LA PHILOSOPHIE SCOLASTIQUE ART. L — NOTIONS GÉNÉRALES
411. Caractères g-énéraux. — P Véjmisement de la scolastique va croissant, et se révèle par les phénomènes que nous avons déjà constatés à la période précédente. Les partis philosophiques se perpétuent, mais perdent leur signification primitive. Dans les corporations religieuses, dans les universités, dans les collèges mêmes nés au sein des universités, on continue d'imposer l'hégémonie officielle d'un des grands chefs d'école, et le choix même de ce maître n'est pas toujours déterminé par des considérants d'ordre scientifique, mais souvent par le caprice et les intrigues de la politique ^). On comprendra ce que ces querelles de coterie ont de chicanier, si l'on songe que divers endroits voient se constituer, comme factions antagonistes, un parti de thomistes et un parti d'albertistes ~), — comme si, sur les questions capitales de la synthèse scolastique, S.Thomas et son maître ne souscrivaient pas aux mêmes conclusions.
L'ignorance de la doctrine scolastique, dont ces controverses ne sont qu'un indice, atteint son comble à la fin du xv!!*" s. (Art. III). Ôependant, on ne pourrait généraliser ce reproche. Comme à la période pi-écédente, nous rencontrons un petit nomxbre d'hommes qui sont de dignes continuateurs du passé.
') A Bâle, en 1464, il y a quatre professeurs terrainistes (via modernorum) et trois antiterministes ou réalistes (via anticpia) ; à Fribourg en Brisgau, l'enseignement est terministe de 1456 à 14S4, puis on y admet des réalistes sur l'ordre de l'arctiiduc Sigismond. De même, le terminisme est imposé aux universités naissantes de Tubingue (1477), d'Ingolstadt (1472), etc. Prantl., IV. 190. — -) A Cologne, p. ex., où le collège Saint-Laurent défend les idées d'Albert le Grand contre le collège de la Montagne, qui professe le thomisme.
2° Attaquée dans toutes ses positions par les systèmes coalisés de la Renaissance, la scolastique des xvi^ et xvii^ s. ne sait pas se défendre. Elle s'est rendue coupable de deux grandes fautes qui l'ont discréditée dans les milieux hostiles :
a) Elle s'est désintéressée du mouvement de la philosophie contemporaine. Au lieu de compter avec les théories novatrices qui se font jour de toutes parts, elle veut se suffire, vivre par elle-même, dédaigneuse de ses rivales. Elle s'isole volontairement, elle s'enferme spontanément dans un cercle qui rend ses évolutions stériles; finalement elle est écrasée par la poussée des idées modernes. S. Thomas et les docteurs du XI if s. étaient loin do professer du mépris pour leurs adversaires, et s'ils avaient vécu au temps de la Renaissance, ils auraient entrepris une guerre implacable, et sans doute victorieuse, contre cette masse de philosophies boiteuses, infiniment moins robustes que l'averroïsme : les scolastiques de la Renaissance ont été victimes de leur indifférence pour la pensée d'autrui.
Les théologiens catholiques n'imitèrent pas cette abstention des philosophes : effrayés des progrès de la Réforme, ils se virent forcés de suivre les publicistes protestants sur un terrain où étaient engagés les intérêts majeurs de la religion. Ces débats passionnés ont même, en général, été néfastes à la scolastique ; ils ont empêché les hommes d'étude de s'appliquer aux travaux de la spéculation rationnelle ; mais il n'en est pas moins vrai que des générations mieux trempées eussent tout à la fois engagé la lutte sur le double terrain de la théologie catholique et de la philosophie scolastique.
b) Elle s'est tenue à l'écart des progrès des sciences. Or, ici aussi des révolutions profondes s'opèrent, des synthèses nouvelles s'édifient qui bouleversent un grand nombre d'idées reçues par la science médiévale. Élaborées eft dehors de la scolastique, ces synthèses se sont retournées contre elle. C'est ce que nous montrerons dans un paragraphe spécial, où nous saisirons sur le vif, à propos de quelques faits particuliers, cet autre grand défaut de la scolastique décadente.
412. Division de la scolastique. — Mais avant de relater les événements où les scolastiques dégénérés se déshonorent devant les hommes de science (Art. 111), faisons l'histoire rapide des principales écoles scolastiques de cette période (Art. 11). .