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LA PHILOSOPHIE DU DROIT NATUREL ET SOCIAL

connaissance humaine est modelée sur la théorie générale du monde, et, à son stade le plus parfait, le mens perçoit le monisme que nous venons d'esquisser.

Dans ses écrits latins, Bruno aurait atténué ce panthéisme, sans cependant renoncera ses principes fondamentaux.

§ 6. — La philosophie du droit naturel et social

395. Thomas Morus. — L'éveil des nationalités, l'étude des formes politiques de Rome et de la Grèce, le souffle d'indépendance qui agite les Etats, grands et petits, donnent l'essor à une philosophie du droit public basée sur une étude rationnelle de la nature de l'homme.

La primeur des idées nouvelles ne revient pas à l'italien NiccoLO Machiavelli( 1469- 1527 ; Il principe) qui ne cherche que le moyen pratique de réaliser l'unité italienne, et se laisse emporter aux pires excès de langage par sa haine contre la papauté et le catholicisme. Le véritable initiateur des théories politiques de la Renaissance est un écrivain anglais, Thomas MooRE (Morus, 1480-1535). Son ouvrage sensationnel De optimo rei puhlicœ statu sive de nova insula Utopia, écrit avant l'introduction de la Réforme en Angleterre, le rattache au platonisme italien, et renferme en réalité deux parts. La première contient le plan d'un Etat idéal, organisé suivant les conceptions de la République de Platon. C'est ainsi que Morus rêve l'abolition de la propriété et de la richesse individuelle, la suppression des classes sociales, etc. Mais où il reflète exactement les aspirations de son siècle, c'est quand il aborde un second ordre de recherches, plus pratiques, et justifie devant la raison l'indépendance de l'Eglise et de TÉtat, et l'indifférence de l'État vis-à-vis des Églises.

Les mêmes principes se retrouvent chez Jean Bodin (1530- 1597) ; Albericus Gentilis (1551-161 Ij. Ils sont supérieurement exposés et ramenés à une synthèse du droit social, par Hugo Grotius.

396. Hugo Grotius. — Né en Hollande, dans un pays où les guerres de religion avaient conduit à l'indifférence religieuse , Hugo de Groot (Grotius, 1583-1645, de jure helli et pacis) peut être considéré comme le législateur du droit naturel et social de la Renaissance.

P Le d7''oit de nature (jus naturale), qui revient à l'individu, est l'ensemble des droits imprescriptibles que nous découvre l'étude rationnelle de la nature humaine. Le caractère fondamental de la nature est la sociabilité, innée et instinctive.

2"* L'origine de la société est le coyitrat social, ou la libre volonté des individus qui, dans Tunique but de mieux sauvegarder leur droit, vivent en commun. L'État n'existe donc que par et pour l'individu. C'est la proclamation, au nom de la raison, de l'origine humaine de la société et de l'État, à rencontre de la théorie, chère à la scolastique, de l'origine divine de l'État.

S"" Le peuple délègue sa souveraineté, et cette délégation, irrévocable pour les uns, est révocable pour les autres (germe de la théorie de la révolution).

Entre le droit humain, rationnel, et le droit divin, révélé, Grotius établit " une cloison étanche r- . L'indifférentisme religieux de l'État et la tolérance sont, à ses yeux, des corollaires de la séparation de l'Église et l'État. Ce qui n'empêcha pas Grotius de croire personnellement à la révélation chrétienne.

Les questions relatives au droit naturel et social acquirent un intérêt grandissant. Nous verrons plus loin comment les scolastiques (p. 443) et les protestants (p. 425) les rattachent à leurs conceptions théologico-philosophiques.

ART. 111. — LES SYSTEMES PHILOSOPHIQUES MIS EN HARMONIE AVEC DES RELIGIONS NOUVELLES

397. Division. — Les principaux systèmes religieux qui, au xvf s., viennent battre en brèche le catholicisme, sont issus de la Réforme. Luther, Calvin, Zwingli brisent l'unité de

l'Église chrétienne d'Occident, et soulèvent des discussions passionnées. Telle, la célèbre controverse sur la Providence et la grâce dans ses rapports avec la liberté, qui met aux prises Baïus (1513-1589), Bellarmin et Lessius ; Arminius (1560- 1609) et GoMARE (1563-1641) ; plus tard. Jansénistes et antijansénistes. Ces querelles théologiques se répercutent sur la philosophie ; c'est ainsi que même au xv!!"" s. le cartésianisme trouva dans la dogmatique protestante une puissante alliée ^).

Nous nous bornons à étudier ici les formes philosophiques et mystiques issues du protestantisme naissant (§1). Constituées tardivement, dans un milieu qui avait déjà rompu avec l'Église romaine, la plupart des universités de pays allemands sont à la fois les places fortes de la dogmatique protestante et les foyers de ces mouvements philosophiques nouveaux.

Une mention est due à un système philosophico-mystique, moins important, mais significatif, parce qu'il est greffé sur une religion ésotérique : la mystique cabalistique de Reuchlin(§2).

Enfin, nous joignons à ce second groupe de systèmes antiscolastiques, tributaires de dogmes divers, la philosophie religieuse ou le théisme. Le théisme reconnaît la valeur philosophique du dogme religieux, mais confie à la raison humaine le soin de l'édifier (§ 3).

Une même pensée se retrouve dans ces systèmes divers : à savoir que le dogme sur lequel ils reposent n'est pas ûxé par une autorité ecclésiastique, et que la raison seule est l'arbitre de ce qu'il faut croire. Ils flattent les aspirations d'indépendance des sociétés nouvelles ; de là le grand succès qui leur était réservé.

§ 1. — La philosophie et la mystique protestantes

398. Notions grénérales. — La philosophie et la mystique protestantes remplirent, à l'égard de la scolastique, le rôle de

i; Cf. notre Rist.phil. scol, etc., pp. 303, 370 et suiv.

révoltée que joua l'Église protestante vis-à-vis de l'Église romaine.

On sait que l'interprétation individuelle des Ecritures, et, dès lors, la constitution du dogme par la raison individuelle est le principe directif de la théologie protestante. La diversité des dogmatiques et la multiplicité des églises en sont le corollaire naturel. Or, si chacun se fait une religion à sa guise, il ne lui sera pas malaisé d'en harmoniser les doctrines avec une philosophie, choisie non moins librement. De là les formes diverses et souvent contradictoires des systèmes que nous aurons à signaler. Pour concilier la philosophie et la théologie, on modifie les enseignements de l'une ou de l'autre, suivant les besoins de la cause : après avoir constitué les termes, on tire les rapports. C'est ainsi qu'au nom du protestantisme, les uns défendent le néo-platonisme ou le stoïcisme, d'autres l'aristotélisme. Nulle part ce phénomène étrange ne s'nccuse plus nettement que dans la mystique protestante.

Dans ce travail d'adaptation forcée, c'est presque toujours la théologie qui est malmenée : le rationalisme envahit lentement la philosophie protestante au détriment de sa dogmatique, et Ton voit s'accuser cet appauvrissement graduel de la croyance qui aujourd'hui encore est remarquable chez les savants protestants.

399. Luther et la philosophie protestante. — Luther (1483- 1546) n'est pas un philosophe. Il professe l'antagonisme irréductible de la raison et de la foi, l'une étant fonction de la « chair « (ca7^o), l'autre de 1' « esprit « (spiritus). Il interdit à la philosophie l'accès du domaine théologique, et reproche amèrement à la scolastique de l'avoir profané par ses « sophismes « .

L'œuvre de Luther est avant tout une dogmatique nouvelle, dont la théorie de la justification constitue le pivot. Le péché originel a corrompu l'homme au plus intime de son être; seule la foi dans l'Évangile peut le réintégrer dans la justice et la

sainteté. Cette foi rédemptrice, abandonnée aux inspirations individuelles, unit l'homme à Dieu, et le conduit à la félicité, passivement, sans efforts, voire même sans le concours de ses œuvres.

Cependant la dogmatique réformée de Luther implique une philosophie (2). C'est ainsi que sa distinction de la chair ou des facultés naturelles, et de l'esprit ou de l'élément divin de notre être, mène à un dualisme psychologique qui rappelle les doctrines de la cabale ; la passivité de l'homme vis-à-vis de la grâce et la prédestination absolue ont pour conséquence le déterminisme, etc.

Plus" soucieux que leur maître de légitimer leurs croyances devant la raison , certains disciples de Luther ont cherché les harmonies de la philosophie avec le dogme réformé. On a vu naître ainsi, dans le protestantisme et malgré son initiateur, peut-on dire, une spéculation nouvelle et caractéristique. Ses représentants s'inspirent largement de V individualisme absolu de l'esprit protestant, et quand une théorie luthérienne leur paraît gênante, ils la plient de force aux exigences de leur philosophie.

Mentionnons comme principaux philosophes de la religion nouvelle, Zwingli, Mélanchthon, Taurellus, les Sociniens.

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