances intuitives, sensibles et intellectuelles, sans ordre et sans lien de dépendance. Il faut faire table rase des abstractions d' Aristote et d'Averroès, et s'en tenir au contact direct avec les phénomènes singuliers ").
q " Ex his infertis talem conclusionem : quod ex eo quod ima res est cognita non potest evidenter, evidentia reductibili in certitudinem primi principii, inferri quod alla res sit.,. Hauréau, op. cit., 333. Cf. Chart., II, p. 576 (5, 6, 7). —
2) Ibid., p. 576 (5); 577. " Hec consequentia : a est et prius non fuit, igitur alia res ab a est, non est evidens evidentia deducta ex primo principio. „ Cf. p. 578 (29) et 580 (2). L'argument est bien développé par maître Gilles, p. 334. —
3) " Iste consequentie non sunt évidentes : actus intelligendi est; ergo intellectus est. Actus volendi est : igitur voluntas est. „ p. 578 (30). — ^) " Quod in lumine naturali intellectus viatoris non potest habere notitiam evidentie de existentia rerum evidentia reducta seu reductibili ad evidentiam seu certitudinem primi principii. „ p. 583. — "^) " Ex his conamini probare quod Aristoteles non habuit evidentem notitiam de aliqua substantia, et cet., quia de tali vel habuisset notitiain ante omnem discursum, quod non potest esse, quia non apparent intuitive et etiam rustici scirent taies substantias esse, nec per discursum, inferendo ex perceptis esse ante omnem discursum, nam probatum est quod ex uiia re non potest evidenter inferri alia. Item, demonstrato ligne vel lapide, arguitur sic : cum omnibus apparentibus ante omnem discursum, potest esse per aJiquam potentiaiu, puta divinam, quod substantia non sit ibi, igitur in lumine naturali non infertur evidenter quod substantia sit ibi. „ (p. 333). Cependant Nicolas admet l'existence de l'âme : " Item dixi epistola secunda ad Bernardum quod de substantia materiali alla ab anima nostra non habemus certitudinem evidentie. „ Chart., p. 577 (10). Cette proposition peu claire est expliquée par maître Gilles, qui résume cette seconde lettre avant de la réfuter : " Aristoteles nunquam habuit notitiam evidentiœ de aliqua substantia alia ab anima sua, intelligendo per substantiam quamdam rem aliam ab objectis quinque sensuum exteriorum, et a formalibus experientiis nostris ^ (p. 333). — 6) Ihid., p. 334. — ") " Quod de rébus per apparentia naturalia nulla certitude potest haberi; illa tamen
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Ce phénoménisme spécifique, avec des réminiscences occamistes, a des allures franchement antiscolastiques, et il constitue ce qu'il y a de plus clair de l'échafaudage sophistique de N. d'Autrecourt. A d'autres endroits il montre, par de nouveaux artifices de logicien, qu'il est presque équivalent de dire : Dieu est, ou Dieu n'est pas *), que Dieu et la créature " non sont aliquid r^ ^j, que les actes de l'âme sont éternels ') et qu'on finit par obtenir tout ce qu'on désire Y Mais ce sont peut-être là des boutades ou des tours de passe-passe. Il est plus intéressant à noter que N. d'Autrecourt nie les transformations S'ibstantielles et que, conformément à la théorie atomiste, il explique la génération et la corruption des êtres naturels par l'agglutination ou la désagrégation de particules atomiques ^). Enfin, il est non moins antiscolastique dans sa doctrine sur Dieu. On y trouve une foule d'idées directement empruntées au déterminisme théologique de Thomas Bradwardine ^), dont le célèbre traité de causa Dei contra Pelagium vit le jour en 1344 et eut un grand retentissement à Paris. Avec le doctor profundus , N. d'Autrecourt enseigne qu'une sainte et inéluctabh^ nécessité oblige Dieu cà réaliser l'ordre du monde, que tous les phénomènes de la nature sont dus à l'action immé-
raodica potest in brevi liaberi tempore, si homines converlant intellectum suiiiii ad res et non ad intellectum Aristotelis et cominentaloris. „ p. ÔSO (1). — 1) •' Ttem, quod propositiones : Deiis es*. Deus non est, peiiilus idem significaiit, licet alio modo „ p. 580 (8). Cf. p. 578 {■> {) : " Item dixi in quadam disputatione quod contradictoria ad invicem idem significant,,. — -) P. 578 (32). Celle thèse de N. d'Autrecourt est expressément rappelée dans la prohibition de la Faculté des arts de 1340 : " Item quod nullus asserat sine distinctioue vel expositione quod Socrates et Plato, vel Deus et creatura nichil sunt. „ Oïiart, If, p. 506. — a) P. 582 (45 et 47). — ■«) P. 583. — ^) P. 581 (37). " In rébus naturalibus non est nisi motus localis, scilicet congregationis et disgregationis, ita quod quando ad talem motum sequitur congregatio corporum athomalium naturah'uni,colliguntur ad invicem et sorliuntur naturam unius supposili,dicitur generatio; quando segregantur, dicitur corruptio ; et quando per motum localem athomalia sunt cum aliquo supposito. que fiunt talia, ({uod nec adventus illorum facere videtur ad motum suppositi vel ad id quod dicitur operatio naturalis ejus, tune tiicitur alteratio. — ^'') Théoh)gien d'Oxford, vers 1270-1349. Sur sa vie et son sj^stèrae théologique, v. Werner, T)er AngusUnismus cl.spàteren MittelaUers. Wien, 1883, pp. 234 et suiv.
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diate de la cause première. Les applications qu'il fait de ces principes aux actes humains et au péché intéressent la théologie plus que la philosophie ^).